Malgré l´amélioration du dispositif législatif et institutionnel, les pratiques discriminatoires à l´égard des femmes subsistent en Mauritanie, ont constaté aujourd´hui les experts du Comité sur l´élimination de la discrimination à l´égard des femmes. Ces vingt-trois experts indépendants examinaient pour la première fois dans quelle mesure la Mauritanie respectait ses obligations au titre de la Convention CEDEF*, véritable Charte des droits de la femme.

La réserve de portée générale de la Mauritanie à l´égard de la Convention a été dénoncée par de nombreux experts. En effet, l´État ne reconnaît pas les articles de la Convention CEDEF qui seraient en contradiction avec la Charia islamique et la Constitution mauritanienne. Pour l´expert des Pays-Bas, cette réserve générale n´est pas conforme à l´article 28 de la Convention CEDEF qui précise qu´une réserve n´est pas autorisée si elle est incompatible avec l´objet et le but de la Convention.

Les experts ont déploré la persistance des mutilations génitales féminines, du « gavage » des filles pour des considérations esthétiques, de la polygamie et de l´esclavage qui devraient faire l´objet d´une action politique plus soutenue. Ils ont ainsi engagé la Mauritanie à promouvoir des changements culturels afin de modifier l´image traditionnelle et stéréotypée dont souffrent leurs citoyennes et de supprimer ces pratiques. Souvent analphabètes, les femmes ignorent leurs droits, ont aussi souligné nombre d´experts.


Les experts ont aussi exprimé leurs préoccupations quant à la santé génésique des femmes, et plus particulièrement de celles vivant en milieu rural qui ont un accès limité aux soins prénataux et ne bénéficient d´aucun suivi post-natal. Seuls 5% des Mauritaniennes ont recours à une méthode contraceptive. Dans l´ensemble du pays, seuls 59% de femmes accouchent en présence de personnel médical. Le taux de mortalité maternelle est également l´un des plus élevés de la sous-région, soit 750 décès pour 100 000 naissances vivantes.


Les experts ont aussi relevé le taux de fécondité élevé des Mauritaniennes, soit 5,6 en 2005 selon l´UNICEF, l´experte de Cuba soulignant la nécessité d´espacer les naissances afin de préserver la santé des femmes. La prévention et la lutte contre le VIH/sida doivent également être une priorité, les efforts en ce domaine restant insuffisants, a-t-elle estimé.

Autre sujet de préoccupation évoqué, la paupérisation des femmes des milieux ruraux. Ainsi, selon le rapport de la délégation, 64,1% des femmes cheffes de foyer en milieu rural vivent en dessous du seuil de pauvreté, cette précarité étant accentuée par le plus faible niveau d´éducation des femmes cheffes de ménage par rapport aux ménages dirigés par un homme.

Les experts ont toutefois salué les efforts entrepris dans le domaine de la représentation politique. Ainsi, l´introduction d´un quota de 20% de femmes pour la constitution de listes électorales aux élections communales et législatives représente un progrès, mais qui doit être poursuivi.


La prochaine réunion du Comité aura lieu vendredi 1er juin.

* Convention sur l´élimination de toutes les formes de discrimination à l´égard des femmes.

Source APA