Sommet Afrique- France: une histoire de fauteuils

Par Vincent Hugeux, publié le 31/05/2010 à 18:00  dans l'express


 
Le 25e Sommet Afrique-France se tient durant deux jours au Palais des Congrès de Nice et réunit 38 chefs d'Etat africains.

AFP

Le 25e Sommet Afrique-France se tient durant deux jours au Palais des Congrès de Nice et réunit 38 chefs d'Etat africains.

Dans son discours d'ouverture, Nicolas Sarkozy a appelé à faire une place à l'Afrique dans la "gouvernance mondiale". Reste à savoir laquelle. Et c'est là que l'affaire se corse.

Allez, un petit quiz azuréen, histoire de gravir le Sommet d'un pas alerte.

- Question n°1. Qui a dit en 2006, avant de récidiver l'année suivante: "Economiquement, la France n'a pas besoin de l'Afrique"? Réponse: Nicolas Sarkozy.

-Question n°2. Qui a dit ce 31 mai 2010 à Nice: "La France et l'Europe ont autant besoin de l'Afrique que l'Afrique a besoin de l'Europe et de la France"? Réponse: Sarkozy Nicolas.

Mieux, à la faveur de son allocution d'ouverture du 25e Sommet Afrique-France, le président a exalté la vitalité du continent noir, son "formidable dynamisme démographique" et ses "ressources considérables", qui en font "la principale réserve de croissance de l'économie mondiale pour les décennies à venir". "L'Afrique, a insisté le successeur de Jacques Chirac, est notre avenir."

"Anormal que l'Afrique ne compte aucun membre permanent à l'ONU"

Lors de la cérémonie, expédiée en 15 minutes Rolex en main, le locataire de l'Elysée a aussi décliné les trois thèmes soumis cette fois à la sagacité des 38 chefs d'Etat, de gouvernement et de délégations rassemblés ici. A commencer par "la place de l'Afriquedans la gouvernance mondiale". En clair, son poids au sein des instances onusiennes. "Il est absolument anormal, martèle Sarkozy, que l'Afrique ne compte aucun membre permanent" au sein d'un Conseil de sécurité des Nations unies qui doit, à ses yeux, être réformé sans tarder.

Hautement sensible, l'enjeu aura d'ailleurs fourni le plat de résistance du déjeuner qui a réuni ce lundi l'hôte du sommet et son homologue sud-africain Jacob Zuma. Au nom du consensus continental ébauché en 2005, les éminences africaines exigent deux sièges de membre permanent (MP) au sein dudit Conseil. De même, elles réclament a minima deux strapontins supplémentaires parmi les membres non permanents (MNP), ce qui porterait le total à cinq.

Paris et Londres, en revanche, défendent une formule intermédiaire "d'élargissement progressif": il s'agirait, dans un premier temps, d'allonger significativement la durée du mandat des MNP, sans pour autant leur accorder le droit de veto réservé pour l'heure au Cinq majeur (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni). Puis d'octroyer au "berceau de l'humanité", un des deux fauteuils réclamés en première classe. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette côte mal taillée n'aura pas déchaîné l'enthousiasme de Zuma.

Quel porte-voix pour l'Afrique?

Déjà, la veille, le contentieux avait enfiévré six heures durant la réunion des ministre des Affaires étrangères. D'ordinaire, ce genre de rencontre préparatoire a pour vocation de déminer l'arène où s'ébroueront les chefs d'Etat et de gouvernement. Tel ne fut pas le cas dimanche, du fait notamment de la pugnacité de l'Afrique du Sud et de la Tanzanie. "Prologue pour le moins tumultueux", confie un officiel subsaharien. "Certains, précise cet autre délégué, cité par l'AFP, ont contesté la légitimité de la France à lancer un tel débat." A la clé, ce diagnostic pour le moins alambiqué livré par le patron du Quai d'Orsay: "On n'a pas trouvé de solution, a ainsi admis Bernard Kouchner. Mais on a trouvé la manière de commencer à se donner les moyens d'être réalistes." Donc, si l'on s'en tient au principe soixante-huitard, de demander l'impossible. Imaginons un instant que, touchés par la grâce, les cadors de l'Onu invitent un frère d'Afrique à rejoindre leur cénacle. Reste à savoir à qui devrait échoir une telle mission.

Locomotive du continent, la Nation Arc-en-Ciel revendique naturellement cet honneur. Mais nul doute que d'autres prétendants entreraient volontiers en lice. Citons l'Egypte, le Nigeria et, sinon le Sénégal, du moins son président Abdulaye Wade. Il en va du rôle de porte-voix de l'Afrique comme de la candidature unique de l'opposition à la veille d'un scrutin: chacun en approuve le principe à condition que nul autre ne prétende l'incarner.