Entretien avec ABORASAMZA   Auteure du blog «  « Mon exutoire » 


Je reprends mon idée d’entretien avec les différents blogueurs Africains ou Afrodescendants, cela afin de mieux faire connaître leur travail aux uns et aux autres.

Ma première invitée  pour cette année 2010 est Aborasamza auteure du blog  "Mon Exutoire". 

 

Le Pangolin : Derrière le blog  « Mon exutoire » qui est Aborasamza une africaine ou une occidentale ?

Aborasamza : Aborasamza est une africaine, je l’ai évoqué plusieurs fois sur mon blog je crois.

Camerounaise, vivant au Cameroun. Je n’ai même jamais quitté mon pays 

 

Le Pangolin : A  la différence de la plupart des blogs tenus par les Africains, vous avez choisi de parler de l’imaginaire érotique en plus d’être femme surtout si l’on sait combien la thématique est délicate ?

Aborasamza : Je ne parle pas que d’érotisme dans mon blog, je parle de moi, ce que je ressens, ce que je vis, ce que j’ai envie de partager. Le sexe, fait partie des tribulations de la  vie, de MA vie, alors j’en parle


Le Pangolin : Vos textes sont-ils de la fiction ou bien de la réalité ?

Aborasamza: Tout ce que j’écris est réel, peut-être que le ton est romanesque je ne sais pas, c’est mon vécu et mon ressenti. Même mes poèmes sont inspirés de la réalité. Pour moi l’écriture est un mode d’expression, un exutoire. 

  

Le Pangolin : Quand vous abordez ouvertement les thèmes la felation et du cunilingus, je vous cite :  je sentais sa bite au plus profond de mon vagin et il voulait le sentir le fond de mon vagin! et quand il me léchait...ah lala! J'ai le clito hyper sensible, un petit frôlement et c'est l'extase. Ou encore …ET J'ai toujours surpris les mecs au lit par mes talents de suceuse et j'adore voir leur tête quand sans qu'il s'y attendent (surtout la première fois), j'attrape leur bite et je commence à m'amuser avec. J'ai tellement bien sucé E 

Ne craigniez vous pas de choquer ? Ce ne sont pas les coutumes africaines un homme faire du cunilingus ou bien une femme faire de la félation, c’est occidental ça ?


Aborasamza : Vous savez, je suis quelqu’un de très pudique, je dis sur ce blog des choses que je ne dirais jamais à découvert. Le texte que vous citez à été écrit dans état que je qualifierais presque de « transe », j’avoue même que quand je me suis relue, j’ai moi-même été choquée. Mais je tenais absolument à le publier parce que tout compte fait je l’avais écrit. Tout ce que je dis est vrai. Les africains peuvent le cacher mais la fellation et le cunnilingus ils les pratiquent, mais sont peut-être trop pudiques pour l’avouer. A la différence de l’occidental, l’africain se soucie beaucoup de son image, du « qu’en dira-t-on ». Beaucoup vont vers les prostituées ou les étudiantes justement parce que leur femme refuse de leur faire quelques gâteries. La fellation et le cunnilingus sont occidentaux certes, mais le baiser sur la bouche avec la langue ne l’est-il pas ?

 

Le Pangolin : En écrivant cela pensez-vous faire du féminisme à l’africaine ? Car le mouvement feministe occidental « Avec plus ou moins ses excès, est ce vaste mouvement social, politique, culturel, intellectuel, de la lutte contre la phallocratie dans tous les sens du mot. Donc le droit aux femmes de parler sexe sans tabous.

Aborasamza :  du féminisme à l’africaine ? Suis-je féministe ? A vrai dire je ne me suis jamais posé la question. Je suis une jeune femme, qui vit dans un monde où les femmes sont éduquées, programmées pour être de bonnes épouses, de bonnes mères. Si une jeune femme ne sait pas faire la cuisine, elle est perdue car quel homme voudra d’elle ? Si elle fait de longues études et obtient un travail valorisant, elle frustre les hommes. Oui en tant que femme dans ce pays j’ai tout intérêt à être féministe. Mais avant d’être une femme je suis d’abord une personne. Et sur mon blog, j’en parle d’abord en tant que personne. 

 


Le Pangolin : Cette façon libre de parler du sexe, pour vous relève –t –elle de quel postulat ? N’est-ce pas de l’exibhitionisme du moi à la mode occidentale contrairement aux coutumes africaines pour qui la sexualité relève de l’intimité  personnelle et donc à ne pas exposer.

Aborasamza : Avant d’être des africains, ne sommes nous pas des personnes ? Oui nous avons nos traditions, nos coutumes, nos habitudes. Mais nous avons des besoins aussi. Pour tout vous dire moi j’en ai un peu marre que l’africain se cache toujours derrière ses traditions et fasse semblant d’être une personne qu’il n’est plus aujourd’hui. Malgré tout et malgré nous, nous évoluons, le monde évolue. L’Africain d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier. Je suis une jeune africaine, vivant en Afrique et mal dans sa peau. Je suis une personne, vivant sa vie et mal dans sa peau. Si m’exhiber me fait me sentir mieux, je continuerais. Est-ce que tout cela est lié au fait que j’ai grandi dans cet environnement ? Peut-être bien. Mais moi j’y suis toujours. Pour moi c’est juste la vie, pas la vie d’une africaine, la vie tout simplement. 

 


Le Pangolin : Est-ce qu’il vous a été difficile d’écrire  comme vous le faites ?

Aborasamza : Difficile d’écrire ? Non. Il m’est difficile de ne pas écrire. J’ai eu une grande passion pour la lecture. Je dis souvent que la lecture ma sauvée. J’ai commencée à me rêver écrivain, j’ai écrit quelques nouvelles au lycée, j’ai risqué ici et là des poèmes. Mais ce sont les « Paroles » de Jacques Prévert qui m’ont confirmés mon amour des mots. Sans oublier ma compatriote Calixthe Beyala qui m’a fascinée. J’ai dû écrire des centaines de poèmes dans ma vie, nés de toutes ses émotions qui bouillonnent en moi, j’ai essayé quelques nouvelles. Mais tout ce que j’écris SORT de moi, tout simplement. 

 


Le Pangolin :  : La femme Africaine aurait tendance à vivre sa sexualité selon le modèle occidental, qui serait elle à l’opposé de la façon africaine qui est elle de célébrer le corps et la beauté de la femme dans ce qu’elle a d’érotique, parce que les pagne africain avec ses couleurs et son côté moulant mettrait plus en valeur le corps de la femme quelle soit sa taille au contraire de la jupe et du pantalon qui  demandent exclusivement des corps plats.

Ma question est de savoir est-ce que la femme africaine ne perd elle pas en adoptant le modèle occidental ?

Aborasamza : Je ne vais pas le cacher, nous sommes très influencés par la mode occidentale, certains en parcourant mes pages, verront que j’adore la mode, mais la mode en général. J’ai également un talent inné en design de mode et en couture (je n’ai encore malheureusement pas exploré en détail cette autre facette de moi dans mon blog). Dans mes créations, j’ai toujours mis en avant l’Afrique, mais en y apportant une touche de la mode occidentale. Le tout c’est de prendre ce qui est bon de chaque côté et de le mettre ensemble. Je pense que rien ne rend une africaine plus belle que lorsqu’elle porte un pagne avec un foulard bien noué sur la tête. Non, l’africaine ne risque pas de se perdre dans la mode occidentale. Nous avons en nous ce côté occidental mais ne nous l’assumons pas encore. Sinon, pourquoi choisirais-je d’écrire tout ceci en restant dans l’anonymat ? En outre je voudrais ajouter que je suis fière, oui très fière d’être une africaine. Je suis fière de mes belles courbes, mes grosses fesses, mes grosses cuisses, mes hanches larges. C’est la beauté de la femme noire. Je suis aussi fière parce que je vis dans mon pays le Cameroun, malgré toutes les difficultés. Et j’espère qu’à travers ce blog je pourrais faire comprendre aux africains qu’une vie normale est possible chez eux, et aux occidentaux que malgré tout ne nous se sommes pas aussi différents d’eux.

 

Signification de Aborasamza : Aborasamza est un mot de mon dialecte qui signifie : « il soulève, il secoue », c’est le nom qu’on donne à la friperie car les vendeurs soulèvent les vêtements et les rejettent en les secouant. C’est aussi le nom qu’on donne aux femmes frivoles ! Mais je n’en suis pas une hein !