24 octobre 2010

La Venus noire hottentote

venus_noire_hottentote

 

L'affiche du film à voir absolument 

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20 juillet 2010

Définition du Colonialisme

Colonialisme

Définition du colonialisme


Etymologie : du latin colonia, venant de colere, cultiver. Etymologiquement une colonie est une population qui s'installe sur une terre lointaine pour y cultiver la terre et pratiquer son culte.

Le colonialisme est une doctrine politique qui préconise ou cherche à justifier l'exploitation d'une colonie, d'un territoire ou d'un Etat par un Etat étranger. La souveraineté que le pays colonisateur exerce sur sa colonie se traduit par une domination politique (mise en place d'une administration, d'un gouverneur...), militaire et une exploitation économique au détriment des populations locales. 

L'expansion des pays colonisateurs s'effectue sur des territoires moins développés ou militairement plus faibles. Les motivations du colonialisme peuvent être variées :
  • Accaparer des ressources naturelles, des matières premières.
  • S'assurer de nouveaux débouchés en cas de surproduction.
  • Disposer d'un espace de peuplement, lorsque le pays colonisateur apparaît trop étroit.
  • Contrôler des routes commerciales et assurer leur sécurité.
  • Empêcher l'expansion de puissances concurrentes.
  • Disposer de bases militaires avancées à des emplacements stratégiques.
  • Accomplir une "mission civilisatrice" (voir ci-dessous).
Les grandes puissances coloniales comme la France, l'Angleterre, la Belgique, l'Espagne, le Portugal ont longtemps considéré qu'il était de leur devoir, en tant que pays civilisés de race blanche, d'aller "apporter la civilisation à des races inférieures". Depuis la Seconde Guerre Mondiale, le colonialisme est perçu négativement car il s'oppose au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes

Le colonialisme antique, grec notamment, se distingue du colonialisme moderne (depuis le XVIe siècle) par un essaimage de colonies autonomes, mais porteuses de la culture de la métropole, alors que dans ce dernier l'exploitation de la colonie se fait surtout au profit de la métropole.

Le colonialisme est une forme d'impérialisme


Source : www.toupie.org

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09 juillet 2010

Afrique-France : Un ancien ambassadeur au Sénégal parle

Politique

Le ministère des Affaires étrangères en ébullition

Court-circuité sur les dossiers africains, pris en étau par les coupes budgétaires, le Quai d'Orsay ne cache plus sa crise. « C'est un ministère sinistré », accuse Jean-Christophe Rufin, ex-ambassadeur à Dakar.

De l'avis de nombreux diplomates, le feu couvait depuis longtemps. Le ministère manque chroniquement de moyens. Ses effectifs ont été réduits de 11 %, de 1997 à 2007, ses moyens financiers de 20 % La rigueur, le Quai d'Orsay n'a pas attendu la crise pour s'y frotter. Mais voilà. Comme dans toute institution, il y a des choses que tout le monde sait et que personne ne dit publiquement. Depuis quelques jours, ce registre a vécu.

Le premier à déchirer le voile du silence, c'est Jean-Christophe Rufin. Médecin humanitaire, écrivain académicien, ambassadeur sui generis. Depuis trois ans, il représentait la France au Sénégal. Dans deux entretiens, à une radio sénégalaise puis dans le quotidien Le Monde, Rufin a mis les pieds dans le plat : « C'est un ministère sinistré, les diplomates sont dans le désarroi le plus total car ils ne se sentent pas défendus. »

« Affaiblissement »

Comme pour doubler la dose, deux anciens ministres sont montés au créneau, toujours dans Le Monde. Alain Juppé et Hubert Védrine tirent la sonnette d'alarme sur les nombreuses restrictions budgétaires imposées depuis longtemps et parlent d'un« affaiblissement disproportionné », à la veille d'un nouveau tour de vis. « L'effet est dévastateur : l'instrument est sur le point d'être cassé », avertissent les deux anciens ministres, l'un de droite, l'autre de gauche. « Tous nos partenaires s'en rendent compte. »

Voilà pour le volet financier. Mais Jean-Christophe Rufin a aussi mis en cause le fonctionnement de la diplomatie française sur les questions africaines. En 2007, fraîchement nommé ambassadeur à Dakar, il espérait un nouveau cours dans les relations France-Afrique. Aujourd'hui, il se déclare déçu et conteste ouvertement Claude Guéant, secrétaire général de l'Élysée, qui gère souvent directement les dossiers les plus sensibles avec les pays africains, au Gabon ou au Sénégal.

Le deuxième réseau diplomatique au monde

Selon Rufin, sur bon nombre de sujets, les décisions échappent totalement au contrôle du ministre, Bernard Kouchner. « Les plus sensibles sont tranchées par Claude Guéant, qui est un préfet et n'a pas une connaissance particulière de l'Afrique », attaque l'ancien ambassadeur. « On n'est jamais trahi que par les siens », a rétorqué hier le ministre, qui avait nommé l'écrivain, ancien membre comme lui de Médecins sans frontières, à la tête de la plus grande ambassade de France en Afrique.

Le porte-parole, Bernard Valero, a rejeté hier l'idée d'une diplomatie en crise. Avec 160 ambassades et un réseau unique d'établissements scolaires, le réseau diplomatique français est, par sa taille, le deuxième au monde, juste après les États-Unis. Derrière les douloureux arbitrages budgétaires, c'est un vrai choixpolitique qu'attendent les diplomates.

Laurent MARCHAND
Source : Ouest France

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10 avril 2010

Aidez-vous, aidez l'Afrique!"

Interview

 Afrique  3 Avril 2010  |  Mise à jour le 9 Avril 2010

Bob Geldof: "Aidez-vous, aidez l'Afrique!"

 

Le chanteur, militant du développement, accuse la France de ne pas être digne de ses engagements et de son passé africain.

 

L’ex-punk qui n’aimait pas les dimanches est devenu l’un des premiers militants du développement en Afrique, animant lONG One, avec son "collègue" Bono, mixant une compétence reconnue et une gouaille popu-irlandaise jamais abandonnée.

Le JDD a rencontré Bob Geldof au Kenya, où il était l’invité dune conférence du Fonds monétaire international.

Déçu par la France, il livre ici un plaidoyer pour l’économie, la politique, et contre la charité et loubli.

"On n’échappe pas à son histoire, et vous, Français, votre histoire est aussi africaine, et vous n’en assumez pas les conséquences. Appelez ça la gueule de bois postcoloniale, ou allez juste vous promener à Barbès, et regardez.

Pour beaucoup dAfricains, Paris est la porte d’entrée en Europe ou en Occident. C’est vrai aussi de l’Angleterre, mais les Français sont plus romantiques! Seulement, le romantisme n’y suffit pas. Il y a de la politique, des engagements, des responsabilités.

Ce n’est pas le sanglot de l’homme blanc ; ce que vous devriez à l’Afrique pour avoir été ses colonisateurs, cela existe: les peuples africains vivent dans des Etats aux frontières imposées par les anciens colonisateurs Mais je parle des engagements contemporains, d’un Etat qui se veut une puissance mondiale et un leader de la régulation.

En 2005, les pays les plus riches de la planète sétaient engagés à doubler leurs aides à lAfrique. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, le Japon lont fait. Seule la France na pas rempli ses obligations - vous en êtes à 13% de vos engagements. Jen ai parlé au président Sarkozy, nous en avons parlé à Christine Lagarde.


"On doit faire de l’économie avec l’Afrique"

 

Ce retard doit être comblé. Vous serez les hôtes du G8 et du G20 lan prochain. Vous allez être très importants pour lAfrique à ce moment-là. Vous devez être dignes de ce statut.

Vous ne pouvez pas vous contenter de faire défiler des armées africaines pour votre prochain Bastille Day, à loccasion du 50e anniversaire des indépendances

Il faut être concret. Vous savez l’être. Je connais bien Michel Camdessus, l’ancien patron du FMI, avec qui jai commencé à travailler sur la dette ; je vois le rôle de la France dans le Fonds mondial de lutte contre le sida. Je sais ce qu’y fait Carla. La France doit être au même niveau sur l’aide au développement. Prenez ça comme le prix à payer en échange du rôle clé dans la régulation. On vous demande 0,51 % de votre PIB, pour respecter la parole, l’honneur et la dignité de l’Etat et du peuple français! Au demeurant, c’est votre intérêt.

Aider réellement l’économie africaine n’atteindra pas votre niveau de vie. Et, au contraire, vous vous ferez du bien. Investir en Afrique, c’est créer des emplois chez nous!

Je voudrais que l’Europe cesse dêtre aveugle à un marché gigantesque.

Entre le sud de l’Espagne et l’Afrique, il y a huit milles! Huit milles entre nous, le continent le plus riche, et le continent le plus pauvre de la planète, et ce décalage est un trésor d’opportunités. Un milliard de personnes qui nous attendent, et nous regardons ailleurs.

Nous sommes à genoux pour entrer en Inde, pour faire du business avec la Chine, et cela va devenir de plus en plus difficile Mais nous laissons l’Afrique? Un milliard d’Africains ne veulent pas de yaourts Danone, de grands vins, ou des eaux françaises? Ils ne veulent pas consommer comme nous? Ils ne veulent pas nous exporter des produits qu’ils fabriqueraient?

On doit faire de l’économie avec l’Afrique. Pour l’instant, on en est encore à une conception étriquée de l’aide qui en réalité est convertie en bons d’achat de produits français, par exemple. Il faut faire le pari du développement, et encourager l’économie et la production.

Notre énergie viendra de l’Afrique, nos marchés, notre richesse future. La corruption, l’instabilité, les guerres ne sont pas des excuses: elles viennent de la pauvreté, qui est le problème structurel de l’Afrique et sera résolu dans le développement. Les Africains se bougent déjà tout seuls, ils ne nous attendront pas

Je ne crois pas à la charité ou à la compassion pour résoudre les problèmes de la planète: je crois à la politique et à l’économie. C’est ce que je nous demande."

 

Propos recueillis par Claude Askolovitch - Le Journal du Dimanche

Samedi 03 Avril 2010

Source : http://www.lejdd.fr 

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23 mars 2010

2008-2010 : Dérives dictatoriales en Françafrique...

2008-2010 : Dérives dictatoriales en Françafrique...

Si pendant plusieurs dizaines d’années, la France a placé des dictateurs affidés à la tête de ses anciennes colonies africaines, procédant selon les cas par l’assassinat des dirigeants élus ou par l’organisation de coups d’États militaires, la situation a nettement évolué ces dernières années.

Au cours des années 90, le nouveau contexte international (chute du mur de Berlin, discours de La Baule, développement du multipartisme) a poussé les dictateurs africains à faire quelques efforts de démocratisation de façade. Mais à l’exception de certains pays qui sont parvenus à instaurer une véritable démocratie, aidés en cela par le faible intérêt qu’ils présentaient pour l’ancienne puissance coloniale en termes de ressources naturelles (comme le Mali, ou encore le Bénin), la plupart sont restés sous la coupe de dirigeants autoritaires et corrompus que la France continue à soutenir bon gré mal gré, mais de manière moins grossière.

Pour ce faire, les validations, voire les soutiens logistiques à l’organisation d’élections truquées ont peu à peu remplacé les coups de force et les escouades de mercenaires. Sur ce plan, les premières années du mandat du président Nicolas Sarkozy ont été marquées par un silence complaisant, voire parfois par un soutien affiché à l’égard d’un certain nombre de graves reculs de la démocratie en Afrique.

Le soutien systématique de la France aux réélections frauduleuses des dictateurs historiques du continent

En terres africaines, la France se distingue par son soutien à des processus électoraux pour le moins douteux, notamment dans des régimes autoritaires où les scrutins visent non pas l’exercice de la souveraineté populaire, mais le maintien en place et la légitimation de l’oligarchie au pouvoir.

Dans ce cas de figure, les conditions minimales nécessaires à l’organisation d’un scrutin régulier et transparent sont rarement réunies, ce qui pousse l’opposition à refuser de prendre part à ces mascarades, quant elle n’est pas arbitrairement exclue du processus électoral (arrestations massives, refus de validation des candidatures pour des motifs fallacieux etc.). Mais la France ne semble pas s’embarrasser de ce genre de « détails ».

Ainsi, en Algérie ou en Tunisie, les scores staliniens respectivement obtenus par Abdelaziz Bouteflika en avril 2009 et Zine El Abidine Ben Ali en août de la même année, tous deux réélus à la tête de leur pays avec près de 90% des voix alors que les principaux opposants avaient été empêchés de se présenter ou avaient boycotté le scrutin, n’ont manifestement pas perturbé les autorités françaises. Elles n’ont en effet rien trouvé à redire à ces élections et se sont empressées d’en reconnaître les vainqueurs.

Au Congo-Brazzaville, les nombreuses critiques émanant de l’opposition (dont une partie a également préféré boycotter le scrutin) mais aussi de l’Union Européenne, dénonçant le manque de fiabilité des listes électorales, la partialité de l’appareil administratif, ou encore l’absence de contrôle des urnes, n’ont pas non plus chiffonné la France. Le résultat de la présidentielle de juillet 2009 fut d’ailleurs révélateur de ces conditions d’organisation désastreuses. Car si Denis Sassou Nguesso a eu le triomphe plus modeste que ses collègues maghrébins, il a tout de même obtenu un score douteux de 78 % des voix dès le premier tour.

La France, championne de la légitimation de putschs et de la normalisation de situations d’exceptions

Outre les récurrentes réélections frauduleuses de ces dictateurs inamovibles, la France s’accommode également régulièrement du renversement d’un président légitime et de l’organisation d’une mascarade électorale visant à prendre sa place en toute impunité et en violation flagrante de la Constitution du pays.

Ainsi, au Gabon, l’ensemble des journalistes, opposants, société civile, universitaires, politiques et même responsables du régime de feu Omar Bongo (38 ans de règne à la tête du Gabon), s’accordaient à dire qu’on ne pouvait envisager un scrutin transparent sans, au moins, une révision des listes électorales. Malgré tout, la France a soutenu sans conditions le fils Bongo dans sa course contre la montre pour organiser un scrutin le plus rapidement possible, empêchant ainsi une telle révision, et privant les opposants du temps nécessaire à l’organisation de leur campagne. Le scrutin fut donc organisé dès le mois de septembre 2009, soit à peine trois mois après le décès du dictateur paternel. En outre, ni le choix d’un scrutin à un seul tour, ni les innombrables irrégularités qui ont entaché le vote (bourrages d’urnes, usage de fausses cartes d’électeurs, falsification des procès-verbaux des bureaux de votes), ni le fait que, pour finir, la CENI puis la Cour Constitutionnelle aient validé l’élection d’Ali Bongo (qui serait en réalité arrivé en 3e position) n’ont dérangé outre mesure les autorités françaises...

En Mauritanie, la France n’a rien trouvé à redire non plus au fait que le général putschiste Mohamed Ould Abdel Aziz (auteur du coup d’État contre le président légitime Sidi Ould Cheick Abdallahi en aout 2008) se présente à l’élection présidentielle de juillet 2009, élection pourtant organisée par une administration qu’il a lui-même mise à sa botte via des nominations à de nombreux postes-clés. Ce clan putschiste aux commandes de l’État a ainsi pu truquer massivement les listes électorales et gêner considérablement le gouvernement d’union nationale chargé d’organiser le scrutin. En outre, la diplomatie française a exercé une pression non négligeable pour pousser l’opposition mauritanienne à participer à un scrutin ne remplissant pourtant aucun des critères élémentaires d’équité et de transparence. La France s’est en effet arrogé le rôle de leader au sein du Groupe International de Contact sur la Mauritanie, amenant ses partenaires à soutenir son souhait d’organiser très rapidement une élection présidentielle (dans des délais inférieurs aux minimums prévus par la Constitution mauritanienne) malgré les mauvaises conditions du scrutin évoquées plus haut.

Madagascar, les autorités françaises jouent à peu après le même jeu en soutenant le putschiste Andry Rajoelina (auteur en janvier 2009 d’un coup d’État contre le président démocratiquement élu Marc Ravalomanana), y compris lorsque celui-ci sabote les accords qu’il a lui-même signés après avoir négocié avec le président renversé et deux autres parties, sous l’égide de la communauté internationale. Or ce revirement du gouvernement de transition vise vraisemblablement à préparer l’organisation unilatérale d’une présidentielle en 2010. Là encore, la France ne voit visiblement pas d’incohérence à soutenir la candidature d’un putschiste, ce qui entérinerait le coup d’État qu’elle continue pourtant par ailleurs à condamner officiellement.

De la même manière, en Guinée, les autorités françaises furent les premières à légitimer le coup d’État perpétré par le capitaine Moussa Dadis Camara à la mort du dictateur Lansana Conté en décembre 2008. Alors que les militaires avaient annoncé la constitution d’un gouvernement de transition chargé d’organiser des élections dont ses membres seraient exclus, la France ne souffla mot lorsque le militaire putschiste revint sur ses engagements et annonça son intention de se présenter finalement à l’élection... Jusqu’à ce que cette junte irresponsable et criminelle perde toute crédibilité lors des massacres du 28 septembre 2009 qui firent plusieurs centaines de morts dans un rassemblement organisé par l’opposition et la société civile pour protester contre cette candidature, et que le capitaine Dadis soit à son tour victime d’une tentative d’assassinat qui l’écarta du pouvoir, sans doute définitivement.

Enfin, le cas du Niger est également révélateur de l’attitude de la France qui fait bien peu de cas des processus démocratiques en Afrique, tant que ses intérêts économiques et stratégiques y sont préservés. Le Niger abrite en effet d’immenses réserves d’uranium, qui en font le deuxième producteur mondia. Le président français s’y est d’ailleurs rendu en mars 2009, en compagnie de la présidente du directoire d’Areva, Anne Lauvergeon. Au menu des discussions, la signature par le géant français du nucléaire d’un contrat d’exploitation sur 30 ans de la gigantesque mine d’Imouraren.

Or ce pays qui comptait parmi les rares « laboratoires de la démocratie » en Afrique de l’Ouest a finalement été rattrapé par les dérives autocratiques qui menacent les pays africains détenteurs de ressources stratégiques abondantes (uranium, pétrole...). Ces ressources représentent en effet une gigantesque manne financière qui a tendance à aiguiser les appétits personnels des autorités politiques. Ainsi, à l’approche de la fin de son deuxième et dernier mandat autorisé par la Constitution, le président Mamadou Tandja enclenche au début de l’été 2009 un processus visant à se maintenir au pouvoir. Pour ce faire, il tente de faire passer en force une réforme constitutionnelle, finalement adoptée grâce à un référendum considéré comme nul et illégal par l’ensemble des forces d’opposition et de la société civile nigérienne, comme par la communauté internationale.

Pourtant, la France n’a pas semblé perturbée outre mesure par ce coup d’État constitutionnel, tant que les intérêts stratégiques d’Areva était garantis dans ce pays. Le premier partenaire économique du Niger n’a pris aucune sanction économique à son encontre, ni sur le plan commercial ni en termes d’aide au développement. Si la France a condamné pour la forme cette évolution anticonstitutionnelle, certaines déclarations des autorités françaises ont sonné comme une reconnaissance implicite du nouveau régime. Ainsi, suite au référendum illégal organisé par le président Tandja, le Quai d’Orsay a simplement « pris note » des résultats et a appelé à une large participation des forces politiques aux législatives organisées dans la foulée, ce qui fut perçu à juste titre comme un soutien à demi-mot au président, et comme une façon de légitimer la tenue d’élections dont le seul but était de faire croire à un retour de la légalité.

En définitive, le silence et l’inaction des autorités françaises dans cette affaire auront contribué à consolider une situation anti-démocratique qui a finalement conduit au blocage total du pays, dont ni la population ni les partenaires de la CEDEAO n’étaient prêts à accepter la dérive autocratique du président Tandja. Face à une telle paralysie, l’issue n’a pu être trouvée que dans un nouveau coup de force, militaire celui-là, qui vient de déposer le président Tandja. Espérons que les militaires sauront assurer une véritable transition démocratique, comme ce fut le cas en 1999.

Mais qu’on se rassure, la France a immédiatement reçu l’assurance des putschistes que les juteux contrats signés par Areva avec le président déchu ne seraient pas remis en cause !

La nébuleuse des acteurs complaisants avec les dérives dictatoriales

Outre le maintien de bonnes relations bilatérales entre la France et les pays concernés, la caution française apportée à ces mascarades électorales permet de légitimer ces régimes illégaux auprès de la communauté internationale. Pour ce faire, la France s’offre les services de toute une série d’observateurs aussi divers que complaisants. Les autorités françaises donnent d’ailleurs parfois l’impression de participer à une course contre la montre tant elles s’empressent de reconnaître ces élections manifestement truquées.

Des observateurs très spéciaux

Ainsi, en Mauritanie, la très françafricaine Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) n’avait dépêché que 300 observateurs pour contrôler le bon déroulement des élections (dans un pays deux fois plus vaste que la France). Plus préoccupant, cette mission d’observation était pilotée par l’ancien militaire putschiste burundais, Pierre Buyoya. L’onction apportée par ces observateurs très spéciaux conjuguée à la menace croissante du terrorisme islamiste dans cette région permit ainsi l’adoubement rapide du tombeur de la démocratie mauritanienne par la communauté internationale.

Mais le cas du Congo-Brazzaville est encore bien plus scandaleux. Alors que la présidentielle de 2009 était considérée par tous les observateurs comme un scrutin à haut risque, ni l’Union Européenne ni la France n’ont envoyé de mission d’observation officielle. Cependant, un certain nombre de personnalités françaises réunies au sein d’une obscure Coordination des observateurs franco-africains (Cofa) ont tout de même fait le déplacement pour observer le « bon » déroulement du vote, répondant à l’invitation de membres ou d’organes du gouvernement congolais.

L’examen de la composition de cette Coordination est édifiant, tout comme les prises de position de ses membres concernant le déroulement du scrutin. Parmi ces observateurs très spéciaux qui ont arpenté les rues de Brazzaville dans le sillage du président Sassou Nguesso, on pouvait ainsi croiser Jean-Michel Fourgous, député-maire UMP d’Élancourt et président du groupe d’amitié parlementaire France-Gabon (qui représentait d’après lui son homologue du groupe d’Amitié France-Congo), Jean-François Mancel, député UMP de l’Oise, ou encore Lev Forster et Pierre André Gaborit, tous deux avocats à la Cour de Paris.

Cette délégation était emmenée par deux émissaires françafricains de choix : le député européen Patrick Gaubert, président de la LICRA, ancien conseiller de Charles Pasqua, et qui fut notamment accusé par la FIDH d’avoir fait pression sur des familles des disparus du Beach de Brazzaville afin qu’ils abandonnent leurs poursuites contre les autorités congolaises ; et son collègue Jacques Toubon, ancien ministre, fidèle de Jacques Chirac et proche de nombreux dirigeants africains, tout récemment nommé par le président Sarkozy à la tête d’une mission interministérielle chargée d’organiser les « célébrations concertées » du cinquantenaire des indépendances des anciennes colonies africaines de la France.

Alors que le représentant de la Commission européenne sur place Miguel Amado s’était ému des conditions d’organisation du scrutin, estimant notamment que « les corrections apportées depuis le scrutin de 2002 n’[étaient] pas suffisantes », et faisant également remarquer qu’un fichier électoral de 2,2 millions d’électeurs dans un pays de 3,8 millions d’habitants posait question « surtout en Afrique où un grand pourcentage de la population est jeune », tous ces observateurs avertis n’ont pu quant à eux relever la moindre anomalie susceptible de remettre en cause le caractère démocratique de l’élection. Au contraire, ils multiplièrent les déclarations aussi péremptoires que choquantes, affirmant comme M. Fourgous que « l’élection [était] libre » et que « la démocratie fonction[nait] », ou encore comme M. Toubon que ces élections « correspond[aient] à l’état de la démocratie dans un pays comme le Congo », expliquant le fait que « beaucoup d’urnes n’étaient pas fermées » par le fait qu’il était « probablement plus difficile d’avoir des cadenas à Brazzaville qu’à la Samaritaine à Paris » !

Plus grave encore, ces observateurs qui n’avaient pas averti Miguel Amado de leur venue ont pris ce dernier à parti, estimant que ses critiques émanaient d’ « Occidentaux arrogants » vis-à-vis des africains, et réclamant même dans une diatribe publiée dans la presse pro-gouvernementale des « sanctions » à l’encontre du représentant européen !

Le rôle de la diplomatie et de la coopération française

La validation d’élections truquées mobilise également le corps diplomatique français. Les ambassadeurs ne sont en effet pas en reste, comme dans le cas du Congo, où l’ambassadeur de France Nicolas Normand a refusé de s’exprimer sur la présence controversée de ces observateurs français, mais aussi sur les multiples intimidations dont ont été victimes les médias internationaux français comme France 24 et RFI. En revanche, il a lui aussi salué « le bon déroulement et la bonne organisation de l’élection », susceptible selon lui de faire entrer le Congo « dans une ère de stabilité favorable à son développement ».

En Mauritanie, l’ambassadeur de France Michel Vandepoorter n’a quant à lui pas hésité à s’aligner sur les positions des putschistes, en incitant par exemple les partis opposés au coup d’État à participer à des « états généraux de la démocratie », pourtant organisés par une junte militaire...

Enfin, à Madagascar, l’ambassadeur de France Jean-Marc Châtaigner fut pendant longtemps le seul représentant d’un État étranger a avoir des contacts officiels avec les putschistes. Il assista même à une cérémonie de remise de décorations organisée par la junte. Lors des négociations du groupe de contact international sur Madagascar, l’ambassadeur s’est distingué par son activisme diplomatique pro-Rajoelina forcené, face aux autres diplomates européens beaucoup moins enclins à apporter leur soutien à un régime manifestement illégitime.

Outre la diplomatie, la Françafrique s’appuie sur son autre pilier qu’est la coopération. Celle-ci est donc également un bon indicateur de la position française au regard des élections truquées et des changements de régimes inconstitutionnels.

Ainsi, contrairement à l’Union Européenne qui suspend régulièrement sa coopération avec les régimes inconstitutionnels au nom des accords de Cotonou qu’elle a signés avec ses partenaires africains, la suppression des aides financières liées à la coopération française est très sélective. Pour la Mauritanie, il aura notamment fallu attendre le gel des aides américaines et européennes pour que la France fasse de même, avant de reprendre immédiatement ses versements dès la légitimation de l’élection du putschiste Abdel Aziz. En revanche les vannes de l’aide destinée à Madagascar sont restées grandes ouvertes malgré le putsch, à tel point que le département d’État américain a publié à ce propos une déclaration indiquant que la coopération bilatérale avec un « régime inconstitutionnel (…) [lui] posait un problème ». En Guinée, le massacre du 28 septembre 2009 provoqua bien une suspension de l’aide, mais celle-ci fut limitée à la seule coopération militaire. Au Niger, alors que l’Union Européenne avait suspendu son aide et condamné le régime désormais inconstitutionnel du président Tandja, et que le pays était également exclu de la CEDEAO, la France a continué coûte que coûte à verser son aide à son précieux partenaire nigérien. Quant au Congo-Brazzaville, à la Tunisie, et à l’Algérie, la coopération se poursuit bien évidemment comme si de rien n’était...

Le meilleur baromètre de l’attitude françafricaine à l’égard de ces dérives dictatoriales n’est d’ailleurs pas le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, mais bien le secrétaire d’État à la Coopération et à la Francophonie, Alain Joyandet. En effet, le champion de l’humanitaire et des nobles causes semble réduit à un rôle subalterne sur les dossiers africains. A l’exception de quelques déclarations comme celle-ci, à propos de la Mauritanie, qui souligne l’ampleur du décalage entre la vision française et les réalités locales : « le général […] Abdel Aziz [devait] démissionner au moins 45 jours avant l’élection présidentielle s’il souhait[ait] s’y présenter », alors qu’à ce moment, l’ensemble de la communauté internationale et l’opposition mauritanienne s’opposait au principe même d’une élection.

En revanche, son secrétaire d’État à la Coopération Alain Joyandet est un serviteur particulièrement zélé de la Françafrique. Toujours présent aux avant-postes, il est là quand les autres pays occidentaux n’osent pas envoyer de ministre : en Libye pour le quarantième anniversaire de la prise de pouvoir du colonel Kadhafi, en Guinée Conakry où il fut le premier responsable à rencontrer la junte, en Mauritanie pour la cérémonie d’investiture du général Abdel Aziz, au Gabon où il fut le premier officiel étranger à s’entretenir avec Ali Bongo, après être allé se faire adouber par Bongo père à sa prise de fonction, ou encore en Guinée équatoriale où il est allé rencontrer le sanguinaire Teodoro Obiang Nguéma réélu à 97 %...

Alain Joyandet est aussi l’homme des petites phrases qui en disent long, comme l’illustre ce petit florilège : concernant ses visites en Guinée et en Mauritanie, « j’assume ces déplacements voulus par Nicolas Sarkozy » ; à propos du putsch en Mauritanie, « les revendications des militaires (…) ne sont pas toutes illégitimes » ; sur le référendum au Niger, « les premiers résultats (…) ne sont pas contestables » ; ou encore sur les élections au Gabon « la seule chose que [la France] fait dans cette élection, c’est d’aider au déroulement normal des opérations »…

Mais comme beaucoup d’autres membres du gouvernement, Alain Joyandet est avant tout le porte-parole de Nicolas Sarkozy. Il est vrai qu’en Françafrique particulièrement, la tête et le cœur sont toujours à l’Élysée.

L’Élysée, ses émissaires officieux et ses conseillers Afrique

Le président français s’appuie également largement sur « des émissaires officieux » qu’il dénonçait pourtant comme étant « d’un autre temps » lors de sa campagne électorale. Ces individus dont il regrettait alors qu’ils n’aient « d’autres mandats que ceux qu’ils s’inventent » n’ont toujours aucun mandat officiel, mais ne cessent de faire-valoir leur proximité avec Nicolas Sarkozy pour légitimer leur activisme affairiste et diplomatique sur le continent africain.

On se doit de citer ici l’inusable Patrick Balkany, maire UMP de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) et très proche du président français dont il a pris le fils Jean sous son aile. Outre son rôle trouble d’intermédiaire pour le géant français du nucléaire Areva en Centrafrique et en RDC, Balkany s’est distingué par de fracassantes déclarations en faveur des putschistes mauritaniens ou encore guinéens. A propos de l’élection présidentielle en Guinée qui devait mettre fin au gouvernement militaire de transition, celui-ci a ainsi déclaré que « la candidature de Moussa Dadis Camara ne [posait] pas de problème. C’est un citoyen guinéen comme les autres. Ce qui est important, c’est le respect de la forme. La régularité. La transparence des élections. » Peu après ces propos, des centaines de Guinéens se faisaient massacrer pour s’être rendus à un rassemblement visant à protester contre cette candidature...

Mais le plus emblématique des conseillers occultes du président en matière d’affaires africaines est sans conteste l’avocat Robert Bourgi. Celui-ci se présente lui-même comme l’intermédiaire entre l’Élysée et les dictateurs françafricains. Nicolas Sarkozy le décore d’ailleurs de la Légion d’honneur dès son arrivée au pouvoir en 2007, affirmant « pouvoir continuer à compter sur [sa] participation à la politique étrangère de la France, avec efficacité et discrétion ». Parmi les méfaits dont il s’honore, Bourgi s’est notamment vanté d’avoir obtenu, à la demande d’Omar Bongo, la destitution du secrétaire d’État à la Coopération Jean-Marie Bockel, coupable d’avoir voulu « signer l’acte de décès de la Françafrique ». Très en cour au Gabon, Bourgi a activement fait campagne pour le fils Bongo, affirmant qu’Ali Bongo était « le meilleur défenseur des intérêts français ». Soucieux d’être plus explicite, il est allé jusqu’à déclarer au Monde : "Mon candidat, c’est lui. Or, je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy et de manière subliminale, l’électeur gabonais le comprendra "...

En Mauritanie, on l’a également vu participer dans la capitale à la campagne électorale du putschiste Mohamed Ould Abdel Aziz, après avoir introduit les représentants de la junte auprès l’Élysée. A Madagascar enfin, il a dépêché un de ses proches, Patrick Leloup, comme conseiller auprès du putschiste Andry Rajoelina.

Mais Bourgi n’est qu’un avatar de l’éminence grise sarkozienne Claude Guéant, pour qui il a joué à plusieurs reprises l’entremetteur (Mauritanie, Côte d’Ivoire, etc.). Le secrétaire général de la présidence est en effet le véritable successeur de Jacques Foccart : à l’instar de son sulfureux prédécesseur, Guéant a la haute main sur les affaires africaines (mais pas uniquement), et sa politique est claire : « On ne va pas se brouiller avec ceux qui nous rendent de grands services ».

Il a ainsi usé de son influence pour que Kadhafi reçoive le putschiste malgache Andry Rajoelina, après l’avoir lui-même reçu fin janvier 2009.

Claude Guéant a également rencontré à Paris les généraux putschistes mauritaniens à plusieurs reprises. Il a également reçu, à la mi-septembre 2009 (juste avant le massacre du stade), le général Sékouba Konaté, alors n°2 de la junte guinéenne, et qui assure l’intérim à la tête du pays depuis la tentative d’assassinat contre Moussa Dadis Camara, avant de recevoir un ministre du putschiste guinéen quelques jours à peine après les massacres et tandis que les chasses à l’homme se poursuivaient dans Conakry. Il a également reçu Ali Bongo, officieusement bien sûr, suite à l’élection contestée de ce dernier à la tête du Gabon.

Outre ces rencontres parisiennes, Claude Guéant voyage aussi beaucoup sur le continent. Au Gabon par exemple, où encore en Côte d’Ivoire, à propos de laquelle il serait d’ailleurs intéressant de connaître sa position en cette période de tensions liées à la préparation de l’élection présidentielle, surtout depuis le rapprochement Bolloré-Gbagbo...

Mais les signaux les plus forts de ce soutien français furent évidemment apportés par le personnage incarnant la plus haute autorité de la République, Nicolas Sarkozy. Celui-ci s’est ainsi rendu à Brazzaville où sa rencontre avec Sassou Nguesso, alors en pleine campagne électorale, fut perçue comme un soutien sans faille, ce que ce dernier ne s’est d’ailleurs pas privé de souligner. Lors d’un déplacement en Tunisie en 2008, le président Sarkozy assura également le président Ben Ali de sa « confiance totale », saluant d’hypothétiques progrès en matière de droits de l’Homme dans ce pays qui abrite pourtant l’un des régimes les plus policiers du continent. Nicolas Sarkozy fut d’ailleurs l’un des premiers chefs d’État occidentaux à féliciter Ben Ali pour sa réélection, comme il le fit pour l’ Algérien Abdelaziz Bouteflika, pourtant tout aussi peu respectueux de la démocratie que son voisin tunisien.

Concernant le Gabon, la réception d’Ali Bongo par Bruno Joubert, alors conseiller Afrique de l’Elysée, et surtout par le président français dès novembre 2008, fut un signe fort du choix de la France dans la guerre de succession provoquée à Libreville par le décès du patriarche Bongo. L’ordre protocolaire en fut d’ailleurs bouleversé : un simple ministre de la Défense, ce qu’était à ce moment-là Ali Bongo, ayant été reçu au palais présidentiel français, alors même que des présidents en séjour parisien n’y ont pas été accueillis. Le président Sarkozy a d’ailleurs reconnu l’élection d’Ali Bongo avant même que les recours devant le Conseil Constitutionnel gabonais n’aient été examinés... Depuis, l’heureux « élu » enchaîne les voyages à Paris. Il fut ainsi officiellement reçu deux fois à l’Élysée en moins de trois mois (novembre 2009 et janvier 2010), un record !

A propos du coup d’État à Madagascar, le président Sarkozy, tout en le déplorant, précisait qu’« il y a beaucoup de choses à dire sur l’ancien président [Marc Ravalomanana]. » Il est tout de même significatif d’enterrer le président renversé en l’appelant « ancien président », surtout en appuyant sur des griefs dont on ne sait pas de qui ils émanent, sauf peut-être des « intérêts français ». De même, pour sortir d’un coup d’État et résoudre le problème de l’illégalité du gouvernement (selon l’UA) et donc revenir à l’ordre constitutionnel, Nicolas Sarkozy « [a appelé] à des élections le plus rapidement possible » considérant qu’il s’agissait de « la seule façon de sortir de l’imbroglio ». Ou comment entériner le renversement d’un président avec lequel les relations étaient difficiles.

En voyage au Niger en mars 2009, le président français donnait là encore son opinion sur le président nigérien Mamadou Tandja : « C’est lui qui a redonné à la démocratie ses lettres de noblesse dans le pays »... au moment où ce dernier préparait son coup d’État constitutionnel dont les services français, très présents dans le pays, n’ignoraient sans doute rien. Dans la foulée, il justifiait la future inertie française en ces termes : « le Niger c’est un partenaire stratégique absolument essentiel. »

Suite au putsch en Guinée, le président français s’est simplement dit « préoccupé », sans condamner pour autant cette prise de pouvoir par la force. Enfin concernant la Mauritanie, N. Sarkozy enchaîne les mensonges les plus éhontés. En mars dernier, il affirmait ainsi que la France avait été la seule à protester face au putsch, « lorsque le président démocratiquement désigné a été retenu, moi-même je l’ai appelé, moi-même j’ai exigé qu’il soit libéré, mais enfin, force est de constater qu’il n’y a pas eu un député ou un parlementaire qui a protesté et qu’il n’y a pas eu de manifestations ». Outre le fait que Nicolas Sarkozy n’a jamais appelé le président renversé après le coup d’État, la France s’est contentée de faire part de ses préoccupations et d’affirmer suivre avec attention l’évolution de la situation. Le président français sera finalement un des premiers chefs d’État à féliciter Mohamed Ould Abdel Aziz après son élection frauduleuse, alors même que l’UE insistait sur le fait que « les allégations de fraude électorale devraient faire l’objet d’enquêtes appropriées ». N. Sarkozy ne semble donc pas perturbé le moins du monde d’avoir contribué à l’élection d’un nouveau chef d’État illégitime.

Au contraire, lors de ses vœux aux corps diplomatiques, le chef de l’État se vante d’avoir « soutenu sans réserve [un processus] qui a conduit au rétablissement de la légalité, puis à l’élection du président Aziz ».

On a beau être habitué au style décomplexé qui est devenu la marque de fabrique de l’expression présidentielle, on reste tout de même coi face à l’aplomb avec lequel Nicolas Sarkozy assène les contrevérités les plus flagrantes !

 

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08 mars 2010

L'afrique-sortir-de-la-domination-neocoloniale

Lundi 8 mars 2010

Cinquante ans se sont écoulés depuis la soi-disant indépendance des pays francophones. Mais l’Afrique n’a jamais été indépendante et n’est pas prête de l’être. Le plus grand génocide humain s’y prépare dans les 20 années à venir. Tous les continents se réorganisent pour nourrir leurs populations. Seule l’Afrique est à la traîne. Les africains sont dépendants jusqu’au trognon, ils importent plus de 80% de ce qui les fait vivre, quand ils le peuvent. Les dirigeants africains ne se sont jamais préoccupés de l’avenir de leurs peuples tout simplement parce qu’ils ne se sentent pas et ne sont pas des leurs.

 

Depuis les années 60, les africains patriotes, dignes, qui ont voulu mettre debout leur continent ont tous été liquidés ou chassés de leur pays par l’impérialisme français. De Patrice Lumumba, Djamal Abdel Nasser, en passant par Kwame NkrumahAmilcar Cabral, Nelson Mandela, Houari Boumediène, Ahmed Sékou Touré, et jusqu’à Thomas Sankara. Tous ceux-là furent remplacés par ceux qui ont dilapidé et remis les intérêts de l’Afrique à la France , je cite : Félix Houphouët-BoignyLéopold Sédar Senghor, Joseph-Désiré Mobutu, Jean-Bedel Bokassa, Omar Bongo (né Albert-Bernard Bongo)… Toute cette bande de salopards a trahi le peuple africain. Après la mort d’Houphouët-Boigny, on s’est aperçu que toute l’économie ivoirienne avait été dilapidée par ce vieux nègre complexé. Ces soi-disant responsables qui ont géré l’Afrique sont nés français et morts français, la plupart en France même. Rappelez-vous de la mort de Senghor dans le Calvados, humilié et traité comme un moins que rien, après tous les services qu’il a rendu à ses maîtres.

 

Aujourd’hui on entend partout dans les radios des manifestations organisées pour l’indépendance des pays africains, relayées bien entendu par des nègres, peut-être nés en Afrique mais souvent avec la nationalité française en poche comme leurs pères. Mais oui, il suffit d’être noir pour pouvoir facilement parler d’Afrique. On en est encore à ce niveau et c’est ce qui a perdu l’Afrique. Les africains n’ont pas encore compris qu’on ne juge pas l’humain tout simplement sur sa couleur ou son appartenance ethnique. L’humain est bien plus complexe que cela et les africains, depuis leur existence, ont pourtant été bien servis, s’ils n’ont pas encore intégré la leçon, c’est aux camarades progressistes de notre continent de la leur faire comprendre. Patrice Lumumba a été trahi par Mobutu, Thomas Sankara trahi par Blaise Compaoré à la demande d’Houphouët-Boigny sous les ordres de François Mitterrand. Mais oui, chez nous, très souvent, le couteau qui te tue c’est ton frère qui l’aiguise. De Chaka Zulu à Sylvanus Olympio, abattu devant l’ambassade de France à Lomé, attentat commandité par la bande des Jacques Foccart et Robert Pandreau.

 

Comme le disait René Char, « l’homme est capable de faire ce qu’il est incapable d’imaginer ». La solution est simple, dirigeants africains : puisque vous êtes incapables d’imaginer, recopiez tout simplement les autres et vous sortirez votre peuple du gouffre. Gérez votre pays et votre continent, comme les autres gèrent leur pays et leur continent.

 

La situation africaine est plus que préoccupante. L’Afrique est un continent où il n’y a personne, la solidarité africaine n’est pas collective, l’africain lutte individuellement pour son intérêt individuel. S’il réussit, il jette des miettes aux autres, quand et comme il le désire, mais jamais il ne permet à l’autre de se construire, d’être indépendant et libre. Cette situation conjuguée a mené le continent africain là où il se trouve. Et l’humanité peut en témoigner, les trois-quarts des chefs d’Etats et dirigeants africains finissent leurs jours en France. Ils ont leurs maisons en France, leurs comptes bancaires en France, se soignent en France, leurs enfants vont dans les universités de France, alors comment voulez vous qu’avec cet esprit ces gens-là sortent le pays qu’ils gèrent de la misère ? Regardez le cas de M. Diouf, ancien président du Sénégal. Où est-il aujourd’hui ? En tête de l’organisation des pays francophones. C’est indigne et méprisable, ces gens sont sans vergogne.

 

J’attire aussi votre attention sur un fait qui montre à quel point la république française méprise l’Afrique et les citoyens africains. A la veille des élections présidentielles du Togo, rappelez-vous M. Kofi Yamgnagne avait prétendu rendre sa nationalité française pour pouvoir se présenter, la suite, vous la connaissez. Tenez-vous bien, au moment où j’écris ce texte là M. Kofi est revenu en France et je me demande sur quelle base : avec un visa de touriste ? Si tel est le cas il devrait regagner Lomé dans très peu de temps. Dans le cas contraire, il a bien vite obtenu une carte de séjour, et M. Besson, dois alors régulariser tous les sans-papiers  se trouvant aujourd’hui en France. J’ai relu les lois Pasqua, Debré, Chevènement et Sarkozy sur l’immigration, je n’ai en aucun cas rencontré un passage qui permettrait à M. Kofi Yamgnagne, togolais il y a une semaine, arrivé en France il y a moins de 48 heures, d’obtenir une carte de séjour. A moins qu’il n’ait jamais renoncé à sa nationalité française, affaire à suivre…

 

La situation du continent africain va de mal en pis. La gauche française et l’extrême gauche n’ont jamais été au fond du problème pour contribuer à l’émancipation du peuple africain. Ils n’ont fait qu’assistanat et humanitaire à leur profit.

Naïfs ceux qui  croient la belle théorie humanistes que la terre n’a pas de frontière et que les hommes sont tous des frères. Cette théorie n’a jamais concrètement vu le jour. Les droits de l’homme n’ont jamais existé. Finie l’époque du soutien des pays frères dans les luttes de libération nationale, fini le temps du Che, chacun prêche pour sa paroisse, le nationalisme a gagné. Les belles idées du marxisme ne sont qu’une farce. Les 30 dernières années nous ont montré cela dans la pratique. La gauche française a géré les ex-colonies comme l’a fait la droite. Strauss-khan au FMI, Besson, ministre de l’immigration, … la liste est longue. Imbéciles ceux qui croient à la gauche.

Aux anticapitalistes : pensez-vous que régulariser chaque année 80 000 enfants d’Afrique règlera le problème de là où ils viennent ou celui de là ils arrivent. C’est une position grave, opportuniste et politicienne. Depuis 20 ans vous ne faites que reculez l’échéance de la déchéance des immigrés en premier lieu et du peuple africain en particulier. Le problème de l’immigration se règle à la source. Aidez les africains qui sont prêts à déboulonner ces valets de l’impérialisme français qui déstabilisent tout le continent africain. Quand demain, plus de la moitié du peuple africain crèvera de faim, tout le monde sera responsable. Dans moins de trente ans, l’Europe, l’Amérique, l’Asie arriveront tout juste à subvenir aux besoins vitaux de leur peuple. Pendant ce temps,  l’Afrique compte sur l’aide internationale. 

 

J’ai appris avec grand plaisir que la France s’apprête à enlever son armée du Sénégal pour la ramener un peu plus haut au Gabon. Et oui, pétrole oblige, Total et Elf ont besoin de matière première. Comme vous le savez le coup d’Etat au Niger profite à Aréva, encore un intérêt français au détriment du peuple africain.

Pour ceux qui l’ignorent tous les militaires gradés en Afrique, ont été formés à St Cyr. Une double nationalité en poche, ils reçoivent les ordres de Paris. Décidément, l’Afrique a du pain sur la planche. Espérons que le départ des soldats français du Sénégal ne nous prépare pas un coup d’Etat militaire. Qu’après la gestion civile désastreuse du pays la France ne joue pas les prolongations en voulant nous imposer en 2012 un gouvernement militaire. Sachant qu’aujourd’hui, le peuple sénégalais a fait le bilan des cinquante premières années de soi-disant indépendance et désire un changement radical pour les intérêts matériels et moraux de son peuple, la France de Sarkozy, nous prépare, elle, une prolongation. Soyons vigilants, c’est notre dernière chance. Le Sénégal, l’Afrique, a un besoin vital de se redresser dans les 5 prochaines années, sinon, nous disparaîtrons. Cette réalité est claire et sentie par tout un chacun. Ne restez pas assis à compter les étoiles et les nuages. N’attendez l’aide de personne. Levez-vous et construisez votre continent dans le calme et la dignité. Sans déraper sur l’extrémisme. C’est encore possible.

 

Je terminerai ce texte en envoyant un message au-delà, à mes chers papas dont je suis fier, à toi Patrice, Boumediène, Nasser, Nkrumah, Cabral, et à toi mon frère Thomas, depuis votre départ, nous sommes toujours dans la misère humaine et très loin de la sortie du tunnel. Mon vieux Patrice, ce salop de Mobutu qui t’as trahi a fini comme un chien au Maroc, ses serviteurs n’ont même pas voulu le récupérer à la fin pour le soigner. Et à toi Houari, l’Algérie que tu avais construite, dont toute l’Afrique était si fière et sur laquelle elle comptait, à été cassée, détruite par le capitalisme français. Mais je vous rassure, vos enfants et frères se souviennent de vous et continueront votre combat jusqu’à l’heure où ils vous rejoindront. Les peuples du monde vaincront.

Salut aussi à toi Frantz, mon vieux Fanon, l’homme des îles, de la Martinique , tu avais bien vu, toi qui disais que celui qui adore le nègre est aussi malade que celui qui le déteste. Mais oui, on adore son chien. Cher papa, toi, tu avais montré l’exemple. Tu es né sous la domination coloniale et mort algérien, cela résume ta grandeur. Les peuples opprimés se souviendront de toi et que la fraternité dans ce monde ne viendra pas des peuples européens campés sur leur supériorité de pacotille mais bien du réveil des peuples opprimés, de ceux qu’on appelle les damnés de la terre.

 

 

Bamba Gueye Lindor

Paris, le 7 mars

 

 

Par APPA - Publié dans : Ailleurs sur le Web - Communauté : Actualité panafricaine. 

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23 février 2010

Le choix gabonais de Nicolas Sarkozy, par Philippe Bernard

Lu pour vous dans le journal le Monde.

Encore Bolloré, comme pour le port de Pointe-Noire, Nicolas Sarkosy se mouille la chemise pour aider son ami Bolloré.  La françafrique n'était pas mort avec Papa Bongo.

Voici ce que donc le journal français écrit à propos de la visite de Sarkosy en Afrique.

Analyse

Le choix gabonais de Nicolas Sarkozy, par Philippe Bernard

LE MONDE | 23.02.10 | 13h06  •  Mis à jour le 23.02.10 | 13h06

 

Aucun autre pays d'Afrique n'a eu le privilège d'accueillir le président de la République française trois fois en moins de trois ans. C'est au Gabon d'Omar Bongo que Nicolas Sarkozy, tout juste élu en 2007, avait choisi de faire étape, pour son premier voyage sur le continent noir. C'est au Gabon en deuil que le chef de l'Etat français s'est rendu, en juin dernier, pour les obsèques du potentat qui a régné quarante-deux ans durant sur ce petit émirat pétrolier et profrançais du golfe de Guinée.  

C'est à nouveau au Gabon, celui d'Ali Bongo, fils du précédent, élu en août dans des conditions contestées, que le président français a décidé de se rendre, mercredi 24 février. Il devrait y célébrer le renouveau de l'"amitié franco-gabonaise" marquée par le choix de Libreville (plutôt que Dakar) comme localisation de l'unique base militaire que la France entend conserver en Afrique de l'Ouest et par la signature d'un vaste "plan d'action" concerté.

M. Sarkozy devrait aussi exprimer l'espoir que   place Paris dans le nouveau président Bongo, qui prône un "meilleur partage des richesses" et promet un "Gabon émergent". Après cette visite d'amitié, le ton sera tout autre à Kigali (Rwanda), où le président doit passer quelques heures, jeudi 25 février, pour sceller une réconciliation diplomatique avec le régime du général Kagame, qui considère la France comme un complice du génocide de 1994.

Pourquoi Nicolas Sarkozy, autrefois avocat de la "rupture" avec la "Françafrique", multiplie-t-il les signes de bienveillance avec le pays qui symbolise jusqu'à la caricature ces relations incestueuses ? Pourquoi la France continue-t-elle de concentrer tant d'attention sur ce petit pays de moins de 1,5 million d'habitants aux richesses pétrolières déclinantes ? La France s'en défend, mais elle a aidé à l'élection du fils d'Omar Bongo, considéré comme le meilleur garant de la stabilité du pays et des intérêts français. Logiquement, Paris attend les dividendes de sa sollicitude. Les Français, déjà très présents dans l'exploitation du pétrole (Total), du bois (Rougier) et du manganèse (Comilog) ne se résolvent pas à laisser d'autres leur tailler des croupières. Vincent Bolloré s'intéresse de près à l'extension du port de Libreville.

La France espère aussi qu'Ali Bongo renégocie la convention conclue en 2008 par son père avec une société chinoise pour l'exploitation de l'immense gisement de fer de Belinga. Le même français Bolloré convoiterait le marché de la logistique et du transport du minerai.

La situation géographique du Gabon, au coeur du continent, à portée d'avion de la plupart des zones de crise, constitue un autre atout aux yeux de Paris. D'autant que le régime gabonais, peu émancipé de l'ancien colonisateur, ne voit aucun inconvénient à continuer d'accueillir une base de l'armée française qui lui sert d'assurance-vie depuis quatre décennies.

Le fait que le Gabon siège au Conseil de sécurité de l'ONU jusqu'à la fin 2011 et qu'il le présidera en mars, au moment où pourrait avoir lieu le débat sur les sanctions contre l'Iran, explique aussi l'étape du président français à Libreville.

Si Nicolas Sarkozy veut croire qu'Ali Bongo est capable de rompre avec le mode de gouvernement de son père, mélange d'autoritarisme cynique, de clientélisme bonhomme et de prédation financière, c'est que le personnage d'Ali Bongo, qui affiche son volontarisme politique sans renier un mode de vie bling-bling, est sans doute familier au président français. C'est aussi que l'époque a changé.

Timidement, la démocratie fait son chemin au Gabon, et la France, depuis le génocide au Rwanda, ne veut plus apparaître en sauveteur de régimes décriés. Reste la réalité gabonaise : celle d'un pays potentiellement prospère mais parsemé de bidonvilles et où l'espérance de vie ne dépasse pas 57 ans. Les premières décisions d'Ali Bongo - instauration de la journée continue pour améliorer la productivité, augmentation des salaires, recensement des fonctionnaires pour éliminer les postes fantômes, interdiction de l'exportation de grumes de bois pour favoriser leur transformation sur place - témoignent d'une volonté de "TsunAli", comme le surnomment ses partisans, de remettre en marche rapidement un pays paralysé par quarante-deux ans d'oligarchie.

Ces mesures resteront la "poudre aux yeux" lancée par le "monarque" Bongo II que dénoncent les opposants, si Bongo fils ne veut ou ne peut imposer la transparence, tant de sa gouvernance que du patrimoine de sa propre famille. La révélation, en février, par un rapport du Congrès des Etats-Unis, d'opérations de blanchiment d'argent, et les virements occultes de plusieurs centaines de milliers de dollars dont son épouse d'alors, Inge Lynn Collins Bongo, et lui-même "ont bénéficié" entre 2000 et 2003, montrent que les mauvaises habitudes d'Omar Bongo n'ont pas nécessairement pris fin avec sa disparition.

Nicolas Sarkozy semble peu regardant sur cet aspect du régime Bongo, puisqu'il a tout fait pour étouffer, en France, l'affaire des "biens mal acquis" (actuellement en instance à la Cour de cassation). S'il paraît considérer Ali Bongo comme un modèle, c'est sans doute que l'Afrique francophone, entre président vieillissant (Sénégal) ou absent (Cameroun), potentat agrippé au pouvoir (Côte d'Ivoire) et militaires putschistes (Guinée, Niger) offre bien peu de références positives.


Courriel : bernard@lemonde.fr.

Philippe Bernard (Service International)

Article paru dans l'édition du 24.02.10

 

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26 novembre 2009

Françafrique : Eva Joly, "la force qui nous manque"

Extrait de "La force qui nous manque" de Eva JOLY aux Editions des Arènes

Eva JOLY est conseillère pour la lutte contre la corruption et le blanchiment en Norvège. Ses deux livres précédents, "Notre affaire à tous" et "Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?", chez le même éditeur, ont été vendus à plus de 450 000 exemplaires en France et à l’étranger.


Lorsque j’ai pris en charge l’instruction de l’affaire Elf, j’avais en face de moi les puissants du pétrole français, je n’aimais pas leur arrogance, la façon qu’ils avaient de se servir dans les caisses, mais lorsqu’ils invoquaient les intérêts supérieurs du pays, j’étais prête à les croire. Je sortais de plusieurs années en détachement au ministère des Finances, entourée de hauts fonctionnaires intègres, d‘une compétence absolue. J’avais confiance dans les institutions de mon pays d’adoption. Je n’imaginais pas que la finalité des dirigeants des sociétés nationales du pétrole fut autre chose que le bien commun. Je traquais les dérives et non le système lui-même.

Pourtant au fil de mon enquête, j’ai découvert un monde souterrain. Magistrate, limitée par le cadre de ma saisine et des compétences nationales, je devais m’arrêter sur le seuil de certaines portes, qui menaient vers l’étranger. Je découvrais des chemins qu’il aurait été passionnant de remonter, des connexions qui m’ahurissaient. Avec des chiffres, des comptes, nous avions sous nos yeux le déchiffrage d’un vaste réseau de corruption institutionnalisé, dont les fils étaient reliés en direct à l’Elysée.

Ce n’était pas mon rôle d’en tirer les conclusions politiques, mais j’en ai gardé l’empreinte. Nous avions dessiné alors un vaste schéma, que j’ai toujours avec moi. Il fait huit mètres une fois déplié. Il serpente depuis le bureau d’un directeur des hydrocarbures d’Elf, jusqu’à des comptes obscurs alimentés par le Gabon, aux mains d’Omar BONGO : quarante ans de pouvoir et une difficulté récurrente à distinguer sa tirelire et sa famille d’une part, le budget de l’Etat et le gouvernement d’autre part. 

J’emporte souvent ce schéma avec moi, au fil des rendez-vous. Je l’étale sur les tables, un peu comme un capitaine au combat sort ses vieilles cartes. Les positions ont sans doute varié, les techniques de camouflage se sont sophistiquées, mais le système est là : les tyrans sont des amis, que la France a placés au pouvoir et dont elle protège la fortune et l’influence par de vastes réseaux de corruption ; en échange ils veillent sur les intérêts et les ressources des entreprises françaises venues creuser le sol.

Tout ce beau monde a intérêt à ce que rien, jamais, ne stimule ni les institutions ni l’économie des pays.

Et si je m’arrête un instant au Gabon, qu’est-ce que j’y vois ? Un pays riche qui exporte plus de treize milliards de dollars de pétrole brut par an et affiche un Pib par habitant largement au-dessus de la moyenne africaine (6 397 $) ? Ou un pays pauvre où l’espérance de vie est estimée à 55 ans pour les femmes et 53 pour les hommes, ce qui leur laisse un an de moins que les Malgaches nés sur un sol sans pétrole ? Le taux de mortalité infantile est au Gabon particulièrement élevé, le taux de vaccination contre la rougeole est de 40% contre une moyenne de 79% dans les pays en développement.

Voilà où en est le Gabon, chasse gardée de la France, fournisseur des trésors du pétrole et de l’uranium, fief de Total-Elf la première capitalisation boursière française.

Roland DUMAS "l’ami intime" de BONGO

Si les habitants de Libreville n’ont pas bénéficié de la richesse de leur pays, c’est parce que la France s’est accaparée ses ressources minières, avec la complicité d’un président, enrôlé dès son service militaire par l’armée française et ses services secrets, placé à la tête du pays à 32 ans par Paris. 

Il était alors le plus jeune chef d’Etat du monde. La France contrôle son armée, ses élections et protège sa fortune. En retour, Omar BONGO fait table ouverte plusieurs fois par an, avenue Foch ou à l’hôtel Crillon, où il reçoit les hommes politiques, des publicitaires et les journalistes français qui comptent.. Chacun se presse à ces audiences. Dans les années 1990, un homme politique français du premier plan, alors en fonction, bénéficiait en parallèle d’un contrat de "consultant" signé par Omar BONGO et largement rémunéré. De Roland DUMAS, le président Gabonais dit qu’il est "ami intime".

Prévoyant, il apprécie aussi Nicolas SARKOZY, venu "prendre conseil" en tant que candidat à l’élection présidentielle. Lorsque au cours de l’instruction, nous avons perquisitionné au siège de la Fiba, la banque franco-gabonaise, nous avons consulté le listing des clients, qui paraissait tenu à la plume sergent-major. C’était une sorte de Who’s Who de la France en Afrique, qui en disait long sur l’envers de la République et  des médias.

A ceux qui croient encore à l’aide désintéressée de la France en Afrique, il suffit de consulter les chiffres du Pnud (Programme des nations unies pour le développement). La corrélation est régulière entre le montant de l’aide française et la richesse en matières premières. En clair, celui qui n’a rien dans son sous-sol ne doit pas attendre grand-chose de Paris…

Il n’est pas étonnant de retrouver le Gabon comme l’un des premiers bénéficiaires de l’aide publique française au développement. Le résultat est affligeant en termes de système de santé et d’éducation. L’argent s’est perdu en route. Il est justement fait pour cela.

Il ne s’agit pas d’une dérive mais d’une organisation cohérente et raisonnée. Dans chaque audition durant notre instruction, nous entendions parler de pressions physiques, d’espionnage permanent et de barbouzes. Les perquisitions dans la tour Elf à la Défense livraient une moisson de documents révélant la confusion des genres, nous les transmettions au parquet de Nanterre, qui se gardait bien d’ouvrir des enquêtes. Car Elf hier, Total aujourd’hui, est un Etat dans l’Etat, conçu par Pierre GUILLAUMAT un ancien ministre de la Défense, patron des services secrets et responsable du programme nucléaire français afin de servir les intérêts géopolitiques de Paris.

La Norvège a utilisé son pétrole pour construire et assurer le paiement des retraites futures. La France se sert d’Elf-Total pour affirmer sa puissance. La compagnie intervient dans le golfe de Guinée, au Nigéria, au Congo Brazzaville, en Angola… Tous ces pays ont connu la guerre civile et la dictature, derrière laquelle la main française s’est fait sentir.

Le chaos, lorsqu’il se produit, ne trouble pas le système. Il n’est qu’à voir l’Angola, en guerre pendant des dizaines d’années, mais dont aucune goutte de pétrole, jamais, n’a raté sa destination. Pendant la guerre, les affaires continuaient…

Les banques françaises, Bnp-Paribas en tête, ont même profité de l’occasion pour élaborer des montages financiers destinés aux pays en guerre, à des taux affolants, tout en sachant qu’elles ne prenaient pas le moindre risque. L’argent, là aussi, n’a pas été perdu pour tout le monde. C’est un miroir dans lequel il ne faut pas trop souvent regarder les élites françaises.

Depuis que j’ai ouvert le dossier Elf, dans mon bureau de la galerie financière, j’ai voyagé physiquement et intellectuellement bien loin de la Seine et de ses quais gris et bleus…j’ai appris en marchant. A l’arrivée, le tableau est effrayant.

L’Afrique a refait de moi une Norvégienne, fière de l’être. Mon pays est riche, mais, il se souvient avoir été pauvre, un peuple d’émigrants regardant vers le nouveau monde américain. Son esprit de conquête, ses allures vikings sont des traces d’un passé très lointain, vinrent ensuite les tutelles danoise puis suédoise, dont il fallut se libérer. Il envoya vers l’Afrique des missionnaires protestants, personnages austères au visage buriné, taillé par la parole chrétienne et l’œuvre humanitaire, plutôt que des nouveaux colons, comme on les croise encore dans les quartiers d’expatriés blancs.

Pendant que la France fondait Elf, la Norvège mettait en place l’exploitation des ressources de la mer du Nord, accumulant un fonds de réserve, aussitôt placé pour les générations futures et soigneusement contrôlé.

Ce petit pays des terres gelées est devenu la première nation donatrice en dollars par habitant. Bien sûr, les pétroliers norvégiens ne sont pas des enfants de chœur. De récentes enquêtes ont montré que certains d’entre eux ont versé des commissions et que la tentation d’abuser de leur pouvoir est permanente. Mais la Norvège n’a pas à rougir de ce qu’elle a fait de son pétrole. Ce que j’ai vu, les rapports internationaux qui l’attestent, est une œuvre d’espoir.

La République française, à la même époque, a mis en place en Afrique un système loin de ses valeurs et de l’image qu’elle aime renvoyer au monde.

-        Comment des institutions solides et démocratiques, des esprits brillants et éclairés, ont-ils pu tisser des réseaux violant systématiquement la loi, la Justice et la démocratie ?

-        Pourquoi des journalistes réputés, de tout bord, ont-ils toléré ce qu’ils ont vu ?

-        Pourquoi des partis politiques et des ONG, par ailleurs prompts à s’enflammer, n’ont-ils rien voulu voir ?

L’indépendance en Afrique : une mascarade

Je ne condamne pas. J’ai partagé cet aveuglement. J’étais comme eux, avant de glisser l’œil dans le trou de la serrure et de prendre la mesure de ce secret de famille : la France reste un empire et ne se remet pas de sa puissance perdue. 

L’indépendance politique a été largement une mascarade en Afrique de l’Ouest. L’Occident a fermé les yeux, car la France se prévalait d’être le "gendarme" qui défendait la moitié du continent contre le communisme.

Les Français ont laissé faire, car astucieusement, De Gaulle et ses successeurs ont présenté leur action comme un rempart contre l’hydre américaine. Elf était l’une des pièces maîtresses de cette partie géopolitique. Le double jeu a été facilité par la certitude, ancrée dans les mentalités, que "là-bas, c’est différent".

ü  Là-bas, c’est normal la corruption, le népotisme, la guerre, la violence. Là-bas c’est normal la présence de l’armée française, les proconsuls à l’ambassade ou à l’état-major, les camps militaires.

ü  Là-bas, c’est normal l’instruction des gardes présidentielles.

ü  Là-bas, c’est normal la captation des richesses naturelles. D’ailleurs "tout le monde fait pareil".

Jeune ou vieux, de gauche ou de droite, nul Français ne songe à s’offusquer de voir nos soldats mener, presque chaque année, une opération militaire en Afrique, au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Rwanda, quand tous se gaussent de cette Amérique venue faire la police en Irak, en maquillant d’un fard démocratique les intérêts géopolitiques et pétroliers de Washington. Il y a pourtant bien des symétries.

J’ai vu récemment un documentaire sur la guerre du Biafra, quatre ou cinq demi-heures de témoignage brut des principaux acteurs, sans commentaires. Je suis restée sans voix. A ceux qui sont nés après 1970, le Biafra ne dit rien.

Dans cette région du Nigéria, riche en pétrole, une ethnie, chrétienne et animiste armée par la France, réclama l’indépendance. S’ensuivit une guerre meurtrière de trois ans, révolte financée depuis l’Elysée via des sociétés suisses.

La télévision française aimait alors montrer les enfants affamés que les militaires français ramenaient par avion pour les soigner, jamais elle ne laissait voir la cargaison de l’aller, remplie d’armes…

A l’image maintenant, les anciens collaborateurs de Jacques FOCCART, repus dans leurs fauteuils Louis XV, détaillent sans émotion ces montages illégaux. Les officiers, lieutenants d’alors, généraux d’aujourd’hui, racontent ce bon tour le sourire aux lèvres. Fin du documentaire. Pas un mot, pas une ligne dans les livres d’histoire.

Des drames comme celui-ci, l’Afrique en contient des dizaines, soigneusement passés sous silence. Les massacres des Bamiléké au Cameroun par la France du général De Gaulle, le génocide des Tutsi commis par un régime soutenu par François MITTERAND, les assassinats d’opposants, les manipulations d’élection…Le passif de la France sur le continent africain n’a rien à envier à l’impérialisme américain en Amérique latine ou au Moyen-Orient.

Il est à la mode parmi les intellectuels français de se plaindre du mouvement de repentance qui s’est répandu depuis quelques années. Les bienfaits de la colonisation, à inscrire dans les manuels scolaires, ont même fait l’objet d’une proposition de loi, largement soutenue par les députés. Bien sûr, l’histoire de la France en Afrique ou en Asie du Sud-Est a compté aussi des aventuriers sincères, exportateurs, instituteurs ou pionniers, qui ont fait corps avec les pays qu’ils ont découverts. 

A Madagascar les vazas, ces pieds-noirs malgaches, ne cessent de louer devant moi l’état des routes et des infrastructures françaises au moment de l’indépendance. Mais les peuples sont comme les familles.

On ne peut pas faire le tri de la mémoire. Il est des secrets soigneusement cachés dont l’onde portée va bien au-delà d’une ou de deux générations.. Les enfants héritent de tout : du malheur comme du bonheur, de la richesse comme des dettes.

La République française paie aujourd’hui la facture de son passé. Il suffit de dérouler la liste des appellations officielles des Maghrébins, nés dans un département français avant 1962 ou sur le sol hexagonal depuis les années 1970. Par la loi, ils furent et sont des Français comme les autres.

Les gouvernements successifs n’ont pourtant cessé d’inventer des périphrases : "indigène musulman", "sujet africain non naturalisé", "Jfom" (Jeune français originaire du Magrheb), "jeune issu de l’immigration", "fils de harkis", "jeune des quartiers", "Arabo-musulman", "Français d’origine arabe", "Français musulman"…

La France de 1789, incompatible avec la françafrique

Le développement de la Françafrique, notre tolérance vis-à-vis des réseaux, tout ramène à ce secret colonial, à cet empire qui hante les esprits comme un fantôme. Oui, Total, la première entreprise française, est riche et prospère. Mais la manière dont la firme s’est bâtie fait partie de l’héritage.

Qui osera un jour rendre au Nigéria, au Cameroun, au Gabon, au Congo Brazzaville ce que la France leur doit ? 

Qui contestera les contrats conclus par Areva pour l’uranium du Niger ou ceux des mines d’or de Sadiola au Mali, deux pays parmi les plus pauvres du globe, qui ne touchent qu’une part dérisoire des richesses prélevées dans leur sol ?

La République a contracté une dette qu’il lui faudra bien honorer. Notre prospérité est nourrie de richesses que nous détournons. A certains de ces sans-papiers qui risquent leur vie pour gagner l’Europe, il pourrait être versé une rente au lieu d’un avis d’expulsion. Je rêve, pour ce pays que j’aime, d’un réveil collectif.

Une France digne de son idéal et de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique : ce qu’une génération a fait, une autre peut le défaire. C’est possible…

Nous Sommes le Congo !
C
essons d'
Avoir Peur !
P
our un
Etat de Droit au Congo !


Celui qui lutte peut gagner ! Celui qui ne lutte pas a déjà tout perdu !



Patrick Eric Mampouya
http://mampouya.over-blog.com/

"Chaque génération a le choix entre trahir ou accomplir sa mission"

La France vit encore comme si en Afrique elle était chez elle, et comme si, ses enfants d’ascendance africaine n’étaient pas français. 

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21 novembre 2009

Le président gabonais Omar Bongo (1935-2009)

WSWS : Nouvelles et analyses : Afrique

Un outil de l'impérialisme français en Afrique

Par Olivier Laurent  8 septembre 2009

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Omar Bongo, président du Gabon, est décédé le 7 juin d'un cancer des intestins dans un hôpital espagnol, après être resté au pouvoir près de 42 ans. Mis à part ses démêlés avec la France au cours des dernières années, sa carrière aura été consacrée à la défense des intérêts commerciaux et stratégiques de l'impérialisme français en Afrique subsaharienne. Elle témoigne de la faillite des régimes bourgeois-nationalistes auxquels la France a confié le pouvoir lors de la décolonisation.

Politicien habile, Bongo conserva le pouvoir en plaçant les ressources de son pays appauvri mais riche en pétrole entre les mains de compagnies pétrolières et de politiciens étrangers. N'étant pas en mesure d'apporter une solution aux fortes divisions internes et à la pauvreté du Gabon – héritages de la domination coloniale française – le régime de Bongo ne s'est maintenu que grâce à l'armée française. Faisant preuve d'un cynisme bien représenté par ses conversions religieuses répétées dans des buts politiques, il a amassé une immense fortune personnelle en prenant sa part des revenus extorqués à son pays.

Après la mort de Bongo, la lutte pour sa succession a été confinée à l'intérieur du parti dirigeant, le Parti démocratique gabonais (PDG), entre sa fille Pascaline et son fils Ali. En fin de compte, Ali a été désigné candidat du PDG et a remporté les élections du 30 août.

Omar Bongo est né Albert-Bernard Bongo dans une famille de fermiers de 12 enfants au Sud du Gabon. Orphelin à 12 ans, il est élevé par un oncle travaillant pour l'administration coloniale. À 17 ans, il quitte ce foyer pour Brazzaville, capitale du Congo français voisin, et y travaille au bureau des postes.

À son arrivée à Brazzaville, il rejoint la franc-maçonnerie et la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) socio-démocrate. La Franc-maçonnerie, une société secrète bourgeoise athée, avait maintenu une longue tradition dans l'administration coloniale. Durant la seconde guerre mondiale, elle aida à mobiliser des parties de l'administration coloniale derrière de Gaulle, contre le chef du régime de Vichy collaborant avec les Nazis, Philippe Pétain, qui persécutait les francs-maçons.

Bongo effectua son service militaire pour l'armée française de 1958 à 1960 dans les services de renseignement de l'armée de l'air où il atteignit le grade de Lieutenant, puis il retourna brièvement travailler pour la Poste dans la capitale gabonaise, Libreville. La même année, la France accordait officiellement l'indépendance au Gabon.

Ses relations ouvrirent à Bongo les portes de la politique française ; plus tard dans sa vie, Bongo plaisantera en disant qu'il avait toujours sa carte de membre de la SFIO.

Plus important, Bongo faisait cette entrée dans la politique bourgeoise française à un moment clef. Discrédité par sa capitulation devant l'Allemagne nazie puis par ses guerres perdues pour conserver ses colonies en Algérie et en Indochine, l'impérialisme français était occupé à développer une couche de la petite bourgeoisie indigène pour protéger ses intérêts dans l'appareil d'Etat local.

La décolonisation : une trahison des masses

À la conférence de Brazzaville en 1944, le chef de la résistance bourgeoise, le Général Charles de Gaulle, promit d'abolir le Code indigène discriminatoire qui était en place de longue date. Il présenta pour le remplacer un vague plan où les Africains, selon ses propres mots, « pouvaient s'élever peu a peu jusqu'au niveau où ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires. » Le gouverneur général de l'Afrique équatoriale française de l'époque, Félix Éboué, était lui-même un noir, de Guyane, et également franc-maçon et socio-démocrate. Il défendit à la conférence une politique d'« assimilation », qui fut acceptée.

La répression massive et les guerres coloniales qu'il fallait mener pour maintenir le contrôle de la France dans les colonies se révélèrent trop coûteuses pour l'économie française ravagée par la guerre et trop impopulaires auprès de la classe ouvrière française. Entre 1945 et 1960, la France dépensa 32,5 milliards de Francs-or dans ses colonies, soit le double de ce qu'elle recevait du plan Marshall américain pour la reconstruction d'après-guerre. Comme le disait de Gaulle, « C'est un fait, la décolonisation est notre intérêt, et donc c'est notre politique. »

Mais en même temps, l'impérialisme français n'avait aucune intention d'abandonner le contrôle de ses colonies, d'où il tirait des matières premières de grande valeur et une main d'œuvre à bas prix. Le résultat fut ce que l'on appelle la Franceafrique : en échange du pouvoir formellement accordé à une couche de la petite bourgeoisie africaine, l'impérialisme français pourrait continuer à exploiter ses ex-colonies.

Bongo expliquera plus tard cet arrangement comme ceci : « Le Gabon sans la France, c'est une voiture sans conducteur. La France sans le Gabon, c'est une voiture sans essence. »

Si l'impérialisme français a été capable de mener à bien cette politique, c'est d'abord grâce aux trahisons répétées des luttes de la classe ouvrière par la SFIO et le Parti communiste français (PCF). Dans les luttes insurrectionnelles lors de la libération du joug nazi en 1945, et dans les multiples vagues de grèves d'après-guerre, ces partis ont mis leur poids politique au service de De Gaulle qui a construit son régime en gagnant le soutien des autorités françaises qui avaient dirigé le pays sous les Nazis.

Les socio-démocrates et les staliniens l'ont aidé à mener les luttes coloniales de la France, notamment par les politiques de guerre appliquées par le Premier ministre Guy Mollet, de la SFIO, en Algérie.

La perspective nationale du PCF a également aidé l'impérialisme français à recruter les cadres africains avec lesquels il allait continuer à diriger l'Afrique. Les Groupes d'études communistes (GEC) affiliés au PCF se sont liquidés dans une suite de partis bourgeois-nationalistes africains regroupés dans le Rassemblement démocratique africain (RDA) – dont le dirigeant le plus connu était le futur président de la Côte d'Ivoire, Félix Houphouët-Boigny. Au Gabon, le RDA était représenté par Léon Mba, futur président du Gabon et parrain de Bongo en politique.

Le prolétariat étant politiquement étouffé par les socio-démocrates et les staliniens, la bourgeoisie française allait pouvoir déployer toutes ses ressources financières et militaires au Gabon – non pour réparer les ravages de la colonisation mais pour piller ses ressources naturelles et s'en servir comme d'une base pour ses intrigues en Afrique.

Les gaullistes ont créé un complexe système de réseaux et de groupes de pression en Afrique, permettant à la bourgeoisie française non seulement de réaliser des profits colossaux, mais aussi de planifier une longue liste d'assassinats, de coups d'états et d'interventions militaires.

Le principal organisateur de ces réseaux était Jacques Foccart. Ancien combattant de la résistance, Foccart était connu comme le « Monsieur Afrique » de De Gaulle, puis des présidents Georges Pompidou et Jacques Chirac. Foccart contribua également à la création du SAC (Service d'action civique) – le service d'ordre du mouvement gaulliste qui participa à de nombreux actes de violence contre des étudiants de gauche et des grévistes en France.

Le régime qui se développa sous Bongo – une dictature à parti unique tributaire du soutien militaire français pour réprimer les masses à chaque crise interne majeure – correspondait parfaitement aux besoins de l'impérialisme français.

La Franceafrique : comment Bongo arriva au pouvoir

Bongo fit rapidement ses premiers pas en politique, se servant de ses relations dans la Franc-maçonnerie pour participer à la première campagne électorale du Gabon indépendant, en 1961. Il parvint à se faire repérer et courtiser par les deux principaux politiciens qui se disputaient le pouvoir : Léon Mba et Jean-Hilaire Aubame.

Aubame était favorable à un régime parlementaire, alors que Mba préférait une présidence forte. Bongo s'engagea finalement aux côtés de Mba, qui était également le candidat favorisé par De Gaulle. Avant l'indépendance du Gabon, Mba et Bongo avaient tous deux exprimé le souhait que le Gabon devienne un département français, faisant formellement partie du territoire au même titre que la Guadeloupe ou la Martinique, avec le drapeau français inséré dans le drapeau Gabonais.

Ayant perdu les élections, Aubame accepta de devenir le Premier ministre de Mba. Mais Mba ne lui faisait pas confiance et essaya de le faire assassiner en 1963. Il échoua, ce qui produisit en retour un coup d'état qui mit brièvement Aubame au pouvoir en 1964.

La France intervint en envoyant des parachutistes remettre Mba au pouvoir. Bongo fut emprisonné durant ce coup d'état. On dit que c'est à partir de cette expérience qu'il conclut qu'il ne pouvait pas faire confiance à l'armée gabonaise, et qu'il valait mieux s'appuyer sur les troupes françaises.

Bongo devint ministre de la défense en 1965, remplaçant Mba lorsque la santé de celui-ci se détériora la même année. Il fut nommé Vice-président et exerça l'intérim à la mort de Mba en 1967. Il déclara rapidement un système de parti unique, dirigé par son propre parti, le Parti démocratique gabonais (PDG).

Bongo transforma le Gabon en un poste avancé des intérêts français en Afrique. Il aida la France à soutenir la guerre de sécession menée par la province nigériane du Biafra, riche en pétrole. Foccart organisa l'envoi d'armes au Biafra, les cachant dans des cargaisons d'aide humanitaire que la Croix-Rouge envoyait par avions en utilisant l'aéroport de Libreville. Il y envoya également de nombreux mercenaires, dont le plus connu des aventuriers français, Bob Denard.

L'association caritative catholique Caritas participa également au soutien logistique des combattants biafrais. C'est à ce moment-là, en 1968, que Bongo se convertit au catholicisme et rendit visite au Pape Paul VI.

Bongo allait continuer à soutenir les interventions françaises en Afrique. En 1977, il couvrit la tentative avortée du Président français Valéry Giscard d'Estaing de renverser le dirigeant nationaliste du Bénin, Mathieu Kérékou. Cette décision est remarquable : Bongo aurait pu aider ses alliés gaullistes comme Jacques Chirac, qui étaient des opposants de Giscard, en révélant l'affaire. Mais, sur ces questions, Bongo respectait les intérêts stratégiques supérieurs de l'impérialisme français.

Le pillage du Gabon

Au début des années 1970, le pétrole devint la principale exportation du Gabon. Le pays rejoignit l'OPEC en 1975. Pour préparer cette entrée, Bongo s'était converti à l'Islam en 1973, sur les conseils du dictateur libyen Muhammad Kadhafi, et changea son prénom en Omar.

L'industrie pétrolière gabonaise était dirigée en grande partie par la compagnie pétrolière française Elf, aujourd'hui absorbée par Total. Mis à part une petite portion utilisée pour acheter la clique de dirigeants gabonais autour de Bongo, les revenus du pétrole étaient empochés par une couche d'hommes d'affaires et de politiciens français corrompus.

Elf était une création politique, complètement intégrée aux réseaux de la Franceafrique mis en place par De Gaulle et Foccart, conçue pour l'avancement des intérêts stratégiques de l'impérialisme français dans l'Afrique nouvellement "indépendante". Profondément corrompue, Elf a financé diverses initiatives politiques et stratégiques françaises et généré une série de scandales, notamment ces dernières années au sujet de commissions lors de la vente par la France en 1991 de six frégates à Taiwan.

L'ex-président d'Elf, Loïc Le Floch-Prigent condamné en 2003 pour avoir détourné des millions d'euros provenant d'Elf, déclara devant les juges : « En 1962, [Pierre Guillaumat] convainc [le général de Gaulle] de mettre en place une structure parallèle autour de vrais techniciens du pétrole. [En créant Elf à côté de Total] les gaullistes voulaient un véritable bras séculier d'État, en particulier en Afrique, [...] une sorte de ministère du pétrole inamovible, [...] une sorte d'officine de renseignement dans les pays pétroliers. »

Lorsqu'on lui demanda d'expliquer les relations d'Elf avec ses fournisseurs de pétrole africains, Le Floch-Prigeant déclara : « Appelons un chat un chat. L'argent d'Elf part en Afrique et revient en France. »

Cet argent permit également aux forces de droite d'influencer la politique française. Bongo finança Giscard d'Estaing en 1974 contre le candidat de centre droit Chaban-Delmas, puis Jacques Chirac dans toutes les élections présidentielles suivantes, et Sarkozy en 2007.

En 1989, le président François Mitterrand du Parti socialiste obtint que cet argent puisse dorénavant profiter à la gauche comme à la droite. Le Floch-Prigent témoigna : « En septembre 1989, je m'en suis ouvert au président de la République. Je lui ai demandé : "Voulez-vous ou non que je ferme le robinet" ? Réponse du président : "Ah ! non, nous continuons ce qui a été mis en place par le général de Gaulle." Il m'a simplement demandé de rééquilibrer les choses, sans toutefois oublier le RPR. »

Bongo était ainsi en charge d'un système où l'économie du Gabon était pillée dans l'intérêt d'une fine couche de politiciens et d'hommes d'affaires français corrompus. Reflétant ses riches ressources minérales, le Gabon a un PIB assez important de 21,4 milliards de dollars par an, soit 14 400 dollars par habitant. C'est-à-dire quatre fois le PIB par habitant de la plupart des pays d'Afrique subsaharienne. Pourtant, cet argent étant largement siphonné par la France et la clique au pouvoir autour de Bongo, les Gabonais restent empêtrés dans une pauvreté affligeante.

L'espérance de vie à la naissance y est de 53 ans, mettant le Gabon à la 198e place mondiale, et il n'y a que 29 médecins pour 100 000 habitants. Seulement 3,8 pour cent du PIB gabonais est dépensé pour l'éducation, le mettant à la 118e place mondiale. Le Service d'informations des Nations unies, l'IRIN, note que 30 pour cent de la population vit sous le seuil de pauvreté officiel, et que « Selon le FMI, les indicateurs sociaux du Gabon sont plus proches de ceux des pays à faible revenus d'Afrique sub-saharienne. »

Selon l'ex-juge d'instruction française Éva Joly, qui dirigea une enquête sur les affaires de Bongo, le Gabon ne construit que cinq kilomètres de routes par an, pour un réseau total qui ne fait que 900 kilomètres.

À l'autre extrémité du spectre social, une très fine couche de Gabonais se porte très bien. Dans un récent numéro de Jeune Afrique (l'édition internationale), l'on apprend qu'ils voyagent en jets privés de Libreville à Paris pour une journée de shopping dans le 8e arrondissement, ou que l'année dernière, le Gabon était le quatrième importateur africain de grands crus de Champagne, avec 181 000 bouteilles.

État dont la richesse s'appuyait largement sur les revenus pétroliers, le Gabon reste toujours vulnérable aux chutes des prix du pétrole sur les marchés internationaux. De 1986 à 1990, les bas prix du pétrole ont généré une série de grèves massives dans tous les secteurs économiques et parmi les étudiants. En 1988, Bongo entama des discussions avec ses opposants politiques, dont la personnalité la plus marquante était le père Paul Mba Abessole. Bongo espérait qu'ils pourraient orienter la colère populaire dans une direction sans dangers pour lui, mais il hésitait toujours à accorder un système multipartite.

Le 16 janvier 1990, les étudiants de l'Université Omar Bongo à Libreville firent grève contre le manque de moyens. Cette grève fut appelée la « grève de la Diarrhée, » parce qu'elle avait débuté à cause d'une intoxication alimentaire générale des étudiants à la cantine du campus. Le lendemain, la police évacuait l'Université par la force. À partir du 18, les troubles se propageaient dan toute la ville, impliquant toutes les catégories de la population.

Le 24 février, Bongo obtint la capitulation des étudiants en offrant de payer les dégâts et en les invitant publiquement à un festin dans son palais. Mais seulement deux jours plus tard, des grèves éclataient dans le contrôle aérien, les stations services, les chemins de fer et la compagnie d'électricité. Les émeutes reprenaient de plus belle, et l'armée prenait position autour du palais de Bongo.

Le 21 mars, les travailleurs des raffineries de pétrole, représentant 70 pour cent des exportations du Gabon, se mettaient en grève également. Le 23 mars Bongo essaya de calmer les choses en appelant à une conférence nationale sur un système multipartite, mais les grèves se poursuivirent. Le 27, il déclara un couvre-feu dans tout le pays.

Le système multipartite fut finalement proclamé le 19 avril, mais la vie des Gabonais ne s'améliora pas pour autant. Le 23 mai, suite à la mort d'un des chefs de l'opposition, Joseph Rendjambe, une émeute éclata à Port-Gentil durant laquelle le consulat de France fut incendié. Les troubles se propagèrent à nouveau rapidement au reste du pays. Dès le lendemain, la France envoya des troupes, officiellement pour évacuer ses 1800 ressortissants qui se trouvaient au Gabon. Les troupes s'assurèrent également du contrôle des raffineries de pétrole. Le 31 mai, les troupes françaises reprirent le contrôle de la situation et maintinrent Bongo au pouvoir.

Lors des premières élections multipartites en novembre 1990, le parti de Bongo remporta 63 sièges contre 57 aux divers partis d'opposition. Les premières élections présidentielles avec plus d'un candidat eurent eu lieu le 5 décembre 1993, Bongo y fut réélu au premier tour avec 51,1 pour cent des voix, suivi par Abessole. Les troubles qui suivirent cette élection, largement suspectée d'être une fraude, finirent par pousser Bongo à signer ce que l'on appelle les Accords de Paris avec l'opposition.

Après 1990 : une érosion de la Franceafrique

L'influence française au Gabon et plus largement en Afrique commença à s'affaiblir dans les années 1990. Ce n'était pas une conséquence d'une quelconque indépendance grandissante des dirigeants comme Bongo face à l'impérialisme mondial, ni d'une opposition politique efficace contre Bongo parmi l'élite dirigeante gabonaise – laquelle a toujours été arrosée par Bongo avec les fonds de l'état.

En fait Bongo, comme d'autres dirigeants africains, développait des liens plus étroits avec d'autres grandes puissances ; initialement l'impérialisme américain, et plus récemment la Chine.

Après l'effondrement de l'URSS en 1991 et la suppression de la concurrence soviétique en tant qu'ennemi commun des impérialismes américains et français, Washington a pu poursuivre une politique plus agressive dans l'« arrière-cour » africaine de Paris. Cela peut s'observer dans les relations commerciales du Gabon. En 1990, la France était le principal partenaire commercial du Gabon, avec 38 pour cent des exportations et 60,6 pour cent des importations. L'Amérique du Nord comptait pour respectivement 22 et 11 pour cent. Aujourd'hui, la France est troisième pour les exportations à seulement 9,4 pour cent, et sa position dominante pour les importations s'est dégradée, à 28 pour cent.

Les États-Unis contribuèrent au remplacement des régimes, soutenu par la France, de Mobutu au Zaïre (ex-Congo Belge) en 1997, et d'Habyarimana au Rwanda en 1994. Paris protégea le régime Hutu au Rwanda, dont le génocide contre les Tutsis et les Hutus de l'opposition fit 800 000 morts. La guerre civile qui éclata au Zaïre (Aujourd'hui la république démocratique du Congo) fit plusieurs millions de victimes.

Bongo était trop lié à la France pour renverser son alliance du jour au lendemain, mais il cultiva des liens avec les États-Unis aussi. Durant la guerre civile dans la République du Congo voisine entre 1993 et 1999, il vendit des armes à la fois à la marionnette d'Elf, Denis Sassou Ngesso, et à Pascal Lissouba, qui voulait transférer les contrats pétroliers à la compagnie américaine Oxy. Le Gabon étant l'un des rares pays de la région à ne pas sombrer dans la guerre civile, Bongo essayait en même temps de se donner les airs d'un négociateur utile pour la paix en Afrique.

Au début de la décennie actuelle, Bongo se rapprocha des États-Unis. En 2000, une commission du Sénat américain dirigé par le démocrate Carl Levin estima que Bongo avait déposé 130 millions de dollars sur ses comptes à la Citybank de New York entre 1985 et 1997. Le 9 novembre 2005, le New York Times, révélait que Bongo avait versé 9 millions de dollars au lobbyiste américain Jack Abramoff pour arranger une rencontre avec Bush. Bongo nia ces affirmations.

Les tensions engendrées par les enquêtes en France, par exemple sur l'affaire Elf, ont entaché les relations entre Paris et Bongo. Dans sa nécrologie de Bongo, le Figaro a écrit qu'« Il savait tout sur tous, sa meilleure assurance-vie : "Je ferais couler beaucoup de gens", disait-il, en guise de menace à peine voilée. »

Bongo lui-même était dans le collimateur de la justice française dans l'affaire dite des « Biens mal acquis ». Bongo, le président Ngesso du Congo-Brazaville et le président Teodoro Obiang Nguèma de Guinée Équatoriale y étaient accusés de détournement de fonds par des organisations non-gouvernementales en France. En 2008, le quotidien Le Monde révéla qu'ils possédaient pour 150 millions d'euros en appartements et maisons de luxe achetés avec de l'argent public, et ce rien qu'en France. L'enquête a été temporairement interrompue en mai 2009 et Bongo est mort avant qu'elle puisse reprendre.

Tout au long de cette période, Bongo a conservé le pouvoir en se servant des revenus du pétrole gabonais pour acheter toute une série de politiciens de l'opposition. Le cas récent le plus célèbre étant probablement celui du dirigeant de l'Union du peuple gabonais (UPG), Pierre Mamboundou, qui termina second derrière Bongo aux élections de 2005, avec 13,5 pour cent des voix. Mamboundou se réfugia brièvement dans l'ambassade d'Afrique du Sud en 2006, après que l'armée gabonaise eut fait une descente dans le quartier général de l'UPG. Mais en 2007, Bongo rencontra Mamboundou et négocia une trêve politique en échange d'un prêt de développement accordé à la ville de Mamboundou, Ndendé.

Quelles que soient les concessions faites par Bongo à ses opposants, ou celles accordées par l'impérialisme à ses rivaux gabonais, l'élection d'Ali Bongo pour succéder à son père Omar symbolise la continuité fondamentale de l'influence impérialiste au Gabon. Le géant du pétrole Total y est toujours une entreprise de première importance, un élément de la présence française dans le pays, laquelle inclut 120 entreprises ainsi que le stationnement du 6e bataillon d'infanterie de Marine française à Libreville.

(Article original paru le 5 septembre 2009)

source : www.wsws.org

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16 novembre 2009

« QUAND J’ETAIS PRESIDENT »

L’ancien président de la République des Comores, AZALI ASSOUMANI

Présentera son livre ce MERCREDI 18 NOVEMBRE à 19h30

Au CLUB MILLENIUM (nouvelle adresse)

49 avenue HOCHE

75005 PARIS

(entrée libre dans la limite des places disponibles)

Dans un livre d’entretiens avec le journaliste d’investigation Charles Onana, l’ancien président de la République des Comores, le colonel AZALI Assoumani, raconte ce qu’est vraiment la vie d’un chef d’Etat en Afrique.

Quitter la présidence de la République, de son plein gré, après un seul mandat, est rare en Afrique. Refuser de conserver le pouvoir après l'avoir obtenu à la suite d un coup d’Etat est tout aussi exceptionnel. C'est pourtant ce qu'a fait sans hésitation ni regret l'ancien président des Comores, Assoumani Azali, aujourd'hui âgé de 49 ans.    

Comment cet ancien militaire s’est-il opposé au mercenaire français Bob Denard ? Dans quelles circonstances s’est-il ensuite emparé du pouvoir ? Quels furent ses rapports avec l’Union Africaine, le FMI et la Banque Mondiale ? En quoi sa conception du travail et du rôle d’un chef d'Etat est-elle tout à fait originale par rapport à la façon dont le pouvoir présidentiel s’exerce généralement sur le continent africain ?   

Outre les coulisses du pouvoir et des relations internationales décrites par cet homme de conviction, on découvre le parcours atypique d’un chef d'Etat qui pouvait se promener sans garde du corps dans les rues de Paris. Celui qui a su résister à la fascination des tapis rouges et des honneurs, de l’argent facile et du luxe, dévoile sans tabou ni dissimulation ce que fut vraiment sa vie de président de la République.

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Source APPA

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