Ken Saro-Wiwa,
Ourika, la première grande héroïne noire de la littérature occidentale
Je vous donne à lire une perle que mon ami Saint Ralph a publié sur son site http://raphael.afrikblog.com/archives/2010/08/17/18831410.html#comment
Je me suis régalé en lisant ce texte, et je ne me suis pas empêché de partager ce plaisir avec vous.
17 août 2010
Ourika (Madame de Duras)
Ourika, la première grande héroïne noire de la littérature occidentale
L’esclavage étant interdit sur le territoire français, une mode étrange se répandit dans la deuxième moitié du XVIIIè siècle : des négrillons arrachés d’Afrique, qu’on sauvait pour ainsi dire de l’esclavage des colonies, étaient offerts ça et là à de riches aristocrates et à des bourgeois qui en faisaient les délices exotiques de leurs demeures ou de leurs salons (1). C’est ainsi qu’une fillette emmenée du Sénégal (tout ce qui venait du Sénégal, alors le point de rassemblement des esclaves, était faussement baptisé sénégalais) recevra une éducation aristocratique et finira sa vie comme religieuse dans un couvent parisien au début du XIXè siècle.
C’est de son couvent que la religieuse Ourika, malade, confie à son médecin le chagrin qui a ravagé sa vie et l’a conduite au bord de la tombe. N’est-il pas toujours vrai que pour nous guérir, les médecins ont besoin de connaître les peines qui détruisent notre santé ?
Ourika raconte donc son arrivée en France à l’âge de deux ans, son éducation et sa formation intellectuelle auprès de Madame de B. qui « s’occupait elle-même de ses lectures, guidait son esprit, formait sonjugement ». Mais, à quinze ans, elle prend brutalement conscience de sa couleur comme le signe par lequel elle sera toujours rejetée, le signe qui la séparait de tous les êtres de son espèce, « qui la condamnait à être seule, toujours seule ! jamais aimée ! » La voilà donc une étrangère parmi ses semblables. Dans sa douleur, la douce compagnie de sa maîtresse et de ses deux fils ne lui sont d’aucun secours.
Quand éclate la Révolution, elle pense un moment que dans le grand désordre des événements de 1792, elle pourrait trouver sa place en se lançant dans l’action et en montrant quelque qualité qui serait appréciée et ferait oublier la couleur de sa peau. Pensée vite chassée, car « bientôt leur fausse philanthropie cessa de l'abuser, et elle renonça à l'espérance, en voyant qu'il resterait encore assez de mépris pour elle au milieu de tant d'adversités. » Elle se replia donc sur son chagrin, se persuada qu’elle mourra sans laisser de regrets dans le cœur de personne, elle qui ne sera jamais « la sœur, la femme, la mère de personne ! » Il ne lui restait que le couvent ! Mais la vérité, c’est que le chagrin qui ruinait sa santé était encore plus profond que celui que lui causait la couleur de sa peau.
Il semble que ce court roman (50 pages) eut un formidable succès au moment de sa parution en 1824. Il y eut même une mode Ourika en France : rubans, blouses, colliers, pendules, vases « à l’Ourika ». Le roman arracha des larmes à Goethe, fut salué par Châteaubriand qui hissa son auteur, Madame de Duras, au même rang que Mme de Lafayette et Mme de Staël, figures emblématiques du classicisme et du romantisme. Sainte Beuve et Stendhal saluèrent également le talent de l’auteur. Pourtant, Ourika est tombé dans l’oubli. Notre siècle verra-t-il sa résurrection ? Il est vivement conseillé de lire l’ensemble du dossier très instructif - réalisé par Virginie Belzgaou - qui accompagne le roman afin de saisir tout le retentissement de l’œuvre et ses qualités littéraires.
Ourika n’est nullement une apologie du Noir au XIXè siècle. Ce roman ne semble pas non plus écrit pour servir d’étendard aux abolitionnistes de l’époque.Ourika n’est pas non plus une sorte deLettres persanes permettant de voir la société française sous un regard étranger.Ourika n’est rien de tout cela parce que le personnage est une aristocrate noire avec les préjugés de l’aristocratie blanche au sein de laquelle elle a été élevée. Mais ce n'est pas pour autant que les lecteurs noirs devront hâtivement la qualifier de "peau noire, masque blanc", pour reprendre l'expression de Frantz Fanon. Le charme d’Ourika, c’est que pour la première fois dans la littérature européenne – comme l’a déjà remarqué un romancier anglais – un écrivain blanc pénètre dans une conscience noire avec élégance et sincérité au point de permettre à des lecteurs blancs de s’identifier au personnage. Quant à moi, j'ai vu en Ourika une Princesse de Clèves noire.
(1) Du XVIIè au début du XXè siècle, Le salon n’est pas une simple pièce, mais un des lieux essentiels de la vie mondaine et culturelle : femmes de la noblesse et de la grande bourgeoisie y reçoivent les élites sociales, intellectuelles et, à partir du XIXè siècle surtout, les élites politiques de leur époque.
Raphaël ADJOBI
Titre : Ourika (50 pages)
Auteur : Madame de Duras (Claire de Duras)
Edition : Gallimard, 2007 (Collection : Folioplus classiques)
La force de la littérature africaine
Gérard Lambert-Ullmann. Propriétaire de la librairie Voix au chapitre à Saint-Nazaire. Quelle sélection réservez-vous au festival des Escales ? J'ai sélectionné une soixantaine de livres, surtout des titres africains. Il y a bien quelques ouvrages sur le blues mais quand on parle « musiques noires » (N.D.L.R. thème des Escales), on pense Afrique. J'ai fait un panorama accessible à tous : jeunesse, roman, fiction... Ce sont surtout des romans de poche, faciles à transporter d'un concert à l'autre. Des coups de coeur pour certains auteurs ? Le livre d'Alain Mabanckou Verre Cassé est une perle. Ce sont des discussions entre des personnages hauts en couleurs dans un café africain. Il y a beaucoup d'humour.Allah n'est pas obligé, de Ahmadou Kourouma parle des enfants soldats. C'est un livre très fort. Tout comme Photo de groupe au bord du fleuve d'Emmanuel Dongala. Ce sont les histoires de femmes, de femmes fortes, qui savent se battre, qui affrontent viols, guerres et autres atrocités. Les particularités de la littérature africaine ? C'est une littérature qui a beaucoup de force, de vie. Souvent les auteurs français parlent de leur nombril, pourtant ils n'ont souvent rien vécu de dur dans leur vie. En Afrique, c'est différent. La vie quotidienne est assez dure. Dans certains petits bouquins africains, c'est plus concentré, il y a plus de matières, d'histoires. Elle fait réfléchir, et c'est bien l'un des buts de la littérature. Stand de Gérard Lambert-Ullmann, salle Jacques Brel (le Bogolan), ouvert à partir de 18 h les deux jours. Saint-Nazaire
La force de la littérature africaine

Gérard Lambert propose tous les ans sa sélection d'une soixantaine d'ouvrages aux Escales.
Depuis 16 ans, Gérard Lambert-Ullmann a son stand aux Escales. Et la littérature africaine est à l'honneur.
Ferdinand Oyono, le "vieux nègre", est mort
10/06/2010 à 21h:28 Par La rédaction web de Jeune Afrique
Ferdinand Oyono, homme de lettres et diplomate, est décédé le 10 juin à Yaoundé. © D.R.
Le célèbre homme politique et écrivain camerounais, Ferdinand Oyono, est décédé au matin du 10 juin, après avoir assisté à une cérémonie officielle donnée en l'honneur du secrétaire général des Nations Unies, au Palais d'Etoudi à Yaoundé, a appris Jeune Afrique d'une source proche de la présidence.
C'est devant la voiture qui devait le raccompagner chez lui, après avoir assisté à la réception donnée au Palais d'Etoudi en l'honneur du secrétaire général des Nations unies, le 10 juin en fin de matinée, que Ferdinand Oyono s'est effondré, à l'âge de 80 ans.
Les premiers soins lui ont immédiatement été prodigués tandis que les secours arrivaient. Il a été transporté à l'hôpital général, selon une source proche de la présidence. Il serait décédé pendant le transport, sans que l'on connaisse encore précisément les causes du malaise fatal.
Né le 14 septembre 1929 à Ebolowa (dans le sud du Cameroun), Ferdinand Oyono laisse derrière lui trois romans célèbres, souvenirs d'une Afrique au bord de la décolonisation : Une vie de boy (1956), Le vieux nègre et la médaille (1956), Chemin d'Europe (1960).
Après de brillantes études en France (en droit à la Sorbonne, et en diplomatie à l'ENA), il rentre au Cameroun et commence sa longue carrière de diplomate en 1959. Il sera notamment ambassadeur en France, ainsi qu'auprès des Nations unies, et ministre des Affaires étrangères de son pays. Homme de lettres, il a également détenu le portefeuille de la Culture au sein du gouvernement camerounais.
Sa mort devrait être annoncée officiellement dans les heures qui viennent.
Tous droits de reproduction et de représentation : Source Jeune Afrique
Rencontre avec Koffi Kwahulé
INVITATION
Rencontre avec Koffi Kwahulé
Mercredi 14 avril, à 19 h
Auteur dramatique, romancier et nouvelliste né en Côte d'Ivoire en 1956, Koffi Kwahulé vit en France
depuis le début des années 1980.
Son oeuvre, nourrie par son expérience du déracinement, explore la condition diasporique. Qu'est-ce que
vivre dans un entre-deux culturel ?
Comment refuser à la fois la tentation de la nostalgie de la terre natale et celle de l'assimilation dans
le "pays d'accueil" ?
Si la mémoire douloureuse de l'histoire noire affleure toujours dans les textes de l'auteur afro-européen,
ces derniers ne sauraient être cantonnés à la question noire.
Radicale, l'expérience diasporique lui permet finalement d'interroger avec une intensité particulière notre
contemporanéité immédiate : celle d'un monde en pleine crise, où l'invention d'un avenir commun – entre
l'Europe et l'Afrique notamment – est une urgence.
Lecture d'extraits de Monsieur Ki, Rhapsodie parisienne à sourire pour caresser le temps (Gallimard,
Paris, 2010) par Gerty Dambury
Rencontre animée par Virginie Soubrier
Réservation conseillée au 01 45 00 91 75
Abdourahman A. Waberi : Passage des larmes
INVITATION
RENCONTRE
Autour de son nouveau roman : Passage des larmes (Lattès, 2009)
Samedi 12 décembre, à 15 h
Abdourahman A. Waberi, né en 1965, quitte Djibouti à 20 ans. Ce pays d'"îlots magiques au-dessus desquels, depuis des siècles, l'histoire tourbillonne à la manière d'un ouragan", ne cesse de hanter l'auteur de Passage des Larmes que le musée Dapper est heureux de recevoir.
« [ Un ] récit singulier, tumultueux, fiévreux qui, sous les dehors d'un thriller géopolitique, constitue surtout un grand roman sur l'enfance, les identités meurtries et l'exil »
Le Monde, Christine Rousseau, 5 novembre 2009
« Il y a des romans que l'on regrette d'avoir attendu pour les lire. Ainsi aurait-on dû ouvrir bien plus tôt ce Passage des larmes : c'est un livre d'une rare puissance, fiévreux, et qui résonne encore longtemps après que l'on a terminé sa lecture. »
Le Figaro, Mohammed Aïssaoui, 22 octobre 2009
Lecture par Paulin F. Fodouop, comédien
Rencontre animée par Nathalie Carré
Réservation conseillée au 01 45 00 91 75
MUSÉE DAPPER – 35 bis, rue Paul Valéry – 75116 PARIS – M° Victor Hugo
Ouvert tous les jours de 11 h à 19 h, sauf les mardis. Fermé hors exposition temporaire. Tél. : 01 45 00 91 75 - Fax : 01 45 00 27 16
Librairie (accès libre) - Tél. : 01 45 00 91 74. Retrouvez nos publications sur le site de la librairie en ligne des Éditions Dapper : www.dapper.com.fr/boutique
Café Dapper (accès libre) - Tél. : 01 45 00 31 73
grand week-end de la SAPE au Musée Dapper
Dans le cadre de l'exposition L'Art d'être un homme, Afrique, Océanie,
le musée Dapper propose un grand week-end de la SAPE
Vendredi 27, samedi 28 et dimanche 29 novembre 2009
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Vendredi 27 novembre 2009 à 20 h 30
Dans les grandes villes africaines, des hommes extrêmement créatifs ont su adapter les vêtements occidentaux à leur propre goût. Les adeptes de la SAPE (Société des ambianceurs et des personnes élégantes), qui cultivent raffinement et masculinité, ont développé un art de l’habillement et stimulé des modes qui rivalisent d’originalité.
À partir d’extraits de documentaires tournés dans la rue avec des Sapeurs, Brice Ahounou, journaliste et anthropologue, retrace, entouré de quelques invités, l’histoire de ce mouvement ancré à Brazzaville, à Kinshasa et même à Paris.
Entrée libre
Réservation conseillée au 01 45 00 91 75
*** Lorsqu’un écrivain et le «roi de la SAPE»
Après avoir évoqué sa relation à la SAPE à travers ses romans, Alain Mabanckou incitera Djo Balard, l’une des figures emblématiques de ce courant et Bachelor, à évoquer leur parcours original.
Entrée libre
Réservation conseillée au 01 45 00 91 75
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Ciné-club Afrique* : La Vie est belle
Dimanche 29 novembre 2009 à 16 h 30
Benoît Lamy et Mwézé Ngangura, Belgique, R.D.C., fiction, 1987, 83 min
Avec Tumba Ayila, Pépé Kallé, Kanko Kasongo, Bibi Krubwa, Kalimazi Lombume Riva, Mujinga Mbuji Inabanza, Lokinda Menji Feza, Mazaza Mukoko, Landu Nzunzimbu Matshia, Papa Wemba
Ce film est l’occasion de retrouver le grand musicien Papa Wemba, un émule de la SAPE.
Comédie musicale joyeuse, La Vie est belle, raconte les aventures rocambolesques d'un jeune paysan, Kourou – Papa Wemba dans son premier rôle au cinéma.
Chanteur vedette au village, Kourou débarque à Kinshasa sans un sou en poche pour y tenter sa chance et faire carrière. Avant de réaliser son rêve (devenir un chanteur célèbre), le chemin sera long et parsemé d’embûches. Dans la jungle de la grande ville, Kourou va faire tous les métiers : domestique, cireur de chaussures – un des morceaux d’anthologie du film – et même homme de main du patron d’un night-club… Lorsque Kourou tombe amoureux de la belle Kabibi, également convoitée par son patron, les embrouilles sont assurées ! Pourtant tout finira bien, et en musique.
Projection suivie d’une rencontre avec Mwézé Ngangura,animée par Catherine Ruelle.
Tarif : 6 €
Étudiants, Les Amis du musée Dapper, demandeurs d'emploi : 4 €
(entrée libre pour l'exposition L'Art d'être un homme incluse)
Réservation conseillée au 01 45 00 91 75
* Un rendez-vous mensuel proposé par le musée Dapper, RFI et l'association Racines. Avec le concours de la cinémathèque de Culturesfrance et le soutien de la Mairie de Paris.
Retrouvez toute l’actualité du musée Dapper
MUSÉE DAPPER – 35 bis, rue Paul Valéry – 75116 PARIS – M° Victor Hugo
Ouvert tous les jours de 11 h à 19 h sauf les mardis et hors expositions temporaires
Tél. : 01 45 00 91 75 – Fax : 01 45 00 27 16
Librairie (accès libre) - Tél. : 01 45 00 91 74
Café Dapper (accès libre) - Tél. : 01 45 00 31 73
INVITATION : RENCONTRE AVEC LÉONORA MIANO
INVITATION
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À l’occasion de la parution de son nouveau roman : Les Aubes écarlates (Plon, 2009)
Samedi 24 octobre, à 15 h
Dès son premier roman L'Intérieur de la nuit (Plon, 2005), Léonora Miano s'est imposée sur la scène littéraire française : une voix forte et lucide, violente et poétique qui n'hésite pas à questionner les blessures de la société contemporaine, et particulièrement du continent africain.
Elle a obtenu en 2006 pour Contours du jour qui vient (Plon, 2006), le prix Goncourt des lycéens.
Lecture par Léonie Simaga, pensionnaire de la Comédie-Française
Rencontre animée par Nathalie Carré
Léonora Miano est née en 1973 au Cameroun, pays qu'elle a quitté pour la France, où elle arrive en 1991.
L'art d'être Homme en Afrique
Bonjour,
Une nouvelle saison débute au musée Dapper avec l'exposition L’Art d’être un homme, Afrique, Océanie.
Tout au long de cette manifestation, nous vous proposerons des week-ends thématiques, des rencontres avec des écrivains, des personnalités et de nombreuses projections de films (fiction, documentaires). Une riche programmation a aussi été mise en place pour le jeune public.
Nous vous attendons nombreux à nos rendez-vous.
L’équipe du musée Dapper
EN OCTOBRE AU MUSÉE DAPPER
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Exposition
À partir du 15 octobre
Les ornements et emblèmes révélateurs des identités masculines en Afrique subsaharienne et en Océanie sont au cœur de cette exposition. Celle-ci regroupe une grande diversité d’œuvres - parures, sculptures, vêtements, insignes - et aborde les significations matérielles et symboliques dont les objets sont investis.
Cette exposition fait également place à des photographies de Baudouin Mouanda et d'Héctor Mediavilla sur l’univers de la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes).
Regards croisés sur un même univers, où marginalité et intégration flirtent avec provocation et contestation.
Tous les jours, sauf le mardi, de 11 h à 19 h.
Tarif : 6 €.
Tarif réduit : 4 € (seniors, demandeurs d’emploi, enseignants, familles nombreuses).
Entrée libre : Les Amis du musée Dapper, étudiants, moins de 26 ans et le dernier mercredi du mois.
« Paroles de… »
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À l’occasion de la parution de son nouveau roman : Les Aubes écarlates (Plon, 2009)
Samedi 24 octobre, à 15 h
Un texte puissant – traversé par les voix et la mémoire des esclaves déportés, qui interroge les rapports entre histoire passée et à venir.
Lecture par Léonie Simaga, pensionnaire de la Comédie-Française
Rencontre animée par Nathalie Carré
Entrée libre
Réservation conseillée au 01 45 00 91 75
Week-end thématique : Des hommes dans la ville
Ciné-club Afrique
Un rendez-vous mensuel proposé par le musée Dapper et l'association Racines
En partenariat avec RFI, avec le concours de la cinémathèque de Culturesfrance et le soutien de la Mairie de Paris.
Éliane de Latour
Vendredi 30 octobre, à 20 h 30
À Abidjan, en Côte d’Ivoire, responsables d'un meurtre accidentel, deux garçons se réfugient au ghetto du Bronx. Ils entrent dans les gangs. Violence, loi du milieu, vols à la tire deviennent leur quotidien.
Projection suivie d'une rencontre avec Éliane de Latour,
animée par Catherine Ruelle et Adrienne Frejacques (ARTE Éditions)
Soirée en partenariat avec ARTE
Tarif : 6 €
Étudiants, Les Amis du musée Dapper, demandeurs d'emploi : 4 €
(entrée libre pour l'exposition L'Art d'être un homme incluse)
Réservation conseillée au 01 45 00 91 75
Rencontre
Samedi 31 octobre, à 15 h
Avec son dernier roman, El Hadj (Le Serpent à Plumes, 2008), Mamadou Mahmoud N’Dongo nous fait arpenter les tours et détours de la cité, dont il est bien difficile de s'échapper.
Lecture par Rocé (chanteur) qui livrera quelques-unes de ses compositions personnelles.
Rencontre animée par Nathalie Carré
Entrée libre
Réservation conseillée au 01 45 00 91 75
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Jeune public
Film d’animation
Pierre Awoulbe Sauvalle
Mercredi 21 octobre, à 15 h
Le griot Kabongo et son compagnon, le petit singe Golo, parcourent le monde à la recherche d'un élève à qui Kabongo pourrait transmettre son art de conteur. La quête de Kabongo sert de prétexte à nous entraîner dans de multiples aventures…
À partir de 5 ans
Tarif : 5 €. Groupes (min. 10 personnes) : 4 € par personne
Réservation conseillée au 01 45 00 91 75
Contes
Abdon Fortuné Koumbha
Dimanche 25 octobre, à 15 h
Conteur espiègle, facétieux et jovial, Abdon Fortuné Koumbha (KAF) nous invite à découvrir son pays, le Congo. Ses histoires intriguent, font rire…
Durée : 1 h - À partir de 6 ans
Tarif : 8 €.
Tarif réduit : 5 € (Les Amis du musée Dapper, enfants de moins de 12 ans, groupes à partir de 10 personnes, carte famille nombreuse, demandeurs d'emploi)
Réservation conseillée au 01 45 00 91 75
MUSÉE DAPPER – 35 bis, rue Paul Valéry – 75116 PARIS – M° Victor Hugo
Ouvert tous les jours de 11 h à 19 h, sauf les mardis. Fermé hors exposition temporaire.Tél. : 01 45 00 91 75 - Fax : 01 45 00 27 16
Café Dapper (accès libre) - Tél. : 01 45 00 31 73
Librairie (accès libre) - Tél. : 01 45 00 91 74. Retrouvez nos publications sur le site de la librairie en ligne des Éditions Dapper : www.dapper.com.fr/boutique
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TCHICAYA U Tam'Si un écrivain africain
Connaissez-vous
Tchicaya U Tam’si ?
Béatrice Bloch
Arlette Chemain-Degrange et Roger Chemain, De Gérald Félix Tchicaya à Tchicaya U’Tam’si, Paris : L’Harmattan, 2009, 502 p., EAN 9782296075559.
Vient de paraître un remarquable ouvrage présentant la création d’un des plus grands auteurs congolais contemporains de langue française, Tchicaya U Tam’si (1931-1988), visant à le rendre accessible ou à le faire connaître davantage grâce à des analyses littéraires. L’ouvrage est une somme impressionnante d’articles critiques, d’interviews, et de lectures analytiques faites par deux professeurs de littérature générale et comparée, en poste pendant 15 ans à l’université de Brazzaville au Congo, puis à l’université de Nice Sophia-Antipolis depuis 1986. Arlette et Roger Chemain sont en effet des spécialistes de cette œuvre qu’ils ont arpentée, travaillée et accompagnée sur une vingtaine d’années.
Le livre De Gérald Félix Tchicaya à Tchicaya U’Tam’si propose au lecteur d’accéder par plusieurs entrées à la connaissance de cette œuvre : par des apports biographiques fondés sur des interviews, des photos et des critiques, par des analyses littéraires précises et des saisies originales synthétiques sur la création d’U Tams’i selon les genres littéraires abordés, ainsi que par un appareil critique riche contenant une bibliographie de son œuvre et des commentaires qu’elle a suscités. L’ouvrage tisse ainsi de chapitre en chapitre, la présentation des textes et un regard critique porté sur eux, la création et un retour réflexif sur elle. L’ensemble est conçu en trois parties : un prélude sert d’entrée en « U Tam’si(e) » où sont exposés les motifs et les évolutions de la création ; une partie rythmée en trois temps mêle la reproduction de quelques extraits des textes et des lectures qu’ils inspirent à Arlette Chemain-Degrange et Roger Chemain : l’œuvre lyrique, l’œuvre dramatique et l’oeuvre narrative sont successivement abordées, faisant droit à la plurigénéricité de l’œuvre ; enfin, une partie plus synthétique propose une approche générale qui tente d’embrasser l’œuvre entière de l’auteur dans sa diversité et son évolution.
Un itinéraire de la pensée se fait jour à travers la lecture de l’ouvrage : d’un poète qui a fréquenté aussi bien la poésie rimbaldienne que la création surréaliste, à celui qui refuse l’appartenance à une école par la diversité de sa création (du sonnet inversé à l’écriture automatique), en passant par le poète qui refuse la négritude mais que Senghor salue dans la préface qu’il écrit au recueil Epitome ; on voit qu’il s’agit d’un travail protéiforme, engagé, où alternent le recueillement solitaire lyrique et les positions théoriques et politiques fortes. Le travail sur la culture européenne et la découverte d’une voix spécifique, qui n’est pas la voix « nègre », mais celle d’un « congolais » du XXème siècle. Tchicaya U Tam’si fut à la fois écrivain, poète et permanent à l’Unesco ; il se consacra à la littérature mais s’engagea aussi dans des projets de réforme de l’enseignement. Fils d’un député du Moyen Congo à l’Assemblée nationale, U Tam’si passa son adolescence en France. Il y vécut en alternance avec une vie au Congo, son œuvre se faisant les échos de l’espoir né au moment des indépendances, des difficultés auxquelles se heurta Patrice Lumumba, et des échecs que rencontra le jeune Congo indépendant.
La poésie d’U Tam’si est ainsi entre « élan et retrait, suavité et violence, confidence et sarcasme », désorientant le lecteur, dans les recueils Le Mauvais sang, Epitomé, Le Ventre et Arc musical. Dépassant l’horizon racial, cette poésie s’indigne devant l’attaque des innocents depuis le bûcher de Montségur jusqu’aux guerres coloniales. Arlette Chemain-Degrange et Roger Chemain montrent l’évolution de la création : depuis la forme fixe du sonnet qui se cherche encore avec ses maladresses syntaxiques de l’oral bousculant la forme classique, jusqu’à l’invention d’une voix nouvelle et spécifique, l’œuvre se crée peu à peu. Ce parcours est donné à voir dans la première partie. Epitomé exprime la passion de son auteur pour un Congo en construction, qui se libère et se refonde. Plus loin, la déception devant le drame congolais et l’émigration se disent. Le rapport aux femmes se profile dans le sentiment de la trahison, et de la menace. Dans Arc musical, on remarque le travail sur le rythme et la forme miroitante. En outre, l’instrument fait référence à la musique congolaise et le recueil joue sur l’humour, même si le ton est plus sceptique, quant aux espoirs politiques : « c’est ici que mon arc m’arme le poing ». Enfin, le recueil Veste d’intérieur paraît plus tard (1976), « fruit d’un retour sur soi pour méditer l’itinéraire parcouru et veillée d’arme avant un nouveau départ, de nouvelles conquêtes ». Le recueil clôt le dialogue avec le passé pour entreprendre le procès de l’actualité, vingt ans après les indépendances. Un retour à l’intimité s’y fait jour, alternant réticence et aveux, tandis que le mouvement de la lecture, comme échange, est accepté. À travers les images de l’eau croupie se profile la tentation de l’inaction et le dialogue amoureux se termine en pitrerie ou en scène mortuaire, tandis que, pourtant, la pulsion de vie domine. Pour clore cette partie initiale, une étude transversale sur le mythe du cannibalisme détourné et une réflexion sur l’image du féminin viennent ressaisir autrement les fils tissés lors des analyses.
La partie suivante est consacrée à la création théâtrale : Le Zulu et Le Destin glorieux du maréchal Nnikon Nniku prince qu’on sort dénonce le caractère irrévocable des despotismes dans les années 1970. Le Zulu opère un retour à un sujet traditionnel : l’épopée du héros sud-africain Chaka qui voulut unifier le pays et échoua « victime de rivalités de la part de ses généraux et de leur association avec l’envahisseur blanc ». Cette pièce est à la fois politique, mais aussi une manière de revisiter, comme pour Shakespeare, le thème de la culpabilité et de la malédiction. L’onirisme y est exploité largement, à travers le rôle des prophéties dans la culture traditionnelle, qui font de la transcendance un principe essentiel. Le héros, Chaka, est présenté comme ayant une mission, mais sa duplicité apparaît au grand jour. La pièce n’est pas de facture originale, mais l’influence de l’oralité affecte les structures et l’imaginaire de l’œuvre : orchestration sonore, chorégraphie, prophéties de devins et langages par proverbes caractérisent la pièce ; finalement, la prise en compte de l’héritage traditionnel constitue l’essence de la tragédie dans cette reconstitution historique, et n’est pas une simple concession à la mode. Avec Le Destin glorieux du maréchal Nnikon Nniku prince qu’on sort, il s’agit non plus de tragédie mais de farce sinistre montrant le pouvoir donné au soudard, caricature grotesque des détournements et des abus. La voix prophétique est remplacée par celle de la radio. Le populisme truculent brise toute envolée, la paresse est valorisée et l’échec du développement économique est masqué derrière une valorisation du dénuement. En contrepoint et par contraste, des intermèdes lyriques assurent des pauses où des hippies réintroduisent une sorte de voix « off », exprimant de « vraies » valeurs vitales. À la fin de cette partie, deux études générales transversales interrogent la présence des paroles traditionnelles dans les œuvres et le mythe d’Œdipe recomposé.
Le troisième genre est abordé, l’écriture narrative, sous forme courte : Légendes africaines, montage de textes empruntés à divers pays d’Afrique à l’instigation d’un éditeur et introduits par un texte d’U Tam’si, suivies de La Main sèche, et sous forme longue, avec le cycle romanesque tétralogique inauguré par Les Cancrelats. L’idée des Légendes africaines est d’écrire une mythologie de la création de l’humanité, une « Légende des siècles » vue par la culture africaine. La Main sèche, écrit en même temps que commençait à paraître le cycle romanesque, est une somme hétérogène de récits moins indépendants qu’il ne paraît, reliés en profondeurs à l’œuvre aux accents messianiques. Chaque nouvelle reprend l’art du conteur et s’ouvre et se clôt par les mêmes formules, l’énonciation à la première personne plongeant le lecteur immédiatement « in medias res », comme si ce dernier connaissait déjà le contexte. Quête des origines, initiation à la double culture, énigme de la mort sont quelques uns des thèmes abordés à travers la question du rapport des Noirs au christianisme, le problème de la responsabilité de la religion vis-à-vis de l’Afrique ; la traite, l’investissement colonial sont revécus à l’échelle d’un individu ; les angoisses de la naissance et les scènes traumatiques font naître un sentiment de culpabilité qui hante les héros : l’homme entre deux mondes, celui qui meurt et celui qui est appelé à naître, se demande s’il va y perdre ou y gagner. Des lectures synthétiques sur la symbolique de l’œil (« son œil sec vous passe l’âme et la moelle épinière à la râpe ») et la figure de l’exclu comme représentation de la marginalité, corollaire de la modernité, répondent à l’accompagnement analytique des œuvres.
Enfin, le cycle romanesque commençant par les Cancrelats est présenté ; il fut publié entre 1980 et 1987, bien qu’en gestation depuis 1954, mais trop critique en un temps de refondation lié aux indépendances, il ne fut présenté par l’auteur à la publication que bien des années plus tard. En chaque volume sont entrelacés l’histoire personnelle et l’histoire collective. Le dernier ouvrage du cycle est Ces fruits si doux de l’arbre à pain. Entre les deux ouvrages majeurs, sont deux ouvrages médians Les Méduses ou les orties de mer (1982) et les Phalènes (1984), d’une coulée plus romanesque, accordant une plus grande place aux relations sentimentales et familiales. Cette somme évoque la vie des Congolais pendant la colonisation, leur tristesse, l’évolution des personnages quittant la terre pour devenir commerçants ; les formules traditionnelles verbales ou rituelles y sont explicitées par le narrateur, tantôt sérieusement, tantôt avec un détachement amusé, à l’instar des conduites ordaliques à l’occasion des deuils. Le rôle souverain de l’imaginaire y est notable et même si le roman refuse l’épique, il laisse le lecteur sur sa faim et son désir de poursuivre la lecture. Dans Les Méduses, il s’agit de la mort de trois syndicalistes « indigènes » dont on essaie d’élucider la cause, entre pouvoir colonisateur et magie traditionnelle. Les Phalènes est le troisième élément de la saga historique au pays de l’ancien royaume kongo : il narre la rencontre entre un Congolais et la femme d’un militant français venu aider à préparer l’indépendance, montrant l’alliance des « gender », et le métissage entre cultures. Dans l’ultime ouvrage, Les Fruits si doux de l’arbre à pain, au titre éminemment ironique (ces fruits étant la nourriture des esclaves pendant la traversée de l’Atlantique), l’auteur recourt au procédé qui désigne avec constance sa manière propre : le redoublement des énoncés, le premier étant voilé et le second plus explicite. Les récits traditionnels sont enchâssés dans l’énoncé francophone. Dans cette narration pleine de ferveur, surgissent pourtant des images maternelles destructrices, des relations fraternelles douteuses, s’envolent des ascensions et se précipitent des chutes. Mais il s’agit aussi d’un texte métis, capable d’entrelacer les échos de maintes cultures, de plusieurs modes d’énonciation, où entrent en contact l’oral et l’écrit, le chant traditionnel et la narration. L’histoire personnelle et politique joue avec l’intertexte messianique, tandis que se pose la question de la responsabilité de l’écrivain exilé combattant sa solitude « coupable » mais en même temps, « signe d’élection ».
Ainsi, l’ouvrage d’Arlette Chemain-Degrange et de Roger Chemain rend grâce à l’exubérance de la création de Tchicaya U Tam’si, sous toutes ses facettes, en abordant tous les genres mis en textes, et en montrant qu’elle a su dépasser les clivages pour créer une voix non plus duelle, mais spécifique et victorieuse dans sa nouveauté. Se moquant du rationalisme, flirtant avec l’envoûtement des forces occultes mais par provocation, l’œuvre d’U Tam’si n’est pas saisie comme retour au passé. L’unité qui la caractérise se manifeste dans l’engendrement des œuvres par des thématiques reprises et rejouées autrement, l’ensemencement des mots par des allitérations ou des assonances, mais où la langue se veut aussi dialogue avec le lecteur. Grâce à cet ouvrage de référence, c’est ce lien avec un public désormais informé et instruit qui peut se tisser plus aisément, et plus intimement, pour conduire à de nouvelles lectures, portées par les propositions de ces critiques, qui offrent aux lecteurs quelques unes parmi les « sept clés » de cette création.
par Béatrice Bloch
Publié sur Acta le 11 juin 2009
Pour citer cet article : Béatrice Bloch , "Connaissez-vous Tchicaya U Tam’si ?", Acta Fabula, Notes de lecture, URL : http://www.fabula.org/revue/document5079.php











