01 mars 2010

"La future PAC peut être dévastatrice pour l'Afrique"

Philippe Vasseur : "La future PAC peut être dévastatrice pour l'Afrique"

Les conséquences de la réforme de la PAC pourraient être à double tranchant pour l'AfriqueLes conséquences de la réforme de la PAC pourraient être à double tranchant pour l'Afrique© AFP

 

L’ancien ministre français de l’Agriculture (1995-1997) et fondateur du World Forum Lille pour l’économie responsable revient sur la réforme de la Politique agricole commune (PAC) que l’Union européenne engagera en 2013. Les lignes directrices de ce vaste chantier seront présentées dès le second trimestre 2010. Mais elles sont déjà en partie connues et une question cruciale se pose : quelles en seront les conséquences sur le secteur agricole africain ? Philippe Vasseur fait part de son inquiétude à jeuneafrique.com. Entretien.

 

Vers quelle PAC s’achemine-t-on ?
La réforme de la PAC sera marquée par une triple contrainte. La première est liée aux règles de libéralisation de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et à la fin des subventions à l’exportation. La deuxième concerne l’évolution budgétaire de l’Union européenne : quel sera son montant global ? Quelles seront les contributions des États ? Et surtout, quelles seront les priorités ? Sur ce point, l’agriculture, qui a été très longtemps le secteur le plus financé, n’est plus la priorité numéro un. Je doute cependant que la coopération figure en tête de liste… Enfin, la troisième contrainte est l’évolution de l’opinion publique. En Europe aujourd’hui, les gens n’admettent plus que la PAC ne bénéficie qu’aux seuls agriculteurs, qui ne représentent plus que 4% de la population.

Quelles seront les conséquences pour l’agriculture du continent africain ?
Certaines seront positives. L’OMC exige que nous supprimions les subventions à l’exportation, ce qui sera fait le 1er janvier 2014. C’est une bonne nouvelle pour l’Afrique car ces subventions ont été dévastatrices pour certains marchés africains. D’autre part, le soutien interne aux producteurs sera modifié. Les subventions ne seront plus liées à la production. Elles encourageront donc moins à produire le plus possible, mais seront menées selon de nouveaux critères, comme le respect de l’environnement. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle pour l’Afrique, même si les producteurs européens resteront privilégiés. En revanche, l’ouverture des marchés pourrait avoir des effets néfastes pour le continent. La libéralisation est souvent profitable aux grands pays exportateurs, comme le Brésil, mais très négative pour les pays importateurs, et ils sont nombreux en Afrique. En ce sens, je comprends les pays africains qui hésitent ou rechignent à signer les accords APE.

Pourquoi ?

Il s’agit d’un choc brutal. En plus, ces pays font souvent l’objet de pressions européennes parfois anormales, comme celle consistant à conditionner l’aide au développement à la signature de ces accords. Ce n’est pas correct ! La mise en concurrence des agriculteurs européens et africains pourrait être terrible car elle n’est pas loyale. Il y a les écarts de rendement. Il y a aussi les normes sanitaires de plus en plus strictes qui constituent de véritables barrières. D’autre part, la libéralisation va priver les États africains des rentrées d’argent liées aux taxes douanières.

La déréglementation pose un autre problème : la spéculation…
Lors des émeutes de la faim en 2008, l’on a pu se rendre compte de l’extrême volatilité des cours. Le cours du blé est aujourd’hui trois fois moindre qu’il y a 18 mois ! La contradiction consiste à envisager la régulation de l’économie, alors qu’on continue à vouloir libéraliser le secteur agricole.

Lors des négociations sur la future PAC qui seront certainement très dures, notamment avec les agriculteurs européens, peut-on imaginer – rêver - que les conséquences des décisions sur l’Afrique seront prises en compte ?
Je n’ai pas le sentiment que cela soit la préoccupation première… Regardez l’Aide publique au développement : entre 1970 et 2000, la part de l’aide à l’agriculture est passée de 20% à 4%. Longtemps, l’Union européenne et la Banque mondiale ont estimé que l’agriculture n’était pas une priorité en Afrique. C’était une erreur et la Banque mondiale l’a reconnue.

Quelles pistes faut-il suivre ?
Aider l’investissement et surtout ne pas calquer le modèle européen sur l’Afrique. L’expérience de la PAC ne peut pas servir au continent. Il nous reste deux ans pour boucler cette PAC. Pour l’instant, elle peut avoir des conséquences positives comme être dévastatrice pour l’Afrique.


Retrouvez notre dossier spécial sur la sécurité alimentaire dans le numéro 2564 de Jeune Afrique en kiosques du 28 février au 6 mars 2010.

 

Source : www.jeuneafrique.com

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12 novembre 2009

Afrique-Chine : Après Sharm El Sheikh, Dakar se fait l’écho de la nouvelle offensive de Pékin sur le continent

Ouestafnews – Le Sénégal s’est fait le porte-voix de la dernière offensive de la diplomatie chinoise sur le continent africain en annonçant à Dakar les dernières initiatives prises par Pékin pour apporter son soutien au continent africain lors du dernier Forum sur la Coopération Chine Afrique (Focac) tenu en Egypte.

Parmi les décisions chinoise figurent notamment celle d’accorder aux pays africains une enveloppe financière de 10 milliards de dollars (plus de 4200 milliards FCFA) en crédits préférentiels et celle de mettre en place un fonds spécial d’un milliard de dollars (plus de 420 milliards FCFA) destiné au financement des petites et moyennes entreprises africaines, selon un communiqué du ministère sénégalais des Affaires étrangères transmis à Ouestafnews.

Ces décisions ont été annoncées par le premier ministre chinois Wen Jiabao, à Sharm El Sheikh (Egypte) lors du dernier Focac tenu les 8 et 9 novembre, précise le même communiqué.

Dakar et Pékin n’ont rétabli leurs relations diplomatiques qu’en 2006, après près d’une décennie pendant laquelle le Sénégal a entretenu des relations avec Taiwan, une île qui se dit « souveraine », mais considérée comme « séparatiste » par Pékin qui refuse de lui reconnaître son indépendance.

Selon le communiqué de Dakar, de « l’avis unanime » des participants à la conférence ministérielle de Sharm El Sheikh, « la Chine a largement respecté ses engagements vis-à-vis de l’Afrique comme le démontrent les nombreuses réalisations présentées au cours des discussions ».

La coopération entre l’Afrique et la Chine se déroule sur fonds de fortes rivalité, voire de tensions, avec les anciens « partenaires » du continent africain, notamment ceux de l’Europe souvent accusés par les Africains de ne pas tenir tous leurs engagements.

De leur côté les Européens reprochent à l’Afrique de se « ré-endetter » auprès de la Chine et à la nouvelle puissance économique mondiale qu’est la Chine de ne point « conditionner » son aide.

La décision de Pékin de renforcer son appui financier prise à Sharm El Sheikh s’ajoute à celle relative à « l’annulation des dettes gouvernementales dues au titre de l’année 2009 pour tous les pays pauvres très endettés et ceux inscrits dans la catégorie des nations les moins avancées », précise le ministère sénégalais des Affaires étrangères dans son communiqué.

Pékin annonce l’extension avant la fin de l’année 2010 du tarif douanier préférentiel à 60% des produits en provenance des PMA africains, avec l’ambition de porter ce taux à 95%.

La Chine, de plus en plus présente sur le continent a également décidé d’élargir le champ de ses interventions. Ainsi, Pékin envisage l’augmentation à 20 unités du nombre de « Centres pilotes agricoles aménagés » et l’envoi de 50 missions techniques agricoles chinoises en Afrique, en plus de la formation des 2.000 techniciens agricoles africains.

Dans le domaine de la santé la Chine s’engage en outre à fournir des équipements et des matériels médicaux et de produits antipaludéens d’une valeur de 500 millions de yuans aux 30 hôpitaux et aux 30 centres de lutte contre le paludisme construits en Afrique, selon le communiqué.

La construction de 50 écoles sino-africaines et l’accélération de la formation d’enseignants africains (environ 20.000 dans les trois prochaines annoncées) sont annoncées.

Mais affirme-ton du côté de Dakar, « la plus remarquable réalisation est sans nul doute l’augmentation du volume des échanges commerciaux qui a été porté, en 2008, à 107 milliards de dollars, contre 46 milliards en 2006, dépassant ainsi l’objectif de 100 milliards initialement fixé ».
La Chine a largement renforcé ses relations avec l'Afrique ces dernières années afin de satisfaire ses besoins croissants en ressources naturelles et a massivement investi dans de nombreux pays du continent.
Lors du dernier forum Chine-Afrique (Focac) qui avait réuni plus de 40 chefs d'Etat et de gouvernement en 2006 à Pékin, la Chine avait promis de doubler son aide à l'Afrique et s'était engagée à développer les relations commerciales avec le continent.
La Chine est de plus en plus présente en Afrique dans des projets dans les secteurs de l'agriculture, l'énergie, le transport ou l'eau et a signé des gros contrats lui donnant accès aux ressources énergétiques et naturelles de nombreux pays du continent.

Jeudi 12 Novembre 2009

Ouestaf News

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