Cour pénale internationale - Actuellement adjointe au Procureur général de la Cour pénale internationale (CPI), en attendant d'être nommée prochainement à ce poste, Fatou Bensouda rappelle que c’est grâce à la contribution de plusieurs pays africains que cette institution de justice internationale a été créée en 2002. 'Un nombre important de pays africains ont contribué à notre création, à Rome, en 2002. Le continent compte le plus grand nombre de pays ayant ratifié notre statut. L’Ouganda, la Centrafrique et la République démocratique du Congo ont été les premiers à nous demander d’intervenir , indique-t-elle dans une interview à paraitre lundi dans le magazine Jeune Afrique.
Pour la magistrate gambienne, les Africains sont les leaders en matière de justice criminelle internationale.
'Concernant le Soudan et la Libye, pour lesquels nous avons été sollicités par les Nations unies, les ambassadeurs africains ont tous demandé notre intervention lors du vote au Conseil de sécurité', indique-t-elle.
Par ailleurs, ajoute-t-elle, les victimes sont très souvent africaines et il faut les protéger.
'Les Etats ont le devoir de le faire. Nous pouvons les y aider, ou le faire pour eux quand ils n’en ont pas la possibilité', souligne Mme Bensouda.
Elle qualifie de 'débat lamentable' d’insinuer que la CPI est à la solde des Occidentaux pour poursuivre uniquement les Africains.
'Non, la CPI n’est pas une cour de Blancs, c’est l’avenir de la justice criminelle internationale. Elle permet d’éviter les crimes les plus graves, partout dans le monde', insiste-telle, en prenant soin d’expliquer que dans son exercice, la CPI n’intervient qu’en dernier ressort laissant la primauté aux Etats pour juger leurs citoyens.
'La CPI est une cour de dernier ressort. En matière de jugement, la responsabilité première revient aux États. S’ils décident d’enquêter et de poursuivre, la CPI n’a d’autre choix que d’attendre', indique-telle, en se référant au refus des autorités libyennes de leur livrer Seif el-Islam Kadhafi et Abdallah Senoussi, l’ancien chef des services de renseignements.
'La justice libyenne fonctionne. Elle a déjà commencé à enquêter, et nous a d’ailleurs demandé de l’aider', fait-elle observer.
Fatou Bensouda a fermement réagi contre une faiblesse de sa part pour rendre une justice impartiale à l’égard des dirigeants africains ou d’être moins regardante sur les crimes commis par des Africains.
'Ces propos me choquent profondément. Surtout quand ils sont le fait de militants des droits de l’homme respectés. Pourquoi disent-ils cela ? Parce que je suis une femme ? Une Africaine ? Ils ne le diraient sûrement pas si j’étais un homme et un Occidental. C’est de la pure discrimination', estime-t-elle.
'Si j’étais influençable ou peu encline à poursuivre les auteurs de crimes, je n’aurais jamais brigué ce poste. Rassurez-vous, je serai un procureur général impartial et indépendant. Ceux qui n’y croient pas se trompent lourdement', assure-t-elle.
La cinquantaine , Fatou Bensouda a été ministre de la Justice de la Gambie et a travaillé au Tribunal pénal International pour le Rwanda avant d’intégrer la CPI en 2004.
Procureure générale adjointe, elle dirige au quotidien la division des poursuites internationales, qui présente les affaires criminelles aux différents juges de la Cour mais s’occupe également de nombreuses tâches que lui délègue son chef, l’actuel procureur général, l’Argentin Luis Moreno-Ocampo.
Pana 11/12/2011
Réalisation d'un bélier hydraulique (expérimental mais parfaitement fonctionnel) par l'Université d'Orléans


Un bélier hydraulique est une pompe qui utilise l'énergie de l'eau pour remonter une certaine quantité d'eau bien plus haut que la hauteur du cours d'eau initial.
C'est une pompe auto-alimentée qui pompe "gratuitement" environ 30% de l'eau qui la traverse.

Schéma de principe du montage, cliquez pour agrandir
Son principe est simple et un bélier est réalisable facilement grâce à des pièces de plomberie du commerce.
En savoir plus: bélier hydraulique, le pompage écologique
Voici la présentation d'un banc d'essai de bélier réalisé par un professeur de l'université d'Orléans. Vous pouvez discuter avec lui sur notre forum consacré à la fabrication d'un bélier hydraulique.
Vue générale et performances
Un réservoir d’une capacité de 10 litres est placé à la sortie de la colonne d’élévation (5.20 m).
Le temps mesuré pour remplir le réservoir est de 6 minutes, cette mesure ne prend pas en compte le temps d’amorçage du système.
Résultats :
- Volume restant dans le réservoir de « chute » : 72 litres
- Volume récupéré 10 litres
- Volume perdu 35 litres
- Efficacité : 10/35 = 28%
Pour une durée de fonctionnement de 1 heure nous aurons 100 litres récupérés…


Détails sur la réalisation de la soupape et du bélier
Une seule pièce est à modifier la crépine en laiton. On y ajoute une tige filtetée ayant une double fonction: guide à l'oscillation du clapet et réglage du délais de réouverture automatique de la soupape suivant la masse qu'on y applique (80 grammes dans le montage présenté ici). Cette masse va évidement être propre à chaque montage (pression/débit...)

Pièces d'un bélier

Réalisation du clapet du bélier: une crépine en laiton très légèrement modifiée.
Photos générales du montage

Bélier hydraulique assemblé et en fonctionnement
En savoir plus
- Présentation du principe du bélier hydraulique
- Vidéo d'un bélier en fonctionnement
- suivi de l'étude et réalisation d'un bélier hydraulique
Le bélier a encore frappé
Une lecture qui pourrait servir en ce qui concerne la question de l'eau, je vous transmets un article que j'ai déniché sur un site écologique www.econologie.com
Le bélier a encore frappé
Article paru dans Sciences et Avenir en novembre 2003. Par David Larousserie.
Quelques passionnés ont sorti de l'oubli cette ingénieuse machine née avec la République, en 1792. Elle pourrait même connaître de beaux jours, car elle fonctionne non stop sans énergie.
Le bélier hydraulique n'est pas mort. Ce système de pompe à eau, inventé il y a plus de deux cents ans, reprend même du service, grâce à une entreprise française et à un petit groupe de lycéens. Il était temps ! Peu de gens en effet connaissent cette technologie rustique, économique, écologique et pourtant efficace, à moins d'être plombier et d'installer des systèmes antibélier pour protéger les canalisations. Ou d'avoir entendu, dans sa jeunesse, le poum-poum caractéristique de cette machine, au bord d'un ruisseau ou d'une source.

Le principe du bélier repose sur la surpression créée lorsque le débit d'un liquide est soudainement interrompu, par exemple, lors de la fermeture rapide d'un robinet. L'onde de choc qui en découle est souvent violente et endommage les canalisations non protégées. L'industriel et inventeur Joseph de Montgolfier eu l'idée, en 1792, de détourner cet effet à bon escient. Après avoir fait voler des aérostats avec son frère Etienne, il dépose le brevet de cette pompe autonome et efficace et la nomme bélier, à cause du bruit et de la violence du coup. Une grosse cloche en fonte solidement fixée à un socle pour résister à la pression, deux clapets en bronze, deux arrivées d'eau et le tour est joué. Installée près d'une source ou d'une chute d'eau, la machine permet de monter le liquide jusqu'à plusieurs dizaines de mètres sans énergie autre que celle apportée par le courant (voir le schéma). Une fois lancée, elle ne s'arrête plus. Ou presque. Seule la baisse du débit entrant, le gel ou une impureté dans l'eau qui bloquerait les clapets met fin à ses coups de boutoirs réguliers.

Le bélier est aussi inusable. Au château de la Ménardière (Deux-Sèvres), par exemple, un exemplaire de plus de 120 ans fonctionne encore, en ayant juste subi une légère restauration. L'invention des frères Montgolfier s'est répandue lentement et a connu son âge d'or entre 1870 et 1900. Les béliers de marque Bollée, Pilter, ou Mangin permettent alors d'arroser parcs, jardins et potagers. Les 200 hectares des jardins de la ville de Richelieu (Indre-et-Loire) sont, par exemple, toujours alimentés par un bélier qui transporte l'eau sur plus de 600 mètres. En 1876, les archives du principal fabricant, Bollée, en recensaient une centaine autour du département de l'Indre-et-Loire. Après la Seconde Guerre mondiale, les plans d'électrification et d'adduction d'eau mettent un coup d'arrêt à cette machine pourtant inusable.
En 1950, la France comptait une dizaine de fabricants. Il n'en reste plus qu'un aujourd'hui, la SARL Walton, à Bordeaux, spécialisée dans l'arrosage et le pompage. "En 1998, me refusant à arrêter ce que mon grand-père avait lancé en 1910, j'ai créé un site Internet pour parler du bélier hydraulique, dont nous ne vendions plus qu'une ou deux pièces par an. Au début, je n'avais installé que la reproduction d'un de nos modèles datant de 1936", se souvient Richard Walton, son directeur. Malgré la pauvreté du site, c'est le succès. La société vend aujourd'hui environ 50 béliers par an et compte 250 utilisateurs dans ses fichiers. Il y a les amoureux de l'objet qui optent pour le plus petit modèle. Des agriculteurs, du Limousin ou du Cantal, qui choisissent des modèles plus performants dont certains suffisent à l'alimentation en eau d'un troupeau de 100 têtes, soit environ un débit de 10 000 litres par jour. D'autres clients sont en Afrique, où les béliers Walton alimentent des villages de 600 à 1000 personnes ayant besoin d'un débit pouvant atteindre 40 000 litres par jour. "Pour ces pays, l'avantage est aussi qu'à la fontaine, l'eau coule en permanence, ce qui évite la stagnation du liquide et les risques de contamination", ajoute Richard Walton, qui a aussi des clients au Viêt Nam. L'absence d'alimentation externe et la maintenance aisée sont particulièrement adaptées aux pays en voie de développement.

Deux photos de béliers hydrauliques. A gauche, un modèle récent de la societé française Walton, la seule à encore commercialiser des béliers. A droit un modèle encore en fonctionnement après 50 ans.
Toutes proportions gardées, c'est un bélier qui a sauvé un village français au XIXe siècle. "S'il n'y avait pas eu, ce système, nos ancêtres n'auraient pu exploiter la pépinière qui a attiré des emplois et de la richesse", rappelle Gilbert Barbier, adjoint au maire de Saint-Appolinaire (Rhône), à 50 kilomètres de Lyon. Un siècle plus tard, Gilbert Barbier a voulu faire revivre le bélier de sa commune que beaucoup avaient oublié, et dont personne ne connaissait le fonctionnement. Profitant d'une journée portes ouvertes au lycée professionnel Jules-Verne de Tarare, à 15 kilomètres de là, Gilbert Barbier demande l'aide du proviseur. Ses élèves cherchaient alors un projet pour participer aux Olympiades de la physique, une compétition amicale entre différents lycées français, basée sur l'expérimentation. Laurent Buccini, Loïc Jacquemot, Adrien Rabany, Guillaume Rousset et Grégory Saint-Paul, avec leurs professeurs Mustapha Errami et Benjamin Topouzkhanian, se mettent au travail. Ils construisent leur propre bélier, et ça marche !
L'eau monte même jusqu'au sixième étage de leur lycée. Au concours, en février, à Paris, le jury, impressionné par ce système qui a "arrosé" les combles du palais de la Découverte, leur donne le Prix de la Société française de l'énergie nucléaire...
Nouvelle consécration, le 14 juin, avec la présentation au village de Saint-Appolinaire. La centaine d'habitants était présente pour voir l'eau monter jusqu'au clocher de l'église, à 17 mètres du sol, en tordant violemment les tuyaux en plastique à chaque coup de bélier. "Je suis content d'avoir sauvé cet objet et redonné de l'honneur à la formation professionnelle", témoigne Gilbert Barbier.
Les lycéens ont, depuis, obtenu leur bac professionnel avec mention, et le bélier communal alimente, non plus la pépinière, mais une réserve de 50 mètres cubes d'eau pour les pompiers.
Les lycéens se sont ensuite rendu à l'Exposcience de Moscou, en juillet, avec leur machine. Des professeurs ont discuté des heures durant avec eux, en russe et en anglais. Un Allemand a même voulu leur acheter le prototype !
"Nous avons préféré lui expliquer comment le fabriquer lui-même, témoigne Grégory Saint-Paul. C'est pas dur. C'est que du plaisir." "A chaque présentation, c'était la fête de la science", complète Mustapha Errami, l'un de ses professeurs.
Le bélier hydraulique résiste tout de même un peu à la science. Curieusement, son rendement exact n'a toujours pas été calculé. "Le bélier est impossible à mettre en équations. Cette machine n'aime pas les ingénieurs. C'est une machine de paysan fabriqué par un paysan pour d'autres paysans", résume, un rien provocateur, Richard Walton. Le bélier n'est pas mort, il pompe encore.
En savoir plus:
- Plans de réalisation d'un bélier
- Vidéo d'un bélier en fonctionnement
- Fabrication d'un bélier hydraulique
- Pompe bélier de la société Walton
- Exemples de pompage pas béliers en Afrique
Les banques européennes nourrissent la volatilité des prix alimentaires et la faim (rapport)
Une info lue sur le site www.lafranceagricole.fr
Spéculation/Monde
Les banques européennes nourrissent la volatilité des prix alimentaires et la faim (rapport)
Publié le vendredi 20 janvier 2012 - 10h25
Le rapport (« Récolter l'argent : comment les banques européennes et la finance privée profitent de la spéculation alimentaire et de l'accaparement des terres ») analyse les activités de 29 banques, compagnies d'assurance et fonds de pension européens, incluant les établissements français Crédit Agricole, BNP Paribas, AXA et Société Générale.
« En spéculant sur les prix alimentaires et avec les terres, ils jouent avec la vie des populations et en retirent d'énormes profits, dénonce Juliette Renaud, chargée de campagne sur la Responsabilité des acteurs financiers aux Amis de la Terre France. La spéculation alimentaire et le financement de l'accaparement des terres mènent tout droit à une instabilité catastrophique des prix des denrées alimentaires, plongeant des millions de personnes dans la pauvreté et la faim ».
Le rapport recommande une série de mesures pour réguler les marchés financiers européens et resserrer les politiques concernant les services financiers et les investissements dans les produits dérivés de matières premières alimentaires et les transactions de terres agricoles.
Pour Yann Louvel, référent de la campagne Responsabilité des acteurs financiers aux Amis de la Terre France, « Les politiques doivent intervenir et mettre fin à la spéculation excessive et nuisible ». L'association demande aussi aux institutions financières de se responsabiliser en recherchant, rendant public et réduisant leur implication.
A.De.
Au Nigeria, "Boko Haram fait tout pour qu'il y ait un début de guerre civile"
Selon le monde.fr
Au Nigeria, "Boko Haram fait tout pour qu'il y ait un début de guerre civile"
Benjamin Augé, chercheur associé à l'IFRI | LEMONDE.FR | 06.01.12 | 17h08 • Mis à jour le 07.01.12 | 09h22
Des voitures en feu après l'un des attentats revendiqués par Boko Haram contre l'Eglise catholique de Madalla non loin de la capitale fédérale Abuja, le 25 décembre dernier. SOTUNDE
Les attentats visant la population chrétienne se succèdent au Nigeria. Des hommes armés ont tué dix-sept personnes dans le nord-est du pays, vendredi 6 janvier. La tuerie a eu lieu lors des funérailles des cinq personnes tuées, jeudi, lors d'une attaque contre une église.
Elles interviennent juste après l'expiration d'un ultimatum fixé par un porte-parole de la secte islamiste Boko Haram aux chrétiens pour qu'ils quittent le Nord majoritairement musulman du pays. Benjamin Augé, chercheur associé au programme Afrique de l'Institut français des relations internationales (IFRI), analyse les raisons politiques, économiques et religieuses de ce regain de violences.
Pourquoi les violences religieuses ressurgissent au Nigeria ?
Il y a plusieurs raisons. En premier lieu, une évidente radicalisation de l'islam dans le nord du pays. Certains Etats du Nord ont en effet adopté officiellement la charia entre 1999 et 2001, mais dans les faits celle-ci n'est pas appliquée aussi strictement que les islamistes le voudraient. Il y a donc des revendications religieuses. Mais il faut souligner par ailleurs que le président actuel, Goodluck Jonathan (président depuis mai 2010 après la mort du président Umaru Yar'Adua et élu en avril 2011), est chrétien et vient de la région du Delta où se trouvent les principales régions pétrolières.
C'est une première dans l'histoire de ce pays où le pétrole est la principale ressource financière (en 2010, il a rapporté 60 milliards de dollars au gouvernement d'Abuja). Sur la part de ces revenus qui reviennent à l'Etat fédéral, 13 % sont redistribués aux neuf Etats pétroliers. Pour le reste, c'est l'état fédéral qui décide des répartitions. Or historiquement, le Nord a toujours été déshérité, il y a donc une forte demande de rééquilibrage économique qui est instrumentalisé par un noyau d'extrémistes religieux.
En outre, les militants du Sud qui ont lutté, armes à la main, via le Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger (MEND) à partir de 2006 contre l'Etat fédéral, ont obtenu des contreparties. 26 000 d'entre eux bénéficient grâce à la loi d'amnistie de 2009 d'un revenu mensuel de 400 dollars et d'un accès privilégié à des formations professionnelles. Cela a renforcé encore un peu plus le sentiment d'injustice chez les nordistes. Boko Haram applique en fait une stratégie miroir en semant la terreur, comme le MEND l'a fait, pour rééquilibrer la situation économique du pays. Un chemin que les militants du Sud refusent catégoriquement.
Cela signifie-t-il que Boko Haram rencontre une forte audience dans le Nord ?
Dans les pratiques violentes du mouvement, non. Si les chrétiens sont principalement visés, des musulmans sont également victimes des attentats aveugles. Mais la secte croît sur le terreau d'une situation économique défavorable. Même si les leaders mettent en avant le conflit religieux, ils peuvent aisément fédérer leurs militants sur cette question de pauvreté et d'abandon d'Abuja. Boko Haram fait tout pour qu'il y ait un début de guerre civile et pousser Goodluck Jonathan à négocier une nouvelle répartition des revenus de l'Etat principalement basés sur le pétrole.
Par ailleurs, le président a pris la décision début janvier de supprimer les subventions des prix du carburant. Une mesure très impopulaire qui a fait passer les prix à la pompe de 30 à 90 centimes de dollar le litre. Dans le contexte actuel, c'est le pire moment pour lancer cette réforme très probablement soufflée par la Banque mondiale.
Certains assurent que des hommes politiques du Nord soutiennent Boko Haram. Est-ce crédible ?
Oui, c'est très probable qu'une partie des élites du Nord financent, soutiennent ou à minima ne condamnent pas cette violence terroriste. Certains membres du Parti démocratique populaire (PDP), le parti des trois derniers présidents, ne souhaitaient pas voir Goodluck Jonathan, lui-même membre du PDP, accéder à la présidence. Cela tient à une raison historique qui veut que traditionnellement le poste soit attribué alternativement à une personnalité politique du Nord puis du Sud. Or Jonathan, du Sud, est arrivé au pouvoir à la faveur du décès de Yar'Adua, du Nord, qui n'a donc pas pu finir son mandat. Certains au sein du PDP ont estimé que la présidence devait donc revenir à un homme politique du Nord.
Quelles peuvent être les clés d'une sortie de crise ?
Pour Jonathan, il s'agirait d'entrer dans des négociations directes avec Boko Haram. Le gouvernement a envoyé ses forces spéciales, la Joint Task Force, pour mater la secte islamiste. La réponse du pouvoir a été elle aussi très violente. Mais c'est une façon de vouloir résoudre le problème uniquement par la voie militaire. Jonathan peut par ailleurs compter sur le soutien d'un certain nombre de pays occidentaux comme la France ou les Etats-Unis. Il a été mieux élu que ses prédécesseurs et a beaucoup contribué au départ de l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, ce qui lui confère une grande légitimité aux yeux des Occidentaux.
Qu'en est-il des liens de Boko Haram avec d'autres groupes islamistes radicaux ?
Il est pour l'instant très difficile d'établir la réalité des liens de Boko Haram avec Al-Qaida au Maghreb islamique ou les shebabs en Somalie. Si ces violences m'apparaissent avant tout comme relevant de problèmes politiques et économiques nationaux, les Etats-Unis par exemple envisagent le cas de Boko Haram principalement comme un mouvement terroriste à tendance religieuse et à visées régionales. Le dernier rapport du Congrès (en pdf) sur la secte rendu public en décembre et décrivant Boko Haram comme une menace émergente pour les intérêts du Nigeria et des Américains montre bien cette inquiétude.
Propos recueillis par Simon Piel
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Congo : sauver les élections
A propos des élecions au Congo, Lu pour vous sur le site International Crisis Group
http://www.crisisgroup.org/fr/publication-type/communiques/2011/africa/dr-congo-saving-the-elections.aspx
Congo : sauver les élections
Kinshasa/Nairobi/Bruxelles | 8 déc. 2011
Une semaine après les élections présidentielles et législatives, la République démocratique du Congo (RDC) est confrontée à une crise politique qui pourrait replonger le pays dans la violence. Les résultats provisoires, attendus aujourd’hui, risquent de déclencher des manifestations de l’opposition, qui peuvent susciter à leur tour une répression sévère des forces de sécurité congolaises et enclencher une spirale de violence. Afin d’éviter ce scénario, les autorités congolaises doivent adopter des mesures urgentes pour qu’un résultat relativement représentatif émerge d’un processus électoral défectueux. Les Nations unies, l’Union africaine (UA) et l’Union européenne (UE) doivent travailler ensemble pour proposer une médiation entre les dirigeants congolais afin de trouver une issue à la crise.
La semaine dernière, des dizaines de millions de Congolais ont voté lors des secondes élections depuis la fin de la sanglante guerre civile. Le scrutin constitue l’aboutissement d’une année de préparation tendue, caractérisée par un déséquilibre politique favorable au président en exercice Joseph Kabila. Des modifications constitutionnelles ont mis fin à l’élection présidentielle à deux tours, ce qui a éparpillé le vote de l’opposition incapable de s’unir derrière un candidat unique. Des fidèles du pouvoir ont été nommés à la commission électorale et à la Cour suprême, en charge du contentieux électoral. Malgré des disparités dans l’enrôlement des électeurs, les partis de l’opposition et les observateurs n’ont pas pu examiner la liste électorale. Les médias contrôlés par l’Etat ont battu le rappel pour le président. Néanmoins, Joseph Kabila, largement moins populaire que lors de sa victoire en 2006, a fait face à une rude compétition, notamment de la part du vétéran de l’opposition Etienne Tshisekedi. Avec la présence d’un autre candidat, Vital Kamerhe, menaçant de rafler les voix de Kabila aux Kivus – voix qui ont été cruciales pour sa victoire il y a cinq ans – la réélection du président sortant est loin d’être assurée.
Le scrutin a été marqué par une gestion chaotique, des violences localisées et des fraudes ont été signalées – intimidation des électeurs, bourrages d’urnes, etc. Prévu pour le 28 novembre, le vote a été prolongé de deux jours parce que le matériel nécessaire est arrivé en retard et la confusion régnait dans les listes électorales. Les observateurs internationaux, y compris ceux de l’Union européenne et du Centre Carter, ont signalé des irrégularités très répandues – mais puisque peu d’entre eux se sont aventurés en dehors des villes principales, ils ont probablement manqué les abus les plus grossiers.
Le décompte a été aussi chaotique que le vote, et dangereusement opaque. Les critères pour invalider les bulletins de vote ne sont pas clairs, et Kinshasa – un fief de l’opposition – semble être particulièrement concerné. Le refus de la commission électorale de publier les résultats par bureaux de vote, ce qui permettrait aux partis d’opposition et aux observateurs de les vérifier dans le détail, est particulièrement révélateur. Les irrégularités du jour du scrutin sont un sérieux problème ;l’impression que les résultats sont falsifiés à huis clos serait un désastre.
L’infortune électorale du Congo reflète une absence de progrès au niveau démocratique et institutionnel depuis 2006. Mais elle résulte également du faible engagement africain et international. Malgré des violations des droits de l’homme lors de la campagne, rapportées par le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme, la mission de l’ONU, la Monusco, s’est montrée peu disposée à critiquer ouvertement le gouvernement et les autorités électorales. Elle s’est aussi apparemment abstenue de proposer les bons offices prévus dans son mandat du Conseil de sécurité ; un rôle pourtant crucial compte tenu de la méfiance de l’opposition à l’égard des institutions congolaises. Les bailleurs de fonds également – particulièrement l’UE et le Royaume-Uni, qui ont en partie financé le scrutin, et les Etats-Unis – ont largement échoué à empêcher le renforcement du pouvoir de Kabila.
Une lourde atmosphère pèse désormais sur Kinshasa. A la veille des élections, la répression des forces de sécurité contre des manifestants de l’opposition a entrainé, selon Human Rights Watch, dix-huit morts et plus d’une centaine de blessés. Pendant le scrutin, les autorités se sont heurtées aux militants de l’opposition dans les provinces du Kasaï et du Katanga, alors que des violences sporadiques ont été signalées dans d’autres régions, caractérisées notamment par la destruction du matériel électoral et des électeurs empêchés de se rendre aux urnes. L’arrivée des renforts de la garde présidentielle dans les camps militaires aux abords de la capitale et le renvoi de certains officiers n’augurent rien de bon. Les deux camps peuvent facilement mobiliser des milices et des groupes de jeunes armés.
Durant le weekend, des milliers de Congolais auraient traversé le fleuve pour se rendre au Congo-Brazzaville voisin, redoutant la violence. Des rumeurs de distribution de machettes, une mobilisation des gangs et une lourde présence des forces de sécurité entretiennent une atmosphère de paranoïa dans la capitale. Les dirigeants de l’Eglise catholique au Congo, qui a déployé quelque 30 000 observateurs – plus que tout autre groupe – durant le scrutin, ne publient pas leurs conclusions, craignant qu’elles n’attisent les tensions. Durant le weekend, l’évêque Nicolas Djombo a décrit la situation comme étant « un train allant droit dans le mur ». Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), pendant ce temps, a déclaré qu’il suivait de près la situation en RDC.
Les résultats provisoires de la commission électorale, censés être publiés rapidement, vont sans doute placer Kabila en tête du scrutin. Mais compte tenu de la crédibilité entamée de cette institution et de l’ampleur des irrégularités, ces résultats ne risquent pas d’inspirer la confiance. L’opposition risque de les rejeter d’emblée. La Cour suprême doit résoudre les différends, mais puisqu’elle est également composée de proches du pouvoir, les perdants vont probablement chercher à exprimer leurs griefs dans la rue. Il est difficile d’anticiper l’ampleur de la violence : des affrontements risquent d’éclater à Kinshasa mais aussi dans d’autres régions, particulièrement dans les fiefs de l’opposition comme le Kasaï oriental, où le gouverneur a déjà déclaré l’état d’urgence, le Kasaï occidental, le Sud-Kivu, Lubumbashi, et l’Equateur. Des divisions au sein de l’armée ne doivent pas être exclues.
Une action internationale et régionale d’urgence est nécessaire pour sauver les élections et persuader les dirigeants congolais de s’abstenir de recourir à la violence. Ces deux tâches ne s’annoncent pas faciles. Les défaillances techniques considérables et les manipulations délibérées du scrutin réduisent la possibilité de connaitre les véritables résultats tandis que le contrôle des institutions par le régime réduit la possibilité pour les élites de résoudre pacifiquement les différends. Alors qu’une fébrilité croissante gagne Kinshasa, les deux candidats en tête semblent peu enclins à s’adresser la parole et encore moins à accepter la défaite. Cependant l’adoption des mesures suivantes présente un espoir de sortie de crise :
- La commission électorale doit compter les bulletins de vote de manière transparente, dans le respect de la loi congolaise et en présence d’observateurs locaux et internationaux – et elle doit annoncer publiquement qu’elle va le faire. Elle doit publier les résultats de chaque bureau de vote, pour permettre une vérification indépendante, pour l’élection présidentielle comme pour les législatives qui sont désormais quasiment oubliées.
- Les autorités doivent expliquer clairement comment les partis politiques et les observateurs ont la possibilité de contester les résultats de chaque bureau de vote. Les bureaux qui ont fourni des résultats douteux ou ceux où les observateurs ont signalé des irrégularités doivent faire l’objet d’enquêtes rigoureuses – encore une fois, en présence d’observateurs internationaux – avec des critères clairs à appliquer pour l’invalidation des bulletins. La possibilité de voter doit être offerte aux électeurs des régions où le scrutin n’a pas pu avoir lieu.
- Tous les dirigeants congolais doivent éviter les discours haineux. Etant donné que les manifestations vont sans doute devenir violentes, les dirigeants de l’opposition ne doivent pas appeler à manifester après l’annonce des résultats.
- Si des manifestations ont lieu, les forces de sécurité doivent s’abstenir de faire usage d’une force excessive – et des instructions claires doivent être émises par les chefs militaires et de la police et le président. Toute violence doit faire l’objet d’une enquête par des organisations de droits de l’homme congolaises et internationales, ainsi que, si cela est approprié, par la CPI.
- L’ONU, l’UA et l’UE doivent envoyer immédiatement une médiation de haut niveau entre les parties. Un accord de partage du pouvoir n’est pas souhaitable ; en revanche, compte-tenu de la défiance à l’égard des institutions électorales. Les médiateurs doivent explorer des options pour un mécanisme alternatif de règlement du contentieux électoral ou pour une supervision indépendante des mécanismes existants – éventuellement sous les auspices de l’UA et avec un soutien international. Ils doivent également trouver un moyen d’éviter une crise constitutionnelle puisque le mandat de Kabila expire cette semaine.
- Pendant ce temps, l’ONU, les bailleurs de fonds et les dirigeants régionaux doivent éviter les déclarations qui légitiment des résultats contestables et détruisent le peu de crédibilité qui leur reste au Congo. Ils ne peuvent pas accepter les défaillances électorales. Aucun dirigeant ne doit être félicité tant que tous les différends électoraux ne sont pas résolus.
- L’ONU doit déployer des casques bleus supplémentaires dans les provinces de l’Ouest et à Kinshasa, sinon elle risque d’échouer à remplir son mandat de protection des civils. Un bain de sang dans la capitale d’un pays hôte de la plus large opération de maintien de la paix des Nations unies est impensable.
Au-delà du danger immédiat que représentent le rejet des résultats et l’escalade de la violence, l’existence d’un président ayant un mandat illégitime pose une menace sérieuse pour la paix et la sécurité dans le pays. Seul un dirigeant dont les Congolais sont convaincus qu’il a été élu librement est à même de résoudre les multiples problèmes du pays. Les perdants exclus de la vie politique peuvent facilement prendre les armes, comme en République centrafricaine ou au Burundi voisins. La crise d’aujourd’hui n’aura pas surpris les observateurs du Congo, puisqu’elle résulte du désengagement discret mais réel des acteurs régionaux et internationaux ces dernières années. Ils doivent désormais s’engager à nouveau – et rapidement.








