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Le Pangolin

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19 février 2010

Cinquantenaire des indépendances, Un camerounais écrit à Nicolas Sarkozy (suite et fin)

Je viens vous donner à lire un article publié dans le journal camerounais "le messager" du début du mois de février, à l'heure où on parle beaucoup des 50 ans des indépendances de 17 pays africains plus particulièrement les ex colonies françaises et belges et du coup d'état au Niger qui semble poser avec acuité la question de la démocratie en Afrique.

Cinquantenaire des indépendances,  Un camerounais écrit à Nicolas Sarkozy (suite et fin)

Par leopold.chendjou |     Mercredi 3 février 2010 | Le Messager

 

Les indépendances !

Anticipant sur les impondérables insurrectionnelles comme il savait si bien le faire, après avoir vainement réprimé dans une singulière violence toutes les velléités d’émancipation de ses colonies, faisant de victimes par centaines de milliers, le Général de Gaulle, dont vous vous réclamez, cède aux sirènes des indépendances, mais non sans avoir conçu et mis en branle ce sinistre système qui perdure et qui va désormais de paire avec la Ve République. Il a su détecter les indigènes les mieux à même d’intégrer la doctrine coloniale de la République et en faire des disciples assermentés. Piteusement acquis à la cause de la République, ces derniers partageront désormais avec elle la rente liée à la dette — pudiquement ou plutôt, cyniquement appelée « aide au développement » — et au pillage des ressources naturelles, des accords de coopération économique, financière et monétaire [en plus d’accords politiques, militaires et de défenses], ainsi que des accords sur les matières premières dites stratégiques ; engageant de facto des peuples innocents dans une sinistre dynamique de tragédie faite de misère, de médiocrité et d’abrutissement. La mayonnaise avait superbement pris ; le colonialisme mutait pour ainsi dire allègrement en néocolonialisme. Ainsi naquirent et prolifèrent sous suprême onction de la République, des régimes fantoches et diaboliques, ces dictatures des plus pernicieuses et des plus progrécides que votre pays dit des droits de l’Homme n’aura eu de cesse de parrainer au sein du concert dit des Nations, alors même que les populations dans leurs écrasantes majorités, ploient tragiquement sous le poids des misères des plus inconcevables des esprits dotés d’un minimum de sens civilisé. Votre pays apparaît à l’évidence comme étant le fidèle allié de ces régimes fantoches et despotiques, qu’il entend ainsi perpétuer obstinément. Et nouveauté des nouveautés, pour s’assurer les meilleures garanties de continuité, il a été instauré le concept de la succession génétique communément appelée succession dynastique. Le népotisme reste un exercice très français, c’est bien connu là-bas en Occident. Pas étonnant si les [ex]colonies subsahariennes de la République en font pratiques de prédilection. A en juger par les raccourcis que vous vous démenez sans retenue à ménager à votre bien adulé chérubin, Monsieur le Président, l’on comprend assez aisément les certitudes qui animaient le Prince du Gabon alors même que ce dernier s’engageait dans une épreuve électorale pourtant annoncée des plus tumultueuses et des plus incertaines… En somme, Monsieur le Président, ce n’est certainement pas un hasard si les sociétés francophones d’Afrique restent relativement les plus rétrogrades du continent, foncièrement antiélitistes. Les historiens estiment classiquement que la colonisation française n’a pas su former une véritable élite capable de gouverner les pays après l’indépendance, contrairement à la colonisation telle que réalisée par les Britanniques. Je dis non. Je m’inscris résolument en faux contre de telles flibusteries mémorielles. En vérité, Monsieur le Président, la colonisation française n’a jamais éprouvé la moindre volonté de former une quelconque élite capable de gouverner les pays après ces indépendances qui ne l’étaient bien entendu que de façade. Une authentique farce !

 

 

 

 

Aussi année après année, et particulièrement depuis une dizaine d’années maintenant, la France a su susciter une certaine inimitié auprès d’une jeunesse de plus en plus désabusée par les dictatures qu’elle parraine inconditionnellement. Et les tendances sont désormais implacables. Si vos collaborateurs de la Cellule Afrique de l’Elysée et ceux du Quai d’Orsay n’ont pas eu le courage de vous en faire état, je me charge volontiers de jouer bénévolement leur messager au détour de deux petites vérités non moins suffisamment loquaces sur la physionomie probable de l’élite intellectuelle d’Afrique dans les années à venir :

∑    Les étudiants africains des pays francophones qui désirent poursuivre leurs études en Occident optent désormais de préférence pour l’Angleterre, les Etats-Unis ou encore le Canada. Vous constaterez que la Belgique qui a également fait ses preuves avec un certain talent au Rwanda et au Congo-Kinshasa, est lotie dans la même enseigne que votre pays aux yeux de la nouvelle jeunesse des étudiants africains.

Chose à la mode, les parents avisés orientent désormais précocement leurs progénitures dans les cursus scolaires anglo-saxons.

Je veux bien croire que la prééminence de l’anglais sur la scène mondiale explique un tel phénomène qui tranche notamment avec l’immigration clandestine contre laquelle votre gouvernement se démène sans jamais comprendre que la déferlante dérive exclusivement de ces sinistres gouvernances en vigueur dans vos prés carrés africains. Et je ne saurais oublier ici le regard que portent à présent de pauvres citoyens africains sur vos expatriés plus ou moins innocents, désormais amenés selon vos propres consignes, à observer la plus stricte des prudences au quotidien pour ne pas s’offrir aux rancoeurs souvent ambiantes. Aussi humainement inacceptable soit l’expression des rancoeurs dans toutes ses formes, il n’en reste pas moins vrai que votre pays, lourdement impliqué dans les maux qui accablent la jeunesse dans ses [ex]colonies d’Afrique subsaharienne, reste responsable et coupable d’une politique d’ingérence tout autant humainement inacceptable. Et vous avez, bien entendu, le choix de continuer comme c’est le cas, à miser sur l’abnégation des dictatures et leurs milices pour maintenir de pseudos paix, à grand renfort de vos escadrons sous couvert des accords dits de défense. Au demeurant, il va s’en dire, Monsieur le Président, que du fait de la politique de prédation et de sujétion qui a toujours été celle de la France à l’égard de ses [ex]colonies d’Afrique subsaharienne, la jeunesse africaine frustrée et désabusée, s’éloigne, génération après génération, lentement mais sûrement, de votre pays et pire, de sa culture qu’elle assimile dorénavant à sa politique jugée pernicieuse, résolument progrécide.

La Françafrique pour toujours !

Après l’esclavage, la colonisation, les crimes politiques et les guerres sur les sols africains au moment même des indépendances supposées, arrive la Françafrique avec son cortège des crimes contre l’humanité. La République perpétue avec grand entrain ses sinistres exactions. Les intérêts privés priment sur les intérêts des peuples africains. Monsieur le Président, puis-je vous rappeler que peu après votre accession à la Magistrature suprême vous avez prononcé un discours annonçant la fin de la Françafrique dont je vous concède ici le mérite d’avoir si explicitement et officiellement reconnu l’existence. Permettez-moi cependant de constater à présent que c’est exactement l’inverse qui se produit ; même si personnellement je n’avais absolument accordé le moindre crédit à votre annonce. Au Togo, Gabon, Tchad, Congo-Brazzaville ou encore au Cameroun, pour ne citer que ces bananeraies, des exemples sont là pour attester que la rupture que vous prônez, relève de la pure rhétorique politicienne. Mieux, au lieu de mettre fin à la Françafrique, votre arrivée aux affaires a permis de décomplexer une pieuvre qui ne recule désormais devant rien, sans vergogne. A vrai dire, même les Africains les plus naïfs ne vous croient plus. Et ce n’est certainement pas votre cher ami Monsieur Bolloré qui me démentirait… Il est de ces exemples qui ne passent pourtant pas inaperçus, Monsieur le Président. L’Italie qui a effectivement foutu le camp en Libye depuis des lustres, va verser cinq milliards de dollars en dédommagement de la colonisation de ce pays. Qu’en dites-vous, Monsieur le Président ?

Vous me permettrez, Monsieur le Président, de vous raconter un petit fait-divers que j’ai vécu au Cameroun et que j’estime à bien des égards expressif. Par une nuit, attablé dans un restaurant à Yaoundé, je visionnais le journal de vingt heures sur la Première chaîne de votre pays. Journal au cours duquel j’ai eu l’occasion de constater l’élan de solidarité manifesté par les Français à l’endroit d’un petit garçon burkinabé, le nommé Idrissa Koanda, qui a ainsi pu bénéficier dans votre pays, d’une intervention chirurgicale sans laquelle il était de toute évidence condamné à une disparition certaine. Une cliente non loin de moi, visiblement séduite, ne put taire à son compagnon Blanc, très probablement un coopérant avec qui elle s’était attablée à grand plat de « caviar », sa vive admiration pour la France, pour la « générosité à l’endroit de l’Afrique ». Aussi étrange que cela pourrait logiquement vous paraître, Monsieur le Président, c’est à peine si j’ai pu contenir la vague de tristesse qui inondait mes sens… Et le respect qu’elle manifestait pour son plat, l’application et l’élan d’appétit qui étaient les siens, insinuaient sans ambiguïté qu’elle revenait de loin, sinon de très loin. A s’y méprendre, cette demoiselle ferait bien partie du cortège des victimes, cette jeunesse littéralement passée à la moulinette de la Françafrique, au compte de pertes et profits d’un système qui broie implacablement par milliers ces âmes dont le crime reste celui d’être issues des [ex]colonies de la République. A présent qu’elle semble s’agripper avec une certaine ténacité sur le radeau parachuté de lointain à dessein de jouir aussi de la manne qu’offre le luxuriant pré des Tropiques, elle s’imaginerait aisément au Paradis. Non pas qu’elle se sentirait véritablement au Paradis, elle se savait surtout péchée fortuitement de l’enfer tropical. Fût-il provisoirement !

Monsieur le Président, puis-je vous assurer que je ne porte pas malgré tout votre pays, la France, pour responsable final de la tragédie qui prévaut actuellement dans ses [ex]colonies d’Afrique subsaharienne. Non. Car ces pays, contre vents et marées, disposent désormais et parfaitement de tous les moyens de se déterminer véritablement par eux-mêmes et de fait, ils ont le plein choix de s’enliser tragiquement dans la pernicieuse politique de prédation qui a toujours été celle de votre République, de se complaire à cette funeste servitude datant de l’épopée esclavagiste et dans ce cas, n’ayant donc piteusement rien compris de l’essence même de la Raison humaine en opposition à la Bestialité humaine, ou alors ils se résolvent une fois pour toute à s’en affranchir et bâtir de nations dignes dans le genre, résolument engagées dans la voie du progrès social et de développement, tout au moins à l’image des Dragons et Tigres asiatiques. Je me demande cependant si dans l’histoire de l’humanité, outre le peuple Noir lui-même, il exista une République qui aura autant que la France œuvré si négativement pour l’image de l’Homme Noir dont vous avez vous-même pris le soin d’établir ce qui est à vos yeux le profil psychosociologique, à travers notamment votre fameux discours de Dakar sur « l’Homme africain ». A interroger l’Histoire, j’en doute, Monsieur le Président ! La France a pourtant su rester opportuniste pour s’approprier certains pseudos tournants historiques, assez souvent inéluctables, pour ainsi se targuer d’avant-gardiste sur les droits humains. Je pense surtout à l’abolition de l’esclavage, dont on sait à la faveur de la révolution industrielle qui rendait déjà inutile la main d’œuvre servile, ou encore à la déclaration universelle de droit de l’Homme qu’elle a abritée en grande pompe, et dont la question, du moins à travers le prisme du racisme, n’aurait probablement jamais dû être posée, si l’Occident [principalement] avait été habité par un certain esprit civilisé.

Et le racisme au cœur de la République

Tout comme vous, Monsieur le Président, les Noirs de nationalité française sont issus de l’immigration. Peuvent-ils pour autant légitimement éprouver ces aspirations qui ont été les vôtres et qui vous ont si royalement mené à la Magistrature suprême de votre pays ? Où sont-ils, les Noirs de votre République, Monsieur le Président ? Quelles positions occupent-ils sur l’échiquier politique national, et dans la société tout court, à comparer ne serait-ce avec ceux des pays au passé colonial tout aussi sinistrement étoffé que le vôtre ? Aussi la récente promotion de Monsieur Harry Roselmack comme premier présentateur Noir du Journal télévisé sur la Première chaîne, ou encore celle de Monsieur Pierre N’Gahane au titre de premier Préfet Noir de l’histoire de votre pays, avaient des airs des premiers pas de l’Homme sur la lune !… Sale épopée pour une communauté dont les ancêtres ont également et si généreusement versé de leur sang à dessein commun de libérer la République de la barbarie nazi !… La France n’est pas raciste ! C’est vrai qu’on ne lynche pas là-bas, du moins pas impunément. Si je ne m’abuse cependant, ce n’est sans doute pas un hasard si, il y a quelques années, votre pays en était arrivé à un doigt de voter un texte de loi acquis à l’apologie de la colonisation. Rien de moins ! Et plus encore, plutôt que d’affronter la problématique des discriminations si criardes dont sont victimes les minorités dites visibles dans votre pays, vous préférez sans surprise la continuité. Vous optez ainsi pour la perpétuation de ces subterfuges et autres stratagèmes de diversions dignes des grands classiques de votre République. Et votre génie éclairé de suggérer entre autres l’opportunité d’un débat républicain sur l’identité nationale, comme si chez vous dans votre pays, rien ne pouvait aller de soi, de bon sens, et qu’il faille absolument s’en remettre au verdict d’une société déjà mécaniquement articulée autour d’une culture de la différenciation, sur une question qui n’aurait pourtant guère droit de cité dans un environnement civilisé. Qu’on se le dise, un débat républicain sur l’identité nationale n’est en vérité rien d’autre qu’un exercice [national] de stigmatisation à l’effet direct de nourrir davantage les discriminations à l’encontre des « minorités visibles ».

En guise de conclusion, Monsieur le Président, je pense bien entendu que ce n’est pas ce sombre tableau de l’histoire de la République que vous et votre pays célébrez en cette année dite du cinquantenaire des indépendances des pays francophones de l’Afrique subsaharienne. Mais quel que soit le motif improbable de cette célébration, si vous pouvez au nom de la France, cinquante années après « les indépendances », regarder l’état de vos [ex]colonies de l’Afrique subsaharienne et en être intimement fier, alors, de Raison, vous et votre République avez sans doute de réels motifs de célébrer un événement heureux, au même titre qu’un parent qui célèbre le cinquantième anniversaire de son propre fils qui excelle désormais dans ces tares et turpitudes auxquelles il l’aura soigneusement prédestiné. La graine qui aura été semée derrière les couleurs dites officielles, a germé et poussé. Et tout cela a conduit à la prolifération de ces bananeraies des plus inégalitaires, des plus sinistres et des plus hideuses, qui portent pour l’éternité l’estampille du génie colonial de votre pays dit de Liberté, Egalité, Fraternité. La FRANCE.

 

Et comme je l’ai lu, Monsieur le Président, le programme de votre célébration prévoit un point d’orgue le 14 juillet prochain avec le défilé sur les Champs-Elysées des troupes de vos [ex]colonies, et surtout l’insigne honneur qui sera accordé à vos « homologues » des pays concernés, labellisés évidemment « démocrates », tout autant que vous !… Quoi qu’il en soit, Monsieur le Président, j’ose espérer, dans le sillage d’un colloque universitaire propre au génie intellectuel français, et de protocole et discours dont votre République maîtriserait le mieux la science, en savoir significativement sur un événement qui mérite à vos yeux, célébration plutôt que recueillement.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Président, les assurances de ma considération distinguée.

Badiadji Horretowdo

Ecrivain/romancier

© BH/janvier 2010

Email : contact@horretowdo.com

Site web: www.horretowdo.com

A lire aussi dans le même journal "le messager":

  1. Cinquantenaire des indépendances: Un camerounais écrit à Nicolas Sarkozy  (1ère partie)
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09 février 2010

Afrique: "politique commune" des Européens et Américains face à la Chine, recommande Kouchner

Je vous donne à  lire cette dépêche de l'AFP concernant la confrontation Chine-Occident en Afrique.


Vous noteriez avec quel mépris, le ministre français des affaires étrangères après sa tournée en Afrique, traite l'Afrique.


Pour lui l'Afrique n'est que le lieu et territoires d'approvisionnement de matières premières.

Notez à dessein pourquoi Kouchner mentionne le mot "puissances coloniales" ,c'est pour dire de manière implicite que le continent leur appartient. 

 

Autre part il faut noter dans les propos de ce dernier l'aveu que l'Afrique est en train de se détacher de la sphère occidentale, ce qui est positif pour l'avenir, si les gouvernants actuels ne bradaient pas le patrimoine au profit des Chinois. C'est à ce niveau qu'il faut être vigilants et peut être crier au loup avec les anciens loups.


Qu'est-ce que vous en pensez? 

 

Afrique: "politique commune" des Européens et Américains face à la Chine, recommande Kouchner

(AFP) – Il y a 18 heures

PARIS — Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a préconisé lundi que les anciennes puissances coloniales européennes et les Etats-Unis définissent une "politique commune" en Afrique pour être "performants" économiquement face à la montée en puissance de la Chine.

"En Afrique, il nous faut une politique commune, certainement des Anglais et des Français. Et pourquoi pas y ajouter les Portugais et les Belges, les anciennes puissances coloniales, mais aussi les Américains", a-t-il suggéré devant l'Association de la presse diplomatique.

M. Kouchner était interrogé sur les moyens de résister à la concurrence économique chinoise sur l'ensemble des marchés mondiaux, particulièrement en Afrique.

Armé de vastes réserves de change, Pékin déverse aujourd'hui en Afrique 15 fois plus d'investissements qu'en 2003 afin d'étancher sa soif de matières premières et offrir des débouchés à ses entreprises. Les grands travaux d'infrastructure financés par Pékin facilitent l'activité économique dans de nombreux pays.

Face à cette évolution, "il faut, a-t-il observé, que nous soyons performants et pas du tout confrontationnels. Ce n'est pas une bataille avec les Chinois pour qu'ils ne nous volent pas l'Afrique, mais c'est une démarche positive que nous ne pouvons faire qu'à plusieurs", a souligné le ministre.

Les Chinois "ont des atouts, ils gagnent tous les marchés, ils sont moins chers, ils contruisent à l'heure, etc", a remarqué M. Kouchner.

Il a relevé qu'à l'échelle mondiale, "nos rapports avec la Chine sont à la fois difficiles et indispensables". (...) "Si nous ne nous attachons pas à des liens (...) économiquement étroits avec la Chine, ça va aller mal pour nous", a-t-il prédit.

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21 janvier 2010

2010 : pour les cinquante ans des indépendances africaines France à quand la rupture ?

 


2010 année qui voit la plupart des pays africains atteindre 50 ans « d’indépendances » plusieurs voix et écrits s’élèvent pour faire le bilan de ces 50 ans. 

Pour la plupart ils s’accordent à faire le constat d’un échec global même si on peut noter quelques progrès de macro. Il ressort un pessimisme ambiant sur l’avenir de l’Afrique certains auteurs préconisent à la place des fêtes prévues des cérémonies collectives de deuil. Ce pessimisme est renforcé par l’idée méprisante de la France de célébrer à Paris les 50 ans des indépendances, vraiment indécent pour la dignité africaine à ce sujet tous les Africains et les populations des pays d’Afrique devraient se lever pour crier à l’injure scandaleuse et demander à la France de rester dans son coin. 

Mais comble du ridicule, les Africains surtout les dirigeants en mal de reconnaissance vont tous se précipiter à Paris et les populations africaines n’ayant pas voix au chapitre vont se soumettre sans problème. 

Et la France qui n’a jamais décolonisé ses anciennes possessions pourra continuer à faire étalage de sa suprématie sur les Africains.

Cette célébration par la France ressemble sans être excessif à  un homme qui maltraitait sa femme déciderait de célébrer le divorce chez lui ou encore que l'Angleterre déciderait de célébrer l'indépendance des Etats-Unis d'Amérique. 

  

Et pourquoi donc la France fêterait-elle les 50 ans d'indépendance des pays africains ? De quel droit ? 

Est-ce pour pleurer le beau temps des colonies ? Mis à part le fait de rappeler sa gloire passée, je ne vois pas ce que la France peut tirer d'une telle célébration.

Cette attitude de la France conforterait l’idée que pour ses pays la décolonisation n’a jamais eu lieu.

 

C’est pourquoi il on doit dire NON la France, qu’elle  n’a pas le droit de célébrer ces 50 ans

Non la France n’a pas le droit de bafouer la dignité des Africains.


Si la France veut vraiment célébrer ces 50 ans avec les populations africaines, qu’elle arrête de soutenir les dictatures qui confisquent les libertés


A quand la rupture ?


Avec l’arrivée de Nicolas Sarkosy qui en pleine campagne électorale avait promis la rupture à Cotonou au Bénin, on avait cru à un nouveau type de relations basées sur le respect et la dignité.

 

Hélas pour l’Afrique ce dernier s’est plutôt inscrit dans la continuité, avec le limogeage du ministre Bokel de son poste de la coopération et avec le gros mensonge prononcé en Afrique du Sud. Jusqu’à lors aucune troupe militaire française n’est rentrée à la maison.

 

La rupture promise pendant la campagne électorale de mai 2007 tarde à venir, mais on s’empresse plutôt à mépriser les Africains comme à l’accoutumé (Discours de  Dakar où Sarkosy soutenait que l’Africain n’était pas rentré dans l’histoire et c’est peut-être pour ça qu’il prévoit de fêter le cinquantenaire des indépendances africaines à Paris à la place des Africains ?

 

Au lieu de persister dans l’insulte et le mépris, Sarkosy et la France devraient opérer une rupture.

En mettant fin à la françafrique et à tous les réseaux mafieux qui sévissent dans le business.

Nous ne voulons pas des  repentances façon Jacques Chirac, on  voudrait plutôt que la France et son président  instaurent véritablement une relation d’égalité avec ses anciennes colonies et ce sera de son intérêt.

La France en agissant comme elle le fait actuellement, salit sa réputation de pays de droits de l’homme.

Elle s’aliène de façon irrémédiable un formidable marché pour sa production car les dictatures qu’elle soutient n’enrichissent qu’une poignée de gens, mais pas la France.

 

Dans le contexte de la globalisation et de la mondialisation, elle continue sa fragilisation économique et culturelle,Elle aurait plus intérêt à augmenter le niveau de vie des Africains pour que ceux-ci puissent avoir un pouvoir d’achat leur permettant d’acheter éventuellement  les produits français, au lieu de se plaindre de la percée chinoise et d’autres pays asiatiques en Afrique et des délocalisations chez elle.

 

De la rupture, il y va de l’avenir de la France, car mieux vaut une séparation à l’amiable que par la violence. La France et les dictateurs maisons si ils ne prennent pas garde, seront dans les années à venir, surpris voire debordés par l’ampleur de la révolution qu’ils alimentent quotidiennement, comme toute révolution lorsqu’elle éclate on ne sait pas quand elle se termine ni comment elle se déroule.

 

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13 décembre 2009

Pour les 50 ans des indépendances africaines en 2010 ? Que dire?

Pour les 50 ans des indépendances (accordées par la France) en 2010, la France a mis en place un comité de célébration de celles-ci.A ce propos je vous propose un dialogue des commentaires avec mon cher ami Saint Ralph (je vous conseille son blog il est très bien). Pour alimenter le debat je vous demande de réagir à cette attitude de la France.

Merci Ralph, tu sais que je suis toujours ravi de te lire et toutes ces reflexions sur ton blog quel régal je t'assure, continue.
Au fait Saint Ralph qu'est-ce que tu penses de cette méprisante initiative de la France de célébrer les 50 ans d'indépendance des pays africains en France.

C'est comme si un homme qui maltraitait sa femme décidait de celebrer le divorce chez lui ou encore l'Angleterre décidait de celebrer l'indépendance des Etats-Unis d'Amérique.

Posté par Mouélé Kibaya, 03 décembre 2009 à 20:22

Tu m'apprends une bien bonne !

J'avoue que je n'étais pas très attentif à l'actualité ces derniers jours et cette nouvelle m'a échappé. En tout cas, ta petite réflexion m'a bien fait rire. Pas mal du tout !

Posté par St-Ralph, 12 décembre 2009 à 22:55

Quelle idée ! Pourquoi la France fêterait-elle les 50 ans d'indépendance des pays africains ?

Est-ce pour pleurer le beau temps des colonies ? Mis à part le fait de rappeler sa gloire passée, je ne vois pas ce que la France peut tirer d'une telle célébration.

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26 novembre 2009

Françafrique : Eva Joly, "la force qui nous manque"

Extrait de "La force qui nous manque" de Eva JOLY aux Editions des Arènes

Eva JOLY est conseillère pour la lutte contre la corruption et le blanchiment en Norvège. Ses deux livres précédents, "Notre affaire à tous" et "Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?", chez le même éditeur, ont été vendus à plus de 450 000 exemplaires en France et à l’étranger.


Lorsque j’ai pris en charge l’instruction de l’affaire Elf, j’avais en face de moi les puissants du pétrole français, je n’aimais pas leur arrogance, la façon qu’ils avaient de se servir dans les caisses, mais lorsqu’ils invoquaient les intérêts supérieurs du pays, j’étais prête à les croire. Je sortais de plusieurs années en détachement au ministère des Finances, entourée de hauts fonctionnaires intègres, d‘une compétence absolue. J’avais confiance dans les institutions de mon pays d’adoption. Je n’imaginais pas que la finalité des dirigeants des sociétés nationales du pétrole fut autre chose que le bien commun. Je traquais les dérives et non le système lui-même.

Pourtant au fil de mon enquête, j’ai découvert un monde souterrain. Magistrate, limitée par le cadre de ma saisine et des compétences nationales, je devais m’arrêter sur le seuil de certaines portes, qui menaient vers l’étranger. Je découvrais des chemins qu’il aurait été passionnant de remonter, des connexions qui m’ahurissaient. Avec des chiffres, des comptes, nous avions sous nos yeux le déchiffrage d’un vaste réseau de corruption institutionnalisé, dont les fils étaient reliés en direct à l’Elysée.

Ce n’était pas mon rôle d’en tirer les conclusions politiques, mais j’en ai gardé l’empreinte. Nous avions dessiné alors un vaste schéma, que j’ai toujours avec moi. Il fait huit mètres une fois déplié. Il serpente depuis le bureau d’un directeur des hydrocarbures d’Elf, jusqu’à des comptes obscurs alimentés par le Gabon, aux mains d’Omar BONGO : quarante ans de pouvoir et une difficulté récurrente à distinguer sa tirelire et sa famille d’une part, le budget de l’Etat et le gouvernement d’autre part. 

J’emporte souvent ce schéma avec moi, au fil des rendez-vous. Je l’étale sur les tables, un peu comme un capitaine au combat sort ses vieilles cartes. Les positions ont sans doute varié, les techniques de camouflage se sont sophistiquées, mais le système est là : les tyrans sont des amis, que la France a placés au pouvoir et dont elle protège la fortune et l’influence par de vastes réseaux de corruption ; en échange ils veillent sur les intérêts et les ressources des entreprises françaises venues creuser le sol.

Tout ce beau monde a intérêt à ce que rien, jamais, ne stimule ni les institutions ni l’économie des pays.

Et si je m’arrête un instant au Gabon, qu’est-ce que j’y vois ? Un pays riche qui exporte plus de treize milliards de dollars de pétrole brut par an et affiche un Pib par habitant largement au-dessus de la moyenne africaine (6 397 $) ? Ou un pays pauvre où l’espérance de vie est estimée à 55 ans pour les femmes et 53 pour les hommes, ce qui leur laisse un an de moins que les Malgaches nés sur un sol sans pétrole ? Le taux de mortalité infantile est au Gabon particulièrement élevé, le taux de vaccination contre la rougeole est de 40% contre une moyenne de 79% dans les pays en développement.

Voilà où en est le Gabon, chasse gardée de la France, fournisseur des trésors du pétrole et de l’uranium, fief de Total-Elf la première capitalisation boursière française.

Roland DUMAS "l’ami intime" de BONGO

Si les habitants de Libreville n’ont pas bénéficié de la richesse de leur pays, c’est parce que la France s’est accaparée ses ressources minières, avec la complicité d’un président, enrôlé dès son service militaire par l’armée française et ses services secrets, placé à la tête du pays à 32 ans par Paris. 

Il était alors le plus jeune chef d’Etat du monde. La France contrôle son armée, ses élections et protège sa fortune. En retour, Omar BONGO fait table ouverte plusieurs fois par an, avenue Foch ou à l’hôtel Crillon, où il reçoit les hommes politiques, des publicitaires et les journalistes français qui comptent.. Chacun se presse à ces audiences. Dans les années 1990, un homme politique français du premier plan, alors en fonction, bénéficiait en parallèle d’un contrat de "consultant" signé par Omar BONGO et largement rémunéré. De Roland DUMAS, le président Gabonais dit qu’il est "ami intime".

Prévoyant, il apprécie aussi Nicolas SARKOZY, venu "prendre conseil" en tant que candidat à l’élection présidentielle. Lorsque au cours de l’instruction, nous avons perquisitionné au siège de la Fiba, la banque franco-gabonaise, nous avons consulté le listing des clients, qui paraissait tenu à la plume sergent-major. C’était une sorte de Who’s Who de la France en Afrique, qui en disait long sur l’envers de la République et  des médias.

A ceux qui croient encore à l’aide désintéressée de la France en Afrique, il suffit de consulter les chiffres du Pnud (Programme des nations unies pour le développement). La corrélation est régulière entre le montant de l’aide française et la richesse en matières premières. En clair, celui qui n’a rien dans son sous-sol ne doit pas attendre grand-chose de Paris…

Il n’est pas étonnant de retrouver le Gabon comme l’un des premiers bénéficiaires de l’aide publique française au développement. Le résultat est affligeant en termes de système de santé et d’éducation. L’argent s’est perdu en route. Il est justement fait pour cela.

Il ne s’agit pas d’une dérive mais d’une organisation cohérente et raisonnée. Dans chaque audition durant notre instruction, nous entendions parler de pressions physiques, d’espionnage permanent et de barbouzes. Les perquisitions dans la tour Elf à la Défense livraient une moisson de documents révélant la confusion des genres, nous les transmettions au parquet de Nanterre, qui se gardait bien d’ouvrir des enquêtes. Car Elf hier, Total aujourd’hui, est un Etat dans l’Etat, conçu par Pierre GUILLAUMAT un ancien ministre de la Défense, patron des services secrets et responsable du programme nucléaire français afin de servir les intérêts géopolitiques de Paris.

La Norvège a utilisé son pétrole pour construire et assurer le paiement des retraites futures. La France se sert d’Elf-Total pour affirmer sa puissance. La compagnie intervient dans le golfe de Guinée, au Nigéria, au Congo Brazzaville, en Angola… Tous ces pays ont connu la guerre civile et la dictature, derrière laquelle la main française s’est fait sentir.

Le chaos, lorsqu’il se produit, ne trouble pas le système. Il n’est qu’à voir l’Angola, en guerre pendant des dizaines d’années, mais dont aucune goutte de pétrole, jamais, n’a raté sa destination. Pendant la guerre, les affaires continuaient…

Les banques françaises, Bnp-Paribas en tête, ont même profité de l’occasion pour élaborer des montages financiers destinés aux pays en guerre, à des taux affolants, tout en sachant qu’elles ne prenaient pas le moindre risque. L’argent, là aussi, n’a pas été perdu pour tout le monde. C’est un miroir dans lequel il ne faut pas trop souvent regarder les élites françaises.

Depuis que j’ai ouvert le dossier Elf, dans mon bureau de la galerie financière, j’ai voyagé physiquement et intellectuellement bien loin de la Seine et de ses quais gris et bleus…j’ai appris en marchant. A l’arrivée, le tableau est effrayant.

L’Afrique a refait de moi une Norvégienne, fière de l’être. Mon pays est riche, mais, il se souvient avoir été pauvre, un peuple d’émigrants regardant vers le nouveau monde américain. Son esprit de conquête, ses allures vikings sont des traces d’un passé très lointain, vinrent ensuite les tutelles danoise puis suédoise, dont il fallut se libérer. Il envoya vers l’Afrique des missionnaires protestants, personnages austères au visage buriné, taillé par la parole chrétienne et l’œuvre humanitaire, plutôt que des nouveaux colons, comme on les croise encore dans les quartiers d’expatriés blancs.

Pendant que la France fondait Elf, la Norvège mettait en place l’exploitation des ressources de la mer du Nord, accumulant un fonds de réserve, aussitôt placé pour les générations futures et soigneusement contrôlé.

Ce petit pays des terres gelées est devenu la première nation donatrice en dollars par habitant. Bien sûr, les pétroliers norvégiens ne sont pas des enfants de chœur. De récentes enquêtes ont montré que certains d’entre eux ont versé des commissions et que la tentation d’abuser de leur pouvoir est permanente. Mais la Norvège n’a pas à rougir de ce qu’elle a fait de son pétrole. Ce que j’ai vu, les rapports internationaux qui l’attestent, est une œuvre d’espoir.

La République française, à la même époque, a mis en place en Afrique un système loin de ses valeurs et de l’image qu’elle aime renvoyer au monde.

-        Comment des institutions solides et démocratiques, des esprits brillants et éclairés, ont-ils pu tisser des réseaux violant systématiquement la loi, la Justice et la démocratie ?

-        Pourquoi des journalistes réputés, de tout bord, ont-ils toléré ce qu’ils ont vu ?

-        Pourquoi des partis politiques et des ONG, par ailleurs prompts à s’enflammer, n’ont-ils rien voulu voir ?

L’indépendance en Afrique : une mascarade

Je ne condamne pas. J’ai partagé cet aveuglement. J’étais comme eux, avant de glisser l’œil dans le trou de la serrure et de prendre la mesure de ce secret de famille : la France reste un empire et ne se remet pas de sa puissance perdue. 

L’indépendance politique a été largement une mascarade en Afrique de l’Ouest. L’Occident a fermé les yeux, car la France se prévalait d’être le "gendarme" qui défendait la moitié du continent contre le communisme.

Les Français ont laissé faire, car astucieusement, De Gaulle et ses successeurs ont présenté leur action comme un rempart contre l’hydre américaine. Elf était l’une des pièces maîtresses de cette partie géopolitique. Le double jeu a été facilité par la certitude, ancrée dans les mentalités, que "là-bas, c’est différent".

ü  Là-bas, c’est normal la corruption, le népotisme, la guerre, la violence. Là-bas c’est normal la présence de l’armée française, les proconsuls à l’ambassade ou à l’état-major, les camps militaires.

ü  Là-bas, c’est normal l’instruction des gardes présidentielles.

ü  Là-bas, c’est normal la captation des richesses naturelles. D’ailleurs "tout le monde fait pareil".

Jeune ou vieux, de gauche ou de droite, nul Français ne songe à s’offusquer de voir nos soldats mener, presque chaque année, une opération militaire en Afrique, au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Rwanda, quand tous se gaussent de cette Amérique venue faire la police en Irak, en maquillant d’un fard démocratique les intérêts géopolitiques et pétroliers de Washington. Il y a pourtant bien des symétries.

J’ai vu récemment un documentaire sur la guerre du Biafra, quatre ou cinq demi-heures de témoignage brut des principaux acteurs, sans commentaires. Je suis restée sans voix. A ceux qui sont nés après 1970, le Biafra ne dit rien.

Dans cette région du Nigéria, riche en pétrole, une ethnie, chrétienne et animiste armée par la France, réclama l’indépendance. S’ensuivit une guerre meurtrière de trois ans, révolte financée depuis l’Elysée via des sociétés suisses.

La télévision française aimait alors montrer les enfants affamés que les militaires français ramenaient par avion pour les soigner, jamais elle ne laissait voir la cargaison de l’aller, remplie d’armes…

A l’image maintenant, les anciens collaborateurs de Jacques FOCCART, repus dans leurs fauteuils Louis XV, détaillent sans émotion ces montages illégaux. Les officiers, lieutenants d’alors, généraux d’aujourd’hui, racontent ce bon tour le sourire aux lèvres. Fin du documentaire. Pas un mot, pas une ligne dans les livres d’histoire.

Des drames comme celui-ci, l’Afrique en contient des dizaines, soigneusement passés sous silence. Les massacres des Bamiléké au Cameroun par la France du général De Gaulle, le génocide des Tutsi commis par un régime soutenu par François MITTERAND, les assassinats d’opposants, les manipulations d’élection…Le passif de la France sur le continent africain n’a rien à envier à l’impérialisme américain en Amérique latine ou au Moyen-Orient.

Il est à la mode parmi les intellectuels français de se plaindre du mouvement de repentance qui s’est répandu depuis quelques années. Les bienfaits de la colonisation, à inscrire dans les manuels scolaires, ont même fait l’objet d’une proposition de loi, largement soutenue par les députés. Bien sûr, l’histoire de la France en Afrique ou en Asie du Sud-Est a compté aussi des aventuriers sincères, exportateurs, instituteurs ou pionniers, qui ont fait corps avec les pays qu’ils ont découverts. 

A Madagascar les vazas, ces pieds-noirs malgaches, ne cessent de louer devant moi l’état des routes et des infrastructures françaises au moment de l’indépendance. Mais les peuples sont comme les familles.

On ne peut pas faire le tri de la mémoire. Il est des secrets soigneusement cachés dont l’onde portée va bien au-delà d’une ou de deux générations.. Les enfants héritent de tout : du malheur comme du bonheur, de la richesse comme des dettes.

La République française paie aujourd’hui la facture de son passé. Il suffit de dérouler la liste des appellations officielles des Maghrébins, nés dans un département français avant 1962 ou sur le sol hexagonal depuis les années 1970. Par la loi, ils furent et sont des Français comme les autres.

Les gouvernements successifs n’ont pourtant cessé d’inventer des périphrases : "indigène musulman", "sujet africain non naturalisé", "Jfom" (Jeune français originaire du Magrheb), "jeune issu de l’immigration", "fils de harkis", "jeune des quartiers", "Arabo-musulman", "Français d’origine arabe", "Français musulman"…

La France de 1789, incompatible avec la françafrique

Le développement de la Françafrique, notre tolérance vis-à-vis des réseaux, tout ramène à ce secret colonial, à cet empire qui hante les esprits comme un fantôme. Oui, Total, la première entreprise française, est riche et prospère. Mais la manière dont la firme s’est bâtie fait partie de l’héritage.

Qui osera un jour rendre au Nigéria, au Cameroun, au Gabon, au Congo Brazzaville ce que la France leur doit ? 

Qui contestera les contrats conclus par Areva pour l’uranium du Niger ou ceux des mines d’or de Sadiola au Mali, deux pays parmi les plus pauvres du globe, qui ne touchent qu’une part dérisoire des richesses prélevées dans leur sol ?

La République a contracté une dette qu’il lui faudra bien honorer. Notre prospérité est nourrie de richesses que nous détournons. A certains de ces sans-papiers qui risquent leur vie pour gagner l’Europe, il pourrait être versé une rente au lieu d’un avis d’expulsion. Je rêve, pour ce pays que j’aime, d’un réveil collectif.

Une France digne de son idéal et de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique : ce qu’une génération a fait, une autre peut le défaire. C’est possible…

Nous Sommes le Congo !
C
essons d'
Avoir Peur !
P
our un
Etat de Droit au Congo !


Celui qui lutte peut gagner ! Celui qui ne lutte pas a déjà tout perdu !



Patrick Eric Mampouya
http://mampouya.over-blog.com/

"Chaque génération a le choix entre trahir ou accomplir sa mission"

La France vit encore comme si en Afrique elle était chez elle, et comme si, ses enfants d’ascendance africaine n’étaient pas français. 

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21 novembre 2009

Le président gabonais Omar Bongo (1935-2009)

WSWS : Nouvelles et analyses : Afrique

Un outil de l'impérialisme français en Afrique

Par Olivier Laurent  8 septembre 2009

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Omar Bongo, président du Gabon, est décédé le 7 juin d'un cancer des intestins dans un hôpital espagnol, après être resté au pouvoir près de 42 ans. Mis à part ses démêlés avec la France au cours des dernières années, sa carrière aura été consacrée à la défense des intérêts commerciaux et stratégiques de l'impérialisme français en Afrique subsaharienne. Elle témoigne de la faillite des régimes bourgeois-nationalistes auxquels la France a confié le pouvoir lors de la décolonisation.

Politicien habile, Bongo conserva le pouvoir en plaçant les ressources de son pays appauvri mais riche en pétrole entre les mains de compagnies pétrolières et de politiciens étrangers. N'étant pas en mesure d'apporter une solution aux fortes divisions internes et à la pauvreté du Gabon – héritages de la domination coloniale française – le régime de Bongo ne s'est maintenu que grâce à l'armée française. Faisant preuve d'un cynisme bien représenté par ses conversions religieuses répétées dans des buts politiques, il a amassé une immense fortune personnelle en prenant sa part des revenus extorqués à son pays.

Après la mort de Bongo, la lutte pour sa succession a été confinée à l'intérieur du parti dirigeant, le Parti démocratique gabonais (PDG), entre sa fille Pascaline et son fils Ali. En fin de compte, Ali a été désigné candidat du PDG et a remporté les élections du 30 août.

Omar Bongo est né Albert-Bernard Bongo dans une famille de fermiers de 12 enfants au Sud du Gabon. Orphelin à 12 ans, il est élevé par un oncle travaillant pour l'administration coloniale. À 17 ans, il quitte ce foyer pour Brazzaville, capitale du Congo français voisin, et y travaille au bureau des postes.

À son arrivée à Brazzaville, il rejoint la franc-maçonnerie et la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) socio-démocrate. La Franc-maçonnerie, une société secrète bourgeoise athée, avait maintenu une longue tradition dans l'administration coloniale. Durant la seconde guerre mondiale, elle aida à mobiliser des parties de l'administration coloniale derrière de Gaulle, contre le chef du régime de Vichy collaborant avec les Nazis, Philippe Pétain, qui persécutait les francs-maçons.

Bongo effectua son service militaire pour l'armée française de 1958 à 1960 dans les services de renseignement de l'armée de l'air où il atteignit le grade de Lieutenant, puis il retourna brièvement travailler pour la Poste dans la capitale gabonaise, Libreville. La même année, la France accordait officiellement l'indépendance au Gabon.

Ses relations ouvrirent à Bongo les portes de la politique française ; plus tard dans sa vie, Bongo plaisantera en disant qu'il avait toujours sa carte de membre de la SFIO.

Plus important, Bongo faisait cette entrée dans la politique bourgeoise française à un moment clef. Discrédité par sa capitulation devant l'Allemagne nazie puis par ses guerres perdues pour conserver ses colonies en Algérie et en Indochine, l'impérialisme français était occupé à développer une couche de la petite bourgeoisie indigène pour protéger ses intérêts dans l'appareil d'Etat local.

La décolonisation : une trahison des masses

À la conférence de Brazzaville en 1944, le chef de la résistance bourgeoise, le Général Charles de Gaulle, promit d'abolir le Code indigène discriminatoire qui était en place de longue date. Il présenta pour le remplacer un vague plan où les Africains, selon ses propres mots, « pouvaient s'élever peu a peu jusqu'au niveau où ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires. » Le gouverneur général de l'Afrique équatoriale française de l'époque, Félix Éboué, était lui-même un noir, de Guyane, et également franc-maçon et socio-démocrate. Il défendit à la conférence une politique d'« assimilation », qui fut acceptée.

La répression massive et les guerres coloniales qu'il fallait mener pour maintenir le contrôle de la France dans les colonies se révélèrent trop coûteuses pour l'économie française ravagée par la guerre et trop impopulaires auprès de la classe ouvrière française. Entre 1945 et 1960, la France dépensa 32,5 milliards de Francs-or dans ses colonies, soit le double de ce qu'elle recevait du plan Marshall américain pour la reconstruction d'après-guerre. Comme le disait de Gaulle, « C'est un fait, la décolonisation est notre intérêt, et donc c'est notre politique. »

Mais en même temps, l'impérialisme français n'avait aucune intention d'abandonner le contrôle de ses colonies, d'où il tirait des matières premières de grande valeur et une main d'œuvre à bas prix. Le résultat fut ce que l'on appelle la Franceafrique : en échange du pouvoir formellement accordé à une couche de la petite bourgeoisie africaine, l'impérialisme français pourrait continuer à exploiter ses ex-colonies.

Bongo expliquera plus tard cet arrangement comme ceci : « Le Gabon sans la France, c'est une voiture sans conducteur. La France sans le Gabon, c'est une voiture sans essence. »

Si l'impérialisme français a été capable de mener à bien cette politique, c'est d'abord grâce aux trahisons répétées des luttes de la classe ouvrière par la SFIO et le Parti communiste français (PCF). Dans les luttes insurrectionnelles lors de la libération du joug nazi en 1945, et dans les multiples vagues de grèves d'après-guerre, ces partis ont mis leur poids politique au service de De Gaulle qui a construit son régime en gagnant le soutien des autorités françaises qui avaient dirigé le pays sous les Nazis.

Les socio-démocrates et les staliniens l'ont aidé à mener les luttes coloniales de la France, notamment par les politiques de guerre appliquées par le Premier ministre Guy Mollet, de la SFIO, en Algérie.

La perspective nationale du PCF a également aidé l'impérialisme français à recruter les cadres africains avec lesquels il allait continuer à diriger l'Afrique. Les Groupes d'études communistes (GEC) affiliés au PCF se sont liquidés dans une suite de partis bourgeois-nationalistes africains regroupés dans le Rassemblement démocratique africain (RDA) – dont le dirigeant le plus connu était le futur président de la Côte d'Ivoire, Félix Houphouët-Boigny. Au Gabon, le RDA était représenté par Léon Mba, futur président du Gabon et parrain de Bongo en politique.

Le prolétariat étant politiquement étouffé par les socio-démocrates et les staliniens, la bourgeoisie française allait pouvoir déployer toutes ses ressources financières et militaires au Gabon – non pour réparer les ravages de la colonisation mais pour piller ses ressources naturelles et s'en servir comme d'une base pour ses intrigues en Afrique.

Les gaullistes ont créé un complexe système de réseaux et de groupes de pression en Afrique, permettant à la bourgeoisie française non seulement de réaliser des profits colossaux, mais aussi de planifier une longue liste d'assassinats, de coups d'états et d'interventions militaires.

Le principal organisateur de ces réseaux était Jacques Foccart. Ancien combattant de la résistance, Foccart était connu comme le « Monsieur Afrique » de De Gaulle, puis des présidents Georges Pompidou et Jacques Chirac. Foccart contribua également à la création du SAC (Service d'action civique) – le service d'ordre du mouvement gaulliste qui participa à de nombreux actes de violence contre des étudiants de gauche et des grévistes en France.

Le régime qui se développa sous Bongo – une dictature à parti unique tributaire du soutien militaire français pour réprimer les masses à chaque crise interne majeure – correspondait parfaitement aux besoins de l'impérialisme français.

La Franceafrique : comment Bongo arriva au pouvoir

Bongo fit rapidement ses premiers pas en politique, se servant de ses relations dans la Franc-maçonnerie pour participer à la première campagne électorale du Gabon indépendant, en 1961. Il parvint à se faire repérer et courtiser par les deux principaux politiciens qui se disputaient le pouvoir : Léon Mba et Jean-Hilaire Aubame.

Aubame était favorable à un régime parlementaire, alors que Mba préférait une présidence forte. Bongo s'engagea finalement aux côtés de Mba, qui était également le candidat favorisé par De Gaulle. Avant l'indépendance du Gabon, Mba et Bongo avaient tous deux exprimé le souhait que le Gabon devienne un département français, faisant formellement partie du territoire au même titre que la Guadeloupe ou la Martinique, avec le drapeau français inséré dans le drapeau Gabonais.

Ayant perdu les élections, Aubame accepta de devenir le Premier ministre de Mba. Mais Mba ne lui faisait pas confiance et essaya de le faire assassiner en 1963. Il échoua, ce qui produisit en retour un coup d'état qui mit brièvement Aubame au pouvoir en 1964.

La France intervint en envoyant des parachutistes remettre Mba au pouvoir. Bongo fut emprisonné durant ce coup d'état. On dit que c'est à partir de cette expérience qu'il conclut qu'il ne pouvait pas faire confiance à l'armée gabonaise, et qu'il valait mieux s'appuyer sur les troupes françaises.

Bongo devint ministre de la défense en 1965, remplaçant Mba lorsque la santé de celui-ci se détériora la même année. Il fut nommé Vice-président et exerça l'intérim à la mort de Mba en 1967. Il déclara rapidement un système de parti unique, dirigé par son propre parti, le Parti démocratique gabonais (PDG).

Bongo transforma le Gabon en un poste avancé des intérêts français en Afrique. Il aida la France à soutenir la guerre de sécession menée par la province nigériane du Biafra, riche en pétrole. Foccart organisa l'envoi d'armes au Biafra, les cachant dans des cargaisons d'aide humanitaire que la Croix-Rouge envoyait par avions en utilisant l'aéroport de Libreville. Il y envoya également de nombreux mercenaires, dont le plus connu des aventuriers français, Bob Denard.

L'association caritative catholique Caritas participa également au soutien logistique des combattants biafrais. C'est à ce moment-là, en 1968, que Bongo se convertit au catholicisme et rendit visite au Pape Paul VI.

Bongo allait continuer à soutenir les interventions françaises en Afrique. En 1977, il couvrit la tentative avortée du Président français Valéry Giscard d'Estaing de renverser le dirigeant nationaliste du Bénin, Mathieu Kérékou. Cette décision est remarquable : Bongo aurait pu aider ses alliés gaullistes comme Jacques Chirac, qui étaient des opposants de Giscard, en révélant l'affaire. Mais, sur ces questions, Bongo respectait les intérêts stratégiques supérieurs de l'impérialisme français.

Le pillage du Gabon

Au début des années 1970, le pétrole devint la principale exportation du Gabon. Le pays rejoignit l'OPEC en 1975. Pour préparer cette entrée, Bongo s'était converti à l'Islam en 1973, sur les conseils du dictateur libyen Muhammad Kadhafi, et changea son prénom en Omar.

L'industrie pétrolière gabonaise était dirigée en grande partie par la compagnie pétrolière française Elf, aujourd'hui absorbée par Total. Mis à part une petite portion utilisée pour acheter la clique de dirigeants gabonais autour de Bongo, les revenus du pétrole étaient empochés par une couche d'hommes d'affaires et de politiciens français corrompus.

Elf était une création politique, complètement intégrée aux réseaux de la Franceafrique mis en place par De Gaulle et Foccart, conçue pour l'avancement des intérêts stratégiques de l'impérialisme français dans l'Afrique nouvellement "indépendante". Profondément corrompue, Elf a financé diverses initiatives politiques et stratégiques françaises et généré une série de scandales, notamment ces dernières années au sujet de commissions lors de la vente par la France en 1991 de six frégates à Taiwan.

L'ex-président d'Elf, Loïc Le Floch-Prigent condamné en 2003 pour avoir détourné des millions d'euros provenant d'Elf, déclara devant les juges : « En 1962, [Pierre Guillaumat] convainc [le général de Gaulle] de mettre en place une structure parallèle autour de vrais techniciens du pétrole. [En créant Elf à côté de Total] les gaullistes voulaient un véritable bras séculier d'État, en particulier en Afrique, [...] une sorte de ministère du pétrole inamovible, [...] une sorte d'officine de renseignement dans les pays pétroliers. »

Lorsqu'on lui demanda d'expliquer les relations d'Elf avec ses fournisseurs de pétrole africains, Le Floch-Prigeant déclara : « Appelons un chat un chat. L'argent d'Elf part en Afrique et revient en France. »

Cet argent permit également aux forces de droite d'influencer la politique française. Bongo finança Giscard d'Estaing en 1974 contre le candidat de centre droit Chaban-Delmas, puis Jacques Chirac dans toutes les élections présidentielles suivantes, et Sarkozy en 2007.

En 1989, le président François Mitterrand du Parti socialiste obtint que cet argent puisse dorénavant profiter à la gauche comme à la droite. Le Floch-Prigent témoigna : « En septembre 1989, je m'en suis ouvert au président de la République. Je lui ai demandé : "Voulez-vous ou non que je ferme le robinet" ? Réponse du président : "Ah ! non, nous continuons ce qui a été mis en place par le général de Gaulle." Il m'a simplement demandé de rééquilibrer les choses, sans toutefois oublier le RPR. »

Bongo était ainsi en charge d'un système où l'économie du Gabon était pillée dans l'intérêt d'une fine couche de politiciens et d'hommes d'affaires français corrompus. Reflétant ses riches ressources minérales, le Gabon a un PIB assez important de 21,4 milliards de dollars par an, soit 14 400 dollars par habitant. C'est-à-dire quatre fois le PIB par habitant de la plupart des pays d'Afrique subsaharienne. Pourtant, cet argent étant largement siphonné par la France et la clique au pouvoir autour de Bongo, les Gabonais restent empêtrés dans une pauvreté affligeante.

L'espérance de vie à la naissance y est de 53 ans, mettant le Gabon à la 198e place mondiale, et il n'y a que 29 médecins pour 100 000 habitants. Seulement 3,8 pour cent du PIB gabonais est dépensé pour l'éducation, le mettant à la 118e place mondiale. Le Service d'informations des Nations unies, l'IRIN, note que 30 pour cent de la population vit sous le seuil de pauvreté officiel, et que « Selon le FMI, les indicateurs sociaux du Gabon sont plus proches de ceux des pays à faible revenus d'Afrique sub-saharienne. »

Selon l'ex-juge d'instruction française Éva Joly, qui dirigea une enquête sur les affaires de Bongo, le Gabon ne construit que cinq kilomètres de routes par an, pour un réseau total qui ne fait que 900 kilomètres.

À l'autre extrémité du spectre social, une très fine couche de Gabonais se porte très bien. Dans un récent numéro de Jeune Afrique (l'édition internationale), l'on apprend qu'ils voyagent en jets privés de Libreville à Paris pour une journée de shopping dans le 8e arrondissement, ou que l'année dernière, le Gabon était le quatrième importateur africain de grands crus de Champagne, avec 181 000 bouteilles.

État dont la richesse s'appuyait largement sur les revenus pétroliers, le Gabon reste toujours vulnérable aux chutes des prix du pétrole sur les marchés internationaux. De 1986 à 1990, les bas prix du pétrole ont généré une série de grèves massives dans tous les secteurs économiques et parmi les étudiants. En 1988, Bongo entama des discussions avec ses opposants politiques, dont la personnalité la plus marquante était le père Paul Mba Abessole. Bongo espérait qu'ils pourraient orienter la colère populaire dans une direction sans dangers pour lui, mais il hésitait toujours à accorder un système multipartite.

Le 16 janvier 1990, les étudiants de l'Université Omar Bongo à Libreville firent grève contre le manque de moyens. Cette grève fut appelée la « grève de la Diarrhée, » parce qu'elle avait débuté à cause d'une intoxication alimentaire générale des étudiants à la cantine du campus. Le lendemain, la police évacuait l'Université par la force. À partir du 18, les troubles se propageaient dan toute la ville, impliquant toutes les catégories de la population.

Le 24 février, Bongo obtint la capitulation des étudiants en offrant de payer les dégâts et en les invitant publiquement à un festin dans son palais. Mais seulement deux jours plus tard, des grèves éclataient dans le contrôle aérien, les stations services, les chemins de fer et la compagnie d'électricité. Les émeutes reprenaient de plus belle, et l'armée prenait position autour du palais de Bongo.

Le 21 mars, les travailleurs des raffineries de pétrole, représentant 70 pour cent des exportations du Gabon, se mettaient en grève également. Le 23 mars Bongo essaya de calmer les choses en appelant à une conférence nationale sur un système multipartite, mais les grèves se poursuivirent. Le 27, il déclara un couvre-feu dans tout le pays.

Le système multipartite fut finalement proclamé le 19 avril, mais la vie des Gabonais ne s'améliora pas pour autant. Le 23 mai, suite à la mort d'un des chefs de l'opposition, Joseph Rendjambe, une émeute éclata à Port-Gentil durant laquelle le consulat de France fut incendié. Les troubles se propagèrent à nouveau rapidement au reste du pays. Dès le lendemain, la France envoya des troupes, officiellement pour évacuer ses 1800 ressortissants qui se trouvaient au Gabon. Les troupes s'assurèrent également du contrôle des raffineries de pétrole. Le 31 mai, les troupes françaises reprirent le contrôle de la situation et maintinrent Bongo au pouvoir.

Lors des premières élections multipartites en novembre 1990, le parti de Bongo remporta 63 sièges contre 57 aux divers partis d'opposition. Les premières élections présidentielles avec plus d'un candidat eurent eu lieu le 5 décembre 1993, Bongo y fut réélu au premier tour avec 51,1 pour cent des voix, suivi par Abessole. Les troubles qui suivirent cette élection, largement suspectée d'être une fraude, finirent par pousser Bongo à signer ce que l'on appelle les Accords de Paris avec l'opposition.

Après 1990 : une érosion de la Franceafrique

L'influence française au Gabon et plus largement en Afrique commença à s'affaiblir dans les années 1990. Ce n'était pas une conséquence d'une quelconque indépendance grandissante des dirigeants comme Bongo face à l'impérialisme mondial, ni d'une opposition politique efficace contre Bongo parmi l'élite dirigeante gabonaise – laquelle a toujours été arrosée par Bongo avec les fonds de l'état.

En fait Bongo, comme d'autres dirigeants africains, développait des liens plus étroits avec d'autres grandes puissances ; initialement l'impérialisme américain, et plus récemment la Chine.

Après l'effondrement de l'URSS en 1991 et la suppression de la concurrence soviétique en tant qu'ennemi commun des impérialismes américains et français, Washington a pu poursuivre une politique plus agressive dans l'« arrière-cour » africaine de Paris. Cela peut s'observer dans les relations commerciales du Gabon. En 1990, la France était le principal partenaire commercial du Gabon, avec 38 pour cent des exportations et 60,6 pour cent des importations. L'Amérique du Nord comptait pour respectivement 22 et 11 pour cent. Aujourd'hui, la France est troisième pour les exportations à seulement 9,4 pour cent, et sa position dominante pour les importations s'est dégradée, à 28 pour cent.

Les États-Unis contribuèrent au remplacement des régimes, soutenu par la France, de Mobutu au Zaïre (ex-Congo Belge) en 1997, et d'Habyarimana au Rwanda en 1994. Paris protégea le régime Hutu au Rwanda, dont le génocide contre les Tutsis et les Hutus de l'opposition fit 800 000 morts. La guerre civile qui éclata au Zaïre (Aujourd'hui la république démocratique du Congo) fit plusieurs millions de victimes.

Bongo était trop lié à la France pour renverser son alliance du jour au lendemain, mais il cultiva des liens avec les États-Unis aussi. Durant la guerre civile dans la République du Congo voisine entre 1993 et 1999, il vendit des armes à la fois à la marionnette d'Elf, Denis Sassou Ngesso, et à Pascal Lissouba, qui voulait transférer les contrats pétroliers à la compagnie américaine Oxy. Le Gabon étant l'un des rares pays de la région à ne pas sombrer dans la guerre civile, Bongo essayait en même temps de se donner les airs d'un négociateur utile pour la paix en Afrique.

Au début de la décennie actuelle, Bongo se rapprocha des États-Unis. En 2000, une commission du Sénat américain dirigé par le démocrate Carl Levin estima que Bongo avait déposé 130 millions de dollars sur ses comptes à la Citybank de New York entre 1985 et 1997. Le 9 novembre 2005, le New York Times, révélait que Bongo avait versé 9 millions de dollars au lobbyiste américain Jack Abramoff pour arranger une rencontre avec Bush. Bongo nia ces affirmations.

Les tensions engendrées par les enquêtes en France, par exemple sur l'affaire Elf, ont entaché les relations entre Paris et Bongo. Dans sa nécrologie de Bongo, le Figaro a écrit qu'« Il savait tout sur tous, sa meilleure assurance-vie : "Je ferais couler beaucoup de gens", disait-il, en guise de menace à peine voilée. »

Bongo lui-même était dans le collimateur de la justice française dans l'affaire dite des « Biens mal acquis ». Bongo, le président Ngesso du Congo-Brazaville et le président Teodoro Obiang Nguèma de Guinée Équatoriale y étaient accusés de détournement de fonds par des organisations non-gouvernementales en France. En 2008, le quotidien Le Monde révéla qu'ils possédaient pour 150 millions d'euros en appartements et maisons de luxe achetés avec de l'argent public, et ce rien qu'en France. L'enquête a été temporairement interrompue en mai 2009 et Bongo est mort avant qu'elle puisse reprendre.

Tout au long de cette période, Bongo a conservé le pouvoir en se servant des revenus du pétrole gabonais pour acheter toute une série de politiciens de l'opposition. Le cas récent le plus célèbre étant probablement celui du dirigeant de l'Union du peuple gabonais (UPG), Pierre Mamboundou, qui termina second derrière Bongo aux élections de 2005, avec 13,5 pour cent des voix. Mamboundou se réfugia brièvement dans l'ambassade d'Afrique du Sud en 2006, après que l'armée gabonaise eut fait une descente dans le quartier général de l'UPG. Mais en 2007, Bongo rencontra Mamboundou et négocia une trêve politique en échange d'un prêt de développement accordé à la ville de Mamboundou, Ndendé.

Quelles que soient les concessions faites par Bongo à ses opposants, ou celles accordées par l'impérialisme à ses rivaux gabonais, l'élection d'Ali Bongo pour succéder à son père Omar symbolise la continuité fondamentale de l'influence impérialiste au Gabon. Le géant du pétrole Total y est toujours une entreprise de première importance, un élément de la présence française dans le pays, laquelle inclut 120 entreprises ainsi que le stationnement du 6e bataillon d'infanterie de Marine française à Libreville.

(Article original paru le 5 septembre 2009)

source : www.wsws.org

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05 octobre 2009

Guinée: Paris soutient l'idée d'un déploiement d'une force de paix africaine

PARIS — La France soutient l'idée d'un "déploiement d'une force de paix africaine" en Guinée, pour stabiliser ce pays d'Afrique de l'Ouest gravement menacé dans sa paix intérieure, a déclaré lundi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Lors d'un point presse, Bernard Valéro a estimé qu'une force de paix africaine serait "susceptible de conduire à un règlement rapide, pacifique et durable de la crise que traverse actuellement la Guinée". Il n'a pas répondu à la question de savoir si la France pourrait y participer.

Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, avait indiqué dimanche soir devant le Grand Jury Le Figaro-LCI-RTL qu'"on ne peut plus travailler" avec le dirigeant de la junte en Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara.

"Le danger de guerre inter-communautaire est immense. Il s'est passé cette chose effrayante et sauvage, nous ne pouvons pas l'accepter", avait-il dit en évoquant le massacre perpétré par l'armée à Conakry il y a une semaine. "Il me semble qu'aujourd'hui, on ne peut plus travailler avec Dadis Camara, et qu'il faut qu'il y ait une intervention internationale", avait-il ajouté.

La répression à Conakry a fait au moins 157 morts et 1.200 blessés, selon une ONG.

Son porte-parole a souligné lundi que la France se félicitait de la désignation du président burkinabe Blaise Compaoré par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) comme "facilitateur d?une solution de sortie de crise en Guinée".

"La France encourage la CEDEAO, l?Union africaine et la Commission des Nations unies pour les droits de l'Homme, à constituer sans délai une commission d'enquête internationale afin que les responsabilités dans le massacre du 28 septembre puissent être établies de manière incontestable", a-t-il ajouté.

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03 avril 2009

Paradis fiscaux : une liste biaisée

Le CCFD-Terre Solidaire estime que le problème reste entier pour les pays du Sud

Pour le CCFD-Terre Solidaire, qui demande de longue date une liste exhaustive des paradis fiscaux, les listes de l’OCDE publiées à l’issue du G20 relèvent plus du compromis diplomatique que de l’évaluation objective. Pour Antoine Malafosse, délégué général du CCFD-Terre Solidaire, « cet exercice ne résout en rien le fléau que représentent les paradis fiscaux pour les pays pauvres, qui sont les grands oubliés de ce G20 ».

L’OCDE a publié hier soir, à l’issue du G20, 4 listes de territoires : noire, gris foncé, gris clair et blanche[1]. Pour le CCFD-Terre Solidaire, le principe même de dresser plusieurs listes est bienvenu, car les paradis fiscaux n’ont pas tous la même dangerosité. Ces différentes listes peuvent encourager chaque territoire à améliorer ses pratiques pourvu qu’elles s’accompagnent de mesures graduelles de sanction. Mais les listes publiées hier présentent plusieurs problèmes :

·         Les pays pauvres laissés pour compte

Pour figurer sur la liste blanche de l’OCDE, qui regroupe 30 pays riches, il suffit de signer des conventions fiscales d’échange d’information avec 12 pays. Autrement dit, une fois que la France , l’Allemagne et les principaux pays riches auront obtenu les informations qu’ils veulent, les paradis fiscaux seront considérés comme fréquentables ! Les pays en développement, qui voient chaque année 900 milliards de dollars s’envoler illicitement vers les paradis fiscaux, peuvent toujours attendre.

·         Une liste blanche trop remplie

Les tractations ont duré toute la journée hier. Pour Jean Merckaert, spécialiste des paradis fiscaux au CCFD-Terre Solidaire, « Cette liste est le fruit d’un compromis diplomatique, car chaque pays du G20 a veillé à protéger ses dépendances. C’est toujours mieux que les 3 noms qui restaient sur l’ancienne liste de l’OCDE, mais le fait de mettre Jersey, la Barbade ou l’île Maurice sur la liste blanche et d’épargner Hong-Kong, la City de Londres ou l’Etat du Delaware aux Etats-Unis enlève toute crédibilité à l’exercice ».

·         Une approche tronquée des paradis fiscaux

Il existe des paradis fiscaux, des paradis judiciaires et des paradis règlementaires. Chaque catégorie a fait l’objet d’une liste, par le passé, par des institutions distinctes (respectivement, l’OCDE, le GAFI et le Forum de stabilité financière). Or, ces différents cercles se regroupent largement et les ministres des Finances du G20 avaient ouvert la porte à une approche globale du problème. Pour Jean Merckaert, « en confiant la liste à l’OCDE, le G20 reconduit une approche tronquée des paradis fiscaux. On leur demande de coopérer avec le fisc étranger, mais pas avec la justice ! »

·         Les critères de l’OCDE sont incomplets

Les critères de coopération fiscale de l’OCDE sont incomplets. Ils focalisent sur le secret bancaire, qui est un vrai problème, mais oublient que l’opacité peut prendre d’autres formes (trusts, fondations…). Ils exigent l’échange d’information « à la demande », et non de façon automatique (comme le prévoit la directive européenne sur l’épargne). Ce modèle est peu efficace : liée aux Etats-Unis par ce type de convention depuis 2005, Jersey n’a accepté de renseigner l’administration fiscale américaine que dans 4 cas, qui étaient déjà de notoriété publique.

Contact : Véronique de La Martinière  -  01 44 82 80 64 – 06 07 77 05 80

Première ONG française de développement, avec 40 millions d’euros de budget et plus de 500 initiatives soutenues chaque année dans 80 pays du sud et de l’est, le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre solidaire) a acquis depuis près de 50 ans un savoir faire et de nombreuses références dans le dialogue avec les sociétés civiles de ces pays. Cette expertise est utilisée aujourd’hui dans de nombreuses activités de communication, de plaidoyer et d’éducation au développement en direction du public français et européen, grâce à un réseau de 15 000 bénévoles militants.


[1] Cf. http://www.oecd. org/dataoecd/ 38/14/42497950

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31 mars 2009

La Cité de l’immigration, symbole… du courage en politique ?

Je viens vous recommander cette semaine de visiter le blog du journaliste au Monde Olivier Herviaux, c'est un blog qui parle de manière interessante de l'Afrique. Vous lirez en première page des articles sur les relations Afrique-France, cela à la faveur de la visite éclair de Nicolas Sarkozy dans les Congo et le Niger.

Il ya aussi la présentation des certains livres tout à fait intéressants pour l'Afrique.

Je vous invite pour un aperçu à parcourir sa dernière livraison parlant de la fameuse "cité de l'immigration" un lieu ouvert depuis 2007 qui continue à poser polémique en France.

Voici le lien : http://africamix.blog.lemonde.fr/

la cité de l'immigration..........

31 mars 2009

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(Paris) - Ouverte depuis le 10 octobre 2007, la Cité nationale de l’histoire de l’immigration n’a toujours pas été inaugurée… officiellement. Hier lundi, à l’occasion de l’ouverture de la médiathèque, Eric Besson (photo ci-dessous) remplaçant du “très efficace” Brice Hortefeux au ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire (!?), accompagné de Xavier Darcos, ministre de l’éducation nationale, ont renoncé à prononcer leur discours…

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La raison ? Trop de protestataires… à l’intérieur et à l’extérieur de la Cité ! “Arrêts des rafles, arrêt des expulsions !”, “Solidarité avec les sans-papiers !” pouvait-on entendre dans l’enceinte du bâtiment, à l’initiative d’intermittents du spectacle, d’étudiants, de jeunes chercheurs…

Des questions plus précises fusaient à l’encontre de deux ministres : “Est-ce que vous allez rembourser les cotisations sociales des travailleurs sans papiers que vous avez expulsés ? “, “Pourquoi salir l’éducation nationale en l’associant au ministère des expulsions ?”… Le discours de Jacques Toubon, proche de jacques Chirac, ancien ministre de la culture et président de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, était couvert par les cris des manifestants…

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Dehors, les forces de l’ordre essayaient de contenir les manifestants venus à l’appel d’associations comme Droits devants !! et le 9ème Collectif des Sans-Papiers. “De quelle mémoire ce musée parlera-t-il vraiment ?”, “Combien de familles et d’enfants dont les vies sont brisées ?”, entendait-on.

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Le départ en catimini de deux ministres aurait pu être pire : Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, et Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, avaient également programmé le déplacement à la Cité, finalement annulé pour des “raisons d’agenda”, comme on dit dans les milieux officiels, pour éviter de se dédire… Quatre ministres empêchés, ça aurait sacrément augmenté les résultats de la politique du chiffre !

Et que penser d’un ministre de l’immigration incapable ou refusant (c’est au choix du lecteur !) d’inaugurer cette Cité, symbole même des migrations qui ont construit la République ?

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26 février 2009

"Désormais, le clan Bongo ne jouit plus de la même impunité"

Antoine Glaser est rédacteur en chef de La Lettre du continent et coauteur avec Stephen Smith de Sarko en Afrique (éd. Plon, 2008).

La justice française a saisi, jeudi 26 février, des comptes bancaires du président du Gabon. Omar Bongo avait été condamné à verser 457 347 euros au fils d'un chef d'entreprise français qui avait dû payer cette somme pour faire libérer son père, René Cardona, détenu à Libreville. Cette affaire peut-elle faire des émules et susciter de nouvelles plaintes ?

Le président gabonais Omar Bongo, le 8 décembre 2007 à Lisbonne.

Les faits Des comptes bancaires d'Omar Bongo saisis en France

Il s'agit d'une affaire privée et relativement mineure si l'on s'en tient aux montants impliqués. Le président gabonais et sa famille était actionnaires dans la société de René Cardona. Comme ailleurs en Afrique, c'est très difficile de travailler au Gabon si on ne dispose pas de protection au plus haut niveau de l'Etat. Mais c'est moins l'aspect judiciaire de cette affaire que sa médiatisation qui nous intéresse. D'autres particuliers ayant connu le même type de problèmes que M. Cardona savent désormais que le clan Bongo ne jouit plus de la même impunité. Ce sont parfois de petites affaires qui font rebondir les gros dossiers.

Quel rapport entretient la France avec le Gabon ?

Les relations franco-gabonaises sont très anciennes. Après la guerre d'Algérie, c'est le Gabon qui a assuré, à travers Elf, l'approvisionnement énergétique de la France. Pendant toute la période de la guerre froide, Omar Bongo était "notre homme à Libreville". Il a couvert toutes les turpitudes de la France en Afrique. Ce n'est pas un hasard si les mercenaires français engagés dans la guerre du Biafra stationnaient au Gabon. Aujourd'hui encore, quand Omar Bongo descend à l'Hôtel Meurice, toute la classe politique vient lui rendre visite. De gauche comme de droite. Plusieurs Gabonais siégeaient au premier rang lors du dernier congrès de l'UMP...

Quelles sont les relations de Nicolas Sarkozy avec Omar Bongo ?

Il ne peut rien lui refuser. D'abord, Omar Bongo a toujours fait partie des principaux acteurs du "village" franco-africain. Il connaît Nicolas Sarkozy depuis ses premiers pas au RPR. Quand les deux hommes se rencontrent, les discussions portent davantage sur la politique française que sur l'état du Gabon. Leurs relations ne sont pas aussi étroites qu'à l'époque de Jacques Chirac, mais Bongo reste un homme incontournable en Afrique. C'est toujours à lui que l'on fait appel en cas de problème.

A combien estime-t-on les avoirs du clan Bongo en France ?

C'est très difficile à évaluer. Le clan Bongo est très installé dans la capitale. Le président gabonais a une quarantaine d'enfants naturels et adoptés. Tous ont fait des études en France et disposent d'appartements et de voitures. Le montant des biens de cette nomenklatura gabonaise est considérable.

D'où vient cette fortune ?

Le Gabon est un petit pays peuplé d'un million d'habitants, dirigé depuis cinquante ans par le même homme. De son palais du bord de mer, Omar Bongo règne en patriarche. Sa fille Pascaline dirige le cabinet présidentiel. Son fils Ali est ministre de la défense. Beaucoup d'enfants sont à la tête de sociétés d'Etat. Tous les barons régionaux sont cooptés. Cela crée des réseaux politiques et financiers très intégrés. Il faut savoir que 80 % à 90 % des recettes du Gabon viennent du pétrole.

La médiatisation de l'affaire des biens immobiliers et, aujourd'hui, du procès Cardona sonne-t-elle le glas d'une certaine politique africaine ?

La "Françafrique" est comme un gros bateau : même si elle est en phase finale, elle ne va pas disparaître du jour au lendemain. Paris peut toujours compter sur Omar Bongo pour lui rendre service. C'est le président gabonais qui a organisé la rencontre de Carla Bruni-Sarkozy avec Nelson Mandela en février 2008. C'est Libreville qui a servi de plate-forme lorsqu'il a fallu évacuer certains citoyens Français du Tchad. C'est Ali Bongo qui est intervenu pour faire libérer les journalistes français emprisonnés à Niamey.

Mais le système se délite. La politique française en Afrique est en train de se judiciariser. En témoignent l'Angolagate, l'affaire Borel à Djibouti, l'affaire Kieffer en Côte d'Ivoire ou encore l'affaire des biens immobiliers. Aujourd'hui, toutes ces histoires sont très médiatisées.

L'Afrique fait peur à Nicolas Sarkozy. Il souhaite se désengager du continent, d'autant plus que la France, en perte d'influence, n'a plus les moyens d'une politique bilatérale comme à l'époque de la guerre froide. Ce n'est pas un hasard si Nicolas Sarkozy répète à qui veut l'entendre que la France a plus d'intérêts au Proche et au Moyen-Orient.

Propos recueillis par Elise Barthet

Posté par Kibaya à 21:49 - Relations Afrique-Europe - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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