LIBREVILLE - Le principal porte-parole de la société civile au Gabon, Marc Ona Essangui, s'est vu refuser vendredi sa sortie du territoire gabonais alors qu'il était attendu à New York pour une conférence sur la transparence des contrats, a-t-on appris dimanche auprès de lui.

"C'est insensé, absurde. On ne me reproche rien de concret. Il n'y a pas de papier... Mais je ne peux pas partir. C'est du harcèlement", a affirmé Marc Ona, coordinateur de Publiez ce que vous payez (PCQVP) et Environnement Gabon, deux importantes coordinations d'associations.

Il était invité le 12 juin par Revenu Watch Institute à New York, où il devait tenir une conférence sur "la transparence des contrats en Afrique et notamment au Gabon".

"Le ministère de l'Intérieur m'avait informé il y a ne semaine qu'on m'empêcherait de sortir du pays mais sans me donner de motif ni de document le justifiant. Je me suis rendu à l'aéroport avec une trentaine de personnes, notamment des syndicalistes et des membres d'ONG", a affirmé Marc Ona Essangui.

"Alors que j'allais embarquer", a-t-il ajouté, un policier "m'a dit qu'il avait reçu un coup de fil du ministère et qu'il ne pouvait pas me laisser partir". "C'est absurde, regardez mon passeport", ajoute M. Ona, brandissant son document sur lequel figure un tampon de sortie daté du 6 juin.

Joint au téléphone, le ministre de l'Intérieur Andre Mba Obame a confirmé que M. Ona était interdit de sortie du territoire. "Nous lui avons notifié il y a plus d'une semaine, a-t-il dit. Mon chef de cabinet s'est déplacé personnellement pour le voir".

Le ministre, qui n'était pas à Libreville, n'a toutefois pas voulu expliquer "au téléphone" les motifs de cette interdiction.

M. Ona a indiqué qu'il étudiait la possibilité de porter plainte. "De toute façon, a-t-il jugé, c'est une mesure idiote: s'il le faut, je donnerai ma conférence par internet ou vidéo."

Une trentaine d'ONG et de syndicats ont condamné l'interdiction de sortie dans un communiqué: "Cette attitude ubuesque, rétrograde, en violation flagrante des droits de l'Homme et des libertés fondamentales constitue une menace grave (...) pour le citoyen mettant en péril la paix civile au Gabon".

"Le ministre de l'Intérieur n'en est pas à sa première tentative de brider ou briser toute activité liée aux droits de l'Homme, à la vie syndicale et associative", ajoute le communiqué.

La tension monte depuis plusieurs mois entre Andre Mba Obame et les représentants de la société civile. Le ministre, qui estime que les ONG dépassent leur rôle en se mêlant de politique, avait notamment suspendu leurs activités pendant une semaine en janvier pour ce motif.

De nombreux observateurs politiques estiment que les ONG représentent la seul "vraie" opposition au Gabon.

Sources : (©AFP / 08 juin 2008 20h29)    http://www.romandie.com/ats/news/080608182923.zwm3p27i.asp