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Le Pangolin

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08 mars 2010

L'afrique-sortir-de-la-domination-neocoloniale

Lundi 8 mars 2010

Cinquante ans se sont écoulés depuis la soi-disant indépendance des pays francophones. Mais l’Afrique n’a jamais été indépendante et n’est pas prête de l’être. Le plus grand génocide humain s’y prépare dans les 20 années à venir. Tous les continents se réorganisent pour nourrir leurs populations. Seule l’Afrique est à la traîne. Les africains sont dépendants jusqu’au trognon, ils importent plus de 80% de ce qui les fait vivre, quand ils le peuvent. Les dirigeants africains ne se sont jamais préoccupés de l’avenir de leurs peuples tout simplement parce qu’ils ne se sentent pas et ne sont pas des leurs.

 

Depuis les années 60, les africains patriotes, dignes, qui ont voulu mettre debout leur continent ont tous été liquidés ou chassés de leur pays par l’impérialisme français. De Patrice Lumumba, Djamal Abdel Nasser, en passant par Kwame NkrumahAmilcar Cabral, Nelson Mandela, Houari Boumediène, Ahmed Sékou Touré, et jusqu’à Thomas Sankara. Tous ceux-là furent remplacés par ceux qui ont dilapidé et remis les intérêts de l’Afrique à la France , je cite : Félix Houphouët-BoignyLéopold Sédar Senghor, Joseph-Désiré Mobutu, Jean-Bedel Bokassa, Omar Bongo (né Albert-Bernard Bongo)… Toute cette bande de salopards a trahi le peuple africain. Après la mort d’Houphouët-Boigny, on s’est aperçu que toute l’économie ivoirienne avait été dilapidée par ce vieux nègre complexé. Ces soi-disant responsables qui ont géré l’Afrique sont nés français et morts français, la plupart en France même. Rappelez-vous de la mort de Senghor dans le Calvados, humilié et traité comme un moins que rien, après tous les services qu’il a rendu à ses maîtres.

 

Aujourd’hui on entend partout dans les radios des manifestations organisées pour l’indépendance des pays africains, relayées bien entendu par des nègres, peut-être nés en Afrique mais souvent avec la nationalité française en poche comme leurs pères. Mais oui, il suffit d’être noir pour pouvoir facilement parler d’Afrique. On en est encore à ce niveau et c’est ce qui a perdu l’Afrique. Les africains n’ont pas encore compris qu’on ne juge pas l’humain tout simplement sur sa couleur ou son appartenance ethnique. L’humain est bien plus complexe que cela et les africains, depuis leur existence, ont pourtant été bien servis, s’ils n’ont pas encore intégré la leçon, c’est aux camarades progressistes de notre continent de la leur faire comprendre. Patrice Lumumba a été trahi par Mobutu, Thomas Sankara trahi par Blaise Compaoré à la demande d’Houphouët-Boigny sous les ordres de François Mitterrand. Mais oui, chez nous, très souvent, le couteau qui te tue c’est ton frère qui l’aiguise. De Chaka Zulu à Sylvanus Olympio, abattu devant l’ambassade de France à Lomé, attentat commandité par la bande des Jacques Foccart et Robert Pandreau.

 

Comme le disait René Char, « l’homme est capable de faire ce qu’il est incapable d’imaginer ». La solution est simple, dirigeants africains : puisque vous êtes incapables d’imaginer, recopiez tout simplement les autres et vous sortirez votre peuple du gouffre. Gérez votre pays et votre continent, comme les autres gèrent leur pays et leur continent.

 

La situation africaine est plus que préoccupante. L’Afrique est un continent où il n’y a personne, la solidarité africaine n’est pas collective, l’africain lutte individuellement pour son intérêt individuel. S’il réussit, il jette des miettes aux autres, quand et comme il le désire, mais jamais il ne permet à l’autre de se construire, d’être indépendant et libre. Cette situation conjuguée a mené le continent africain là où il se trouve. Et l’humanité peut en témoigner, les trois-quarts des chefs d’Etats et dirigeants africains finissent leurs jours en France. Ils ont leurs maisons en France, leurs comptes bancaires en France, se soignent en France, leurs enfants vont dans les universités de France, alors comment voulez vous qu’avec cet esprit ces gens-là sortent le pays qu’ils gèrent de la misère ? Regardez le cas de M. Diouf, ancien président du Sénégal. Où est-il aujourd’hui ? En tête de l’organisation des pays francophones. C’est indigne et méprisable, ces gens sont sans vergogne.

 

J’attire aussi votre attention sur un fait qui montre à quel point la république française méprise l’Afrique et les citoyens africains. A la veille des élections présidentielles du Togo, rappelez-vous M. Kofi Yamgnagne avait prétendu rendre sa nationalité française pour pouvoir se présenter, la suite, vous la connaissez. Tenez-vous bien, au moment où j’écris ce texte là M. Kofi est revenu en France et je me demande sur quelle base : avec un visa de touriste ? Si tel est le cas il devrait regagner Lomé dans très peu de temps. Dans le cas contraire, il a bien vite obtenu une carte de séjour, et M. Besson, dois alors régulariser tous les sans-papiers  se trouvant aujourd’hui en France. J’ai relu les lois Pasqua, Debré, Chevènement et Sarkozy sur l’immigration, je n’ai en aucun cas rencontré un passage qui permettrait à M. Kofi Yamgnagne, togolais il y a une semaine, arrivé en France il y a moins de 48 heures, d’obtenir une carte de séjour. A moins qu’il n’ait jamais renoncé à sa nationalité française, affaire à suivre…

 

La situation du continent africain va de mal en pis. La gauche française et l’extrême gauche n’ont jamais été au fond du problème pour contribuer à l’émancipation du peuple africain. Ils n’ont fait qu’assistanat et humanitaire à leur profit.

Naïfs ceux qui  croient la belle théorie humanistes que la terre n’a pas de frontière et que les hommes sont tous des frères. Cette théorie n’a jamais concrètement vu le jour. Les droits de l’homme n’ont jamais existé. Finie l’époque du soutien des pays frères dans les luttes de libération nationale, fini le temps du Che, chacun prêche pour sa paroisse, le nationalisme a gagné. Les belles idées du marxisme ne sont qu’une farce. Les 30 dernières années nous ont montré cela dans la pratique. La gauche française a géré les ex-colonies comme l’a fait la droite. Strauss-khan au FMI, Besson, ministre de l’immigration, … la liste est longue. Imbéciles ceux qui croient à la gauche.

Aux anticapitalistes : pensez-vous que régulariser chaque année 80 000 enfants d’Afrique règlera le problème de là où ils viennent ou celui de là ils arrivent. C’est une position grave, opportuniste et politicienne. Depuis 20 ans vous ne faites que reculez l’échéance de la déchéance des immigrés en premier lieu et du peuple africain en particulier. Le problème de l’immigration se règle à la source. Aidez les africains qui sont prêts à déboulonner ces valets de l’impérialisme français qui déstabilisent tout le continent africain. Quand demain, plus de la moitié du peuple africain crèvera de faim, tout le monde sera responsable. Dans moins de trente ans, l’Europe, l’Amérique, l’Asie arriveront tout juste à subvenir aux besoins vitaux de leur peuple. Pendant ce temps,  l’Afrique compte sur l’aide internationale. 

 

J’ai appris avec grand plaisir que la France s’apprête à enlever son armée du Sénégal pour la ramener un peu plus haut au Gabon. Et oui, pétrole oblige, Total et Elf ont besoin de matière première. Comme vous le savez le coup d’Etat au Niger profite à Aréva, encore un intérêt français au détriment du peuple africain.

Pour ceux qui l’ignorent tous les militaires gradés en Afrique, ont été formés à St Cyr. Une double nationalité en poche, ils reçoivent les ordres de Paris. Décidément, l’Afrique a du pain sur la planche. Espérons que le départ des soldats français du Sénégal ne nous prépare pas un coup d’Etat militaire. Qu’après la gestion civile désastreuse du pays la France ne joue pas les prolongations en voulant nous imposer en 2012 un gouvernement militaire. Sachant qu’aujourd’hui, le peuple sénégalais a fait le bilan des cinquante premières années de soi-disant indépendance et désire un changement radical pour les intérêts matériels et moraux de son peuple, la France de Sarkozy, nous prépare, elle, une prolongation. Soyons vigilants, c’est notre dernière chance. Le Sénégal, l’Afrique, a un besoin vital de se redresser dans les 5 prochaines années, sinon, nous disparaîtrons. Cette réalité est claire et sentie par tout un chacun. Ne restez pas assis à compter les étoiles et les nuages. N’attendez l’aide de personne. Levez-vous et construisez votre continent dans le calme et la dignité. Sans déraper sur l’extrémisme. C’est encore possible.

 

Je terminerai ce texte en envoyant un message au-delà, à mes chers papas dont je suis fier, à toi Patrice, Boumediène, Nasser, Nkrumah, Cabral, et à toi mon frère Thomas, depuis votre départ, nous sommes toujours dans la misère humaine et très loin de la sortie du tunnel. Mon vieux Patrice, ce salop de Mobutu qui t’as trahi a fini comme un chien au Maroc, ses serviteurs n’ont même pas voulu le récupérer à la fin pour le soigner. Et à toi Houari, l’Algérie que tu avais construite, dont toute l’Afrique était si fière et sur laquelle elle comptait, à été cassée, détruite par le capitalisme français. Mais je vous rassure, vos enfants et frères se souviennent de vous et continueront votre combat jusqu’à l’heure où ils vous rejoindront. Les peuples du monde vaincront.

Salut aussi à toi Frantz, mon vieux Fanon, l’homme des îles, de la Martinique , tu avais bien vu, toi qui disais que celui qui adore le nègre est aussi malade que celui qui le déteste. Mais oui, on adore son chien. Cher papa, toi, tu avais montré l’exemple. Tu es né sous la domination coloniale et mort algérien, cela résume ta grandeur. Les peuples opprimés se souviendront de toi et que la fraternité dans ce monde ne viendra pas des peuples européens campés sur leur supériorité de pacotille mais bien du réveil des peuples opprimés, de ceux qu’on appelle les damnés de la terre.

 

 

Bamba Gueye Lindor

Paris, le 7 mars

 

 

Par APPA - Publié dans : Ailleurs sur le Web - Communauté : Actualité panafricaine. 

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23 février 2010

Le choix gabonais de Nicolas Sarkozy, par Philippe Bernard

Lu pour vous dans le journal le Monde.

Encore Bolloré, comme pour le port de Pointe-Noire, Nicolas Sarkosy se mouille la chemise pour aider son ami Bolloré.  La françafrique n'était pas mort avec Papa Bongo.

Voici ce que donc le journal français écrit à propos de la visite de Sarkosy en Afrique.

Analyse

Le choix gabonais de Nicolas Sarkozy, par Philippe Bernard

LE MONDE | 23.02.10 | 13h06  •  Mis à jour le 23.02.10 | 13h06

 

Aucun autre pays d'Afrique n'a eu le privilège d'accueillir le président de la République française trois fois en moins de trois ans. C'est au Gabon d'Omar Bongo que Nicolas Sarkozy, tout juste élu en 2007, avait choisi de faire étape, pour son premier voyage sur le continent noir. C'est au Gabon en deuil que le chef de l'Etat français s'est rendu, en juin dernier, pour les obsèques du potentat qui a régné quarante-deux ans durant sur ce petit émirat pétrolier et profrançais du golfe de Guinée.  

C'est à nouveau au Gabon, celui d'Ali Bongo, fils du précédent, élu en août dans des conditions contestées, que le président français a décidé de se rendre, mercredi 24 février. Il devrait y célébrer le renouveau de l'"amitié franco-gabonaise" marquée par le choix de Libreville (plutôt que Dakar) comme localisation de l'unique base militaire que la France entend conserver en Afrique de l'Ouest et par la signature d'un vaste "plan d'action" concerté.

M. Sarkozy devrait aussi exprimer l'espoir que   place Paris dans le nouveau président Bongo, qui prône un "meilleur partage des richesses" et promet un "Gabon émergent". Après cette visite d'amitié, le ton sera tout autre à Kigali (Rwanda), où le président doit passer quelques heures, jeudi 25 février, pour sceller une réconciliation diplomatique avec le régime du général Kagame, qui considère la France comme un complice du génocide de 1994.

Pourquoi Nicolas Sarkozy, autrefois avocat de la "rupture" avec la "Françafrique", multiplie-t-il les signes de bienveillance avec le pays qui symbolise jusqu'à la caricature ces relations incestueuses ? Pourquoi la France continue-t-elle de concentrer tant d'attention sur ce petit pays de moins de 1,5 million d'habitants aux richesses pétrolières déclinantes ? La France s'en défend, mais elle a aidé à l'élection du fils d'Omar Bongo, considéré comme le meilleur garant de la stabilité du pays et des intérêts français. Logiquement, Paris attend les dividendes de sa sollicitude. Les Français, déjà très présents dans l'exploitation du pétrole (Total), du bois (Rougier) et du manganèse (Comilog) ne se résolvent pas à laisser d'autres leur tailler des croupières. Vincent Bolloré s'intéresse de près à l'extension du port de Libreville.

La France espère aussi qu'Ali Bongo renégocie la convention conclue en 2008 par son père avec une société chinoise pour l'exploitation de l'immense gisement de fer de Belinga. Le même français Bolloré convoiterait le marché de la logistique et du transport du minerai.

La situation géographique du Gabon, au coeur du continent, à portée d'avion de la plupart des zones de crise, constitue un autre atout aux yeux de Paris. D'autant que le régime gabonais, peu émancipé de l'ancien colonisateur, ne voit aucun inconvénient à continuer d'accueillir une base de l'armée française qui lui sert d'assurance-vie depuis quatre décennies.

Le fait que le Gabon siège au Conseil de sécurité de l'ONU jusqu'à la fin 2011 et qu'il le présidera en mars, au moment où pourrait avoir lieu le débat sur les sanctions contre l'Iran, explique aussi l'étape du président français à Libreville.

Si Nicolas Sarkozy veut croire qu'Ali Bongo est capable de rompre avec le mode de gouvernement de son père, mélange d'autoritarisme cynique, de clientélisme bonhomme et de prédation financière, c'est que le personnage d'Ali Bongo, qui affiche son volontarisme politique sans renier un mode de vie bling-bling, est sans doute familier au président français. C'est aussi que l'époque a changé.

Timidement, la démocratie fait son chemin au Gabon, et la France, depuis le génocide au Rwanda, ne veut plus apparaître en sauveteur de régimes décriés. Reste la réalité gabonaise : celle d'un pays potentiellement prospère mais parsemé de bidonvilles et où l'espérance de vie ne dépasse pas 57 ans. Les premières décisions d'Ali Bongo - instauration de la journée continue pour améliorer la productivité, augmentation des salaires, recensement des fonctionnaires pour éliminer les postes fantômes, interdiction de l'exportation de grumes de bois pour favoriser leur transformation sur place - témoignent d'une volonté de "TsunAli", comme le surnomment ses partisans, de remettre en marche rapidement un pays paralysé par quarante-deux ans d'oligarchie.

Ces mesures resteront la "poudre aux yeux" lancée par le "monarque" Bongo II que dénoncent les opposants, si Bongo fils ne veut ou ne peut imposer la transparence, tant de sa gouvernance que du patrimoine de sa propre famille. La révélation, en février, par un rapport du Congrès des Etats-Unis, d'opérations de blanchiment d'argent, et les virements occultes de plusieurs centaines de milliers de dollars dont son épouse d'alors, Inge Lynn Collins Bongo, et lui-même "ont bénéficié" entre 2000 et 2003, montrent que les mauvaises habitudes d'Omar Bongo n'ont pas nécessairement pris fin avec sa disparition.

Nicolas Sarkozy semble peu regardant sur cet aspect du régime Bongo, puisqu'il a tout fait pour étouffer, en France, l'affaire des "biens mal acquis" (actuellement en instance à la Cour de cassation). S'il paraît considérer Ali Bongo comme un modèle, c'est sans doute que l'Afrique francophone, entre président vieillissant (Sénégal) ou absent (Cameroun), potentat agrippé au pouvoir (Côte d'Ivoire) et militaires putschistes (Guinée, Niger) offre bien peu de références positives.


Courriel : bernard@lemonde.fr.

Philippe Bernard (Service International)

Article paru dans l'édition du 24.02.10

 

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26 novembre 2009

Françafrique : Eva Joly, "la force qui nous manque"

Extrait de "La force qui nous manque" de Eva JOLY aux Editions des Arènes

Eva JOLY est conseillère pour la lutte contre la corruption et le blanchiment en Norvège. Ses deux livres précédents, "Notre affaire à tous" et "Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?", chez le même éditeur, ont été vendus à plus de 450 000 exemplaires en France et à l’étranger.


Lorsque j’ai pris en charge l’instruction de l’affaire Elf, j’avais en face de moi les puissants du pétrole français, je n’aimais pas leur arrogance, la façon qu’ils avaient de se servir dans les caisses, mais lorsqu’ils invoquaient les intérêts supérieurs du pays, j’étais prête à les croire. Je sortais de plusieurs années en détachement au ministère des Finances, entourée de hauts fonctionnaires intègres, d‘une compétence absolue. J’avais confiance dans les institutions de mon pays d’adoption. Je n’imaginais pas que la finalité des dirigeants des sociétés nationales du pétrole fut autre chose que le bien commun. Je traquais les dérives et non le système lui-même.

Pourtant au fil de mon enquête, j’ai découvert un monde souterrain. Magistrate, limitée par le cadre de ma saisine et des compétences nationales, je devais m’arrêter sur le seuil de certaines portes, qui menaient vers l’étranger. Je découvrais des chemins qu’il aurait été passionnant de remonter, des connexions qui m’ahurissaient. Avec des chiffres, des comptes, nous avions sous nos yeux le déchiffrage d’un vaste réseau de corruption institutionnalisé, dont les fils étaient reliés en direct à l’Elysée.

Ce n’était pas mon rôle d’en tirer les conclusions politiques, mais j’en ai gardé l’empreinte. Nous avions dessiné alors un vaste schéma, que j’ai toujours avec moi. Il fait huit mètres une fois déplié. Il serpente depuis le bureau d’un directeur des hydrocarbures d’Elf, jusqu’à des comptes obscurs alimentés par le Gabon, aux mains d’Omar BONGO : quarante ans de pouvoir et une difficulté récurrente à distinguer sa tirelire et sa famille d’une part, le budget de l’Etat et le gouvernement d’autre part. 

J’emporte souvent ce schéma avec moi, au fil des rendez-vous. Je l’étale sur les tables, un peu comme un capitaine au combat sort ses vieilles cartes. Les positions ont sans doute varié, les techniques de camouflage se sont sophistiquées, mais le système est là : les tyrans sont des amis, que la France a placés au pouvoir et dont elle protège la fortune et l’influence par de vastes réseaux de corruption ; en échange ils veillent sur les intérêts et les ressources des entreprises françaises venues creuser le sol.

Tout ce beau monde a intérêt à ce que rien, jamais, ne stimule ni les institutions ni l’économie des pays.

Et si je m’arrête un instant au Gabon, qu’est-ce que j’y vois ? Un pays riche qui exporte plus de treize milliards de dollars de pétrole brut par an et affiche un Pib par habitant largement au-dessus de la moyenne africaine (6 397 $) ? Ou un pays pauvre où l’espérance de vie est estimée à 55 ans pour les femmes et 53 pour les hommes, ce qui leur laisse un an de moins que les Malgaches nés sur un sol sans pétrole ? Le taux de mortalité infantile est au Gabon particulièrement élevé, le taux de vaccination contre la rougeole est de 40% contre une moyenne de 79% dans les pays en développement.

Voilà où en est le Gabon, chasse gardée de la France, fournisseur des trésors du pétrole et de l’uranium, fief de Total-Elf la première capitalisation boursière française.

Roland DUMAS "l’ami intime" de BONGO

Si les habitants de Libreville n’ont pas bénéficié de la richesse de leur pays, c’est parce que la France s’est accaparée ses ressources minières, avec la complicité d’un président, enrôlé dès son service militaire par l’armée française et ses services secrets, placé à la tête du pays à 32 ans par Paris. 

Il était alors le plus jeune chef d’Etat du monde. La France contrôle son armée, ses élections et protège sa fortune. En retour, Omar BONGO fait table ouverte plusieurs fois par an, avenue Foch ou à l’hôtel Crillon, où il reçoit les hommes politiques, des publicitaires et les journalistes français qui comptent.. Chacun se presse à ces audiences. Dans les années 1990, un homme politique français du premier plan, alors en fonction, bénéficiait en parallèle d’un contrat de "consultant" signé par Omar BONGO et largement rémunéré. De Roland DUMAS, le président Gabonais dit qu’il est "ami intime".

Prévoyant, il apprécie aussi Nicolas SARKOZY, venu "prendre conseil" en tant que candidat à l’élection présidentielle. Lorsque au cours de l’instruction, nous avons perquisitionné au siège de la Fiba, la banque franco-gabonaise, nous avons consulté le listing des clients, qui paraissait tenu à la plume sergent-major. C’était une sorte de Who’s Who de la France en Afrique, qui en disait long sur l’envers de la République et  des médias.

A ceux qui croient encore à l’aide désintéressée de la France en Afrique, il suffit de consulter les chiffres du Pnud (Programme des nations unies pour le développement). La corrélation est régulière entre le montant de l’aide française et la richesse en matières premières. En clair, celui qui n’a rien dans son sous-sol ne doit pas attendre grand-chose de Paris…

Il n’est pas étonnant de retrouver le Gabon comme l’un des premiers bénéficiaires de l’aide publique française au développement. Le résultat est affligeant en termes de système de santé et d’éducation. L’argent s’est perdu en route. Il est justement fait pour cela.

Il ne s’agit pas d’une dérive mais d’une organisation cohérente et raisonnée. Dans chaque audition durant notre instruction, nous entendions parler de pressions physiques, d’espionnage permanent et de barbouzes. Les perquisitions dans la tour Elf à la Défense livraient une moisson de documents révélant la confusion des genres, nous les transmettions au parquet de Nanterre, qui se gardait bien d’ouvrir des enquêtes. Car Elf hier, Total aujourd’hui, est un Etat dans l’Etat, conçu par Pierre GUILLAUMAT un ancien ministre de la Défense, patron des services secrets et responsable du programme nucléaire français afin de servir les intérêts géopolitiques de Paris.

La Norvège a utilisé son pétrole pour construire et assurer le paiement des retraites futures. La France se sert d’Elf-Total pour affirmer sa puissance. La compagnie intervient dans le golfe de Guinée, au Nigéria, au Congo Brazzaville, en Angola… Tous ces pays ont connu la guerre civile et la dictature, derrière laquelle la main française s’est fait sentir.

Le chaos, lorsqu’il se produit, ne trouble pas le système. Il n’est qu’à voir l’Angola, en guerre pendant des dizaines d’années, mais dont aucune goutte de pétrole, jamais, n’a raté sa destination. Pendant la guerre, les affaires continuaient…

Les banques françaises, Bnp-Paribas en tête, ont même profité de l’occasion pour élaborer des montages financiers destinés aux pays en guerre, à des taux affolants, tout en sachant qu’elles ne prenaient pas le moindre risque. L’argent, là aussi, n’a pas été perdu pour tout le monde. C’est un miroir dans lequel il ne faut pas trop souvent regarder les élites françaises.

Depuis que j’ai ouvert le dossier Elf, dans mon bureau de la galerie financière, j’ai voyagé physiquement et intellectuellement bien loin de la Seine et de ses quais gris et bleus…j’ai appris en marchant. A l’arrivée, le tableau est effrayant.

L’Afrique a refait de moi une Norvégienne, fière de l’être. Mon pays est riche, mais, il se souvient avoir été pauvre, un peuple d’émigrants regardant vers le nouveau monde américain. Son esprit de conquête, ses allures vikings sont des traces d’un passé très lointain, vinrent ensuite les tutelles danoise puis suédoise, dont il fallut se libérer. Il envoya vers l’Afrique des missionnaires protestants, personnages austères au visage buriné, taillé par la parole chrétienne et l’œuvre humanitaire, plutôt que des nouveaux colons, comme on les croise encore dans les quartiers d’expatriés blancs.

Pendant que la France fondait Elf, la Norvège mettait en place l’exploitation des ressources de la mer du Nord, accumulant un fonds de réserve, aussitôt placé pour les générations futures et soigneusement contrôlé.

Ce petit pays des terres gelées est devenu la première nation donatrice en dollars par habitant. Bien sûr, les pétroliers norvégiens ne sont pas des enfants de chœur. De récentes enquêtes ont montré que certains d’entre eux ont versé des commissions et que la tentation d’abuser de leur pouvoir est permanente. Mais la Norvège n’a pas à rougir de ce qu’elle a fait de son pétrole. Ce que j’ai vu, les rapports internationaux qui l’attestent, est une œuvre d’espoir.

La République française, à la même époque, a mis en place en Afrique un système loin de ses valeurs et de l’image qu’elle aime renvoyer au monde.

-        Comment des institutions solides et démocratiques, des esprits brillants et éclairés, ont-ils pu tisser des réseaux violant systématiquement la loi, la Justice et la démocratie ?

-        Pourquoi des journalistes réputés, de tout bord, ont-ils toléré ce qu’ils ont vu ?

-        Pourquoi des partis politiques et des ONG, par ailleurs prompts à s’enflammer, n’ont-ils rien voulu voir ?

L’indépendance en Afrique : une mascarade

Je ne condamne pas. J’ai partagé cet aveuglement. J’étais comme eux, avant de glisser l’œil dans le trou de la serrure et de prendre la mesure de ce secret de famille : la France reste un empire et ne se remet pas de sa puissance perdue. 

L’indépendance politique a été largement une mascarade en Afrique de l’Ouest. L’Occident a fermé les yeux, car la France se prévalait d’être le "gendarme" qui défendait la moitié du continent contre le communisme.

Les Français ont laissé faire, car astucieusement, De Gaulle et ses successeurs ont présenté leur action comme un rempart contre l’hydre américaine. Elf était l’une des pièces maîtresses de cette partie géopolitique. Le double jeu a été facilité par la certitude, ancrée dans les mentalités, que "là-bas, c’est différent".

ü  Là-bas, c’est normal la corruption, le népotisme, la guerre, la violence. Là-bas c’est normal la présence de l’armée française, les proconsuls à l’ambassade ou à l’état-major, les camps militaires.

ü  Là-bas, c’est normal l’instruction des gardes présidentielles.

ü  Là-bas, c’est normal la captation des richesses naturelles. D’ailleurs "tout le monde fait pareil".

Jeune ou vieux, de gauche ou de droite, nul Français ne songe à s’offusquer de voir nos soldats mener, presque chaque année, une opération militaire en Afrique, au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Rwanda, quand tous se gaussent de cette Amérique venue faire la police en Irak, en maquillant d’un fard démocratique les intérêts géopolitiques et pétroliers de Washington. Il y a pourtant bien des symétries.

J’ai vu récemment un documentaire sur la guerre du Biafra, quatre ou cinq demi-heures de témoignage brut des principaux acteurs, sans commentaires. Je suis restée sans voix. A ceux qui sont nés après 1970, le Biafra ne dit rien.

Dans cette région du Nigéria, riche en pétrole, une ethnie, chrétienne et animiste armée par la France, réclama l’indépendance. S’ensuivit une guerre meurtrière de trois ans, révolte financée depuis l’Elysée via des sociétés suisses.

La télévision française aimait alors montrer les enfants affamés que les militaires français ramenaient par avion pour les soigner, jamais elle ne laissait voir la cargaison de l’aller, remplie d’armes…

A l’image maintenant, les anciens collaborateurs de Jacques FOCCART, repus dans leurs fauteuils Louis XV, détaillent sans émotion ces montages illégaux. Les officiers, lieutenants d’alors, généraux d’aujourd’hui, racontent ce bon tour le sourire aux lèvres. Fin du documentaire. Pas un mot, pas une ligne dans les livres d’histoire.

Des drames comme celui-ci, l’Afrique en contient des dizaines, soigneusement passés sous silence. Les massacres des Bamiléké au Cameroun par la France du général De Gaulle, le génocide des Tutsi commis par un régime soutenu par François MITTERAND, les assassinats d’opposants, les manipulations d’élection…Le passif de la France sur le continent africain n’a rien à envier à l’impérialisme américain en Amérique latine ou au Moyen-Orient.

Il est à la mode parmi les intellectuels français de se plaindre du mouvement de repentance qui s’est répandu depuis quelques années. Les bienfaits de la colonisation, à inscrire dans les manuels scolaires, ont même fait l’objet d’une proposition de loi, largement soutenue par les députés. Bien sûr, l’histoire de la France en Afrique ou en Asie du Sud-Est a compté aussi des aventuriers sincères, exportateurs, instituteurs ou pionniers, qui ont fait corps avec les pays qu’ils ont découverts. 

A Madagascar les vazas, ces pieds-noirs malgaches, ne cessent de louer devant moi l’état des routes et des infrastructures françaises au moment de l’indépendance. Mais les peuples sont comme les familles.

On ne peut pas faire le tri de la mémoire. Il est des secrets soigneusement cachés dont l’onde portée va bien au-delà d’une ou de deux générations.. Les enfants héritent de tout : du malheur comme du bonheur, de la richesse comme des dettes.

La République française paie aujourd’hui la facture de son passé. Il suffit de dérouler la liste des appellations officielles des Maghrébins, nés dans un département français avant 1962 ou sur le sol hexagonal depuis les années 1970. Par la loi, ils furent et sont des Français comme les autres.

Les gouvernements successifs n’ont pourtant cessé d’inventer des périphrases : "indigène musulman", "sujet africain non naturalisé", "Jfom" (Jeune français originaire du Magrheb), "jeune issu de l’immigration", "fils de harkis", "jeune des quartiers", "Arabo-musulman", "Français d’origine arabe", "Français musulman"…

La France de 1789, incompatible avec la françafrique

Le développement de la Françafrique, notre tolérance vis-à-vis des réseaux, tout ramène à ce secret colonial, à cet empire qui hante les esprits comme un fantôme. Oui, Total, la première entreprise française, est riche et prospère. Mais la manière dont la firme s’est bâtie fait partie de l’héritage.

Qui osera un jour rendre au Nigéria, au Cameroun, au Gabon, au Congo Brazzaville ce que la France leur doit ? 

Qui contestera les contrats conclus par Areva pour l’uranium du Niger ou ceux des mines d’or de Sadiola au Mali, deux pays parmi les plus pauvres du globe, qui ne touchent qu’une part dérisoire des richesses prélevées dans leur sol ?

La République a contracté une dette qu’il lui faudra bien honorer. Notre prospérité est nourrie de richesses que nous détournons. A certains de ces sans-papiers qui risquent leur vie pour gagner l’Europe, il pourrait être versé une rente au lieu d’un avis d’expulsion. Je rêve, pour ce pays que j’aime, d’un réveil collectif.

Une France digne de son idéal et de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique : ce qu’une génération a fait, une autre peut le défaire. C’est possible…

Nous Sommes le Congo !
C
essons d'
Avoir Peur !
P
our un
Etat de Droit au Congo !


Celui qui lutte peut gagner ! Celui qui ne lutte pas a déjà tout perdu !



Patrick Eric Mampouya
http://mampouya.over-blog.com/

"Chaque génération a le choix entre trahir ou accomplir sa mission"

La France vit encore comme si en Afrique elle était chez elle, et comme si, ses enfants d’ascendance africaine n’étaient pas français. 

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21 novembre 2009

Le président gabonais Omar Bongo (1935-2009)

WSWS : Nouvelles et analyses : Afrique

Un outil de l'impérialisme français en Afrique

Par Olivier Laurent  8 septembre 2009

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Omar Bongo, président du Gabon, est décédé le 7 juin d'un cancer des intestins dans un hôpital espagnol, après être resté au pouvoir près de 42 ans. Mis à part ses démêlés avec la France au cours des dernières années, sa carrière aura été consacrée à la défense des intérêts commerciaux et stratégiques de l'impérialisme français en Afrique subsaharienne. Elle témoigne de la faillite des régimes bourgeois-nationalistes auxquels la France a confié le pouvoir lors de la décolonisation.

Politicien habile, Bongo conserva le pouvoir en plaçant les ressources de son pays appauvri mais riche en pétrole entre les mains de compagnies pétrolières et de politiciens étrangers. N'étant pas en mesure d'apporter une solution aux fortes divisions internes et à la pauvreté du Gabon – héritages de la domination coloniale française – le régime de Bongo ne s'est maintenu que grâce à l'armée française. Faisant preuve d'un cynisme bien représenté par ses conversions religieuses répétées dans des buts politiques, il a amassé une immense fortune personnelle en prenant sa part des revenus extorqués à son pays.

Après la mort de Bongo, la lutte pour sa succession a été confinée à l'intérieur du parti dirigeant, le Parti démocratique gabonais (PDG), entre sa fille Pascaline et son fils Ali. En fin de compte, Ali a été désigné candidat du PDG et a remporté les élections du 30 août.

Omar Bongo est né Albert-Bernard Bongo dans une famille de fermiers de 12 enfants au Sud du Gabon. Orphelin à 12 ans, il est élevé par un oncle travaillant pour l'administration coloniale. À 17 ans, il quitte ce foyer pour Brazzaville, capitale du Congo français voisin, et y travaille au bureau des postes.

À son arrivée à Brazzaville, il rejoint la franc-maçonnerie et la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) socio-démocrate. La Franc-maçonnerie, une société secrète bourgeoise athée, avait maintenu une longue tradition dans l'administration coloniale. Durant la seconde guerre mondiale, elle aida à mobiliser des parties de l'administration coloniale derrière de Gaulle, contre le chef du régime de Vichy collaborant avec les Nazis, Philippe Pétain, qui persécutait les francs-maçons.

Bongo effectua son service militaire pour l'armée française de 1958 à 1960 dans les services de renseignement de l'armée de l'air où il atteignit le grade de Lieutenant, puis il retourna brièvement travailler pour la Poste dans la capitale gabonaise, Libreville. La même année, la France accordait officiellement l'indépendance au Gabon.

Ses relations ouvrirent à Bongo les portes de la politique française ; plus tard dans sa vie, Bongo plaisantera en disant qu'il avait toujours sa carte de membre de la SFIO.

Plus important, Bongo faisait cette entrée dans la politique bourgeoise française à un moment clef. Discrédité par sa capitulation devant l'Allemagne nazie puis par ses guerres perdues pour conserver ses colonies en Algérie et en Indochine, l'impérialisme français était occupé à développer une couche de la petite bourgeoisie indigène pour protéger ses intérêts dans l'appareil d'Etat local.

La décolonisation : une trahison des masses

À la conférence de Brazzaville en 1944, le chef de la résistance bourgeoise, le Général Charles de Gaulle, promit d'abolir le Code indigène discriminatoire qui était en place de longue date. Il présenta pour le remplacer un vague plan où les Africains, selon ses propres mots, « pouvaient s'élever peu a peu jusqu'au niveau où ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires. » Le gouverneur général de l'Afrique équatoriale française de l'époque, Félix Éboué, était lui-même un noir, de Guyane, et également franc-maçon et socio-démocrate. Il défendit à la conférence une politique d'« assimilation », qui fut acceptée.

La répression massive et les guerres coloniales qu'il fallait mener pour maintenir le contrôle de la France dans les colonies se révélèrent trop coûteuses pour l'économie française ravagée par la guerre et trop impopulaires auprès de la classe ouvrière française. Entre 1945 et 1960, la France dépensa 32,5 milliards de Francs-or dans ses colonies, soit le double de ce qu'elle recevait du plan Marshall américain pour la reconstruction d'après-guerre. Comme le disait de Gaulle, « C'est un fait, la décolonisation est notre intérêt, et donc c'est notre politique. »

Mais en même temps, l'impérialisme français n'avait aucune intention d'abandonner le contrôle de ses colonies, d'où il tirait des matières premières de grande valeur et une main d'œuvre à bas prix. Le résultat fut ce que l'on appelle la Franceafrique : en échange du pouvoir formellement accordé à une couche de la petite bourgeoisie africaine, l'impérialisme français pourrait continuer à exploiter ses ex-colonies.

Bongo expliquera plus tard cet arrangement comme ceci : « Le Gabon sans la France, c'est une voiture sans conducteur. La France sans le Gabon, c'est une voiture sans essence. »

Si l'impérialisme français a été capable de mener à bien cette politique, c'est d'abord grâce aux trahisons répétées des luttes de la classe ouvrière par la SFIO et le Parti communiste français (PCF). Dans les luttes insurrectionnelles lors de la libération du joug nazi en 1945, et dans les multiples vagues de grèves d'après-guerre, ces partis ont mis leur poids politique au service de De Gaulle qui a construit son régime en gagnant le soutien des autorités françaises qui avaient dirigé le pays sous les Nazis.

Les socio-démocrates et les staliniens l'ont aidé à mener les luttes coloniales de la France, notamment par les politiques de guerre appliquées par le Premier ministre Guy Mollet, de la SFIO, en Algérie.

La perspective nationale du PCF a également aidé l'impérialisme français à recruter les cadres africains avec lesquels il allait continuer à diriger l'Afrique. Les Groupes d'études communistes (GEC) affiliés au PCF se sont liquidés dans une suite de partis bourgeois-nationalistes africains regroupés dans le Rassemblement démocratique africain (RDA) – dont le dirigeant le plus connu était le futur président de la Côte d'Ivoire, Félix Houphouët-Boigny. Au Gabon, le RDA était représenté par Léon Mba, futur président du Gabon et parrain de Bongo en politique.

Le prolétariat étant politiquement étouffé par les socio-démocrates et les staliniens, la bourgeoisie française allait pouvoir déployer toutes ses ressources financières et militaires au Gabon – non pour réparer les ravages de la colonisation mais pour piller ses ressources naturelles et s'en servir comme d'une base pour ses intrigues en Afrique.

Les gaullistes ont créé un complexe système de réseaux et de groupes de pression en Afrique, permettant à la bourgeoisie française non seulement de réaliser des profits colossaux, mais aussi de planifier une longue liste d'assassinats, de coups d'états et d'interventions militaires.

Le principal organisateur de ces réseaux était Jacques Foccart. Ancien combattant de la résistance, Foccart était connu comme le « Monsieur Afrique » de De Gaulle, puis des présidents Georges Pompidou et Jacques Chirac. Foccart contribua également à la création du SAC (Service d'action civique) – le service d'ordre du mouvement gaulliste qui participa à de nombreux actes de violence contre des étudiants de gauche et des grévistes en France.

Le régime qui se développa sous Bongo – une dictature à parti unique tributaire du soutien militaire français pour réprimer les masses à chaque crise interne majeure – correspondait parfaitement aux besoins de l'impérialisme français.

La Franceafrique : comment Bongo arriva au pouvoir

Bongo fit rapidement ses premiers pas en politique, se servant de ses relations dans la Franc-maçonnerie pour participer à la première campagne électorale du Gabon indépendant, en 1961. Il parvint à se faire repérer et courtiser par les deux principaux politiciens qui se disputaient le pouvoir : Léon Mba et Jean-Hilaire Aubame.

Aubame était favorable à un régime parlementaire, alors que Mba préférait une présidence forte. Bongo s'engagea finalement aux côtés de Mba, qui était également le candidat favorisé par De Gaulle. Avant l'indépendance du Gabon, Mba et Bongo avaient tous deux exprimé le souhait que le Gabon devienne un département français, faisant formellement partie du territoire au même titre que la Guadeloupe ou la Martinique, avec le drapeau français inséré dans le drapeau Gabonais.

Ayant perdu les élections, Aubame accepta de devenir le Premier ministre de Mba. Mais Mba ne lui faisait pas confiance et essaya de le faire assassiner en 1963. Il échoua, ce qui produisit en retour un coup d'état qui mit brièvement Aubame au pouvoir en 1964.

La France intervint en envoyant des parachutistes remettre Mba au pouvoir. Bongo fut emprisonné durant ce coup d'état. On dit que c'est à partir de cette expérience qu'il conclut qu'il ne pouvait pas faire confiance à l'armée gabonaise, et qu'il valait mieux s'appuyer sur les troupes françaises.

Bongo devint ministre de la défense en 1965, remplaçant Mba lorsque la santé de celui-ci se détériora la même année. Il fut nommé Vice-président et exerça l'intérim à la mort de Mba en 1967. Il déclara rapidement un système de parti unique, dirigé par son propre parti, le Parti démocratique gabonais (PDG).

Bongo transforma le Gabon en un poste avancé des intérêts français en Afrique. Il aida la France à soutenir la guerre de sécession menée par la province nigériane du Biafra, riche en pétrole. Foccart organisa l'envoi d'armes au Biafra, les cachant dans des cargaisons d'aide humanitaire que la Croix-Rouge envoyait par avions en utilisant l'aéroport de Libreville. Il y envoya également de nombreux mercenaires, dont le plus connu des aventuriers français, Bob Denard.

L'association caritative catholique Caritas participa également au soutien logistique des combattants biafrais. C'est à ce moment-là, en 1968, que Bongo se convertit au catholicisme et rendit visite au Pape Paul VI.

Bongo allait continuer à soutenir les interventions françaises en Afrique. En 1977, il couvrit la tentative avortée du Président français Valéry Giscard d'Estaing de renverser le dirigeant nationaliste du Bénin, Mathieu Kérékou. Cette décision est remarquable : Bongo aurait pu aider ses alliés gaullistes comme Jacques Chirac, qui étaient des opposants de Giscard, en révélant l'affaire. Mais, sur ces questions, Bongo respectait les intérêts stratégiques supérieurs de l'impérialisme français.

Le pillage du Gabon

Au début des années 1970, le pétrole devint la principale exportation du Gabon. Le pays rejoignit l'OPEC en 1975. Pour préparer cette entrée, Bongo s'était converti à l'Islam en 1973, sur les conseils du dictateur libyen Muhammad Kadhafi, et changea son prénom en Omar.

L'industrie pétrolière gabonaise était dirigée en grande partie par la compagnie pétrolière française Elf, aujourd'hui absorbée par Total. Mis à part une petite portion utilisée pour acheter la clique de dirigeants gabonais autour de Bongo, les revenus du pétrole étaient empochés par une couche d'hommes d'affaires et de politiciens français corrompus.

Elf était une création politique, complètement intégrée aux réseaux de la Franceafrique mis en place par De Gaulle et Foccart, conçue pour l'avancement des intérêts stratégiques de l'impérialisme français dans l'Afrique nouvellement "indépendante". Profondément corrompue, Elf a financé diverses initiatives politiques et stratégiques françaises et généré une série de scandales, notamment ces dernières années au sujet de commissions lors de la vente par la France en 1991 de six frégates à Taiwan.

L'ex-président d'Elf, Loïc Le Floch-Prigent condamné en 2003 pour avoir détourné des millions d'euros provenant d'Elf, déclara devant les juges : « En 1962, [Pierre Guillaumat] convainc [le général de Gaulle] de mettre en place une structure parallèle autour de vrais techniciens du pétrole. [En créant Elf à côté de Total] les gaullistes voulaient un véritable bras séculier d'État, en particulier en Afrique, [...] une sorte de ministère du pétrole inamovible, [...] une sorte d'officine de renseignement dans les pays pétroliers. »

Lorsqu'on lui demanda d'expliquer les relations d'Elf avec ses fournisseurs de pétrole africains, Le Floch-Prigeant déclara : « Appelons un chat un chat. L'argent d'Elf part en Afrique et revient en France. »

Cet argent permit également aux forces de droite d'influencer la politique française. Bongo finança Giscard d'Estaing en 1974 contre le candidat de centre droit Chaban-Delmas, puis Jacques Chirac dans toutes les élections présidentielles suivantes, et Sarkozy en 2007.

En 1989, le président François Mitterrand du Parti socialiste obtint que cet argent puisse dorénavant profiter à la gauche comme à la droite. Le Floch-Prigent témoigna : « En septembre 1989, je m'en suis ouvert au président de la République. Je lui ai demandé : "Voulez-vous ou non que je ferme le robinet" ? Réponse du président : "Ah ! non, nous continuons ce qui a été mis en place par le général de Gaulle." Il m'a simplement demandé de rééquilibrer les choses, sans toutefois oublier le RPR. »

Bongo était ainsi en charge d'un système où l'économie du Gabon était pillée dans l'intérêt d'une fine couche de politiciens et d'hommes d'affaires français corrompus. Reflétant ses riches ressources minérales, le Gabon a un PIB assez important de 21,4 milliards de dollars par an, soit 14 400 dollars par habitant. C'est-à-dire quatre fois le PIB par habitant de la plupart des pays d'Afrique subsaharienne. Pourtant, cet argent étant largement siphonné par la France et la clique au pouvoir autour de Bongo, les Gabonais restent empêtrés dans une pauvreté affligeante.

L'espérance de vie à la naissance y est de 53 ans, mettant le Gabon à la 198e place mondiale, et il n'y a que 29 médecins pour 100 000 habitants. Seulement 3,8 pour cent du PIB gabonais est dépensé pour l'éducation, le mettant à la 118e place mondiale. Le Service d'informations des Nations unies, l'IRIN, note que 30 pour cent de la population vit sous le seuil de pauvreté officiel, et que « Selon le FMI, les indicateurs sociaux du Gabon sont plus proches de ceux des pays à faible revenus d'Afrique sub-saharienne. »

Selon l'ex-juge d'instruction française Éva Joly, qui dirigea une enquête sur les affaires de Bongo, le Gabon ne construit que cinq kilomètres de routes par an, pour un réseau total qui ne fait que 900 kilomètres.

À l'autre extrémité du spectre social, une très fine couche de Gabonais se porte très bien. Dans un récent numéro de Jeune Afrique (l'édition internationale), l'on apprend qu'ils voyagent en jets privés de Libreville à Paris pour une journée de shopping dans le 8e arrondissement, ou que l'année dernière, le Gabon était le quatrième importateur africain de grands crus de Champagne, avec 181 000 bouteilles.

État dont la richesse s'appuyait largement sur les revenus pétroliers, le Gabon reste toujours vulnérable aux chutes des prix du pétrole sur les marchés internationaux. De 1986 à 1990, les bas prix du pétrole ont généré une série de grèves massives dans tous les secteurs économiques et parmi les étudiants. En 1988, Bongo entama des discussions avec ses opposants politiques, dont la personnalité la plus marquante était le père Paul Mba Abessole. Bongo espérait qu'ils pourraient orienter la colère populaire dans une direction sans dangers pour lui, mais il hésitait toujours à accorder un système multipartite.

Le 16 janvier 1990, les étudiants de l'Université Omar Bongo à Libreville firent grève contre le manque de moyens. Cette grève fut appelée la « grève de la Diarrhée, » parce qu'elle avait débuté à cause d'une intoxication alimentaire générale des étudiants à la cantine du campus. Le lendemain, la police évacuait l'Université par la force. À partir du 18, les troubles se propageaient dan toute la ville, impliquant toutes les catégories de la population.

Le 24 février, Bongo obtint la capitulation des étudiants en offrant de payer les dégâts et en les invitant publiquement à un festin dans son palais. Mais seulement deux jours plus tard, des grèves éclataient dans le contrôle aérien, les stations services, les chemins de fer et la compagnie d'électricité. Les émeutes reprenaient de plus belle, et l'armée prenait position autour du palais de Bongo.

Le 21 mars, les travailleurs des raffineries de pétrole, représentant 70 pour cent des exportations du Gabon, se mettaient en grève également. Le 23 mars Bongo essaya de calmer les choses en appelant à une conférence nationale sur un système multipartite, mais les grèves se poursuivirent. Le 27, il déclara un couvre-feu dans tout le pays.

Le système multipartite fut finalement proclamé le 19 avril, mais la vie des Gabonais ne s'améliora pas pour autant. Le 23 mai, suite à la mort d'un des chefs de l'opposition, Joseph Rendjambe, une émeute éclata à Port-Gentil durant laquelle le consulat de France fut incendié. Les troubles se propagèrent à nouveau rapidement au reste du pays. Dès le lendemain, la France envoya des troupes, officiellement pour évacuer ses 1800 ressortissants qui se trouvaient au Gabon. Les troupes s'assurèrent également du contrôle des raffineries de pétrole. Le 31 mai, les troupes françaises reprirent le contrôle de la situation et maintinrent Bongo au pouvoir.

Lors des premières élections multipartites en novembre 1990, le parti de Bongo remporta 63 sièges contre 57 aux divers partis d'opposition. Les premières élections présidentielles avec plus d'un candidat eurent eu lieu le 5 décembre 1993, Bongo y fut réélu au premier tour avec 51,1 pour cent des voix, suivi par Abessole. Les troubles qui suivirent cette élection, largement suspectée d'être une fraude, finirent par pousser Bongo à signer ce que l'on appelle les Accords de Paris avec l'opposition.

Après 1990 : une érosion de la Franceafrique

L'influence française au Gabon et plus largement en Afrique commença à s'affaiblir dans les années 1990. Ce n'était pas une conséquence d'une quelconque indépendance grandissante des dirigeants comme Bongo face à l'impérialisme mondial, ni d'une opposition politique efficace contre Bongo parmi l'élite dirigeante gabonaise – laquelle a toujours été arrosée par Bongo avec les fonds de l'état.

En fait Bongo, comme d'autres dirigeants africains, développait des liens plus étroits avec d'autres grandes puissances ; initialement l'impérialisme américain, et plus récemment la Chine.

Après l'effondrement de l'URSS en 1991 et la suppression de la concurrence soviétique en tant qu'ennemi commun des impérialismes américains et français, Washington a pu poursuivre une politique plus agressive dans l'« arrière-cour » africaine de Paris. Cela peut s'observer dans les relations commerciales du Gabon. En 1990, la France était le principal partenaire commercial du Gabon, avec 38 pour cent des exportations et 60,6 pour cent des importations. L'Amérique du Nord comptait pour respectivement 22 et 11 pour cent. Aujourd'hui, la France est troisième pour les exportations à seulement 9,4 pour cent, et sa position dominante pour les importations s'est dégradée, à 28 pour cent.

Les États-Unis contribuèrent au remplacement des régimes, soutenu par la France, de Mobutu au Zaïre (ex-Congo Belge) en 1997, et d'Habyarimana au Rwanda en 1994. Paris protégea le régime Hutu au Rwanda, dont le génocide contre les Tutsis et les Hutus de l'opposition fit 800 000 morts. La guerre civile qui éclata au Zaïre (Aujourd'hui la république démocratique du Congo) fit plusieurs millions de victimes.

Bongo était trop lié à la France pour renverser son alliance du jour au lendemain, mais il cultiva des liens avec les États-Unis aussi. Durant la guerre civile dans la République du Congo voisine entre 1993 et 1999, il vendit des armes à la fois à la marionnette d'Elf, Denis Sassou Ngesso, et à Pascal Lissouba, qui voulait transférer les contrats pétroliers à la compagnie américaine Oxy. Le Gabon étant l'un des rares pays de la région à ne pas sombrer dans la guerre civile, Bongo essayait en même temps de se donner les airs d'un négociateur utile pour la paix en Afrique.

Au début de la décennie actuelle, Bongo se rapprocha des États-Unis. En 2000, une commission du Sénat américain dirigé par le démocrate Carl Levin estima que Bongo avait déposé 130 millions de dollars sur ses comptes à la Citybank de New York entre 1985 et 1997. Le 9 novembre 2005, le New York Times, révélait que Bongo avait versé 9 millions de dollars au lobbyiste américain Jack Abramoff pour arranger une rencontre avec Bush. Bongo nia ces affirmations.

Les tensions engendrées par les enquêtes en France, par exemple sur l'affaire Elf, ont entaché les relations entre Paris et Bongo. Dans sa nécrologie de Bongo, le Figaro a écrit qu'« Il savait tout sur tous, sa meilleure assurance-vie : "Je ferais couler beaucoup de gens", disait-il, en guise de menace à peine voilée. »

Bongo lui-même était dans le collimateur de la justice française dans l'affaire dite des « Biens mal acquis ». Bongo, le président Ngesso du Congo-Brazaville et le président Teodoro Obiang Nguèma de Guinée Équatoriale y étaient accusés de détournement de fonds par des organisations non-gouvernementales en France. En 2008, le quotidien Le Monde révéla qu'ils possédaient pour 150 millions d'euros en appartements et maisons de luxe achetés avec de l'argent public, et ce rien qu'en France. L'enquête a été temporairement interrompue en mai 2009 et Bongo est mort avant qu'elle puisse reprendre.

Tout au long de cette période, Bongo a conservé le pouvoir en se servant des revenus du pétrole gabonais pour acheter toute une série de politiciens de l'opposition. Le cas récent le plus célèbre étant probablement celui du dirigeant de l'Union du peuple gabonais (UPG), Pierre Mamboundou, qui termina second derrière Bongo aux élections de 2005, avec 13,5 pour cent des voix. Mamboundou se réfugia brièvement dans l'ambassade d'Afrique du Sud en 2006, après que l'armée gabonaise eut fait une descente dans le quartier général de l'UPG. Mais en 2007, Bongo rencontra Mamboundou et négocia une trêve politique en échange d'un prêt de développement accordé à la ville de Mamboundou, Ndendé.

Quelles que soient les concessions faites par Bongo à ses opposants, ou celles accordées par l'impérialisme à ses rivaux gabonais, l'élection d'Ali Bongo pour succéder à son père Omar symbolise la continuité fondamentale de l'influence impérialiste au Gabon. Le géant du pétrole Total y est toujours une entreprise de première importance, un élément de la présence française dans le pays, laquelle inclut 120 entreprises ainsi que le stationnement du 6e bataillon d'infanterie de Marine française à Libreville.

(Article original paru le 5 septembre 2009)

source : www.wsws.org

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16 novembre 2009

« QUAND J’ETAIS PRESIDENT »

L’ancien président de la République des Comores, AZALI ASSOUMANI

Présentera son livre ce MERCREDI 18 NOVEMBRE à 19h30

Au CLUB MILLENIUM (nouvelle adresse)

49 avenue HOCHE

75005 PARIS

(entrée libre dans la limite des places disponibles)

Dans un livre d’entretiens avec le journaliste d’investigation Charles Onana, l’ancien président de la République des Comores, le colonel AZALI Assoumani, raconte ce qu’est vraiment la vie d’un chef d’Etat en Afrique.

Quitter la présidence de la République, de son plein gré, après un seul mandat, est rare en Afrique. Refuser de conserver le pouvoir après l'avoir obtenu à la suite d un coup d’Etat est tout aussi exceptionnel. C'est pourtant ce qu'a fait sans hésitation ni regret l'ancien président des Comores, Assoumani Azali, aujourd'hui âgé de 49 ans.    

Comment cet ancien militaire s’est-il opposé au mercenaire français Bob Denard ? Dans quelles circonstances s’est-il ensuite emparé du pouvoir ? Quels furent ses rapports avec l’Union Africaine, le FMI et la Banque Mondiale ? En quoi sa conception du travail et du rôle d’un chef d'Etat est-elle tout à fait originale par rapport à la façon dont le pouvoir présidentiel s’exerce généralement sur le continent africain ?   

Outre les coulisses du pouvoir et des relations internationales décrites par cet homme de conviction, on découvre le parcours atypique d’un chef d'Etat qui pouvait se promener sans garde du corps dans les rues de Paris. Celui qui a su résister à la fascination des tapis rouges et des honneurs, de l’argent facile et du luxe, dévoile sans tabou ni dissimulation ce que fut vraiment sa vie de président de la République.

__._,_.___

Source APPA

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04 novembre 2009

Les faux médicaments de la fondation de Jacques Chirac

3 novembre 2009 par Odile Tobner

ThèmesRacismeJacques ChiracDictateurs (Amis de la France)

Quand Jacques Chirac voulait devenir président de la République française il tenait, le 19 juin 1991, à Orléans, des propos violemment racistes sur l’ « overdose » d’étrangers, qui ne sont pas « les mêmes » qu’avant, « des Espagnols, des Polonais, des Portugais », mais sont « des musulmans et des noirs », plaignant le « travailleur français » d’avoir à supporter « le bruit et l’odeur » et exprimant sa phobie d’une natalité fantasmée comme pléthorique, « une vingtaine de gosses », assortie d’une évaluation aussi superlative que fausse du montant des allocations perçues, « sans naturellement travailler ».

Le MRAP porta plainte et fut débouté le 26 février 1992. Les magistrats estimèrent qu’il n’y avait pas de diffamation raciale car les propos en cause « ne constituent que des attaques vagues et générales, insuffisantes pour caractériser la diffamation ; qu’à supposer qu’elles constituent des expressions outrageantes, elles ne visent pas une personne ou un groupe de personnes suffisamment déterminé ». Pourtant les musulmans et les noirs étaient nommément désignés. La justice sait se voiler la face quand il faut ne pas voir certaines obscénités.

Le même Jacques Chirac, ex président de la République, en quête cette fois de vedettariat international, entend maintenant se faire une image de bienfaiteur des pauvres noirs en donnant son nom à une « fondation pour le développement durable et le dialogue des cultures ». On peut penser que c’est une gageure que de faire croire à la virginité d’une vieille pute, mais cela marche dans le monde tel qu’il est, où l’impudence est non seulement admise mais vénérée. Après avoir inauguré le « dialogue des cultures » par des propos outrageants que les juges estimèrent simplement « décousus », Chirac continue à faire dans le n’importe quoi. Entouré de sept chefs d’Etats africains complaisants (Bénin, Togo, Sénégal, Burkina Faso, Congo Brazzaville, Niger République Centrafricaine) il a lancé lundi 12 octobre « l’appel de Cotonou » destiné à « promouvoir la lutte contre le trafic de faux médicaments dont les victimes se comptent par dizaines de milliers ». Se porter au secours de l’industrie pharmaceutique, on n’en attendait pas moins de lui dans le faux-problème, alors que, en réalité, c’est l’absence totale de tout médicament qui hâte la mort de centaines de milliers d’Africains. Mais évoquer ce vrai problème amènerait à pointer la responsabilité des faux présidents et de tous les faux apôtres engendrés par le marché de la bienfaisance médiatisée.

Le président Chirac n’a en effet jamais eu le moindre état d’âme à cautionner, pendant ses mandats et sa carrière politique, toutes les fausses élections qui se sont déroulées en Afrique francophone. Il cajolait même les faux présidents, les assurant de son affection. Eyadema pouvait faire assassiner ses opposants, Biya faire tirer sur les manifestants, Bongo mettre son pays en coupe réglée, ce ne sont pas ces vétilles qui pouvaient altérer l’indéfectible soutien que Chirac leur apportait, dans une Afrique qui « n’était pas mûre pour la démocratie » et devait donc se contenter de ces ersatz de dirigeants. Le résultat bien sûr ne l’inquiétait pas non plus : corruption des oligarchies arrogantes assurées de conserver le pouvoir quoi qu’elles fassent et ne fassent pas, stagnation et régression du niveau de vie de populations privées d’éducation et de soins, surmortalité infantile, absence d’emplois faute du moindre développement. Il y avait des généraux, équipés de vrais armements français vendus au prix fort, conseillés et entraînés par de vrais militaires français, pour maintenir l’ordre. N’était-ce pas l’essentiel en ces contrées exotiques ?

Aujourd’hui les actions médiatiques de la fondation Chirac, la mascarade du forum pour le développement durable sont les plus scandaleux des faux médicaments qui sont fourgués aux Africains pour perpétuer leurs maux sous couvert de les guérir.

Source : billets d'Afrique journal en ligne de l'association survie site ; http://www.survie.org

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03 novembre 2009

La société civile sort sa propre liste de paradis fiscaux :

(1) Delaware (Etat des Etats-Unis) ; (2) Luxembourg ; (3) Suisse ; (4) Iles Caïmans ; (5) City de Londres (GB) ; (6) Irlande ; (7) Bermudes ; (8) Singapour ; (9) Belgique ; (10) Hong Kong ; (11) Jersey ; (12) Autriche...

Le nouveau classement des paradis fiscaux par le réseau Tax Justice Network

met en évidence les limites de l’action du G20 contre l’opacité financière

Non, les paradis fiscaux ne sont pas morts. Peut-être Nicolas Sarkozy a-t-il voulu y croire en voyant fondre rapidement les listes noire et grise de « territoires non-coopératifs » établies par l’OCDE. Sauf que les critères servant à l'OCDE pour dresser ses listes ne suffisent pas, loin s’en faut, à définir ce qu'est un paradis fiscal. Autrement dit, ce n'est pas parce que la liste grise se vide qu'il n'y a plus de paradis fiscaux ! Une majorité des Français n’est d’ailleurs pas dupe, seuls 37% d’entre eux jugeant la liste officielle « fiable et complète »[1].

Preuve en est le classement de 60 pays et territoires publié ce jour par le Tax Justice Network (TJN), réseau international d’experts et d’associations auquel participe activement en France la Plate-forme paradis fiscaux et judiciaires. Fruit d’un colossal travail mené sur plusieurs années, ce classement est établi à partir d’un indice combinant le degré d’opacité, évalué à partir de 12 critères, au poids des différentes places financières dans l’économie mondiale. Il montre que des territoires comme l’Etat du Delaware aux Etats-Unis, le Luxembourg, la Suisse , les Îles Caïmans ou Jersey, aujourd'hui sur la liste blanche de l'OCDE, constituent pourtant des places financières centrales pour les acteurs à la recherche d'opacité.


L’indice de TJN évalue plusieurs aspects cruciaux que l’OCDE ne prend pas en compte, notamment :

-          Le rôle des trusts, ces mécanismes prête-noms, grande spécialité anglo-saxonne, qui permettent de masquer donneurs d’ordre et détenteurs de fonds, faute d’un registre ouvert aux autorités de contrôle comme il en existe en France pour les fiducies.

-          L’exigence d’une coopération fiscale automatique et multilatérale. Le critère de l’OCDE - signer 12 conventions d’échange de renseignements fiscaux à la demande - est une exigence beaucoup trop laxiste, comme en atteste la sortie de Monaco de la liste grise après que ce territoire ait signé des conventions avec une dizaine d’autres paradis fiscaux. TJN estime que dans l’attente d’un accord multilatéral, au moins 60 conventions doivent être signées pour que la coopération bénéficie aussi aux pays en développement, principales victimes de l’évasion fiscale. Il évalue aussi le type d’échange de renseignements selon qu’il se fait « à la demande » du fisc étranger, avec de nombreuses justifications, ou de manière automatique.

-          L’importance de la coopération judiciaire et de la mise en place effective des lois anti-blanchiment, seules à même de permettre une traque efficace de l’argent du crime et de la corruption.

Pour la plate-forme paradis fiscaux et judiciaires, c’est sans doute dans le « top ten » des territoires opaques identifiés par Tax Justice Network que se concentre, à l’échelle mondiale, l’argent sale et celui de l’évasion fiscale. C’est là qu’il faut chercher, en particulier, les centaines de milliards qui manquent chaque année dans les budgets des pays en développement, comme dans ceux des pays développés. Faute d’obtenir une réelle transparence de la part de ces territoires, mais aussi de la part des acteurs qui y opèrent, le combat engagé contre les paradis fiscaux restera vain. Ainsi, l’exigence de transparence envers les banques françaises ne saurait être limitée à leur activité dans les territoires de la seule liste grise de l'OCDE. C’est dans l’ensemble des territoires opaques que banques et multinationales doivent faire la preuve qu’elles n’ont rien à cacher.

Contacts :   Jean Merckaert – CCFD-Terre solidaire : j.merckaert@ccfd.asso.fr, 01 44 82 81 23 / 06 81 84 30 64

Magali Rubino - Oxfam France - Agir ici : mrubino@oxfamfrance.org, 01 56 98 24 45 / 06 30 46 66 04

Note aux rédactions :

-          Le site en anglais sur l’indice d’opacité financière : http://www.financialsecrecyindex.com   

-          La base de données sur chaque « territoire opaque » : http://www.secrecyjurisdictions.com

-         Les recommandations de la plate-forme PFJ : http://www.argentsale.org/recommandations-de-la-plateforme.php

-       En pièce jointe, la méthodologie adoptée pour la construction de l'indice.


[1] Sondage BVA-CCFD mené les 2 et 3 octobre 2009.

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20 octobre 2009

Les Français hésitent encore à quitter la Guinée

Lu pour dans libeération

Le Ministère des Affaires Etrangères a recommandé aux Français vivant en Guinée de partir du pays. Beaucoup attendent de voir l'évolution de la situation avant de se décider

YANN LIBESSART

La Guinée pleure ses morts. Ici le 2 octobre à la grande mosquée de Conakry.

La Guinée pleure ses morts. Ici le 2 octobre à la grande mosquée de Conakry. (AFP)

Pressés de quitter le pays par le Quay d'Orsay, la plupart des Français de Guinée préfèrent attendre un ordre d'évacuation officiel avant de se décider à partir. «Ceux qui le peuvent, comme les expatriés des ONG ou les employés d'entreprises, sont rentrés. Ceux qui sont installés ici patientent jusqu'à ne plus avoir le choix», déclare une Française de Conakry interrogée par Libération.

L'Ambassade de France a contacté une partie des 2500 ressortissants enregistrés en Guinée sans toutefois leur proposer une évacuation. Aucune agression ciblée n'a été signalée à l'encontre des Français. «Ceux qui partent le font de manière volontaire et à leurs frais. Les autres sont encouragés à rester chez eux avec des provisions et une valise prête au cas où», poursuit cette expatriée qui souhaite garder l'anonymat. «Le problème est qu'il est très difficile d'avoir des informations. La ville est calme mais les gens ont peur des manifestations et des militaires. Nous attendons de voir ce qui va se passer. Beaucoup de scénarios différents sont évoqués mais personne ne sait rien», ajoute-t-elle.

Presse non grata

Samedi, six journalistes français des chaînes de télévision France 2 et France 24, qui souhaitaient couvrir la crise guinéenne, ont été refoulés à l'aéroport de Conakry. «On avait tous les trois des visas. En arrivant à Conakry, des militaires faisant le contrôle des visas nous ont réclamé une lettre d'invitation», a raconté l'un d'entre eux. «Les militaires n'étaient pas du tout agressifs mais ils semblaient avoir reçu des instructions très claires. Ils nous ont accompagnés jusqu'à l'avion qui repartait vers Dakar», a-t-il poursuivi. Jeudi, un reporter de Paris-Match, arrivé sans visa, avait également été expulsé.

Selon le magazine aujourd'hui en Guinée, le ministre guinéen des affaires étrangères, Alexandre Cécé Loua, aurait demandé à l'ambassadeur de France, Jean-Michel Berrit, que Paris intervienne auprès de RFI et France 24 pour faire cesser le lynchage médiatique dont le chef de la junte au pouvoir, Moussa Dadis Camara, s'estime la victime. Ce que le diplomate a décliné, arguant de la liberté éditoriale des médias tricolores.

Deux journalistes guinéens, Mouctar Bah et Amadou Diallo, travaillant le premier pour l'Agence France-Presse (AFP) et Radio France Internationale (RFI), l'autre pour la British Broadcasting Corporation (BBC), auraient reçu des menaces de mort. Selon Reporters sans frontières (RSF), plusieurs autres journalistes guinéens ont été «accusés» par des militaires de «donner des informations aux étrangers et ont reçu des menaces de mort par téléphone».

Expectative

Suite à une répression sanglante d'une manifestation pacifique de l'opposition le 28 septembre, qui aurait fait plus de 150 morts selon l'ONU, la junte militaire de Dadis Camara est discréditée aussi bien sur le plan intérieur qu'international.

L'Union Africaine avait fixé un ultimatum – expirant samedi à minuit – aux membres de la junte, notamment à son chef, pour s'engager par écrit à ne pas se présenter à la présidentielle de janvier, comme ils l'avaient promis lors de leur coup d'Etat du 23 décembre 2008. Mais le capitaine putschiste a demandé que la question de sa candidature à la présidentielle soit inscrite dans la médiation du président burkinabè, Blaise Compaoré. Une manoeuvre destinée à gagner du temps, selon l'un des dirigeant de l'opposition, Mouctar Diallo, qui parle de «fuite en avant» de Camara.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a annoncé vendredi la création d'une commission internationale d'enquête sur le massacre du 28 septembre. A Conakry, le secrétaire général adjoint de l'ONU aux affaires politiques, l'érythréen Haïlé Menkerios, a rencontré dimanche le Premier ministre Kabiné Komara puis les dirigeants de l'opposition et enfin le chef de la junte. «Le Premier ministre m'a assuré que le gouvernement accueille favorablement cette commission et va coopérer avec elle», a-t-il fait savoir.

www.liberation.fr

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05 octobre 2009

Guinée: Paris soutient l'idée d'un déploiement d'une force de paix africaine

PARIS — La France soutient l'idée d'un "déploiement d'une force de paix africaine" en Guinée, pour stabiliser ce pays d'Afrique de l'Ouest gravement menacé dans sa paix intérieure, a déclaré lundi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Lors d'un point presse, Bernard Valéro a estimé qu'une force de paix africaine serait "susceptible de conduire à un règlement rapide, pacifique et durable de la crise que traverse actuellement la Guinée". Il n'a pas répondu à la question de savoir si la France pourrait y participer.

Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, avait indiqué dimanche soir devant le Grand Jury Le Figaro-LCI-RTL qu'"on ne peut plus travailler" avec le dirigeant de la junte en Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara.

"Le danger de guerre inter-communautaire est immense. Il s'est passé cette chose effrayante et sauvage, nous ne pouvons pas l'accepter", avait-il dit en évoquant le massacre perpétré par l'armée à Conakry il y a une semaine. "Il me semble qu'aujourd'hui, on ne peut plus travailler avec Dadis Camara, et qu'il faut qu'il y ait une intervention internationale", avait-il ajouté.

La répression à Conakry a fait au moins 157 morts et 1.200 blessés, selon une ONG.

Son porte-parole a souligné lundi que la France se félicitait de la désignation du président burkinabe Blaise Compaoré par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) comme "facilitateur d?une solution de sortie de crise en Guinée".

"La France encourage la CEDEAO, l?Union africaine et la Commission des Nations unies pour les droits de l'Homme, à constituer sans délai une commission d'enquête internationale afin que les responsabilités dans le massacre du 28 septembre puissent être établies de manière incontestable", a-t-il ajouté.

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31 janvier 2009

La guerre des ports africains

Par Vincent Hugeux, publié le 31/01/2009 10:00 - mis à jour le 31/01/2009

Leur poids économique a fait des débouchés maritimes du continent un enjeu de pouvoir primordial. Voyage au royaume de la flibuste moderne, sur fond de bras de fer pour le partage du pactole.

Il y a bien sûr la laideur anguleuse des quais ou des portiques, l'odeur tenace et poisseuse du gazole, le ballet métallique des grues, les conteneurs empilés, les cohortes de dockers. Il y a aussi, dernier cri contre dernier soupir, la majesté indolente des ferrys flambant neufs et les grincements des vieux cargos perclus de rouille, avachis comme des cachalots échoués.

Mais l'imagerie un rien romanesque des ports d'Afrique masque mal d'âpres empoignades et des bagarres homériques. Dans le clapotis des rades marinent des haines recuites. Et, dans les coulisses des docks, on déniche un étourdissant florilège de coups tordus et de guérillas judiciaires, providence de maints cabinets d'avocats. Les pièces du répertoire doivent autant à Molière et Marcel Aymé qu'aux tragédies grecques. Parmi les divas et les figurants de ce théâtre d'ombres, on ne manque ni de Brutus ni de Ganelon. Point de concession dans la chasse aux concessions.

L'enjeu est colossal. Qu'ils accostent ou appareillent, les navires charrient dans leur sillage des fortunes et du pouvoir. La mer, on le sait depuis Charles Trenet, a des reflets d'argent. Un indice, parmi cent : il n'est pas une édition de La Lettre du Continent,publication confidentielle de référence, qui ne consacre plusieurs échos à cette bataille-là et à ses stratèges, dont les chuchotis gonflent les voiles de la rumeur ou de l'intox. Un jour, on vous jure que tel opérateur s'apprête à céder tous ses actifs ; le lendemain, vous recevez par la poste le mémo top-secret d'un de ses rivaux, connu pour abreuver les rédactions de "scoops" sur les turpitudes de la concurrence.

La loi du marché peut aussi dicter des choix éditoriaux insolites. Propriété de Vincent Bolloré, alias "VB", cador de la logistique et de la manutention portuaire, le quotidien gratuit Direct Soir consacre volontiers des Unes flatteuses à une poignée de chefs d'Etat africains, fort bien traités en outre par sa télévision privée Direct 8. Le Camerounais Paul Biya eut ainsi, en octobre 2007, les honneurs de la couverture de Matin Plus, autre titre d'une galaxie Bolloré en piste pour l'agrandissement du port de Douala.

Avisé, "Vincent" apporte son écot aux "oeuvres sociales" de la fondation que dirige la première dame, Chantal Biya. De même, solidement implanté à Abidjan, il a scellé un partenariat avec la Fédération ivoirienne de football (FIF), dont le patron, Jacques Anouma, est aussi, heureux hasard, le directeur administratif et financier de la présidence. Un dernier exemple? Lorsque VB ouvre à Libreville sa filiale Gabon Mining Logistics, il confie la présidence de son siège à Pascaline Bongo, fille de son père et grande prêtresse du cabinet présidentiel.

"Les Dubaïotes rappliquent partout où un appel d'offres se profile"

Le port, il est vrai, n'est pas qu'un débouché maritime aménagé. Il est aussi un poumon économique, une tête de pont vers les pays enclavés, voire une machine à cash. Il est encore, çà et là, le carrefour des transactions occultes, où débarquent la cocaïne sud-américaine et les armes, et d'où partent les clandestins asiatiques en transit vers l'Europe et les richesses - café-cacao ici, bois précieux ou minerais là - dont on ne trouve nulle trace dans les bilans et les budgets. On le sait fort bien à Cotonou, Lomé, Conakry, Bissau ou Abidjan. Comme on sait sur la lagune Ebrié que les flibustiers modernes peuvent déverser en catimini sur les quais des déchets toxiques meurtriers. Vu du continent, la guerre de Troie n'aura pas lieu: elle a lieu, sous nos yeux. Outrancier? Même pas. De bâbord à tribord, de la Côte d'Ivoire à l'Ethiopie, via l'ex-Zaïre et l'Angola, la quête d'une fenêtre sur l'océan aura sinon déclenché, du moins alimenté plus d'un conflit armé.

"Le développement de l'Afrique passe par celui de ses ports", avance le Français Emmanuel de Tailly, un ancien de l'armateur danois Maersk, aujourd'hui patron de la Brasserie BB de Lomé (Togo). De fait, au Cameroun comme en Côte d'Ivoire, les neuf dixièmes des échanges transitent par les débarcadères. Mais il reste du chemin à faire: les 35 grands ports continentaux drainent à peine plus de 3 % du commerce maritime mondial. 

Or la nouvelle donne planétaire bouleverse le paysage. Diverses connexions rapprochent l'ex-AOF (Afrique-Occidentale française) du Maghreb ou du versant oriental du continent. Des routes inédites filent vers le golfe Persique, l'Inde ou la Chine. La vaste tournée asiatique qu'entreprend en ce mois de novembre Marcel Gossio, directeur général du port d'Abidjan, ne doit rien au hasard. L'indien Tata a posé le pied à Cotonou (Bénin). Quant aux Chinois, ils n'ont pas mis la main sur le fer gabonais de Belinga pour en confier le convoyage à d'autres.

De nouveaux acteurs émergent, tels Dubaï Ports World (DPW), qui a raflé l'an dernier, au nez et à la barbe d'un Vincent Bolloré déconfit, le marché du terminal à conteneurs de Dakar. "Avec eux, c'est simple, tranche un initié : ils rappliquent partout où un appel d'offres se profile." De fait, les Dubaïotes ont décroché dès 2000 la concession du port de Djibouti et courtisent assidûment le Gabon. Omar Bongo a pris soin de recevoir en avril au Palais du bord de mer l'état-major de DPW, deux mois avant de faire escale dans l'émirat. Un signe: Bolloré n'a pas attendu le camouflet sénégalais, ni la déconvenue de Conakry, où il s'est vu supplanté par Getma International, le groupe de Richard Talbot, pour sortir de son pré carré. Cap sur l'Afrique du Sud, Madagascar, l'Angola, le Nigeria, la Tanzanie ou la côte kényane.

Armateurs et capitaines changent de boussole, mais aussi de voilure. Au nom des économies d'échelle, on lance sur les mers du globe des bateaux gigantesques, qui requièrent un tirant d'eau, de vastes quais et des espaces de stockage à leur démesure. C'est la course au hub, mot emprunté au lexique des aéroports. Dakar, Abidjan, Lomé, voire Pointe-Noire (Congo-Brazzaville), veulent accéder au statut de plate-forme de transbordement incontournable.

Il faut donc s'adapter ou mourir. "Fini, l'Afrique de papa, assène un conseiller de Nicolas Sarkozy. Le quai pourri, les rafiots rouillés sous le cagnard, les palmiers en zinc et les troufions français, tous ces clichés appartiennent à un passé révolu. A l'est, de Djibouti aux émirats du Golfe, ça bouge. Les investisseurs de l'Hexagone feraient bien de s'en apercevoir." L'homme connaît la chanson. Car l'Elysée suit d'un oeil attentif les aléas du combat des ports. La lutte sans merci engagée en Afrique entre le Breton Vincent Bolloré et son ex-associé Jacques Dupuydauby, patron de Progosa SA, société domiciliée à Séville (Espagne), apparaît d'ailleurs comme l'un des avatars de la querelle d'arrière-garde entre sarkozystes et chiraquiens.

Le magot portuaire? Un "domaine réservé"

Ami du président, au point d'avoir mis à sa disposition le yacht Paloma pour une escapade méditerranéenne à la veille de sa prise de fonction, Bolloré a les faveurs des premiers. Quant à Dupuydauby, il peut compter sur les conseils avisés de Michel Dupuch, maître de la cellule africaine du "Château" sous Jacques Chirac. Mieux, il a fait de Rémy Chardon, jadis directeur de cabinet du même Chirac à la mairie de Paris, le vice-président exécutif de sa société, et de la très chiraquienne Brigitte Girardin, ex-ministre déléguée à la Coopération, la figure de proue de la Fondation Progosa.

Ainsi, le sort des docks d'Afrique peut se jouer en partie dans les antichambres parisiennes. "A l'occasion, admet un "Africain" de l'Elysée, on défend auprès de nos partenaires les intérêts français. Comme pour le pétrolier Total ou Areva, leader mondial du nucléaire civil. Aucune raison de s'interdire de faire ce que font Chinois, Indiens, Russes ou Américains. Mais on s'en tient à des appuis décents et honorables." Soit. Reste que le coup de pouce peut rester vain. Pour preuve, la mésaventure dakaroise de Bolloré.

(1) Dans Sarko en Afrique (Plon), Antoine Glaser et Stephen Smith consacrent à cet épisode un chapitre instructif et détaillé.

La claque date de juin 2007. Allié pour l'occasion au groupe CMA-CGM de Jacques Saadé, Bolloré, dont l'étendard flotte sur le Sénégal depuis quatre-vingts ans, reste alors en rade au profit de DPW (1). "Un sommet d'hypocrisie", peste-t-on chez les vaincus. " Décision très politique et un peu financière, estime en écho un connaisseur. Arrêtée avec le concours actif de Karim." Allusion au fils et conseiller spécial du président Abdoulaye Wade, ancien banquier d'affaires très en cour à Dubaï. Dépité, Bolloré, qui se prétend le mieux-disant des candidats, introduit deux recours administratifs auprès du ministère des Transports sénégalais, autorité de tutelle. Peine perdue. "Requête pourtant légitime, suggère-t-on à l'Elysée. Tout indique qu'il y a eu carambouille à l'ouverture des enveloppes." Autant dire que l'état-major de Bolloré scrutera d'un oeil vigilant la genèse du "port du futur" de Dakar. "Dubaï Ports a beaucoup promis, grince un lieutenant de VB. On verra bien s'ils tiennent parole à l'horizon 2011. Quitte à demander alors des comptes."

A vrai dire, le Breton tenace - pléonasme? - n'a pas toujours eu à se plaindre des arbitrages en haut lieu. Témoin, le marché de gré à gré décroché en 2004 pour la gestion du terminal d'Abidjan, et dont l'attribution, critiquée tant par la Banque mondiale que par le président de la chambre de commerce et d'industrie locale, Jean-Louis Billon, écoeuré de voir "toutes les procédures ainsi bafouées", faillit déclencher une crise de régime.

Bolloré n'a pas toujours eu à se plaindre des arbitrages en haut lieu

Qu'on en juge: sept ministres du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) se mettront un temps en congé du "gouvernement de réconciliation nationale", dans le sillage du titulaire des Infrastructures, Patrick Achi, ouvertement désavoué par le clan présidentiel de Laurent Gbagbo. "Mauvais procès, objecte Dominique Lafont, directeur général de Bolloré Afrique. Le groupe avait auparavant répondu à deux appels d'offres jugés infructueux, faute de candidats. Les autres ont eu la trouille. Sur fond de guerre civile, nous sommes restés seuls en piste."

Il n'empêche: que valut vraiment à la SETV, filiale de Bolloré, une telle faveur? Les ivoirologues avancent deux hypothèses. Gbagbo, dont les relations avec Chirac étaient exécrables, a pu vouloir émettre un message d'apaisement en direction de Paris. A moins qu'il n'ait effectivement récompensé de la sorte la loyauté d'un partenaire qui, tout au long de la crise ouverte par la tentative avortée de coup d'Etat de la rébellion nordiste, persista à payer les salaires des 600 salariés ivoiriens de la Sitarail, pourtant condamnés à l'oisiveté par le gel de la liaison ferroviaire Abidjan-Ouagadougou. "Pas un licenciement, insiste Lafont. Le reflet d'un engagement de long terme. Nous avons contribué à maintenir l'économie ivoirienne à flot."

L'épisode rappelle, s'il en était besoin, combien le pactole portuaire relève du domaine réservé des chefs d'Etat. Au fond, les ports autonomes le sont rarement. En novembre 2000, à peine accède-t-il à la présidence au prix d'élections "calamiteuses" - l'adjectif est de lui - que "Laurent" propulse à la tête du Port autonome d'Abidjan (PAA) un fidèle d'entre les fidèles, Marcel Gossio. Familier du couple Gbagbo, et notamment de l'inflexible Simone, Gossio devient très vite le grand argentier du Front populaire ivoirien (FPI), puis, quand le pouvoir vacille sous les assauts des insurgés du Nord, le bienfaiteur des Jeunes Patriotes, ces miliciens dévoués corps et âmes au président.

"Le PAA, souligne le géographe Christian Bouquet, décodeur aguerri du tumulte ivoirien, c'est la pompe à phynances du régime." Lequel lui doit, par temps calme, plus des quatre cinquièmes de ses recettes douanières et 60 % de son budget (voir l'entretien ici). Bien sûr, Marcel Gossio paiera d'une disgrâce passagère - un trimestre à peine - le terrible scandale du Probo Koala, cette poubelle flottante dont il autorisa, en août 2006, l'accostage, prélude à l'épandage dans une dizaine de décharges d'Abidjan de rebuts empoisonnés. Bilan : 17 morts et 7 000 intoxiqués.

Mais le "boulanger d'Abidjan" - surnom que doit à Gbagbo son aptitude à rouler ses adversaires dans la farine - profita de l'affaire pour saper l'assise de Charles Konan Banny, Premier ministre imposé par la communauté internationale. Moralité, si l'on ose écrire, le cacique du parti retrouvera au terme de sa suspension la plénitude de ses pouvoirs... Dans la perspective, incertaine, du prochain scrutin présidentiel, c'est donc à Gossio qu'échoit la tâche de toiletter le chapitre « Infrastructures » du programme du FPI. Lui qui se sait plus influent qu'un ministre et, à l'en croire, voit quand bon lui semble un président prodigue en éloges à son égard.

Rudement affecté par la déchirure ivoirienne, le PAA s'emploie à reconquérir la clientèle perdue au profit de Lomé ou Dakar, et à verrouiller son statut de deuxième port du continent derrière Durban (Afrique du Sud). Il affiche en 2007 une hausse de 13% de son trafic marchandises, à plus de 21 millions de tonnes. Cibles prioritaires: les pays de l'hinterland, dépourvus de façade maritime, tels le Burkina Faso, le Mali ou le Niger. "Dans un univers hautement concurrentiel, la confiance est désormais rétablie", assure Faustin Toha, porte-parole du PAA. L'essor de celui-ci passe par son extension, à l'horizon 2012, vers l'île Boulay. A la clef, 600 mètres de quais supplémentaires, un pôle de raffinage pétrolier et une zone franche. Chantier gigantesque confié au Franco-Libano-Ivoirien Pierre Fakhoury, l'architecte de la basilique de Yamoussoukro, et dont Laurent Gbagbo a posé la première pierre le 11 juin dernier.

Duels fratricides sur le port de Lomé

Un autre port de Côte d'Ivoire a suscité voilà peu des convoitises: celui de San Pedro, tremplin du négoce des denrées agricoles. Cette fois, ce sont les Italiens de la Mediterranean Shipping Company (MSC), société basée en Suisse, qui ont décroché la timbale, aux dépens notamment de Bolloré. "N'étant pas en mesure de garantir le volume de transbordement demandé, nous n'avons pas vraiment pris part au match, nuance Dominique Lafont. Mais nous opérons à San Pedro, avec Maersk, dans le domaine de la manutention."

Seul port en eaux profondes d'Afrique de l'Ouest, Lomé sert aussi de décor à deux duels fratricides. Le premier met aux prises le président Faure Gnassingbé et son demi-frère et rival Kpatcha, naguère patron de la zone franche locale. Pour consolider son assise, Faure se devait de priver d'un tel atout son fantasque cadet, favori de la vieille garde du défunt papa Eyadéma. Comment? En frappant à la caisse. Intime du chef de l'Etat, la directrice des impôts infligea un redressement colossal à un affairiste libanais proche de Kpatcha et maître jusqu'alors du juteux marché de l'importation des voitures d'occasion...

Jacques Dupuydauby, Président de la société Progosa Investment, un groupe d'opérateurs espagnoles opérant dans le domaine de la manutention de conteneurs et dans la modernisation des installations portuaires, à Madrid.

L'autre bras de fer oppose - qui l'eût cru? - Vincent Bolloré à Jacques Dupuydauby, maître de la manutention portuaire - activité privatisée en 2003 - par le biais de SE2M Togo, filiale de Progosa. Il donna lieu en avril 2006 à un épisode mémorable : l'arrestation à l'aéroport de Lomé de quatre pontes de Bolloré, dont le vice-président Gilles Alix, interpellés alors que leur Falcon 900 s'apprêtait à décoller pour Paris. Mauvaise pioche: venu fêter une victoire judiciaire dans une affaire de détournement d'actifs imputé à Progosa, le quatuor se retrouve mis en examen pour "corruption active de magistrat". En l'occurrence, le président de la Cour suprême togolaise. Il faudra, pour solder cet intermède carcéral de trente-six heures, l'intercession d'Omar Bongo, sollicité par l'Elysée, et le versement d'une caution totale de 1 million d'euros. La procédure est censée suivre son cours. Même si l'on espère, chez Bolloré, qu'elle finira par s'éteindre en douceur, faute d'avoir été réactivée. Le contentieux sur le fond, lui, attend le verdict de la cour d'appel de Lomé. "En termes d'activité, insiste Jacques Dupuydauby, Progosa continue de gérer en toute légalité et normalité le terminal à conteneurs du Port autonome de Lomé."

Voilà des années que le Breton de souche et le Sévillan d'adoption échangent menaces et anathèmes ou croisent le fer dans les prétoires. Manoeuvres frauduleuses, escroquerie et diffamation, accuse l'un ; corruption et favoritisme, rétorque l'autre. Avec, en point d'orgue, ce chassé-croisé digne d'un vaudeville postmoderne: débouté en partie sur le front togolais, Dupuydauby, bras droit de Francis Bouygues au temps du rachat de TF1, règne sur Lomé ; tandis que Bolloré, pourtant rudoyé par la justice gabonaise, a longtemps joué en solo à Libreville, et tient les rênes de Port-Gentil. Même si un groupe singapourien, disposé à financer à l'horizon 2010 la rénovation du quai d'Owendo, lancée truelle en main en août 2007 par le maçon Bongo, vient de surgir dans l'arène. Quand deux vieux loups de mer s'étripent, il arrive qu'un troisième larron, asiatique pour le coup, tire les marrons du feu.

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