AFRIQUE / CORRUPTION -
Article publié le : mercredi 27 octobre 2010 - Dernière modification le : mercredi 27 octobre 2010
Transparency international : état des lieux de la corruption en Afrique
Selon Transparency International, sur les 178 pays étudiés, près des trois quarts affichent un indice de perception de corruption inférieur à la moyenne.
http://www.transparency.org
Dans son rapport annuel publié ce mardi 26 octobre à Berlin, Transparency International affirme que les trois-quarts des 178 pays étudiés sont perçus comme très corrompus. Les pays africains n'échappent pas à ce diagnostic, même si certains (comme le Rwanda) ont connu une belle progression.
Dans son rapport annuel sur la corruption publié ce mardi 26 octobre à Berlin, l'ONGTransparency International lance principalement une mise en garde aux gouvernements.
Elle estime que la corruption pèse sur leurs efforts pour renflouer les marchés financiers, et lutter efficacement contre le réchauffement planétaire et la pauvreté. Car sur les 178 pays étudiés, près des trois quarts affichent un indice de perception de corruption inférieur à la moyenne.
Belle progression rwandaise
Selon le classement établi, le Botswana (33e), l'île Maurice (39e) et le Cap-Vert (45e) tirent leur épingle du jeu, arrivant en tête des pays africains perçus comme parmi les moins corrompus.
Mais c'est surtout le Rwanda qui fait une remontée fulgurante (de la 89e à la 66e place), ayant mis en place et appliqué scrupuleusement « la tolérance zéro » contre la corruption.
La République démocratique du Congo et la Guinée Conakry sont ex-aequo à la 164e place.... Ex-aequo également, la Guinée équatoriale et l'Angola se partagent le 168e rang.
La Somalie dernière du classement
Ils sont suivis du Burundi et du Tchad respectivement aux places 170 et 171. Toujours selon Transparency international, certains pays, dont la Gambie, ont amélioré leur score depuis 2009 (de 106e à 91e).
Quant au Cameroun, perçu comme très corrompu, il occupe avec sept autres pays le 146e rang avec une note de 2,2 sur 10.
Madagascar (de 99e à 123e) et le Niger (de 106e à 123e) sont également perçus comme plus corrompus que l'an dernier, tandis que la lanterne rouge revient à la Somalie, 178e et dernière du classement mondial.
Les significations de Pius Njawe: Esquisse d’un éloge funèbre
Dimanche, 08 Août 2010 15:37 Ecrit par Célestin Monga
Le gouverneur de la Région de l'Ouest a empêché Célestin Monga de prononcer cet éloge funèbre de Pius Njawé*
Je suis arrivé au Cameroun il y a quelques jours avec dans mon bagage à main un petit colis, pourtant le plus lourd et le plus encombrant que j’aie jamais eu à transporter de ma vie. C’était une boîte noire et rectangulaire à peine plus grande qu’une boîte de cigarettes. On me l’avait confiée à Washington. Je ne pouvais pas refuser de la prendre, et pourtant mon premier réflexe était de me tenir bien loin d’elle. L’ayant acceptée contre mon propre instinct, j’ai immédiatement mesuré son caractère à la fois faussement ordinaire et sacré. Elle semblait banale mais elle me brûlait les mains.
Pendant les quelques jours où j’ai eu à conserver cette petite boîte à mon domicile, je n’ai d’ailleurs pas su à quel endroit de la maison il fallait la conserver : au chevet de mon lit ? Non, je n’aurais pas pu survivre aux cauchemars qu’elle m’infligeait. Sur la table de la cuisine ? Non, car un enfant aurait pu la prendre et la jeter par inadvertance. Fallait-il la garder précieusement à côté de mon passeport ou au contraire la tenir loin de ma vue ? Je savais une seule chose avec certitude : pas question que j’oublie de la prendre avec moi au moment d’aller à l’aéroport.
Cette boîte qui m’a torturé pendant plusieurs jours de Washington à Douala via Paris, c’était la clé du cercueil de Pius Njawe. Sa famille m’avait infligé la responsabilité étouffante et l’honneur douloureux de ramener au pays le sésame d’acier par lequel la nation allait accéder, une dernière fois, à cet homme qui aura marqué de manière indélébile la conscience collective. La charge a lourdement pesé sur mes épaules.
L’incongruité de la situation dans laquelle je me suis trouvé était manifeste à chaque étape de mon voyage à travers les continents. Cette clé était minuscule mais particulièrement incommodante. Elle était trop importante pour que je la mette dans ma valise enregistrée et envoyée à la soute de l’avion. Car si mon bagage se perdait au cours du trajet comme cela arrive presque systématiquement sur les vols africains, nous aurions tous eu l’air pas très intelligents ici, avec entre les bras un cercueil sans les moyens de l’ouvrir. Il aurait alors fallu fracasser le cercueil pour libérer le corps de Pius et lui faire violence une fois de plus, par-delà sa mort. Ayant visualisé mentalement cette hypothèse, je l’avais immédiatement écartée. Il ne me restait alors qu’à prendre la clé dans mon bagage à main, entre mes documents les plus précieux.
Mais là aussi, les choses se sont révélées bien compliquées : à chacun des aéroports par lesquels je transitais, les officiers de sécurité aérienne qui analysaient le contenu de mon bagage à main sursautaient d’y trouver cette clé en acier qui ressemblait étrangement, à leurs yeux, à une arme blanche. Il fallait alors leur expliquer que je n’étais pas un terroriste irakien ou afghan, et qu’il s’agissait simplement d’une clé précieuse que je devais garder constamment par devers moi-même si l’idée ne me plaisait pas forcément. Ces négociations permanentes et souvent ardues et macabres, avec des agents de sécurité et des douaniers formés et payés pour être soupçonneux, m’ont plongé dans un état de fébrilité et de colère silencieuse. A force de manipuler la clé, de lire et relire les documents mortuaires à chacune des escales de mon voyage, j’ai dû, même malgré moi, contempler l’absurdité de l’existence, la fragilité des ambitions humaines, et la permanence du destin. J’ai dû aussi, évidemment, retourner en boucle dans ma tête les circonstances de cette mort, et tenter sinon de comprendre, du moins d’en mesurer la violence, l’injustice, et la tragique banalité. J’ai dû essayer de faire sens-si tant est que cela soit possible-de l’implacable mécanique qui a conduit au désastre.
Pius Njawe est décédé dans un accident de la circulation survenu le lundi 12 juillet à 14 heures 55 minutes sur l’autoroute 664 qui relie les villes de Newsport News et Chesapeake, en Virginie. Avec son chauffeur Eric Wande, il se rendait à Chesapeake, chez son ami et frère Lucas Kameni qui élève Justice, sa fille de dix ans. C’était un après-midi ensoleillé d’été avec un ciel bleu, une visibilité parfaite et une circulation légère. Le trajet Washington-Chesapeake qu’Eric connaît bien dure en moyenne 3 heures et ils se trouvaient à 9 minutes seulement de leur destination.
La voiture dans laquelle les deux hommes roulaient était une Lexus et l’autoroute une des plus belles situées non loin de Washington, la capitale du pays le plus industrialisé du monde. Quelques secondes seulement après l’accident, un autre usager de la route qui passait par là avait contacté la police locale en appelant le numéro de secours 9-1-1. Moins de 8 minutes après ce coup de fil, des pompiers et policiers très bien équipés étaient sur les lieux et avaient bouclé l’autoroute dans les deux sens pour secourir les victimes et procéder à une première enquête préliminaire. Travaillant sous les ordres du sergent R. W. Walker de la police de l’Etat de Virginie, ils avaient constaté le décès instantané de Pius qui, bien qu’ayant sa ceinture de sécurité, avait étendu son siège passager à l’arrière pour s’assoupir pendant la dernière demi-heure du voyage. Il est donc fort possible qu’il soit passé de vie à trépas sans voir venir la mort.
Le chauffeur du camion qui a percuté de plein fouet son véhicule et l’a traîné sur plusieurs centaines de yards, aux dire de la police américaine, est un certain John Moore (64 ans) qui travaille depuis des années pour la société de transport Canaday Trucking, une entreprise de transport de taille moyenne basée depuis de nombreuses années à Providence, Virginie.
La journaliste Kirstin Davis du quotidien The Virginian-Pilot a écrit que la police croyait que le véhicule qui conduisait Pius Njawe s’était peut-être arrêté en plein milieu de l’autoroute, ce qui expliquerait que le chauffeur du camion semi-remorque, qui venait à toute allure derrière eux, n’ait pas eu le temps d’arrêter son meurtrier véhicule. Eric Wande, le chauffeur de Pius, explique pour sa part qu’il roulait simplement plutôt lentement, à vitesse raisonnable-car il devait se préparer à quitter l’autoroute pour emprunter la sortie vers Chesapeake.
L’enquête et la reconstitution de l’accident, y compris avec l’exploitation d’images de caméras et des images satellitaires, détermineront qui avait tort dans cette maudite affaire. Pour l’instant, les deux chauffeurs s’accordent sur l’idée qu’il s’agissait d’un terrible, malheureux et banal accident. Les autorités policières de l’Etat de Virginie en ont été si convaincues qu’elles n’ont jamais ni sollicité l’intervention de la police fédérale américaine (le FBI), ni demandé une autopsie-chose qui se fait obligatoirement dès qu’il existe un soupçon de doute chez les enquêteurs sur les circonstances de la mort d’une personne sur le territoire américain. D’ailleurs moins de 3 heures après l’accident, elles avaient remis le corps de Pius Njawe à la morgue de l’hôpital de Norfolk, et à la disposition de sa famille. Celle-ci n’a pas non plus demandé d’autopsie.
Si telle est la vérité-Njawe était un des journalistes les plus appréciés par ses confrères du monde entier et les fins limiers de la presse d’investigation aux Etats-Unis et ailleurs ont dû mener leur travail d’investigation pour élucider les circonstances de cette mort et valider les résultats préliminaires de la police-ce tragique accident illustre surtout le prix à payer pour être un homme d’action, et l’ampleur du sacrifice qu’il faut parfois consentir pour se défaire d’une existence banale, d’une sous-vie.
Je n’insisterai pas sur les détails de sa biographie et sur les divers éléments de son itinéraire, disponibles dans tous les journaux du monde entier qui lui ont consacré des oraisons funèbres. Je me contenterai de commenter quelques éléments de cette vie exceptionnelle qui fut la sienne, et d’en tirer des significations.Pius Njawe est né ici même à Babouantou, au sein d’une humble mais grande famille appartenant à une civilisation de vieille souche. Il était d’ailleurs un vénérable notable du village et un digne représentant de cette riche culture dont il arborait avec joie les attributs, parfois les plus spectaculaires. Je l’ai vu par exemple se promener en hiver à Washington, vêtu de grands boubous africains fort encombrants et trop légers pour le climat, parfois coiffé de chéchias colorées, et m’intimant l’ordre de m’habiller de la même manière pour l’accompagner à je ne sais quelle manifestation culturelle des ressortissants de son village.
Malgré la fierté que les membres de cette famille peuvent légitimement éprouver devant son parcours et son œuvre, Pius Njawe était aussi et surtout un Camerounais au sens le plus noble du terme, un Africain, et un citoyen du monde. Babouantou l’a peut-être vu naître mais l’homme a grandi ailleurs, et il appartenait au monde entier. La puissance de son réseau international d’amitiés et l’impact qu’il aura eu sur notre conscience collective en témoignent, de même que l’énorme vague d’émotion suscitée à travers la planète par la nouvelle de sa mort. Il y a quelques jours à Washington, son confrère Eric Chinje observait fort justement qu’aucun chef d’Etat africain n’avait bénéficié d’une telle couverture médiatique internationale, ni de son vivant, ni à sa mort.
Pius Njawe a été un autodidacte. Très tôt, il s’est mis à lire des livres et des journaux, et décidé dès l’âge de dix-sept ans de ce qu’il voulait faire du reste de sa vie-beaucoup d’entre nous, à vingt, trente ou même quarante ans, ne savent toujours pas ce qu’ils souhaitent devenir. A dix-neuf ans, Pius Njawe était journaliste à La Gazette du Béninois Abodel Karimou. Y ayant appris les rudiments du métier, sans argent ni soutien quelconque, armé de sa seule volonté et de sa passion pour l’écriture et le besoin de vérité, il a créé lui-même son journal. Le Messager est né à Bafoussam en 1979.
Pius Njawe a prouvé que le destin n’existe pas. A priori, il semblait mal parti dans la vie, n’ayant ni une collection de diplômes universitaires, ni une fortune, ni le pouvoir de faire peur ou de brutaliser son voisin, ni même un réseau de complicités mystiques. Erreur : l’ambition et la foi seules lui ont suffi à changer le cours de l’Histoire. Car c’est bien ce que Le Messager, vénérable institution sociale et politique, est parvenu à réaliser pendant les trente-deux ans dont Pius Njawe a assuré la direction. Comme quoi ce qui compte dans la vie, ce ne sont pas les conditions dans lesquelles l’on commence son existence. C’est la manière dont on la mène et le bilan que l’on affiche au moment où elle est achevée.
Les choses n’ont cependant jamais été faciles pour lui. Aucun obstacle, aucun piège, aucune brimade, aucun supplice ne lui a été épargné. Pourtant, rien ne l’a arrêté sur son chemin. Ni l’agitation, ni la haine, ni la calomnie, ni la violence, ni l’injustice, ni la prison, ni la douleur suprême de devoir perdre des êtres chers dans les conditions les plus atroces. Pius Njawe s’était tiré indemne de toutes ces épreuves. Vous chercherez en vain le moindre gramme d’aigreur ou le moindre désir de vengeance dans son propos et son comportement, y compris à l’égard des personnes qui ne méritaient pas sa compassion. Pius Njawe croyait comme Antoine de Saint-Exupéry qu’un homme se découvre lorsqu’il se mesure à l’obstacle et que l’adversité rend chaque personne encore plus solide.
Depuis notre étrange procès de janvier 1991, mon nom est associé dans l’imaginaire de beaucoup de personnes au sien et au journal Le Messager. Or, lui et moi, nous ne nous connaissions vraiment pas avant cette affaire. Un jour de décembre 1990, alors que je travaillais comme banquier à Douala, j’avais écrit en quelques minutes cette fameuse lettre ouverte au Président de la République et l’avais fait parvenir à son journal. Je peux vous révéler aujourd’hui que Pius Njawe n’était même pas au Cameroun à ce moment-là. Un de ses collaborateurs avait réceptionné l’article et m’avait téléphoné pour m’annoncer sa publication immédiate. Dès la parution de l’article, le journal avait été saisi et je m’étais retrouvé dans une cellule de prison. Pius Njawe était revenu au Cameroun quelques jours plus tard et s’était fait convoquer immédiatement par la police judiciaire. C’est donc en détention que nous avions véritablement fait connaissance. Au départ, je me demandais s’il allait me sauter dessus et me rouer de coups de poing pour le motif que j’avais fait fermer son journal et bouleversé sa vie. Non, pas du tout.
Le plus extraordinaire dans cette affaire est que lors de son interrogatoire, les services de sécurité lui avaient offert la possibilité de se tirer d’affaire et de me laisser seul dans le pétrin. La police savait évidemment qu’il avait été absent du pays pendant plusieurs semaines et que le pauvre n’était pas personnellement responsable de la décision de publier mon sulfureux article. Le commissaire de police principal qui l’interrogeait lui a dit clairement : “Nous savons que vous n’avez rien à voir dans cette affaire et que c’est Célestin Monga qui doit répondre de son acte. Nous savons que vous étiez en voyage à l’étranger. Il suffit de l’indiquer dans le procès-verbal et vous serez immédiatement hors d’ennui.” Njawe avait écouté attentivement cette offre alléchante, m’avait regardé intensément-de son regard intense et incandescent-et avait dit à l’officier : “Non, Monsieur le Commissaire, lorsque Monsieur Monga m’a apporté son article, je l’ai lu attentivement et ai constaté qu’il correspondait exactement à la ligne éditoriale du Messager. J’ai décidé de le publier.” Il était comme cela, l’homme Njawe, capable de grandeur morale, de solidarité et de loyauté au-delà de l’imaginable.
Sa mort est un choc mais elle offre aussi l’occasion à la communauté de se réunir, comme ici aujourd’hui, pour faire le point sur elle-même. Les énergies et les offrandes du deuil réaffirment la richesse de la collectivité et son goût de la solidarité. La mort est donc l’occasion de faire preuve de santé sociale, sinon une démonstration de force. Elle est donc une cérémonie de régénération génésique qui nous permet de nous fortifier, même si au passage, elle requiert des sacrifices et de la douleur. La mort est une pause : le temps s’arrête pour que la communauté se redynamise. Les rites qui nous rassemblent célèbrent la vie de Pius Njawe et ambitionnent de faire renaître à jamais les souvenirs que son image nous ont inspirés. La mort est une opération cosmique qui nous permet de réfléchir à nos habitudes et de nous libérer de certaines normes arbitraires de vie que nous nous sommes imposées.
Face à une mort comme celle de Pius Njawe, qui rassemble les Camerounais de tous bords politiques, de toutes confessions religieuses, de toutes conditions sociales, les hiérarchies fantaisistes habituelles s’évaporent, les distinctions sociales et ethniques apparaissent véritablement pour ce qu’elles sont : des artifices ridicules. La fraternité et la camaraderie redeviennent promiscuité. Chacun arrache son masque et son déguisement. Nous sommes alors vêtus de notre seul costume de chair et de sang, et nous apparaissons à chacun pour ce que nous sommes véritablement : des êtres fragiles dont le temps précieux est compté. Avec un minimum de lucidité, nous pourrions même sortir tous purifiés et régénérés de ce chaos psychologique. A condition d’avoir chacun la dose suffisante d’humilité pour mesurer le temps qui passe, à condition de penser à préparer chacun notre mort. Au-delà de la douleur, des pleurs, des déchirements, le deuil prépare donc la résurrection.
“Notre mort illumine notre vie”, dit Octavio Paz. La mort est un miroir grossissant dans lequel nous analysons nos propres actes, nos souvenirs partagés, nos succès, mais aussi nos erreurs et nos omissions. Devant elle, notre vie se dessine et cherche sa propre explication, sa propre justification. La mort de Pius Njawe nous interpelle donc à plusieurs égards. Elle nous secoue, nous attrape à la gorge, nous bouscule, nous brutalise et nous force à faire le point sur nous-mêmes-ne fût-ce qu’un point silencieux. Elle interroge ceux d’entre nous qui se croient immortels parce qu’ils jouissent d’un pouvoir qui les grise et les rend ivres. Elle questionne ceux qui ne veulent rien faire ni prendre aucun risque pour changer le Cameroun, qui se contentent de se demander “on va faire comment alors”, et acceptent le masochisme d’une vie au rabais. La mort est implacable, inévitable, et plus forte que n’importe quel pouvoir ou lâcheté. La mort est un créancier fourbe et inexorable.
Pius Njawe aurait pu mourir banalement dans son lit dans sa maison à Douala, de maladie, de vieillesse, de sénilité ou même de jouissance. Mais il avait choisi d’être un homme d’action, et de mener une vie en mouvement. Son parcours exceptionnel devait forcément se terminer d’une manière qui frappe nos imaginations endormies et nous force à nous poser des questions sur nos propres existences. D’autres grands de ce monde sont tombés, comme lui, sur la route du devoir. La mort les a immortalisés dans nos
“Ah, insensé qui croit que je ne suis pas toi !”, écrivait Victor Hugo. Oui, en effet, nous sommes tous aujourd’hui des Pius Njawe. Sa mort doit donc nous interpeller. Où en-sommes-nous individuellement, dans nos plans d’existence, dans nos véritables objectifs personnels ? “Sois en règle un jour avant ta mort, aujourd’hui même” disait le sage. Sommes-nous prêts ? Face à la possibilité et même à la certitude de la mort, où en sommes-nous en tant que famille ? Où en sommes-nous en tant que société ? Où en sommes-nous dans le combat pour les droits et libertés fondamentales et le bien-être de chacun, dans cette nation où des égoïsmes artificiellement fabriqués continuent de maintenir l’obscurantisme ? Où en est-on dans ce pays où 99 pourcent de la population de toutes origines confondues font face aux mêmes problèmes et partagent les mêmes rêves, mais où l’on parvient à entretenir des divisions sociales abstraites, futiles et suicidaires ? Oui, la mort de Pius Njawe est l’occasion de nous interroger sur la fragilité de nos relations au sein du corps social, et de notre apparente incapacité à vaincre nos démons.
Sa mort est aussi l’occasion pour nous tous de méditer sur la signification de son action comme acteur primordial de la société civile camerounaise. Et pour ceux qui l’ont combattu violemment et parfois injustement, de se repentir et non de verser des larmes de crocodiles. Car la liberté d’opinion et la liberté de presse constituent des composantes essentielles des droits de l’homme. L’on ne saurait, en plein 21ème siècle et dans un monde “globalisé”, construire une société efficace avec des citoyens illettrés et mal informés.
Pius Njawe était un défenseur intrépide de la société civile dont il savait qu’elle était la principale source de création de capital social et le moteur du développement politique et économique. Mais il n’était ni dupe ni naïf. Il savait que la société civile est aussi parfois un fourre-tout, dans lequel l’on retrouve aussi bien des organisations qui se battent pour faire affirmer notre humanité collective que des groupes mafieux se dissimulant derrière le label d’organisations non-gouvernementales et produisant du capital social négatif. Après tout, même la mafia italienne est une association que l’on peut classer comme faisant partie de la société civile. Osama Ben Laden et Al Qaeda pourraient eux aussi revendiquer l’appellation de société civile…
Parce que nous sommes ici aujourd’hui pour l’accompagner à sa dernière demeure, nous nous contenterons de saluer la mémoire du grand homme que fut Pius Njawe. Mais demain se posera la question de son héritage intellectuel, et notamment celui de la survie du journal Le Messager comme institution indépendante de tout pouvoir. De ce point de vue, les défis qu’il nous laisse sont nombreux, car peut-être à cause de la dureté du combat qu’il menait quotidiennement simplement pour survivre, Pius Njawe n’a pas eu le temps de gérer son journal de la façon la plus orthodoxe. Ceux qui prendront le relais devront se surpasser pour maintenir et élever les standards d’excellence que méritent les lecteurs du Messager.
L’émotion et l’énergie manifestées à travers la planète depuis l’annonce de sa mort et incarnées dans les milliers de personnes qui se pressent ici aujourd’hui, devraient être catalysées vers la véritable tâche dont il faut s’acquitter pour que l’œuvre et l’héritage de Pius Njawe ne meurent jamais. Pour cela, chacun d’entre nous devra jouer pleinement son rôle, mais rien que son rôle.
Un mot, pour terminer, à la famille de Pius Njawe qui a essayé au mieux de gérer le traumatisme et les dynamiques parfois contradictoires de sa mort pour organiser dignement ses obsèques. Je voudrais saluer notamment l’élégance, la patience et le leadership du patriarche Jonas Ngandeu et des enfants Njawe, au-delà de la douleur. A ces enfants-là, j’aimerais transmettre un message qu’un de mes mentors, le cardinal Christian Tumi, m’avait dit lorsque j’ai perdu moi aussi mon père dans un accident de la circulation. J’étais très troublé par ce que je considérais comme une injustice absolue et en colère contre la vie. Le cardinal m’avait alors dit une chose qui m’avait paru étrange : il m’avait dit qu’aucune mort ne peut survenir si elle n’est pas autorisée par Dieu, et que les êtres humains ne doivent pas juger le Jugement de Dieu. Cela m’avait d’abord un peu choqué. Mais j’y ai réfléchi, et cela m’a aidé progressivement à survivre à la mort de mon père. Peut-être cette petite pensée du cardinal vous aidera-t-elle aussi dans les jours difficiles à venir, lorsque tout le monde sera parti, et qu’il faudra faire face à l’absence quotidienne de Pius Njawe.
Célestin Monga
Babouantou, 7 août 2010
* Le chapeau est de Germinal
10/06/2010 à 21h:28 Par La rédaction web de Jeune Afrique

Ferdinand Oyono, homme de lettres et diplomate, est décédé le 10 juin à Yaoundé. © D.R.
Le célèbre homme politique et écrivain camerounais, Ferdinand Oyono, est décédé au matin du 10 juin, après avoir assisté à une cérémonie officielle donnée en l'honneur du secrétaire général des Nations Unies, au Palais d'Etoudi à Yaoundé, a appris Jeune Afrique d'une source proche de la présidence.
C'est devant la voiture qui devait le raccompagner chez lui, après avoir assisté à la réception donnée au Palais d'Etoudi en l'honneur du secrétaire général des Nations unies, le 10 juin en fin de matinée, que Ferdinand Oyono s'est effondré, à l'âge de 80 ans.
Les premiers soins lui ont immédiatement été prodigués tandis que les secours arrivaient. Il a été transporté à l'hôpital général, selon une source proche de la présidence. Il serait décédé pendant le transport, sans que l'on connaisse encore précisément les causes du malaise fatal.
Né le 14 septembre 1929 à Ebolowa (dans le sud du Cameroun), Ferdinand Oyono laisse derrière lui trois romans célèbres, souvenirs d'une Afrique au bord de la décolonisation : Une vie de boy (1956), Le vieux nègre et la médaille (1956), Chemin d'Europe (1960).
Après de brillantes études en France (en droit à la Sorbonne, et en diplomatie à l'ENA), il rentre au Cameroun et commence sa longue carrière de diplomate en 1959. Il sera notamment ambassadeur en France, ainsi qu'auprès des Nations unies, et ministre des Affaires étrangères de son pays. Homme de lettres, il a également détenu le portefeuille de la Culture au sein du gouvernement camerounais.
Sa mort devrait être annoncée officiellement dans les heures qui viennent.

Tous droits de reproduction et de représentation : Source Jeune Afrique
Entretien avec ABORASAMZA Auteure du blog « « Mon exutoire »
Je reprends mon idée d’entretien avec les différents blogueurs Africains ou Afrodescendants, cela afin de mieux faire connaître leur travail aux uns et aux autres.
Ma première invitée pour cette année 2010 est Aborasamza auteure du blog "Mon Exutoire".
Le Pangolin : Derrière le blog « Mon exutoire » qui est Aborasamza une africaine ou une occidentale ?
Aborasamza : Aborasamza est une africaine, je l’ai évoqué plusieurs fois sur mon blog je crois.
Camerounaise, vivant au Cameroun. Je n’ai même jamais quitté mon pays
Le Pangolin : A la différence de la plupart des blogs tenus par les Africains, vous avez choisi de parler de l’imaginaire érotique en plus d’être femme surtout si l’on sait combien la thématique est délicate ?
Aborasamza : Je ne parle pas que d’érotisme dans mon blog, je parle de moi, ce que je ressens, ce que je vis, ce que j’ai envie de partager. Le sexe, fait partie des tribulations de la vie, de MA vie, alors j’en parle
Le Pangolin : Vos textes sont-ils de la fiction ou bien de la réalité ?
Aborasamza: Tout ce que j’écris est réel, peut-être que le ton est romanesque je ne sais pas, c’est mon vécu et mon ressenti. Même mes poèmes sont inspirés de la réalité. Pour moi l’écriture est un mode d’expression, un exutoire.
Le Pangolin : Quand vous abordez ouvertement les thèmes la felation et du cunilingus, je vous cite : je sentais sa bite au plus profond de mon vagin et il voulait le sentir le fond de mon vagin! et quand il me léchait...ah lala! J'ai le clito hyper sensible, un petit frôlement et c'est l'extase. Ou encore …ET J'ai toujours surpris les mecs au lit par mes talents de suceuse et j'adore voir leur tête quand sans qu'il s'y attendent (surtout la première fois), j'attrape leur bite et je commence à m'amuser avec. J'ai tellement bien sucé E
Ne craigniez vous pas de choquer ? Ce ne sont pas les coutumes africaines un homme faire du cunilingus ou bien une femme faire de la félation, c’est occidental ça ?
Aborasamza : Vous savez, je suis quelqu’un de très pudique, je dis sur ce blog des choses que je ne dirais jamais à découvert. Le texte que vous citez à été écrit dans état que je qualifierais presque de « transe », j’avoue même que quand je me suis relue, j’ai moi-même été choquée. Mais je tenais absolument à le publier parce que tout compte fait je l’avais écrit. Tout ce que je dis est vrai. Les africains peuvent le cacher mais la fellation et le cunnilingus ils les pratiquent, mais sont peut-être trop pudiques pour l’avouer. A la différence de l’occidental, l’africain se soucie beaucoup de son image, du « qu’en dira-t-on ». Beaucoup vont vers les prostituées ou les étudiantes justement parce que leur femme refuse de leur faire quelques gâteries. La fellation et le cunnilingus sont occidentaux certes, mais le baiser sur la bouche avec la langue ne l’est-il pas ?
Le Pangolin : En écrivant cela pensez-vous faire du féminisme à l’africaine ? Car le mouvement feministe occidental « Avec plus ou moins ses excès, est ce vaste mouvement social, politique, culturel, intellectuel, de la lutte contre la phallocratie dans tous les sens du mot. Donc le droit aux femmes de parler sexe sans tabous.
Aborasamza : du féminisme à l’africaine ? Suis-je féministe ? A vrai dire je ne me suis jamais posé la question. Je suis une jeune femme, qui vit dans un monde où les femmes sont éduquées, programmées pour être de bonnes épouses, de bonnes mères. Si une jeune femme ne sait pas faire la cuisine, elle est perdue car quel homme voudra d’elle ? Si elle fait de longues études et obtient un travail valorisant, elle frustre les hommes. Oui en tant que femme dans ce pays j’ai tout intérêt à être féministe. Mais avant d’être une femme je suis d’abord une personne. Et sur mon blog, j’en parle d’abord en tant que personne.
Le Pangolin : Cette façon libre de parler du sexe, pour vous relève –t –elle de quel postulat ? N’est-ce pas de l’exibhitionisme du moi à la mode occidentale contrairement aux coutumes africaines pour qui la sexualité relève de l’intimité personnelle et donc à ne pas exposer.
Aborasamza : Avant d’être des africains, ne sommes nous pas des personnes ? Oui nous avons nos traditions, nos coutumes, nos habitudes. Mais nous avons des besoins aussi. Pour tout vous dire moi j’en ai un peu marre que l’africain se cache toujours derrière ses traditions et fasse semblant d’être une personne qu’il n’est plus aujourd’hui. Malgré tout et malgré nous, nous évoluons, le monde évolue. L’Africain d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier. Je suis une jeune africaine, vivant en Afrique et mal dans sa peau. Je suis une personne, vivant sa vie et mal dans sa peau. Si m’exhiber me fait me sentir mieux, je continuerais. Est-ce que tout cela est lié au fait que j’ai grandi dans cet environnement ? Peut-être bien. Mais moi j’y suis toujours. Pour moi c’est juste la vie, pas la vie d’une africaine, la vie tout simplement.
Le Pangolin : Est-ce qu’il vous a été difficile d’écrire comme vous le faites ?
Aborasamza : Difficile d’écrire ? Non. Il m’est difficile de ne pas écrire. J’ai eu une grande passion pour la lecture. Je dis souvent que la lecture ma sauvée. J’ai commencée à me rêver écrivain, j’ai écrit quelques nouvelles au lycée, j’ai risqué ici et là des poèmes. Mais ce sont les « Paroles » de Jacques Prévert qui m’ont confirmés mon amour des mots. Sans oublier ma compatriote Calixthe Beyala qui m’a fascinée. J’ai dû écrire des centaines de poèmes dans ma vie, nés de toutes ses émotions qui bouillonnent en moi, j’ai essayé quelques nouvelles. Mais tout ce que j’écris SORT de moi, tout simplement.
Le Pangolin : : La femme Africaine aurait tendance à vivre sa sexualité selon le modèle occidental, qui serait elle à l’opposé de la façon africaine qui est elle de célébrer le corps et la beauté de la femme dans ce qu’elle a d’érotique, parce que les pagne africain avec ses couleurs et son côté moulant mettrait plus en valeur le corps de la femme quelle soit sa taille au contraire de la jupe et du pantalon qui demandent exclusivement des corps plats.
Ma question est de savoir est-ce que la femme africaine ne perd elle pas en adoptant le modèle occidental ?
Aborasamza : Je ne vais pas le cacher, nous sommes très influencés par la mode occidentale, certains en parcourant mes pages, verront que j’adore la mode, mais la mode en général. J’ai également un talent inné en design de mode et en couture (je n’ai encore malheureusement pas exploré en détail cette autre facette de moi dans mon blog). Dans mes créations, j’ai toujours mis en avant l’Afrique, mais en y apportant une touche de la mode occidentale. Le tout c’est de prendre ce qui est bon de chaque côté et de le mettre ensemble. Je pense que rien ne rend une africaine plus belle que lorsqu’elle porte un pagne avec un foulard bien noué sur la tête. Non, l’africaine ne risque pas de se perdre dans la mode occidentale. Nous avons en nous ce côté occidental mais ne nous l’assumons pas encore. Sinon, pourquoi choisirais-je d’écrire tout ceci en restant dans l’anonymat ? En outre je voudrais ajouter que je suis fière, oui très fière d’être une africaine. Je suis fière de mes belles courbes, mes grosses fesses, mes grosses cuisses, mes hanches larges. C’est la beauté de la femme noire. Je suis aussi fière parce que je vis dans mon pays le Cameroun, malgré toutes les difficultés. Et j’espère qu’à travers ce blog je pourrais faire comprendre aux africains qu’une vie normale est possible chez eux, et aux occidentaux que malgré tout ne nous se sommes pas aussi différents d’eux.
Signification de Aborasamza : Aborasamza est un mot de mon dialecte qui signifie : « il soulève, il secoue », c’est le nom qu’on donne à la friperie car les vendeurs soulèvent les vêtements et les rejettent en les secouant. C’est aussi le nom qu’on donne aux femmes frivoles ! Mais je n’en suis pas une hein !
COMPTE-RENDU D'AUDIENCE
Justice : Bolloré poursuit France Inter « pour l'exemple »
Par David Servenay | Rue89 | 13/03/2010 | 12H31
En décembre, nous avions raconté la première audience de ce procès. Mercredi et jeudi, le tribunal a soupesé le reportage de Benoit Collombat (avec qui j'ai co-dirigé un livre sur le patronat) diffusé le 29 mars 2009, Cameroun : l'empire noir de Vincent Bolloré.
Bolloré veut « stopper une campagne de presse »
Si vous ne l'avez pas écouté, ce récit long format décrit la façon dont la société civile perçoit les activités du groupe Bolloré au Cameroun : train, installations portuaires ou encore les plantations. Un tableau plutôt sombre où le concessionnaire n'apparaît pas sous son meilleur jour.
« C'est indigne », rétorque Dominique Lafont. Face à ces « accusations graves et mensongères », le directeur général de la branche Afrique assène :
« Bolloré en Afrique est une entreprise citoyenne. (…) Notre stratégie est de désenclaver l'Afrique. »
Il attend donc de la justice « réparation ».
La Socapalm, une entreprise publique privatisée en 2000
La Socapalm (société camerounaise de palmeraies) est entrée dans le giron du groupe en 2000, après privatisation. Cette palmeraie de 9 000 hectares (12 600 terrains de football) emploie 300 salariés permanents et 1600 journaliers. La description de leur travail est dantesque.
Isabelle Ricq, 26 ans, photographe, a passé un mois sur place en février-mars 2009 :
« Nous avons fait un tour dans la plantation de Kienké. Aucun des ouvriers n'avait un casque, très peu avait des gants ou des pantalons longs. Ils se surnommaient eux-mêmes les “esclaves de la Socapalm”. Ils sont employés par des sous-traitants qui leur doivent des mois de salaires, ils sont pris en otages. »
Charles Fongio, 56 ans, secrétaire général de la Socapalm, 30 ans de maison réplique :
« Les équipements doivent être adaptés, comme des bottes dans les champs. Il est difficile d'avoir des casques, car il faut garder de la convivialité dans le travail. »
Et le témoin insiste sur la politique sociale de l'entreprise :
« Les logements ont été construits par la Socapalm. Nous avons obligation de loger et soigner ces gens. Tout est gratuit. Le plus bas salaire est 1,5 fois le SMIC camerounais. »
Selon la grille des salaires de 2009, un coupeur gagne entre 32 000 FCFA (50 euros) et 183 000 FCFA (270 euros) par mois.
Julien-François Gerber, 29 ans, est doctorant suisse en économie écologique des plantations industrielles. Il a observé les relations des riverains avec la plantation d'octobre 2006 à février 2007 :
« Le reportage est relativement doux comparé à la réalité sur place. Les gens gagnent 1,5 euros par jour. Avec les arriérés de salaires, cela permet à la direction de les retenir sur place.
La Socapalm a été punie en 2001 pour ses pollutions. Elle a payé une amende, mais rien n'a changé. Il y a un ruisseau d'huile non traitée qui sort de l'usine et va directement dans la rivière.
Il n'y pas d'accès à l'eau potable, les latrines sont pleines avec une odeur épouvantable. M. Pajot, le directeur de la plantation, m'a dit : “Je sais bien, les conditions de vie sont déplorables, c'est la sous-traitance…” »
Problème : M. Pajot n'a pas été cité comme témoin par la partie civile. Or, il est au cœur de la polémique. Pourquoi le journaliste ne fait-il pas état du point de vue de la direction ?
Didier Sudre, 48 ans, opérateur son de Radio France. Il était sur place, en février 2009, pour un rendez-vous pris avec M. Pajot.
« A la Socapalm, nous avons attendu quatre heures. Un homme arrive en voiture, il entre dans le bureau et repart. On me dit “c'est le patron de la Socapalm, M. Pajot”, avec qui nous avions rendez-vous. Nous ne l'avons plus jamais revu. »
Les dettes restent sur place, les bénéfices remontent au Luxembourg
Pour Dominique Lafont, le groupe Bolloré n'est pas comptable de la gestion de la Socapalm :
« Cela passe par une participation minoritaire, via le groupe Fabri. Toutes les entreprises sont en gestion directe, toutes sauf Socapalm. »
Martine Orange, journaliste à Mediapart, auteur d'une longue enquête (jamais attaquée) sur les structures financières du groupe Bolloré, en particulier à partir de 1996 où il rachète l'empire colonial Rivaud :
« Toute une partie de cet empire est au Luxembourg. Bolloré le partage avec les deux familles historiques du groupe Rivaud : les Fabri et les de Ribes, appuyés sur quatre ou cinq holdings de tête. »
Parmi ces holdings, la Socfinal :
« La Socfinal est une société cotée au Luxembourg. Bolloré en détient 38%. L'une de ses filiales s'appelle Intercultures, c'est d'elle dont dépend la Socapalm, qui dégage entre 40 et 44% de marge d'exploitation avant impôt. C'est une activité très profitable. »
Le fonctionnement est le suivant :
« La société laisse les dettes sur place, mais remonte les bénéfices au Luxembourg. Sa vraie richesse est là, Vincent Bolloré y puise la manne financière pour mener ses batailles boursières. (…) Il n'a jamais été partie prenante à la gestion quotidienne des plantations. Néanmoins, comme actionnaire, il ne peut pas ne pas savoir ce qui s'y passe. »
Didier Taillet, fondé de pouvoir de Micheline de Rivaud, l'une des héritières de l'empire du même nom, a étudié de près les structures du groupe :
« La Socfinal a été fondée en 1959, au Luxembourg, avec les Belges. Dans le bilan de Socfinal, Socapalm remonte 45% de bénéfices. Tout cela permet d'échapper à l'impôt, avec des défiscalisations très confortables. Tout ce travail en Afrique remonte dans les paradis fiscaux… ce n'est pas un scoop. Cela fonctionne depuis 1910. »
Alors, qui dit vrai ? Olivier Baratelli, avocat de Bolloré, interroge le journaliste :
- « Aujourd'hui, vous avez des doutes ?
- Non, dans la mesure où l'on a bien entendu un contraste entre le discours public de M. Bolloré, le côté “tout est au mieux dans le meilleur des mondes” et la parole de ces gens, qui est la réalité. »
Dominique Lafont, dont on peut écouter l'interview en ligne sur le site de France Inter :
« On ne joue pas avec le groupe. C'est vrai que le Cameroun est un pays dur. Nous aussi, on a des témoins qui avaient peur des représailles. J'ai le sentiment que dans cette affaire, ce n'est pas le groupe Bolloré auquel on s'est intéressé. C'est une affaire franco-française qui nous dépasse. »
Quelle affaire ? Quel complot ? Mystère… En attendant, le groupe Bolloré a lancé d'autres poursuites devant la XVIIe chambre du tribunal de Paris, spécialisée dans les affaires de presse, contre :
- Isabelle Ricq, photographe indépendante
Jugement de cette première affaire, le 6 mai 2010.
Correction, le 13/03/2010, à 18h15 : l'hebdomadaire Témoignage Chrétien ayant relaté l'affaire n'est pas poursuivi par Bolloré.
A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89
Infrastructure routière et intégration régionale
190 millions de $ de la BAD pour relier le Congo et le Cameroun
Tunis, le 25 septembre 2009– Le Conseil d’administration du Groupe de la Banque africaine de développement a approuvé aujourd’hui une importante enveloppe financière totalisant 190 millions USD pour relier le Congo et le Cameroun. Ce financement du Fonds africain de développement, le guichet concessionnel du Groupe de la BAD, se compose d’un don de 61,9 millions d’unités de compte (97 millions USD) et d’un prêt de 59,27 millions d’UC (93 millions USD).
Le projet de route Ketta–Djoum et de facilitation du transport sur le corridor Brazzaville – Yaoundé contribuera au renforcement de l’intégration régionale en Afrique centrale. Il permettra l’interconnexion sur des axes routiers reliant le Cameroun, le Congo, la RDC, le Gabon, la Guinée Équatoriale et la République centrafricaine. Outre l’amélioration de la circulation des personnes et des biens entre le Congo et le Cameroun, le projet devrait désenclaver des zones à fortes potentialités économiques du nord du Congo (agriculture, minerais, bois…) et du sud-est du Cameroun.
La route Ketta-Djoum, longue de 504,5 km, constitue un maillon important de la liaison inter-capitales Brazzaville-Yaoundé entre le Congo et le Cameroun, longue de 1 612 km. A terme, l’aménagement de cette route, envisagé en deux phases, permettra de disposer d’un corridor entièrement revêtu entre Brazzaville et Yaoundé.
« Aucune liaison pérenne routière n’existe actuellement entre les capitales des deux pays (Yaoundé et Brazzaville), explique Ali Kiès, chef de division Transport à la Banque africaine de développement. Les sections de route entre Ketta et Djoum sur cet axe sont dans un état fortement dégradé qui induit un enclavement des régions traversées et ne permet pas l’exploitation des grandes potentialités agricoles, minières et touristiques qu’elles recèlent, constituant ainsi un frein à la promotion des échanges entre les deux pays et dans la sous-région d’Afrique centrale. »
La première phase du projet, objet du financement du FAD, consiste, au Congo, à revêtir la section entre Ketta et Biessi (121 km) et à aménager la section en terre entre Biessi et la frontière avec le Cameroun (195 km). Au Cameroun, le projet prévoit d’aménager la section en terre entre la frontière avec le Congo et Mintom (105,5 km) et de revêtir la section entre Mintom et Djoum (83 km). La deuxième phase du projet consistera, au Congo, à revêtir la section entre Biessi et la frontière avec le Cameroun et, au Cameroun, à revêtir la section en terre entre la frontière avec le Congo et Mintom.
Chef de file pour la mise en œuvre des programmes du NEPAD dans le domaine de l’infrastructure et de l’intégration régionale en général, le Groupe de la BAD consacre près de 60 % de ses interventions dans le secteur de l’infrastructure.
RAPPORT SUR L’ETAT DES DROITS DE L’HOMME sur les campus camerounais
Correspondance d’Alain NGONO pour l’ADDEC
Association de Défense des Droits des Etudiants du Cameroun 3 juin 2009
Voici bientôt cinq ans que la communauté estudiantine du Cameroun s’emploie avec forte détermination, par le truchement de l’Association pour la Défense des Droits des Etudiants du Cameroun (ADDEC), à défendre les droits et libertés des étudiants dans les universités et à faire respecter les libertés fondamentales consacrées dans les textes fondateurs de la République du Cameroun et les instruments juridiques internationaux relatifs aux Droits de l’Homme, ratifiés par l’Etat du Cameroun. A l’occasion de ce cinquième anniversaire de la création de notre association, le 31 mars, couplée à la commémoration de l’assassinat de plusieurs de nos bien-aimés camarades étudiants, abattus dans les campus par les forces de l’ordre, il nous a semblé opportun de dresser un état des lieux sur la question du respect des Droits de l’Homme et des Libertés dans les campus universitaires de la République du Cameroun, de 2004 à 2009.
Le refus de promouvoir un syndicat estudiantin libre et crédible
Depuis la création de l’Université camerounaise, aux lendemains de l’indépendance, les régimes qui se sont succédés à la tête de l’Etat ont toujours affiché leur volonté de caporaliser cette institution et d’en faire un instrument politique au service de leur seule reproduction. Cette volonté de caporalisation s’est manifestée au triple plan des structures, du contenu des enseignements et des hommes appelés à présider aux destinées de l’Université.
C’est cette manière de concevoir le rôle de l’institution universitaire qui a continué de primer après la réforme universitaire intervenue en 1993. En dépit de la participation active de la communauté estudiantine camerounaise aux mouvements sociaux en faveur d’une ouverture démocratique, du retour au pluralisme et à la liberté d’expression qui s’y prêtait – et peut-être même à cause de ce fait – le gouvernement camerounais a clairement marqué sa volonté de fragiliser le mouvement étudiant en suspendant l’association d’étudiants démocratiquement créée par la communauté estudiantine d’alors. Il s’est agit précisément de se débarrasser du très indocile et bouillonnant « Parlement »1. Une mesure qui, dans la foulée, s’était accompagnée d’un éclatement de l’Université de Yaoundé qui accoucha de quatre autres universités. Des micro-associations de facultés et grandes écoles virent aussi le jour, sous le contrôle coercitif des administrations universitaires. Ces petites associations se sont très vite révéler impopulaires auprès des étudiants, à cause de leur vassalisation et leur allégeance inconditionnelle à l’égard des autorités. Ces dernières quant à elles sont restées inflexibles. Elles n’ont jamais admis que des leaders moralement indépendants prennent la tête de ces micro-regroupements, ni de leur verser les fonds alloués à leur financement par les textes officiels régissant l’Université2. Une situation qui les maintient dans la précarité et dans une incapacité de fonctionner en toute liberté.
Toutes les velléités des étudiants tendant à susciter l’émergence d’associations autonomes étaient donc chaque fois étouffées dans l’oeuf. Ce n’est que 11 ans après ce qu’on appela « la réforme » que va naître, à l’Université de Yaoundé I, un nouveau mouvement estudiantin autonome au nom d’Association pour la Défense des Droits des Etudiants du Cameroun (ADDEC).
Très vite, les autorités marquent leur mécontentement et utilisent tous les moyens pour empêcher le fonctionnement de cette association. Quelques mois plus tard, après une grève lancée par l’ADDEC et qui avait paralysé cinq campus universitaires sur les six que comptent le pays pendant près d’un mois, le gouvernement est contraint de négocier et de signer des accords au forceps avec le mouvement étudiant.
Entre autres clauses de l’accord, figurait la facilitation de l’installation de l’ADDEC dans tous les campus, son introduction dans les différentes commissions de dialogue entre les autorités et les étudiants et sa reconnaissance comme interlocuteur légitime portant les aspirations de la communauté estudiantine. Mais, très rapidement, le gouvernement va abandonner ses promesses d’ouverture et utiliser toutes les ruses pour saboter les accords, cherchant par tous les moyens, y compris par l’usage de la violence, à ostraciser le mouvement étudiant naissant. Ce refus du pluralisme et du respect de la parole donnée va se traduire par plusieurs actes de limitation des libertés fondamentales.
Interdictions régulières de manifestations et des réunions
Dès Août 2005, les regroupements baptisés Senat des Etudiants se tenant tous les dimanches, à 15h, pour débattre pacifiquement et démocratiquement des problèmes des étudiants et des universités furent systématiquement interdits par les autorités universitaires. Une avancée pourtant âprement obtenue lors des négociations de sortie de grève le 07 mai 2005. La moindre rumeur de convocation de cette instance ou de toute autre réunion par le syndicat étudiant entrainait désormais une forte présence militaire dans les campus. L’ADDEC, après avoir été accueillie quelques mois plus tôt dans les campus par les autorités pour inciter les étudiants à rentrer dans les amphithéâtres, fut finalement exclu des campus et toute installation de ses antennes se heurta à l’opposition active des autorités. C’est dans cette ambiance d’entrave à la liberté d’association consacrée dans la loi n°90/053 du 19 décembre 1990 portant sur la liberté d’association que la situation va se dégrader et la répression se ferra bien plus féroce.
Milicisation et militarisation des campus
Le lancement de la grève avait permis aux autorités universitaires de se rendre compte de la faiblesse de leurs stratégies répressives. Ils vont donc tous se lancer dans le recrutement des gangs de bagarreurs de rues qui vont sévir dans les campus, molestant les étudiants et commettant des exactions graves sur ces derniers sous le prétexte du renforcement de « la sécurité ». L’on enregistra notamment des bastonnades, des séquestrations et d’autres formes d’humiliations et de sévices exercées sur les étudiants dans des camps soigneusement choisis par les autorités3. Le Ministre de l’Enseignement Supérieur, lors de la conférence des recteurs de la rentrée académique 2006, avait prescrit aux recteurs de renforcer le budget alloué à la « sécurité ». Saisissant la balle au bond, le Recteur de l’Université de Yaoundé I, Mme Dorothy NJEUMA, recruta peu après une escouade de 117 individus armés de gourdins et qui, depuis sillonnent jour et nuit le campus. Le même procédé a été appliqué à l’Université de Yaoundé II, à SOA. Des gendarmes et policiers font régulièrement irruption dans les amphis, dans des conditions de calme, et bastonnent les étudiants.
C’est le cas du 30 Novembre 2005 à l’amphi 502 de l’Université de Yaoundé I où les étudiants s’étaient réunis pour débattre du problème du paiement des droits universitaires et de l’usage des fonds ainsi perçus par l’Université. L’amphi fut alors soudainement envahi par des gendarmes en furie, appelés par le Recteur de l’époque, qui entreprirent de molester de millier d’étudiants réunis là.

Invasion de l’amphi 502 par les forces de l’ordre le 30 Novembre 2005 à l’Université de Yaoundé I

Exclusions, harcèlement et stigmatisation des leaders étudiants
Les stratégies de répression sont d’autant plus rudes qu’elles sont diversifiées. Certains recteurs usent de méthodes moins brutales là où d’autres se montreront sans scrupules.. A Yaoundé I, après la grève de Novembre 2006, le Recteur avait donné des instructions visant à ce que les critères de sélection au cycle du Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA) soient taillés sur mesures dans les filières où étaient inscrits des leaders étudiants ; ceci dans le but d’écarter ces derniers. En violation des dispositions réglementaires qui exigent comme condition une moyenne supérieure ou égale à 12/20, d’autres critères avaient été ajoutés dans les filières d’étude des leaders étudiants afin de les éliminer. Plusieurs étudiants, en filière chimie et histoire, à l’Université de Yaoundé I, avaient été ainsi recalés, victimes collatérales des mesures punitives visant les leaders étudiants MOUAFO DJONTU et MESSI Bala, respectivement président et secrétaire général de l’ADDEC. On estime à près de trois cents, le nombre d’étudiants ayant été victimes de ces mesures arbitraires.
A l’Université de Douala, le Recteur avait demandé au Ministre de l’Enseignement Supérieur d’approuver une mesure d’exclusion des étudiants TIENTCHEU Billy PATIPE et TSE TABANG Cletus, respectivement Président et Vice Président du FRONALICE (Front National pour la Libération de la Conscience Estudiantine). Cette mesure d’exclusion prise un an plus tôt mais mise en sourdine fut antidatée et remise à jour, en guise de punition. En effet, lesdites décisions étaient, à l’évidence irrégulières, injustes et illégales. Elles portaient la date de signature du 11 janvier 2006, et avaient été rendues publiques en décembre 2006, alors que les intéressés avaient régulièrement effectués leur scolarité pour cette année et obtenu un diplôme pour l’un4. Plus récemment, le 23 avril 2009 le Vice Chancellor de l’Université de Buea, prof. Vincent P.K TITANJI, a produit un communiqué dans lequel il suspendait, 13 étudiants, leaders de l’UBSU (University of Buea Students Union), en violation totale des textes en vigueur.
En effet le Décret N°93/027 du 19 janvier 1993 Portant Dispositions Communes aux Universités stipule en son Article 62 que seul le Ministre chargé de l’Enseignement Supérieur peut prononcer la suspension/l’exclusion temporaire ou définitive d’un étudiant des Institutions Universitaires publiques. Aujourd’hui encore, les leaders étudiants continuent de faire l’objet de régulières convocations par les services de renseignement de la police pour des interrogatoires portant sur leurs activités et sur la raison d’être des associations qu’ils dirigent. Lors d’un séminaire de formation des leaders étudiants au plaidoyer, au leadership et à la revendication non-violente, financé par le gouvernement américain en février 2007, les leaders de l’ADDEC avaient dû s’expliquer à plusieurs reprises auprès de la DGRE (Direction Générale des Renseignements Extérieurs), de la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) sur des soupçons de préparation d’une rébellion, de détentions d’armes, etc.
Il n’est pas superflu de mentionner que la tenue de ce séminaire avait été interdite par le Sous-préfet de Yaoundé VI, avant que la mesure d’interdiction soit désavouée plus tard par sa hiérarchie, probablement en raison des pressions de l’Ambassade américaine dans le pays. Toutefois, les agents de renseignement avaient suivi de bout en bout la session de formation.
Un agent de renseignement (au centre) pendant le séminaire

Dans une déclaration rendue publique le 07 décembre 2006, l’ADDEC relevait que malgré le tollé qu’avait suscité la gestion calamiteuse de la crise de Buéa, marquée par l’assassinat de deux étudiants par les forces de l’ordre, un leader estudiantin, Donatus WANOBI, Président du Parliament, avait échappé à une tentative d’assassinat perpétrée par des gendarmes qui avaient ouvert le feu sur lui, dans la nuit du 04 au 05 décembre 2006, après qu’il ait réussi à sortir de sa chambre, prise d’assaut par ses bourreaux, et à se fondre dans la nuit. Les mêmes soudards avaient procédé à l’enlèvement de quatre autres leaders de l’UBSU : MBOH TAGNYI, Noël TANGA, MBU Jarvis et Atem BAKIA.
L’ADDEC victime de menaces
A l’Université de Yaoundé I, il arrive souvent qu’à la suite d’actions entreprises par l’ADDEC, au sein du campus, des groupuscules clandestins fascisants – à base ethnique – sous des appellations du genre « Action Directe », sans doute à la solde de quelques barons zélés du régime politique en place, s’érigent en défenseur d’une « légalité républicaine » qui, curieusement, ne s’accommode pas du pluralisme et des libertés démocratiques. Ils procèdent par des actes d’intimidations et parfois de violences contre les leaders. C’est ainsi que pendant et après la célébration de la 3ème édition de la Semaine de l’étudiant camerounais, instituée par l’ADDEC en souvenir des martyrs des universités d’Etat du pays, des lettres d’intimidations et de menaces aux relents ethno-fascistes, signées « ACTION DIRECTE REPUBLICAINE » – un groupe fascisant jusque là inconnu – ont été adressées à notre association. L’un des membres de ce nouveau groupe occulte s’est affiché publiquement lors de la marche silencieuse organisée par l’ADDEC le vendredi 8 mai 2009, au sein du campus de l’Université de Yaoundé I, en mémoire des étudiants assassinés dans les universités d’Etat du Cameroun. Cet individu qui d’après nos premières investigations s’appellerait ATANGANA Jacques s’est présenté comme un enseignant de l’Ecole normale supérieure de Yaoundé (ENS) et a promis la disparition prochaine de l’ADDEC par tous les moyens.
Il importe de signaler que le nom d’ATANGANA Jacques se retrouvait déjà dans quelques unes des correspondances accablantes et scandaleuses, adressées par M. Jean MESSI, en 2005, au Premier Ministre, au Ministre de l’Enseignement Supérieur et à quelques autres très hautes personnalités de l’Etat. Dans ces correspondances publiées en novembre 2005 par le quotidien Le Messager (N°1999 du Mercredi 2 Novembre 2005), Jean MESSI, ancien Recteur de l’Universités de Ngaoundéré (1993-1996) et de l’Université de Yaoundé I (1996-1998) reconnait sa participation active à la création et au financement des milices tribales dans les universités d’Etat (notamment à l’Université de Yaoundé I) en vue de ruiner toute entreprise ou mouvement de revendication de la communauté estudiantine. Jean MESSI y présentait ATANGANA Jacques comme son fidèle homme de main, chargé des salles besognes dans cette entreprise de milicisation des Universités (voir les pages 5, 6 et7).
Le très zélé ATANGANA Jacques et ses commanditaires tapis dans l’ombre qui, de toute évidence, viennent donc de reprendre du service à travers « Action directe républicaine » n’ont manifestement pas tardé à passer de la parole aux actes. Ces derniers jours, une série d’actes de sabotage – épousant les méthodes des mouvements terroristes clandestins – ont frappés le syndicat étudiant : des « inconnus » ont tenté de forcer la porte du domicile d’un des membres de l’association dans la nuit du 07 au 08 mai dernier, la plaque indiquant l’emplacement du Siège de l’ADDEC, non loin de l’entrée de la Cité universitaire de l’Université de Yaoundé I, a récemment été détruite en pleine nuit, des tracts accusant l’ADDEC de « perturber le pouvoir du président Paul Biya » et promettant à ses membres qu’ils « n’échapperont point » ont été glissés dans les bureaux de l’association…
Fréquentes descentes des forces de l’ordre dans les campus
Le recours fréquent aux forces de l’ordre est certainement dû à une interprétation maladroite, abusive et hâtive des franchises universitaires qui disposent en substance que le Recteur assure la police universitaire. A ce titre il/elle est autorisé(e) à faire appel aux forces de maintien de l’ordre. Les autorités universitaires profitent donc de cette disposition de la loi pour fermer tous les espaces de liberté et inviter la soldatesque dans les amphis au moindre prétexte.
Policiers et forces anti-émeutes. Chasse aux étudiants à Buéa, lors de la grève d’avril-mai 2005.

En 2006, par exemple, sur invitation de Madame le Recteur d’alors, le Sous Préfet de Yaoundé III, ONDOUA AKOA Alphonse Roger s’était personnellement retrouvé à la tête d’une escouade policière ayant investi le campus pour empêcher une assemblée estudiantine organisée par l’ADDEC. Débordant de zèle et armé d’un gourdin, le sous-préfet lui-même assena alors plusieurs coups à LINJUOM MBOWOU, Vice Président de l’ADDEC, (ce dernier s’en tirera avec des blessures à la tête), montrant ainsi l’exemple affligeant de la violence imbécile par laquelle les pouvoirs publics s’efforcent d’étouffer toute forme de protestation sociale et de manifestation pacifique au Cameroun, dans les campus universitaires comme ailleurs.. Dans la nuit du 27 au 28 février 2008, après le discours va-t-en-guerre du Chef de l’Etat, suite aux émeutes dites de la faim (émeutes en réalité liées à la mobilisation populaire contre la modification de la constitution et qui secouèrent les principales villes du pays), une meute de militaires était descendue à la Cité universitaire de l’Université de Yaoundé I et avait commis des exactions graves. Les étudiants NTYAM Freddy Lionel (photo a), ZAMBO Franck Thierry (photo b), BIKOE Jean Renaud, EBO’O Félicien, ESSELEM Irénée s’en sortirent avec des blessures profondes au niveau de la tête pour les uns et des jambes brisées pour d’autres. Des dégâts matériels fort importants furent également enregistrés (des portes de chambres défoncées, des scènes de pillage, etc.)
Les photos des étudiants de la cité Universitaire, bastonnés par les militaires en février 2008.

Le jeudi 23 avril 2009, le Vice Chancellor de l’Université de Buea a fait appel aux forces de police et de gendarmerie qui investirent le campus par centaines pour traquer les leaders de l’UBSU (University of Buea Students Union) et leurs camarades. Ils avaient posé douze points de revendications à travers un mémorandum visant l’amélioration de leur condition d’étude et de vie.
Traitements dégradants et torture des étudiants dans les commissariats
Il est de notoriété publique que les citoyens, et des étudiants en particulier, continuent de subir des traitements dégradants et des tortures dans les commissariats publics, au grand mépris de la constitution du pays qui stipule dans son préambule que :
« Toute personne a droit à la vie et à l’intégrité physique et morale. Elle doit être traitée en toute circonstance avec humanité. En aucun cas elle ne peut être soumise à la torture, à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».
Plusieurs étudiants avaient été arrêtés en plein campus le 30 Novembre et le 06 Décembre 2005. Ils furent conduits au Secrétariat d’Etat à la Défense (Sed) et torturés au Groupement de Gendarmerie Territoriale du MFOUNDI sous le Commandement du Colonel TCHINDA Emmanuel.
Militarisation du campus de Ngoa-Ekelle

Mercredi 3 Mai 2005, la police avait procédé à une interpellation de 45 étudiants qui manifestaient pacifiquement à l’Université de Douala, suite au mot d’ordre de grève lancé à Yaoundé I par l’ADDEC. Plusieurs d’entre eux avouèrent, plus tard, avoir été torturés.
Des étudiants sont fréquemment détenus et condamnés pour leurs opinions
Il est difficile de faire un décompte complet des étudiants arbitrairement condamnés au
Cameroun pour leurs opinions ou leur engagement dans des actions de revendication des franchises universitaires. Voici toutefois quelques exemples. Entre novembre et décembre 2005, 18 étudiants de l’Université de Yaoundé I, tous membres de l’Association pour la Défense des Droits des Etudiants du Cameroun (ADDEC) avaient été arrêtés, torturés, jugés et condamnés par la justice camerounaise. Il s’agissait de : MOUAFO DJONTU, LINJUOM MBOWOU, SIMO SIMO, MANGA NOAH, OTELE OMGBA, FONYUY SANI, MOMYEM PROTASE, TCHOUTA Thomas, FIFEN OUSSENI, NTAHI Achille, ALUSE FON AYOH, OKALA EBODE Joseph Thierry, NOAH Robert et FOTSO Cyrille, MESSI BALA Jacques, GNITCHOGNA BATOGNA Rodrigue, IBRAHIMA MOHAMAN et TEMENOU TIOLO Aurélien. Ils ont été condamnés à des peines variant entre six mois d’emprisonnement avec sursis pendant trois ans et sept mois d’emprisonnement avec sursis pendant cinq ans.

Ibrahima MOHAMAN, TEMENOU TIOLO, MESSI Bala et BATOGNA Rodrigue libérés par le Procureur ABENA (décédé quelques mois plus tard) le 16 décembre 2005 afin de comparaître libre, après une dizaine de jours de détention et d’exploitation à la brigade des recherches. Mais en réalité, ils étaient à la disposition du commandant du groupement, le colonel TCHINDA Emmanuel.
Au cours des manifestations des jeunes contre la modification de la constitution en février 2008, l’ADDEC a effectué un inventaire non-exhaustif des noms des étudiants arrêtés à l’Université de Yaoundé I. Il s’agissait de :
TCHIENGWA DJOMO Paul Merlin, Université de Yaoundé I, Faculté des Sciences, Filière Sciences de la Terre Niveau 4(ST4), Matricule 02X136,
SANDJONG Yannick, Université de Yaoundé I, Faculté des Sciences, Filière Chimie (CH3), Matricule 04Q156 ;
NJUTAPMVOUI Ernest Dubois, Université de Yaoundé I, Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines –FALSH- Histoire Niveau 3 (Histoire 3) ;
ONVOHA Ernest Lincoln, Université de Yaoundé I, Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines –FALSH- Arts du Spectacle (AS), Matricule 07K281 ;
SIGNS KASINEY Gama, Université de Yaoundé I, Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines –FALSH- Linguistique Générale Appliquée Niveau 4 (LGA4).
A l’Université de Buea, une quarantaine sera aussi arrêtée, torturée puis, au finish, condamnée pour la plupart à des peines pécuniaires et privatives de liberté n’excédant pas trois mois. Il s’agissait de :
ABIA David, University of Buea, Ancien Président de l’UBSU ; signataire de la déclaration du Conseil Patriotique et Populaire de la Jeunesse (CPPJ) du 17 février 2008.
NGOYA Carlos, University of Buea, Ancien Vice-président de l’UBSU ;
OSAKE Robert, University of Buea, Level 300, Economics ;
OBEN Benjamin, University of Buea, Level 200, Education ;
NYEMO BETUMAMI Charles, University of Buea, Level 200, Environmental Science ;
ENGWOH NGOH ABIA, University of Buea, Level 300, Sociology ;
NGU BONGEN Blandon, University of Buea.
Tentatives d’assassinats et exécutions extra-judiciaires
Depuis 2005, six (6) étudiants au moins ont été tués par les forces de l’ordre à l’Université de Buéa. Cinq d’entre eux ont pu être formellement identifiés. Le 28 avril 2005 trois étudiants avaient été assassinés en plein campus par les forces de l’ordre, suite à des tirs à balles réelles et à bout portant. Les trois victimes s’appelaient : Gilbert NFORLEM, ALOYSIUS ABOUAM et ENOW Laura. Cette dernière avant d’être tuée à été violée par ses meurtriers.
Dans la foulée d’une autre vague de brutalité policière, le 30 novembre 2006, deux autres étudiants seront abattus à l’Université de Buéa par les forces de l’ordre, sur invitation des responsables universitaires. Il s’agissait de MOMO BENETT et UFEANEI IVOR. Les parties du corps touchées par les balles – la tête –indiquent clairement l’intention criminelle des policiers.
Les corps des deux étudiants abattus par les forces de l’ordre en novembre 2006 exposés à l’hôpital provincial annexe de Buéa.


D’autres étudiants ont pu être blessés pendant les événements par les tirs des policiers. Ci-dessous la photo d’un des étudiants blessé à la côte par une balle.

Recommandations
Il importe de reconnaître les limites de cet exposé sur l’état des droits de l’homme dans les campus universitaires du Cameroun. Cette présentation est nécessairement sommaire et indicative. Elle ne saurait prétendre à l’exhaustivité, en raison du climat hostile marqué par la confiscation des images et d’autres documents pouvant permettre d’attester de l’ampleur des exactions, de la répression ; en raison aussi du refus de certaines victimes de se confier ou de collaborer, par peur des représailles. La modicité des moyens logistiques et financiers dont dispose notre association pour mener efficacement un tel travail constitue aussi un handicap sérieux.
La situation actuelle de violations graves et permanentes des franchises universitaires et des droits et libertés fondamentales nous conduit cependant à formuler les recommandations suivantes aux différents corps socio-politiques et institutionnels.
Aux autorités universitaires
1. Abandonner le réflexe de violence systématique et de musellement des protestataires qui pousse à faire instinctivement appel aux forces de l’ordre en cas de désaccord avec la communauté estudiantine ;
2. Promouvoir la culture démocratique au sein du microcosme universitaire et privilégier le dialogue avec la communauté estudiantine ;
3. Consacrer la liberté d’expression, d’opinion et d’association dans les campus, de même que les libertés académiques ;
Au gouvernement de la République.
1. Promouvoir l’émergence d’un syndicat national et autonome d’étudiants ;
2. Rendre public les conclusions des commissions d’enquête sur les différents assassinats d’étudiants à l’Université de Buéa ;
3. Etablir la responsabilité des uns et des autres et sanctionner les coupables de ces actes criminels ainsi que les autorités ordonnatrices ;
4. Consacrer une journée ou une semaine entière à la commémoration de ces tristes événements ;
5. Eriger une stèle en la mémoire des disparus ;
6. Instituer l’observance d’une minute de silence le jour de la clôture des Jeux-Universitaires en mémoire des disparus ;
7. Le gouvernement de la république doit s’engager de toute urgence à promouvoir une culture de respect des droits humains et mettre un terme à l’impunité dont jouissent actuellement les agents gouvernementaux et les forces de sécurité ;
8. Agir immédiatement pour assurer la sécurité des défenseurs des droits humains et des leaders estudiantins à l’extérieur et à l’intérieur des campus ;
9. Cesser de harceler, menacer ou attaquer les étudiants ou leurs leaders ;
10. Travailler avec un large panel de défenseurs des droits humains et de journalistes afin de déterminer les mesures nécessaires à la protection des étudiants engagés dans la défense du respect des franchises universitaires et des droits de l’homme en milieu universitaire ;
11. Faire en sorte que des enquêtes soient rapidement ouvertes sur les menaces ou les attaques visant les défenseurs des droits humains, les étudiants et les enseignants, et traduire en justice les personnes responsables de ces actes, conformément aux normes internationales relatives à l’équité des procès ;
12. S’engager publiquement à renoncer à toute action ou inaction qui serait contraire à la liberté d’expression ou d’association des étudiants dans les campus ;
13. Veiller à ce que tous les décideurs connaissent les lois et règlements de la République et respectent pleinement le Code de procédure pénale ; les agents de l’État présumés coupables de violation des droits humains doivent être traduits en justice et relevés de leurs fonctions, si celles-ci leur permettent de commettre d’autres violations ;
14. Prendre en charge et indemniser les victimes des brutalités policières ; 15. Interdire formellement aux forces de maintien de l’ordre d’user d’armes à feu et de munitions réelles dans les campus universitaires et lors des manifestations citoyennes.
A la Communauté Internationale.
OEuvrer en collaboration étroite avec le gouvernement camerounais pour garantir l’application pleine, entière et sans délai des recommandations formulées plus haut ;
Faire en sorte que les ambassades étrangères au Cameroun fournissent un effort concerté pour soutenir de manière effective le respect des libertés fondamentales en milieu universitaire ;
Assurer une formation adéquate aux organisations estudiantines de défense des droits de l’homme et appuyer matériellement et institutionnellement les efforts de mise sur pied d’un réseau de défense des droits de l’homme dans les campus ;
L’Union Européenne, le Commonwealth, l’Union Africaine devraient en outre user de leur influence pour permettre que le silence ne soit plus entretenu sur les violations des droits de l’homme dans les campus, en faisant pression sur le gouvernement camerounais ;
Diligenter des enquêtes judiciaires, indépendantes et impartiales, sur les crimes et les violations graves des droits de l’Homme commis depuis 2005 dans les campus d’Etat du pays ;
Faire pression sur le gouvernement pour rendre public les résultats de ses enquêtes et punir les auteurs de ces crimes ;
Apporter une assistance technique, logistique et financière aux organisations de la société civile estudiantine camerounaise qui essaient actuellement de documenter les exactions perpétrées dans les campus.
Aux étudiants.
1.- Veiller à ce que tous les abus soient enregistrés par l’Association pour la Défense des Droits des Etudiants du Cameroun (ADDEC) ou par toute autre organisation de défense des droits humains, qu’elle soit estudiantine ou non.
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"Il faut choisir: se reposer ou être libre" - Thucydide.
INVITATION

Le FEST’ART vous invite à la série de représentations de spectacles de Théâtre programmées dans le Cadre du Festival de Théâtre des réalités
« ELF LA POMPE AFRIQUE » : spectacle crée à partir du procès d’ElF plus de 400 spectacles. Les derniers sont programmés dans le cadre de cette caravane à ne pas rater
Le 21 nov. à 19 h Centre Culturel Blaise Senghor à Dakar
Le 22 nov. à 21 au Dosso à Thiès
Le 24 nov. 21 h à l’alliance Franco-sénégalaise de Kaolack
Le 26 nov. à 21 h Centre Culturel régional de Tambacounda
Le 28 nov. à 21 h Amicale de la jeunesse de Kayes
Le 1er déc. à 21 h Carrefour des jeunes de Kita
Le 3 déc. à 19 h Quartier d’orange de Bamako
« L’ECHO… DES PAS DE L’HOMME » : des vois des caméléons avec Diarétou Keïta ancienne comédienne des 7 Koùss
Le 26 nov. à 20 h au Centre Culturel Blaise Senghor à Dakar
Le 28 nov. à 21 h au Palais des Arts de Thiès
Le 2 déc. à 21 h Amicale de la jeunesse de Kayes
Le 4 déc. à 21 h CFF de Bamako
Le 6 déc. à 21 h Centre Culturel régional de Tambacounda
Le 7 déc. à 22 h 30 l’alliance Franco-sénégalaise de Kaolack
« LE CLAN DU DESTIN » de la Compagnie Les Gueules Tapées qui traite de l’émigration clandestine
Le 28 nov. à 21 h au Cercle Maurice Gueye de Rufisque
Le 29nov. à 21 h au musée de Thiès
Le 1er déc. à 21 h Amicale de la jeunesse de Kayes
Le 3 déc. à 21 h Quartier d’orange de Bamako
Le 4 déc. à 21 h Carrefour des jeunes de Kita
Le 6 déc. 22 h 30 Centre Culturel régional de Tambacounda
Le 7 déc. à 21 h l’alliance Franco-sénégalaise de Kaolack
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Festival International Théâtre pour la paix
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