Cour pénale internationale - Actuellement adjointe au Procureur général de la Cour pénale internationale (CPI), en attendant d'être nommée prochainement à ce poste, Fatou Bensouda rappelle que c’est grâce à la contribution de plusieurs pays africains que cette institution de justice internationale a été créée en 2002. 'Un nombre important de pays africains ont contribué à notre création, à Rome, en 2002. Le continent compte le plus grand nombre de pays ayant ratifié notre statut. L’Ouganda, la Centrafrique et la République démocratique du Congo ont été les premiers à nous demander d’intervenir , indique-t-elle dans une interview à paraitre lundi dans le magazine Jeune Afrique.
Pour la magistrate gambienne, les Africains sont les leaders en matière de justice criminelle internationale.
'Concernant le Soudan et la Libye, pour lesquels nous avons été sollicités par les Nations unies, les ambassadeurs africains ont tous demandé notre intervention lors du vote au Conseil de sécurité', indique-t-elle.
Par ailleurs, ajoute-t-elle, les victimes sont très souvent africaines et il faut les protéger.
'Les Etats ont le devoir de le faire. Nous pouvons les y aider, ou le faire pour eux quand ils n’en ont pas la possibilité', souligne Mme Bensouda.
Elle qualifie de 'débat lamentable' d’insinuer que la CPI est à la solde des Occidentaux pour poursuivre uniquement les Africains.
'Non, la CPI n’est pas une cour de Blancs, c’est l’avenir de la justice criminelle internationale. Elle permet d’éviter les crimes les plus graves, partout dans le monde', insiste-telle, en prenant soin d’expliquer que dans son exercice, la CPI n’intervient qu’en dernier ressort laissant la primauté aux Etats pour juger leurs citoyens.
'La CPI est une cour de dernier ressort. En matière de jugement, la responsabilité première revient aux États. S’ils décident d’enquêter et de poursuivre, la CPI n’a d’autre choix que d’attendre', indique-telle, en se référant au refus des autorités libyennes de leur livrer Seif el-Islam Kadhafi et Abdallah Senoussi, l’ancien chef des services de renseignements.
'La justice libyenne fonctionne. Elle a déjà commencé à enquêter, et nous a d’ailleurs demandé de l’aider', fait-elle observer.
Fatou Bensouda a fermement réagi contre une faiblesse de sa part pour rendre une justice impartiale à l’égard des dirigeants africains ou d’être moins regardante sur les crimes commis par des Africains.
'Ces propos me choquent profondément. Surtout quand ils sont le fait de militants des droits de l’homme respectés. Pourquoi disent-ils cela ? Parce que je suis une femme ? Une Africaine ? Ils ne le diraient sûrement pas si j’étais un homme et un Occidental. C’est de la pure discrimination', estime-t-elle.
'Si j’étais influençable ou peu encline à poursuivre les auteurs de crimes, je n’aurais jamais brigué ce poste. Rassurez-vous, je serai un procureur général impartial et indépendant. Ceux qui n’y croient pas se trompent lourdement', assure-t-elle.
La cinquantaine , Fatou Bensouda a été ministre de la Justice de la Gambie et a travaillé au Tribunal pénal International pour le Rwanda avant d’intégrer la CPI en 2004.
Procureure générale adjointe, elle dirige au quotidien la division des poursuites internationales, qui présente les affaires criminelles aux différents juges de la Cour mais s’occupe également de nombreuses tâches que lui délègue son chef, l’actuel procureur général, l’Argentin Luis Moreno-Ocampo.
Pana 11/12/2011
Afrique: Les Africains ont contribué à la création de la CPI
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La nouvelle géopolitique africaine
16 janvier 2011 - Réagir à cet article Le journaliste écrivain Pierre Péan explique les mouvements tectoniques de la géopolitique africaine. Après la publication de «Noires fureurs, blancs menteurs» sur le génocide au Rwanda, Pierre Péan a fait l'objet d'un procès en sorcellerie de SOS Racisme, qui le qualifiait de révisionniste et n'était pas loin de le comparer au sinistre docteur Faurisson. En endossant l'enquête du juge Bruguière qui attribuait l'attentat contre l'avion du président hutu, Habyarimana, au nouveau maître de Kigali, le tutsi Kagamé, Péan, enquêteur hors pair, dérangeait. Il expliquait que le FPR (Front Patriotique du Rwanda) avait assis sa reconquête du pouvoir et sa légitimité sur le génocide, auquel l'armée française était injustement accusée d'avoir participé. Mais que les massacres de hutus par les tutsis avaient été tout aussi nombreux, notamment au Kivu, comme vient de le reconnaître l'ONU. Avec ce nouvel essai qui porte en sous-titre «Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique», Péan élargit la focale pour expliquer les mouvements tectoniques de la géopolitique africaine. Tout d'abord, le journaliste écrivain précise que la Françafrique n'est plus qu'un rideau de fumée, un paravent habilement mis en avant par les adversaires de Paris pour masquer leurs propres avancées sur le continent noir. Et du même coup, culpabiliser la France. Israël un peu partout Lu pour vous dans le www.letelegramme.com du 16 janvier 2011
La nouvelle géopolitique africaine
On parle beaucoup des Chinois, nouveaux prédateurs de l'Afrique, mais on oublie l'État hébreu présent depuis un demi-siècle au gré de ses alliances. Au départ, Israël est proche de la France puis s'en éloignera en raison de la politique arabe du général de Gaulle pour se rapprocher de l'Afrique du Sud. De Gaulle dira même à Ben Gourion, qui le presse de ne pas lâcher le pouvoir à Alger : «Vous voulez recréer un nouvel Israël en Algérie ?». À l'évidence, les juifs ne comprennent pas pourquoi la France, qui a défait le FLN, lâche le morceau aussi facilement. Israël est présent un peu partout organisant les services de sécurité des régimes africains, agissant en sous main pour favoriser la partition du Soudan dont le sud vient d'être soumis à référendum. Sans parler du fameux raid sur Entebbe ou le rapatriement des juifs falashas d'Éthiopie. Affaiblir Khartoum, jugé aussi dangereux que l'Iran est un objectif israélien partagé par Washington. Les Africains ayant souvent été les esclaves des Arabes, l'État hébreu tente de faire vibrer cette corde sensible pour favoriser les convergences.
La fin du pré-carré français
Mais l'auteur souligne également l'action des services secrets et des forces spéciales américaines en liaison avec le régime ougandais pour remodeler l'Afrique des Grands Lacs et s'approprier les richesses minières. En organisant d'abord la chute de Mobutu, puis en installant au pouvoir Laurent Désiré Kabila, qui ne fera pas l'affaire et sera remplacé par son fils. Tout en favorisant l'ascension de Paul Kagamé, formé par l'armée américaine. Les États-Unis ont décrété la fin du pré-carré français et du rôle de Paris comme gendarme de l'Afrique, qui lui était concédé durant la guerre froide. Du coup, le «choc des civilisations» marqué par le 11-Septembre s'est déplacé sur le continent noir. N'oublions pas que les premiers attentats qui annonçaient l'opération des terroristes islamistes à New York avaient été organisés contre les ambassades américaines sur les côtes d'Afrique de l'Est, notamment au Kenya. Carnages par Pierre PéanEditions Fayard, 24,50 €.
La Venus noire hottentote

L'affiche du film à voir absolument
La Venus noire hottentote
Paru dans sudouest quotidien français du 24 octobre 2010 10h28 |Par Sophie Avons.avon@sudouest.fr
cinéma : la Venus noire
Une icône mise à mort Saartjie Baartman était exhibée dans les foires au début du XIXe siècle. Dans « Vénus noire », Abdellatif Kechiche en fait un grand film sur l'obscénité du regard On l'appelait la « Vénus hottentote » - du nom d'un type de femme d'Afrique du Sud « stéatopyge », autrement dit nantie de fesses particulièrement développées. Elle était née à la fin du XVIIIe siècle et s'était retrouvée au service d'un Afrikaner, Hendrick Caezar. Lequel avait quitté femme et enfants pour partir avec elle en Angleterre chercher fortune en exploitant ses mensurations extraordinaires. En somme, elle était devenue un phénomène de foire, croyant qu'ainsi elle accéderait au monde du spectacle. Car Saartjie Baartman avait l'oreille musicale, une voix magnifique et des qualités de danseuse. Mais Caezar savait bien que, pour gagner vite de l'argent, ses aptitudes artistiques comptaient moins qu'une savante mise en scène de son physique.
Ils avaient mis au point un spectacle où Saartjie jouait la sauvage, capturée par Caezar, apparaissant dans une cage, obéissant à son « dompteur » qui haranguait les curieux venus voir la « bête ». Il la faisait alors quitter ses barreaux pour entrer en transe et permettre au public d'approcher son corps, de toucher ses formes. Saartjie se soumettait sans enthousiasme mais sans lutter non plus. Elle buvait pour oublier l'humiliation. Au moins était-elle nourrie et entretenue. Parfois même Caezar lui achetait des parures… Contre de l'argent Elle avait une autre singularité : des organes sexuels protubérants. Mais il n'était pas question, bien sûr, de les exhiber dans les fêtes foraines. D'ailleurs, personne ne le lui demanda jamais. Les seuls qui voulurent voir furent les scientifiques français qui, contre de l'argent, « empruntèrent » la jeune femme à Caezar. Durant quelques jours, à l'Académie royale de Paris, Saartjie fut donc observée, étudiée, dessinée, mesurée par une équipe d'anatomistes menée par Georges Cuvier. Ils n'avaient de cesse de vouloir prouver qu'elle ressemblait à un singe. Mais ils eurent beau faire, elle refusa d'ôter son pagne. Digne, belle, d'une tristesse poignante mais toujours droite, Saartjie poursuivit sa route sans quitter sa noblesse. Pourtant, passée de Caezar à Réaux, un montreur d'ours, elle ne cessa de péricliter. Ses belles prétentions artistiques laissèrent place à la fatigue de cette vie où, peu à peu, elle paradait dans les salons chics, provoquant la fascination des nantis, puis dans les salons libertins, puis dans la prostitution. Elle était devenue un corps inanimé dont profitaient les autres. De cette histoire réelle, Abdellatif Kechiche a tiré sa « Vénus noire », dont le visage en sueur scintille comme un diamant noir. Que serait-elle d'autre qu'une pierre, cette femme dont le film raconte la lente réification ? Une pierre, un minerai, une roche face à l'obscénité du regard des autres qui ne savent pas que de Saartjie et eux, ce sont eux les animaux - des bêtes curieuses, littéralement. Dans le rôle du voyeur La cruauté du parcours de cette femme est indissociable de cette obscénité, mais indissociable aussi du malaise que le film suscite, qui soumet pour partie le spectateur à ce rôle de voyeur que les autres tiennent. Cette dureté n'est pas la seule force d'une œuvre qui n'en finit pas de réverbérer les questions qu'elle lève, interrogeant non seulement les fantasmes d'une société civilisée, mais aussi la fin de ce XIXe siècle où la science donne bonne conscience à la suprématie des Blancs. Avec une volonté inflexible d'exhumer le passé dans sa chair même, Abdellatif Kechiche ne s'embourbe jamais dans des considérations psychologiques. Il s'attarde en plan serré sur le beau visage de Saartjie (qu'interprète avec une mélancolie impassible Yahima Torres) et, de toutes les violences qu'elle subit, y compris les plus sourdes, y compris sa mise à mort, fait un magnifique champ de mines dont la jeune femme est l'icône sacrifiée. « Digne, belle, d'une tristesse poignante mais toujours droite, Saartjie poursuivit sa route sans quitter sa noblesse » FICHE TECHNIQUE « Vénus noire », d'Abdellatif Kechiche (France). Avec Yahima Torres, Andre Jacobs, Olivier Gourmet, Elina Löwensohn, François Marthouret. Durée : 2 h 39. En salle mercredi.
Le beau visage de Saartjie, qu'interprète avec une mélancolie impassible Yahima Torres. PHOTO DR

Afrique-France : Un ancien ambassadeur au Sénégal parle
Le premier à déchirer le voile du silence, c'est Jean-Christophe Rufin. Médecin humanitaire, écrivain académicien, ambassadeur sui generis. Depuis trois ans, il représentait la France au Sénégal. Dans deux entretiens, à une radio sénégalaise puis dans le quotidien Le Monde, Rufin a mis les pieds dans le plat : « C'est un ministère sinistré, les diplomates sont dans le désarroi le plus total car ils ne se sentent pas défendus. » « Affaiblissement » Comme pour doubler la dose, deux anciens ministres sont montés au créneau, toujours dans Le Monde. Alain Juppé et Hubert Védrine tirent la sonnette d'alarme sur les nombreuses restrictions budgétaires imposées depuis longtemps et parlent d'un« affaiblissement disproportionné », à la veille d'un nouveau tour de vis. « L'effet est dévastateur : l'instrument est sur le point d'être cassé », avertissent les deux anciens ministres, l'un de droite, l'autre de gauche. « Tous nos partenaires s'en rendent compte. » Voilà pour le volet financier. Mais Jean-Christophe Rufin a aussi mis en cause le fonctionnement de la diplomatie française sur les questions africaines. En 2007, fraîchement nommé ambassadeur à Dakar, il espérait un nouveau cours dans les relations France-Afrique. Aujourd'hui, il se déclare déçu et conteste ouvertement Claude Guéant, secrétaire général de l'Élysée, qui gère souvent directement les dossiers les plus sensibles avec les pays africains, au Gabon ou au Sénégal. Le deuxième réseau diplomatique au monde Selon Rufin, sur bon nombre de sujets, les décisions échappent totalement au contrôle du ministre, Bernard Kouchner. « Les plus sensibles sont tranchées par Claude Guéant, qui est un préfet et n'a pas une connaissance particulière de l'Afrique », attaque l'ancien ambassadeur. « On n'est jamais trahi que par les siens », a rétorqué hier le ministre, qui avait nommé l'écrivain, ancien membre comme lui de Médecins sans frontières, à la tête de la plus grande ambassade de France en Afrique. Le porte-parole, Bernard Valero, a rejeté hier l'idée d'une diplomatie en crise. Avec 160 ambassades et un réseau unique d'établissements scolaires, le réseau diplomatique français est, par sa taille, le deuxième au monde, juste après les États-Unis. Derrière les douloureux arbitrages budgétaires, c'est un vrai choixpolitique qu'attendent les diplomates.Politique
Le ministère des Affaires étrangères en ébullition

Bernard Kouchner n'aurait pas la main sur les questions africaines, gérées directement de l'Élysée par Claude Guéant.
Court-circuité sur les dossiers africains, pris en étau par les coupes budgétaires, le Quai d'Orsay ne cache plus sa crise. « C'est un ministère sinistré », accuse Jean-Christophe Rufin, ex-ambassadeur à Dakar.
Aidez-vous, aidez l'Afrique!"
Interview
Afrique | 3 Avril 2010 | Mise à jour le 9 Avril 2010
Bob Geldof: "Aidez-vous, aidez l'Afrique!"
Le chanteur, militant du développement, accuse la France de ne pas être digne de ses engagements et de son passé africain.
L’ex-punk qui n’aimait pas les dimanches est devenu l’un des premiers militants du développement en Afrique, animant l’ONG One, avec son "collègue" Bono, mixant une compétence reconnue et une gouaille popu-irlandaise jamais abandonnée.
Le JDD a rencontré Bob Geldof au Kenya, où il était l’invité dune conférence du Fonds monétaire international.
Déçu par la France, il livre ici un plaidoyer pour l’économie, la politique, et contre la charité et l’oubli.
"On n’échappe pas à son histoire, et vous, Français, votre histoire est aussi africaine, et vous n’en assumez pas les conséquences. Appelez ça la gueule de bois postcoloniale, ou allez juste vous promener à Barbès, et regardez.
Pour beaucoup d’Africains, Paris est la porte d’entrée en Europe ou en Occident. C’est vrai aussi de l’Angleterre, mais les Français sont plus romantiques! Seulement, le romantisme n’y suffit pas. Il y a de la politique, des engagements, des responsabilités.
Ce n’est pas le sanglot de l’homme blanc ; ce que vous devriez à l’Afrique pour avoir été ses colonisateurs, cela existe: les peuples africains vivent dans des Etats aux frontières imposées par les anciens colonisateurs… Mais je parle des engagements contemporains, d’un Etat qui se veut une puissance mondiale et un leader de la régulation.
En 2005, les pays les plus riches de la planète s’étaient engagés à doubler leurs aides à l’Afrique. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, le Japon l’ont fait. Seule la France n’a pas rempli ses obligations - vous en êtes à 13% de vos engagements. J’en ai parlé au président Sarkozy, nous en avons parlé à Christine Lagarde.
"On doit faire de l’économie avec l’Afrique"
Ce retard doit être comblé. Vous serez les hôtes du G8 et du G20 l’an prochain. Vous allez être très importants pour l’Afrique à ce moment-là. Vous devez être dignes de ce statut.
Vous ne pouvez pas vous contenter de faire défiler des armées africaines pour votre prochain Bastille Day, à l’occasion du 50e anniversaire des indépendances…
Il faut être concret. Vous savez l’être. Je connais bien Michel Camdessus, l’ancien patron du FMI, avec qui j’ai commencé à travailler sur la dette ; je vois le rôle de la France dans le Fonds mondial de lutte contre le sida. Je sais ce qu’y fait Carla. La France doit être au même niveau sur l’aide au développement. Prenez ça comme le prix à payer en échange du rôle clé dans la régulation. On vous demande 0,51 % de votre PIB, pour respecter la parole, l’honneur et la dignité de l’Etat et du peuple français! Au demeurant, c’est votre intérêt.
Aider réellement l’économie africaine n’atteindra pas votre niveau de vie. Et, au contraire, vous vous ferez du bien. Investir en Afrique, c’est créer des emplois chez nous!
Je voudrais que l’Europe cesse d’être aveugle à un marché gigantesque.
Entre le sud de l’Espagne et l’Afrique, il y a huit milles! Huit milles entre nous, le continent le plus riche, et le continent le plus pauvre de la planète, et ce décalage est un trésor d’opportunités. Un milliard de personnes qui nous attendent, et nous regardons ailleurs.
Nous sommes à genoux pour entrer en Inde, pour faire du business avec la Chine, et cela va devenir de plus en plus difficile… Mais nous laissons l’Afrique? Un milliard d’Africains ne veulent pas de yaourts Danone, de grands vins, ou des eaux françaises? Ils ne veulent pas consommer comme nous? Ils ne veulent pas nous exporter des produits qu’ils fabriqueraient?
On doit faire de l’économie avec l’Afrique. Pour l’instant, on en est encore à une conception étriquée de l’aide – qui en réalité est convertie en bons d’achat de produits français, par exemple. Il faut faire le pari du développement, et encourager l’économie et la production.
Notre énergie viendra de l’Afrique, nos marchés, notre richesse future. La corruption, l’instabilité, les guerres ne sont pas des excuses: elles viennent de la pauvreté, qui est le problème structurel de l’Afrique et sera résolu dans le développement. Les Africains se bougent déjà tout seuls, ils ne nous attendront pas…
Je ne crois pas à la charité ou à la compassion pour résoudre les problèmes de la planète: je crois à la politique et à l’économie. C’est ce que je nous demande."
Propos recueillis par Claude Askolovitch - Le Journal du Dimanche Samedi 03 Avril 2010
Source : http://www.lejdd.fr
2008-2010 : Dérives dictatoriales en Françafrique...
2008-2010 : Dérives dictatoriales en Françafrique...
Si pendant plusieurs dizaines d’années, la France a placé des dictateurs affidés à la tête de ses anciennes colonies africaines, procédant selon les cas par l’assassinat des dirigeants élus ou par l’organisation de coups d’États militaires, la situation a nettement évolué ces dernières années.
Au cours des années 90, le nouveau contexte international (chute du mur de Berlin, discours de La Baule, développement du multipartisme) a poussé les dictateurs africains à faire quelques efforts de démocratisation de façade. Mais à l’exception de certains pays qui sont parvenus à instaurer une véritable démocratie, aidés en cela par le faible intérêt qu’ils présentaient pour l’ancienne puissance coloniale en termes de ressources naturelles (comme le Mali, ou encore le Bénin), la plupart sont restés sous la coupe de dirigeants autoritaires et corrompus que la France continue à soutenir bon gré mal gré, mais de manière moins grossière.
Pour ce faire, les validations, voire les soutiens logistiques à l’organisation d’élections truquées ont peu à peu remplacé les coups de force et les escouades de mercenaires. Sur ce plan, les premières années du mandat du président Nicolas Sarkozy ont été marquées par un silence complaisant, voire parfois par un soutien affiché à l’égard d’un certain nombre de graves reculs de la démocratie en Afrique.
Le soutien systématique de la France aux réélections frauduleuses des dictateurs historiques du continent
En terres africaines, la France se distingue par son soutien à des processus électoraux pour le moins douteux, notamment dans des régimes autoritaires où les scrutins visent non pas l’exercice de la souveraineté populaire, mais le maintien en place et la légitimation de l’oligarchie au pouvoir.
Dans ce cas de figure, les conditions minimales nécessaires à l’organisation d’un scrutin régulier et transparent sont rarement réunies, ce qui pousse l’opposition à refuser de prendre part à ces mascarades, quant elle n’est pas arbitrairement exclue du processus électoral (arrestations massives, refus de validation des candidatures pour des motifs fallacieux etc.). Mais la France ne semble pas s’embarrasser de ce genre de « détails ».
Ainsi, en Algérie ou en Tunisie, les scores staliniens respectivement obtenus par Abdelaziz Bouteflika en avril 2009 et Zine El Abidine Ben Ali en août de la même année, tous deux réélus à la tête de leur pays avec près de 90% des voix alors que les principaux opposants avaient été empêchés de se présenter ou avaient boycotté le scrutin, n’ont manifestement pas perturbé les autorités françaises. Elles n’ont en effet rien trouvé à redire à ces élections et se sont empressées d’en reconnaître les vainqueurs.
Au Congo-Brazzaville, les nombreuses critiques émanant de l’opposition (dont une partie a également préféré boycotter le scrutin) mais aussi de l’Union Européenne, dénonçant le manque de fiabilité des listes électorales, la partialité de l’appareil administratif, ou encore l’absence de contrôle des urnes, n’ont pas non plus chiffonné la France. Le résultat de la présidentielle de juillet 2009 fut d’ailleurs révélateur de ces conditions d’organisation désastreuses. Car si Denis Sassou Nguesso a eu le triomphe plus modeste que ses collègues maghrébins, il a tout de même obtenu un score douteux de 78 % des voix dès le premier tour.
La France, championne de la légitimation de putschs et de la normalisation de situations d’exceptions
Outre les récurrentes réélections frauduleuses de ces dictateurs inamovibles, la France s’accommode également régulièrement du renversement d’un président légitime et de l’organisation d’une mascarade électorale visant à prendre sa place en toute impunité et en violation flagrante de la Constitution du pays.
Ainsi, au Gabon, l’ensemble des journalistes, opposants, société civile, universitaires, politiques et même responsables du régime de feu Omar Bongo (38 ans de règne à la tête du Gabon), s’accordaient à dire qu’on ne pouvait envisager un scrutin transparent sans, au moins, une révision des listes électorales. Malgré tout, la France a soutenu sans conditions le fils Bongo dans sa course contre la montre pour organiser un scrutin le plus rapidement possible, empêchant ainsi une telle révision, et privant les opposants du temps nécessaire à l’organisation de leur campagne. Le scrutin fut donc organisé dès le mois de septembre 2009, soit à peine trois mois après le décès du dictateur paternel. En outre, ni le choix d’un scrutin à un seul tour, ni les innombrables irrégularités qui ont entaché le vote (bourrages d’urnes, usage de fausses cartes d’électeurs, falsification des procès-verbaux des bureaux de votes), ni le fait que, pour finir, la CENI puis la Cour Constitutionnelle aient validé l’élection d’Ali Bongo (qui serait en réalité arrivé en 3e position) n’ont dérangé outre mesure les autorités françaises...
En Mauritanie, la France n’a rien trouvé à redire non plus au fait que le général putschiste Mohamed Ould Abdel Aziz (auteur du coup d’État contre le président légitime Sidi Ould Cheick Abdallahi en aout 2008) se présente à l’élection présidentielle de juillet 2009, élection pourtant organisée par une administration qu’il a lui-même mise à sa botte via des nominations à de nombreux postes-clés. Ce clan putschiste aux commandes de l’État a ainsi pu truquer massivement les listes électorales et gêner considérablement le gouvernement d’union nationale chargé d’organiser le scrutin. En outre, la diplomatie française a exercé une pression non négligeable pour pousser l’opposition mauritanienne à participer à un scrutin ne remplissant pourtant aucun des critères élémentaires d’équité et de transparence. La France s’est en effet arrogé le rôle de leader au sein du Groupe International de Contact sur la Mauritanie, amenant ses partenaires à soutenir son souhait d’organiser très rapidement une élection présidentielle (dans des délais inférieurs aux minimums prévus par la Constitution mauritanienne) malgré les mauvaises conditions du scrutin évoquées plus haut.
A Madagascar, les autorités françaises jouent à peu après le même jeu en soutenant le putschiste Andry Rajoelina (auteur en janvier 2009 d’un coup d’État contre le président démocratiquement élu Marc Ravalomanana), y compris lorsque celui-ci sabote les accords qu’il a lui-même signés après avoir négocié avec le président renversé et deux autres parties, sous l’égide de la communauté internationale. Or ce revirement du gouvernement de transition vise vraisemblablement à préparer l’organisation unilatérale d’une présidentielle en 2010. Là encore, la France ne voit visiblement pas d’incohérence à soutenir la candidature d’un putschiste, ce qui entérinerait le coup d’État qu’elle continue pourtant par ailleurs à condamner officiellement.
De la même manière, en Guinée, les autorités françaises furent les premières à légitimer le coup d’État perpétré par le capitaine Moussa Dadis Camara à la mort du dictateur Lansana Conté en décembre 2008. Alors que les militaires avaient annoncé la constitution d’un gouvernement de transition chargé d’organiser des élections dont ses membres seraient exclus, la France ne souffla mot lorsque le militaire putschiste revint sur ses engagements et annonça son intention de se présenter finalement à l’élection... Jusqu’à ce que cette junte irresponsable et criminelle perde toute crédibilité lors des massacres du 28 septembre 2009 qui firent plusieurs centaines de morts dans un rassemblement organisé par l’opposition et la société civile pour protester contre cette candidature, et que le capitaine Dadis soit à son tour victime d’une tentative d’assassinat qui l’écarta du pouvoir, sans doute définitivement.
Enfin, le cas du Niger est également révélateur de l’attitude de la France qui fait bien peu de cas des processus démocratiques en Afrique, tant que ses intérêts économiques et stratégiques y sont préservés. Le Niger abrite en effet d’immenses réserves d’uranium, qui en font le deuxième producteur mondia. Le président français s’y est d’ailleurs rendu en mars 2009, en compagnie de la présidente du directoire d’Areva, Anne Lauvergeon. Au menu des discussions, la signature par le géant français du nucléaire d’un contrat d’exploitation sur 30 ans de la gigantesque mine d’Imouraren.
Or ce pays qui comptait parmi les rares « laboratoires de la démocratie » en Afrique de l’Ouest a finalement été rattrapé par les dérives autocratiques qui menacent les pays africains détenteurs de ressources stratégiques abondantes (uranium, pétrole...). Ces ressources représentent en effet une gigantesque manne financière qui a tendance à aiguiser les appétits personnels des autorités politiques. Ainsi, à l’approche de la fin de son deuxième et dernier mandat autorisé par la Constitution, le président Mamadou Tandja enclenche au début de l’été 2009 un processus visant à se maintenir au pouvoir. Pour ce faire, il tente de faire passer en force une réforme constitutionnelle, finalement adoptée grâce à un référendum considéré comme nul et illégal par l’ensemble des forces d’opposition et de la société civile nigérienne, comme par la communauté internationale.
Pourtant, la France n’a pas semblé perturbée outre mesure par ce coup d’État constitutionnel, tant que les intérêts stratégiques d’Areva était garantis dans ce pays. Le premier partenaire économique du Niger n’a pris aucune sanction économique à son encontre, ni sur le plan commercial ni en termes d’aide au développement. Si la France a condamné pour la forme cette évolution anticonstitutionnelle, certaines déclarations des autorités françaises ont sonné comme une reconnaissance implicite du nouveau régime. Ainsi, suite au référendum illégal organisé par le président Tandja, le Quai d’Orsay a simplement « pris note » des résultats et a appelé à une large participation des forces politiques aux législatives organisées dans la foulée, ce qui fut perçu à juste titre comme un soutien à demi-mot au président, et comme une façon de légitimer la tenue d’élections dont le seul but était de faire croire à un retour de la légalité.
En définitive, le silence et l’inaction des autorités françaises dans cette affaire auront contribué à consolider une situation anti-démocratique qui a finalement conduit au blocage total du pays, dont ni la population ni les partenaires de la CEDEAO n’étaient prêts à accepter la dérive autocratique du président Tandja. Face à une telle paralysie, l’issue n’a pu être trouvée que dans un nouveau coup de force, militaire celui-là, qui vient de déposer le président Tandja. Espérons que les militaires sauront assurer une véritable transition démocratique, comme ce fut le cas en 1999.
Mais qu’on se rassure, la France a immédiatement reçu l’assurance des putschistes que les juteux contrats signés par Areva avec le président déchu ne seraient pas remis en cause !
La nébuleuse des acteurs complaisants avec les dérives dictatoriales
Outre le maintien de bonnes relations bilatérales entre la France et les pays concernés, la caution française apportée à ces mascarades électorales permet de légitimer ces régimes illégaux auprès de la communauté internationale. Pour ce faire, la France s’offre les services de toute une série d’observateurs aussi divers que complaisants. Les autorités françaises donnent d’ailleurs parfois l’impression de participer à une course contre la montre tant elles s’empressent de reconnaître ces élections manifestement truquées.
Des observateurs très spéciaux
Ainsi, en Mauritanie, la très françafricaine Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) n’avait dépêché que 300 observateurs pour contrôler le bon déroulement des élections (dans un pays deux fois plus vaste que la France). Plus préoccupant, cette mission d’observation était pilotée par l’ancien militaire putschiste burundais, Pierre Buyoya. L’onction apportée par ces observateurs très spéciaux conjuguée à la menace croissante du terrorisme islamiste dans cette région permit ainsi l’adoubement rapide du tombeur de la démocratie mauritanienne par la communauté internationale.
Mais le cas du Congo-Brazzaville est encore bien plus scandaleux. Alors que la présidentielle de 2009 était considérée par tous les observateurs comme un scrutin à haut risque, ni l’Union Européenne ni la France n’ont envoyé de mission d’observation officielle. Cependant, un certain nombre de personnalités françaises réunies au sein d’une obscure Coordination des observateurs franco-africains (Cofa) ont tout de même fait le déplacement pour observer le « bon » déroulement du vote, répondant à l’invitation de membres ou d’organes du gouvernement congolais.
L’examen de la composition de cette Coordination est édifiant, tout comme les prises de position de ses membres concernant le déroulement du scrutin. Parmi ces observateurs très spéciaux qui ont arpenté les rues de Brazzaville dans le sillage du président Sassou Nguesso, on pouvait ainsi croiser Jean-Michel Fourgous, député-maire UMP d’Élancourt et président du groupe d’amitié parlementaire France-Gabon (qui représentait d’après lui son homologue du groupe d’Amitié France-Congo), Jean-François Mancel, député UMP de l’Oise, ou encore Lev Forster et Pierre André Gaborit, tous deux avocats à la Cour de Paris.
Cette délégation était emmenée par deux émissaires françafricains de choix : le député européen Patrick Gaubert, président de la LICRA, ancien conseiller de Charles Pasqua, et qui fut notamment accusé par la FIDH d’avoir fait pression sur des familles des disparus du Beach de Brazzaville afin qu’ils abandonnent leurs poursuites contre les autorités congolaises ; et son collègue Jacques Toubon, ancien ministre, fidèle de Jacques Chirac et proche de nombreux dirigeants africains, tout récemment nommé par le président Sarkozy à la tête d’une mission interministérielle chargée d’organiser les « célébrations concertées » du cinquantenaire des indépendances des anciennes colonies africaines de la France.
Alors que le représentant de la Commission européenne sur place Miguel Amado s’était ému des conditions d’organisation du scrutin, estimant notamment que « les corrections apportées depuis le scrutin de 2002 n’[étaient] pas suffisantes », et faisant également remarquer qu’un fichier électoral de 2,2 millions d’électeurs dans un pays de 3,8 millions d’habitants posait question « surtout en Afrique où un grand pourcentage de la population est jeune », tous ces observateurs avertis n’ont pu quant à eux relever la moindre anomalie susceptible de remettre en cause le caractère démocratique de l’élection. Au contraire, ils multiplièrent les déclarations aussi péremptoires que choquantes, affirmant comme M. Fourgous que « l’élection [était] libre » et que « la démocratie fonction[nait] », ou encore comme M. Toubon que ces élections « correspond[aient] à l’état de la démocratie dans un pays comme le Congo », expliquant le fait que « beaucoup d’urnes n’étaient pas fermées » par le fait qu’il était « probablement plus difficile d’avoir des cadenas à Brazzaville qu’à la Samaritaine à Paris » !
Plus grave encore, ces observateurs qui n’avaient pas averti Miguel Amado de leur venue ont pris ce dernier à parti, estimant que ses critiques émanaient d’ « Occidentaux arrogants » vis-à-vis des africains, et réclamant même dans une diatribe publiée dans la presse pro-gouvernementale des « sanctions » à l’encontre du représentant européen !
Le rôle de la diplomatie et de la coopération française
La validation d’élections truquées mobilise également le corps diplomatique français. Les ambassadeurs ne sont en effet pas en reste, comme dans le cas du Congo, où l’ambassadeur de France Nicolas Normand a refusé de s’exprimer sur la présence controversée de ces observateurs français, mais aussi sur les multiples intimidations dont ont été victimes les médias internationaux français comme France 24 et RFI. En revanche, il a lui aussi salué « le bon déroulement et la bonne organisation de l’élection », susceptible selon lui de faire entrer le Congo « dans une ère de stabilité favorable à son développement ».
En Mauritanie, l’ambassadeur de France Michel Vandepoorter n’a quant à lui pas hésité à s’aligner sur les positions des putschistes, en incitant par exemple les partis opposés au coup d’État à participer à des « états généraux de la démocratie », pourtant organisés par une junte militaire...
Enfin, à Madagascar, l’ambassadeur de France Jean-Marc Châtaigner fut pendant longtemps le seul représentant d’un État étranger a avoir des contacts officiels avec les putschistes. Il assista même à une cérémonie de remise de décorations organisée par la junte. Lors des négociations du groupe de contact international sur Madagascar, l’ambassadeur s’est distingué par son activisme diplomatique pro-Rajoelina forcené, face aux autres diplomates européens beaucoup moins enclins à apporter leur soutien à un régime manifestement illégitime.
Outre la diplomatie, la Françafrique s’appuie sur son autre pilier qu’est la coopération. Celle-ci est donc également un bon indicateur de la position française au regard des élections truquées et des changements de régimes inconstitutionnels.
Ainsi, contrairement à l’Union Européenne qui suspend régulièrement sa coopération avec les régimes inconstitutionnels au nom des accords de Cotonou qu’elle a signés avec ses partenaires africains, la suppression des aides financières liées à la coopération française est très sélective. Pour la Mauritanie, il aura notamment fallu attendre le gel des aides américaines et européennes pour que la France fasse de même, avant de reprendre immédiatement ses versements dès la légitimation de l’élection du putschiste Abdel Aziz. En revanche les vannes de l’aide destinée à Madagascar sont restées grandes ouvertes malgré le putsch, à tel point que le département d’État américain a publié à ce propos une déclaration indiquant que la coopération bilatérale avec un « régime inconstitutionnel (…) [lui] posait un problème ». En Guinée, le massacre du 28 septembre 2009 provoqua bien une suspension de l’aide, mais celle-ci fut limitée à la seule coopération militaire. Au Niger, alors que l’Union Européenne avait suspendu son aide et condamné le régime désormais inconstitutionnel du président Tandja, et que le pays était également exclu de la CEDEAO, la France a continué coûte que coûte à verser son aide à son précieux partenaire nigérien. Quant au Congo-Brazzaville, à la Tunisie, et à l’Algérie, la coopération se poursuit bien évidemment comme si de rien n’était...
Le meilleur baromètre de l’attitude françafricaine à l’égard de ces dérives dictatoriales n’est d’ailleurs pas le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, mais bien le secrétaire d’État à la Coopération et à la Francophonie, Alain Joyandet. En effet, le champion de l’humanitaire et des nobles causes semble réduit à un rôle subalterne sur les dossiers africains. A l’exception de quelques déclarations comme celle-ci, à propos de la Mauritanie, qui souligne l’ampleur du décalage entre la vision française et les réalités locales : « le général […] Abdel Aziz [devait] démissionner au moins 45 jours avant l’élection présidentielle s’il souhait[ait] s’y présenter », alors qu’à ce moment, l’ensemble de la communauté internationale et l’opposition mauritanienne s’opposait au principe même d’une élection.
En revanche, son secrétaire d’État à la Coopération Alain Joyandet est un serviteur particulièrement zélé de la Françafrique. Toujours présent aux avant-postes, il est là quand les autres pays occidentaux n’osent pas envoyer de ministre : en Libye pour le quarantième anniversaire de la prise de pouvoir du colonel Kadhafi, en Guinée Conakry où il fut le premier responsable à rencontrer la junte, en Mauritanie pour la cérémonie d’investiture du général Abdel Aziz, au Gabon où il fut le premier officiel étranger à s’entretenir avec Ali Bongo, après être allé se faire adouber par Bongo père à sa prise de fonction, ou encore en Guinée équatoriale où il est allé rencontrer le sanguinaire Teodoro Obiang Nguéma réélu à 97 %...
Alain Joyandet est aussi l’homme des petites phrases qui en disent long, comme l’illustre ce petit florilège : concernant ses visites en Guinée et en Mauritanie, « j’assume ces déplacements voulus par Nicolas Sarkozy » ; à propos du putsch en Mauritanie, « les revendications des militaires (…) ne sont pas toutes illégitimes » ; sur le référendum au Niger, « les premiers résultats (…) ne sont pas contestables » ; ou encore sur les élections au Gabon « la seule chose que [la France] fait dans cette élection, c’est d’aider au déroulement normal des opérations »…
Mais comme beaucoup d’autres membres du gouvernement, Alain Joyandet est avant tout le porte-parole de Nicolas Sarkozy. Il est vrai qu’en Françafrique particulièrement, la tête et le cœur sont toujours à l’Élysée.
L’Élysée, ses émissaires officieux et ses conseillers Afrique
Le président français s’appuie également largement sur « des émissaires officieux » qu’il dénonçait pourtant comme étant « d’un autre temps » lors de sa campagne électorale. Ces individus dont il regrettait alors qu’ils n’aient « d’autres mandats que ceux qu’ils s’inventent » n’ont toujours aucun mandat officiel, mais ne cessent de faire-valoir leur proximité avec Nicolas Sarkozy pour légitimer leur activisme affairiste et diplomatique sur le continent africain.
On se doit de citer ici l’inusable Patrick Balkany, maire UMP de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) et très proche du président français dont il a pris le fils Jean sous son aile. Outre son rôle trouble d’intermédiaire pour le géant français du nucléaire Areva en Centrafrique et en RDC, Balkany s’est distingué par de fracassantes déclarations en faveur des putschistes mauritaniens ou encore guinéens. A propos de l’élection présidentielle en Guinée qui devait mettre fin au gouvernement militaire de transition, celui-ci a ainsi déclaré que « la candidature de Moussa Dadis Camara ne [posait] pas de problème. C’est un citoyen guinéen comme les autres. Ce qui est important, c’est le respect de la forme. La régularité. La transparence des élections. » Peu après ces propos, des centaines de Guinéens se faisaient massacrer pour s’être rendus à un rassemblement visant à protester contre cette candidature...
Mais le plus emblématique des conseillers occultes du président en matière d’affaires africaines est sans conteste l’avocat Robert Bourgi. Celui-ci se présente lui-même comme l’intermédiaire entre l’Élysée et les dictateurs françafricains. Nicolas Sarkozy le décore d’ailleurs de la Légion d’honneur dès son arrivée au pouvoir en 2007, affirmant « pouvoir continuer à compter sur [sa] participation à la politique étrangère de la France, avec efficacité et discrétion ». Parmi les méfaits dont il s’honore, Bourgi s’est notamment vanté d’avoir obtenu, à la demande d’Omar Bongo, la destitution du secrétaire d’État à la Coopération Jean-Marie Bockel, coupable d’avoir voulu « signer l’acte de décès de la Françafrique ». Très en cour au Gabon, Bourgi a activement fait campagne pour le fils Bongo, affirmant qu’Ali Bongo était « le meilleur défenseur des intérêts français ». Soucieux d’être plus explicite, il est allé jusqu’à déclarer au Monde : "Mon candidat, c’est lui. Or, je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy et de manière subliminale, l’électeur gabonais le comprendra "...
En Mauritanie, on l’a également vu participer dans la capitale à la campagne électorale du putschiste Mohamed Ould Abdel Aziz, après avoir introduit les représentants de la junte auprès l’Élysée. A Madagascar enfin, il a dépêché un de ses proches, Patrick Leloup, comme conseiller auprès du putschiste Andry Rajoelina.
Mais Bourgi n’est qu’un avatar de l’éminence grise sarkozienne Claude Guéant, pour qui il a joué à plusieurs reprises l’entremetteur (Mauritanie, Côte d’Ivoire, etc.). Le secrétaire général de la présidence est en effet le véritable successeur de Jacques Foccart : à l’instar de son sulfureux prédécesseur, Guéant a la haute main sur les affaires africaines (mais pas uniquement), et sa politique est claire : « On ne va pas se brouiller avec ceux qui nous rendent de grands services ».
Il a ainsi usé de son influence pour que Kadhafi reçoive le putschiste malgache Andry Rajoelina, après l’avoir lui-même reçu fin janvier 2009.
Claude Guéant a également rencontré à Paris les généraux putschistes mauritaniens à plusieurs reprises. Il a également reçu, à la mi-septembre 2009 (juste avant le massacre du stade), le général Sékouba Konaté, alors n°2 de la junte guinéenne, et qui assure l’intérim à la tête du pays depuis la tentative d’assassinat contre Moussa Dadis Camara, avant de recevoir un ministre du putschiste guinéen quelques jours à peine après les massacres et tandis que les chasses à l’homme se poursuivaient dans Conakry. Il a également reçu Ali Bongo, officieusement bien sûr, suite à l’élection contestée de ce dernier à la tête du Gabon.
Outre ces rencontres parisiennes, Claude Guéant voyage aussi beaucoup sur le continent. Au Gabon par exemple, où encore en Côte d’Ivoire, à propos de laquelle il serait d’ailleurs intéressant de connaître sa position en cette période de tensions liées à la préparation de l’élection présidentielle, surtout depuis le rapprochement Bolloré-Gbagbo...
Mais les signaux les plus forts de ce soutien français furent évidemment apportés par le personnage incarnant la plus haute autorité de la République, Nicolas Sarkozy. Celui-ci s’est ainsi rendu à Brazzaville où sa rencontre avec Sassou Nguesso, alors en pleine campagne électorale, fut perçue comme un soutien sans faille, ce que ce dernier ne s’est d’ailleurs pas privé de souligner. Lors d’un déplacement en Tunisie en 2008, le président Sarkozy assura également le président Ben Ali de sa « confiance totale », saluant d’hypothétiques progrès en matière de droits de l’Homme dans ce pays qui abrite pourtant l’un des régimes les plus policiers du continent. Nicolas Sarkozy fut d’ailleurs l’un des premiers chefs d’État occidentaux à féliciter Ben Ali pour sa réélection, comme il le fit pour l’ Algérien Abdelaziz Bouteflika, pourtant tout aussi peu respectueux de la démocratie que son voisin tunisien.
Concernant le Gabon, la réception d’Ali Bongo par Bruno Joubert, alors conseiller Afrique de l’Elysée, et surtout par le président français dès novembre 2008, fut un signe fort du choix de la France dans la guerre de succession provoquée à Libreville par le décès du patriarche Bongo. L’ordre protocolaire en fut d’ailleurs bouleversé : un simple ministre de la Défense, ce qu’était à ce moment-là Ali Bongo, ayant été reçu au palais présidentiel français, alors même que des présidents en séjour parisien n’y ont pas été accueillis. Le président Sarkozy a d’ailleurs reconnu l’élection d’Ali Bongo avant même que les recours devant le Conseil Constitutionnel gabonais n’aient été examinés... Depuis, l’heureux « élu » enchaîne les voyages à Paris. Il fut ainsi officiellement reçu deux fois à l’Élysée en moins de trois mois (novembre 2009 et janvier 2010), un record !
A propos du coup d’État à Madagascar, le président Sarkozy, tout en le déplorant, précisait qu’« il y a beaucoup de choses à dire sur l’ancien président [Marc Ravalomanana]. » Il est tout de même significatif d’enterrer le président renversé en l’appelant « ancien président », surtout en appuyant sur des griefs dont on ne sait pas de qui ils émanent, sauf peut-être des « intérêts français ». De même, pour sortir d’un coup d’État et résoudre le problème de l’illégalité du gouvernement (selon l’UA) et donc revenir à l’ordre constitutionnel, Nicolas Sarkozy « [a appelé] à des élections le plus rapidement possible » considérant qu’il s’agissait de « la seule façon de sortir de l’imbroglio ». Ou comment entériner le renversement d’un président avec lequel les relations étaient difficiles.
En voyage au Niger en mars 2009, le président français donnait là encore son opinion sur le président nigérien Mamadou Tandja : « C’est lui qui a redonné à la démocratie ses lettres de noblesse dans le pays »... au moment où ce dernier préparait son coup d’État constitutionnel dont les services français, très présents dans le pays, n’ignoraient sans doute rien. Dans la foulée, il justifiait la future inertie française en ces termes : « le Niger c’est un partenaire stratégique absolument essentiel. »
Suite au putsch en Guinée, le président français s’est simplement dit « préoccupé », sans condamner pour autant cette prise de pouvoir par la force. Enfin concernant la Mauritanie, N. Sarkozy enchaîne les mensonges les plus éhontés. En mars dernier, il affirmait ainsi que la France avait été la seule à protester face au putsch, « lorsque le président démocratiquement désigné a été retenu, moi-même je l’ai appelé, moi-même j’ai exigé qu’il soit libéré, mais enfin, force est de constater qu’il n’y a pas eu un député ou un parlementaire qui a protesté et qu’il n’y a pas eu de manifestations ». Outre le fait que Nicolas Sarkozy n’a jamais appelé le président renversé après le coup d’État, la France s’est contentée de faire part de ses préoccupations et d’affirmer suivre avec attention l’évolution de la situation. Le président français sera finalement un des premiers chefs d’État à féliciter Mohamed Ould Abdel Aziz après son élection frauduleuse, alors même que l’UE insistait sur le fait que « les allégations de fraude électorale devraient faire l’objet d’enquêtes appropriées ». N. Sarkozy ne semble donc pas perturbé le moins du monde d’avoir contribué à l’élection d’un nouveau chef d’État illégitime.
Au contraire, lors de ses vœux aux corps diplomatiques, le chef de l’État se vante d’avoir « soutenu sans réserve [un processus] qui a conduit au rétablissement de la légalité, puis à l’élection du président Aziz ».
On a beau être habitué au style décomplexé qui est devenu la marque de fabrique de l’expression présidentielle, on reste tout de même coi face à l’aplomb avec lequel Nicolas Sarkozy assène les contrevérités les plus flagrantes !
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Cinquantenaire des indépendances, Un camerounais écrit à Nicolas Sarkozy (suite et fin)
Je viens vous donner à lire un article publié dans le journal camerounais "le messager" du début du mois de février, à l'heure où on parle beaucoup des 50 ans des indépendances de 17 pays africains plus particulièrement les ex colonies françaises et belges et du coup d'état au Niger qui semble poser avec acuité la question de la démocratie en Afrique.
Cinquantenaire des indépendances, Un camerounais écrit à Nicolas Sarkozy (suite et fin)
Par leopold.chendjou | Mercredi 3 février 2010 | Le Messager
Les indépendances !
Anticipant sur les impondérables insurrectionnelles comme il savait si bien le faire, après avoir vainement réprimé dans une singulière violence toutes les velléités d’émancipation de ses colonies, faisant de victimes par centaines de milliers, le Général de Gaulle, dont vous vous réclamez, cède aux sirènes des indépendances, mais non sans avoir conçu et mis en branle ce sinistre système qui perdure et qui va désormais de paire avec la Ve République. Il a su détecter les indigènes les mieux à même d’intégrer la doctrine coloniale de la République et en faire des disciples assermentés. Piteusement acquis à la cause de la République, ces derniers partageront désormais avec elle la rente liée à la dette — pudiquement ou plutôt, cyniquement appelée « aide au développement » — et au pillage des ressources naturelles, des accords de coopération économique, financière et monétaire [en plus d’accords politiques, militaires et de défenses], ainsi que des accords sur les matières premières dites stratégiques ; engageant de facto des peuples innocents dans une sinistre dynamique de tragédie faite de misère, de médiocrité et d’abrutissement. La mayonnaise avait superbement pris ; le colonialisme mutait pour ainsi dire allègrement en néocolonialisme. Ainsi naquirent et prolifèrent sous suprême onction de la République, des régimes fantoches et diaboliques, ces dictatures des plus pernicieuses et des plus progrécides que votre pays dit des droits de l’Homme n’aura eu de cesse de parrainer au sein du concert dit des Nations, alors même que les populations dans leurs écrasantes majorités, ploient tragiquement sous le poids des misères des plus inconcevables des esprits dotés d’un minimum de sens civilisé. Votre pays apparaît à l’évidence comme étant le fidèle allié de ces régimes fantoches et despotiques, qu’il entend ainsi perpétuer obstinément. Et nouveauté des nouveautés, pour s’assurer les meilleures garanties de continuité, il a été instauré le concept de la succession génétique communément appelée succession dynastique. Le népotisme reste un exercice très français, c’est bien connu là-bas en Occident. Pas étonnant si les [ex]colonies subsahariennes de la République en font pratiques de prédilection. A en juger par les raccourcis que vous vous démenez sans retenue à ménager à votre bien adulé chérubin, Monsieur le Président, l’on comprend assez aisément les certitudes qui animaient le Prince du Gabon alors même que ce dernier s’engageait dans une épreuve électorale pourtant annoncée des plus tumultueuses et des plus incertaines… En somme, Monsieur le Président, ce n’est certainement pas un hasard si les sociétés francophones d’Afrique restent relativement les plus rétrogrades du continent, foncièrement antiélitistes. Les historiens estiment classiquement que la colonisation française n’a pas su former une véritable élite capable de gouverner les pays après l’indépendance, contrairement à la colonisation telle que réalisée par les Britanniques. Je dis non. Je m’inscris résolument en faux contre de telles flibusteries mémorielles. En vérité, Monsieur le Président, la colonisation française n’a jamais éprouvé la moindre volonté de former une quelconque élite capable de gouverner les pays après ces indépendances qui ne l’étaient bien entendu que de façade. Une authentique farce !
Aussi année après année, et particulièrement depuis une dizaine d’années maintenant, la France a su susciter une certaine inimitié auprès d’une jeunesse de plus en plus désabusée par les dictatures qu’elle parraine inconditionnellement. Et les tendances sont désormais implacables. Si vos collaborateurs de la Cellule Afrique de l’Elysée et ceux du Quai d’Orsay n’ont pas eu le courage de vous en faire état, je me charge volontiers de jouer bénévolement leur messager au détour de deux petites vérités non moins suffisamment loquaces sur la physionomie probable de l’élite intellectuelle d’Afrique dans les années à venir :
∑ Les étudiants africains des pays francophones qui désirent poursuivre leurs études en Occident optent désormais de préférence pour l’Angleterre, les Etats-Unis ou encore le Canada. Vous constaterez que la Belgique qui a également fait ses preuves avec un certain talent au Rwanda et au Congo-Kinshasa, est lotie dans la même enseigne que votre pays aux yeux de la nouvelle jeunesse des étudiants africains.
Chose à la mode, les parents avisés orientent désormais précocement leurs progénitures dans les cursus scolaires anglo-saxons.
Je veux bien croire que la prééminence de l’anglais sur la scène mondiale explique un tel phénomène qui tranche notamment avec l’immigration clandestine contre laquelle votre gouvernement se démène sans jamais comprendre que la déferlante dérive exclusivement de ces sinistres gouvernances en vigueur dans vos prés carrés africains. Et je ne saurais oublier ici le regard que portent à présent de pauvres citoyens africains sur vos expatriés plus ou moins innocents, désormais amenés selon vos propres consignes, à observer la plus stricte des prudences au quotidien pour ne pas s’offrir aux rancoeurs souvent ambiantes. Aussi humainement inacceptable soit l’expression des rancoeurs dans toutes ses formes, il n’en reste pas moins vrai que votre pays, lourdement impliqué dans les maux qui accablent la jeunesse dans ses [ex]colonies d’Afrique subsaharienne, reste responsable et coupable d’une politique d’ingérence tout autant humainement inacceptable. Et vous avez, bien entendu, le choix de continuer comme c’est le cas, à miser sur l’abnégation des dictatures et leurs milices pour maintenir de pseudos paix, à grand renfort de vos escadrons sous couvert des accords dits de défense. Au demeurant, il va s’en dire, Monsieur le Président, que du fait de la politique de prédation et de sujétion qui a toujours été celle de la France à l’égard de ses [ex]colonies d’Afrique subsaharienne, la jeunesse africaine frustrée et désabusée, s’éloigne, génération après génération, lentement mais sûrement, de votre pays et pire, de sa culture qu’elle assimile dorénavant à sa politique jugée pernicieuse, résolument progrécide.
La Françafrique pour toujours !
Après l’esclavage, la colonisation, les crimes politiques et les guerres sur les sols africains au moment même des indépendances supposées, arrive la Françafrique avec son cortège des crimes contre l’humanité. La République perpétue avec grand entrain ses sinistres exactions. Les intérêts privés priment sur les intérêts des peuples africains. Monsieur le Président, puis-je vous rappeler que peu après votre accession à la Magistrature suprême vous avez prononcé un discours annonçant la fin de la Françafrique dont je vous concède ici le mérite d’avoir si explicitement et officiellement reconnu l’existence. Permettez-moi cependant de constater à présent que c’est exactement l’inverse qui se produit ; même si personnellement je n’avais absolument accordé le moindre crédit à votre annonce. Au Togo, Gabon, Tchad, Congo-Brazzaville ou encore au Cameroun, pour ne citer que ces bananeraies, des exemples sont là pour attester que la rupture que vous prônez, relève de la pure rhétorique politicienne. Mieux, au lieu de mettre fin à la Françafrique, votre arrivée aux affaires a permis de décomplexer une pieuvre qui ne recule désormais devant rien, sans vergogne. A vrai dire, même les Africains les plus naïfs ne vous croient plus. Et ce n’est certainement pas votre cher ami Monsieur Bolloré qui me démentirait… Il est de ces exemples qui ne passent pourtant pas inaperçus, Monsieur le Président. L’Italie qui a effectivement foutu le camp en Libye depuis des lustres, va verser cinq milliards de dollars en dédommagement de la colonisation de ce pays. Qu’en dites-vous, Monsieur le Président ?
Vous me permettrez, Monsieur le Président, de vous raconter un petit fait-divers que j’ai vécu au Cameroun et que j’estime à bien des égards expressif. Par une nuit, attablé dans un restaurant à Yaoundé, je visionnais le journal de vingt heures sur la Première chaîne de votre pays. Journal au cours duquel j’ai eu l’occasion de constater l’élan de solidarité manifesté par les Français à l’endroit d’un petit garçon burkinabé, le nommé Idrissa Koanda, qui a ainsi pu bénéficier dans votre pays, d’une intervention chirurgicale sans laquelle il était de toute évidence condamné à une disparition certaine. Une cliente non loin de moi, visiblement séduite, ne put taire à son compagnon Blanc, très probablement un coopérant avec qui elle s’était attablée à grand plat de « caviar », sa vive admiration pour la France, pour la « générosité à l’endroit de l’Afrique ». Aussi étrange que cela pourrait logiquement vous paraître, Monsieur le Président, c’est à peine si j’ai pu contenir la vague de tristesse qui inondait mes sens… Et le respect qu’elle manifestait pour son plat, l’application et l’élan d’appétit qui étaient les siens, insinuaient sans ambiguïté qu’elle revenait de loin, sinon de très loin. A s’y méprendre, cette demoiselle ferait bien partie du cortège des victimes, cette jeunesse littéralement passée à la moulinette de la Françafrique, au compte de pertes et profits d’un système qui broie implacablement par milliers ces âmes dont le crime reste celui d’être issues des [ex]colonies de la République. A présent qu’elle semble s’agripper avec une certaine ténacité sur le radeau parachuté de lointain à dessein de jouir aussi de la manne qu’offre le luxuriant pré des Tropiques, elle s’imaginerait aisément au Paradis. Non pas qu’elle se sentirait véritablement au Paradis, elle se savait surtout péchée fortuitement de l’enfer tropical. Fût-il provisoirement !
Monsieur le Président, puis-je vous assurer que je ne porte pas malgré tout votre pays, la France, pour responsable final de la tragédie qui prévaut actuellement dans ses [ex]colonies d’Afrique subsaharienne. Non. Car ces pays, contre vents et marées, disposent désormais et parfaitement de tous les moyens de se déterminer véritablement par eux-mêmes et de fait, ils ont le plein choix de s’enliser tragiquement dans la pernicieuse politique de prédation qui a toujours été celle de votre République, de se complaire à cette funeste servitude datant de l’épopée esclavagiste et dans ce cas, n’ayant donc piteusement rien compris de l’essence même de la Raison humaine en opposition à la Bestialité humaine, ou alors ils se résolvent une fois pour toute à s’en affranchir et bâtir de nations dignes dans le genre, résolument engagées dans la voie du progrès social et de développement, tout au moins à l’image des Dragons et Tigres asiatiques. Je me demande cependant si dans l’histoire de l’humanité, outre le peuple Noir lui-même, il exista une République qui aura autant que la France œuvré si négativement pour l’image de l’Homme Noir dont vous avez vous-même pris le soin d’établir ce qui est à vos yeux le profil psychosociologique, à travers notamment votre fameux discours de Dakar sur « l’Homme africain ». A interroger l’Histoire, j’en doute, Monsieur le Président ! La France a pourtant su rester opportuniste pour s’approprier certains pseudos tournants historiques, assez souvent inéluctables, pour ainsi se targuer d’avant-gardiste sur les droits humains. Je pense surtout à l’abolition de l’esclavage, dont on sait à la faveur de la révolution industrielle qui rendait déjà inutile la main d’œuvre servile, ou encore à la déclaration universelle de droit de l’Homme qu’elle a abritée en grande pompe, et dont la question, du moins à travers le prisme du racisme, n’aurait probablement jamais dû être posée, si l’Occident [principalement] avait été habité par un certain esprit civilisé.
Et le racisme au cœur de la République
Tout comme vous, Monsieur le Président, les Noirs de nationalité française sont issus de l’immigration. Peuvent-ils pour autant légitimement éprouver ces aspirations qui ont été les vôtres et qui vous ont si royalement mené à la Magistrature suprême de votre pays ? Où sont-ils, les Noirs de votre République, Monsieur le Président ? Quelles positions occupent-ils sur l’échiquier politique national, et dans la société tout court, à comparer ne serait-ce avec ceux des pays au passé colonial tout aussi sinistrement étoffé que le vôtre ? Aussi la récente promotion de Monsieur Harry Roselmack comme premier présentateur Noir du Journal télévisé sur la Première chaîne, ou encore celle de Monsieur Pierre N’Gahane au titre de premier Préfet Noir de l’histoire de votre pays, avaient des airs des premiers pas de l’Homme sur la lune !… Sale épopée pour une communauté dont les ancêtres ont également et si généreusement versé de leur sang à dessein commun de libérer la République de la barbarie nazi !… La France n’est pas raciste ! C’est vrai qu’on ne lynche pas là-bas, du moins pas impunément. Si je ne m’abuse cependant, ce n’est sans doute pas un hasard si, il y a quelques années, votre pays en était arrivé à un doigt de voter un texte de loi acquis à l’apologie de la colonisation. Rien de moins ! Et plus encore, plutôt que d’affronter la problématique des discriminations si criardes dont sont victimes les minorités dites visibles dans votre pays, vous préférez sans surprise la continuité. Vous optez ainsi pour la perpétuation de ces subterfuges et autres stratagèmes de diversions dignes des grands classiques de votre République. Et votre génie éclairé de suggérer entre autres l’opportunité d’un débat républicain sur l’identité nationale, comme si chez vous dans votre pays, rien ne pouvait aller de soi, de bon sens, et qu’il faille absolument s’en remettre au verdict d’une société déjà mécaniquement articulée autour d’une culture de la différenciation, sur une question qui n’aurait pourtant guère droit de cité dans un environnement civilisé. Qu’on se le dise, un débat républicain sur l’identité nationale n’est en vérité rien d’autre qu’un exercice [national] de stigmatisation à l’effet direct de nourrir davantage les discriminations à l’encontre des « minorités visibles ».
En guise de conclusion, Monsieur le Président, je pense bien entendu que ce n’est pas ce sombre tableau de l’histoire de la République que vous et votre pays célébrez en cette année dite du cinquantenaire des indépendances des pays francophones de l’Afrique subsaharienne. Mais quel que soit le motif improbable de cette célébration, si vous pouvez au nom de la France, cinquante années après « les indépendances », regarder l’état de vos [ex]colonies de l’Afrique subsaharienne et en être intimement fier, alors, de Raison, vous et votre République avez sans doute de réels motifs de célébrer un événement heureux, au même titre qu’un parent qui célèbre le cinquantième anniversaire de son propre fils qui excelle désormais dans ces tares et turpitudes auxquelles il l’aura soigneusement prédestiné. La graine qui aura été semée derrière les couleurs dites officielles, a germé et poussé. Et tout cela a conduit à la prolifération de ces bananeraies des plus inégalitaires, des plus sinistres et des plus hideuses, qui portent pour l’éternité l’estampille du génie colonial de votre pays dit de Liberté, Egalité, Fraternité. La FRANCE.
Et comme je l’ai lu, Monsieur le Président, le programme de votre célébration prévoit un point d’orgue le 14 juillet prochain avec le défilé sur les Champs-Elysées des troupes de vos [ex]colonies, et surtout l’insigne honneur qui sera accordé à vos « homologues » des pays concernés, labellisés évidemment « démocrates », tout autant que vous !… Quoi qu’il en soit, Monsieur le Président, j’ose espérer, dans le sillage d’un colloque universitaire propre au génie intellectuel français, et de protocole et discours dont votre République maîtriserait le mieux la science, en savoir significativement sur un événement qui mérite à vos yeux, célébration plutôt que recueillement.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, les assurances de ma considération distinguée.
Badiadji Horretowdo
Ecrivain/romancier
© BH/janvier 2010
Email : contact@horretowdo.com
Site web: www.horretowdo.com
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2010 : pour les cinquante ans des indépendances africaines France à quand la rupture ?
2010 année qui voit la plupart des pays africains atteindre 50 ans « d’indépendances » plusieurs voix et écrits s’élèvent pour faire le bilan de ces 50 ans.
Pour la plupart ils s’accordent à faire le constat d’un échec global même si on peut noter quelques progrès de macro. Il ressort un pessimisme ambiant sur l’avenir de l’Afrique certains auteurs préconisent à la place des fêtes prévues des cérémonies collectives de deuil. Ce pessimisme est renforcé par l’idée méprisante de la France de célébrer à Paris les 50 ans des indépendances, vraiment indécent pour la dignité africaine à ce sujet tous les Africains et les populations des pays d’Afrique devraient se lever pour crier à l’injure scandaleuse et demander à la France de rester dans son coin.
Mais comble du ridicule, les Africains surtout les dirigeants en mal de reconnaissance vont tous se précipiter à Paris et les populations africaines n’ayant pas voix au chapitre vont se soumettre sans problème.
Et la France qui n’a jamais décolonisé ses anciennes possessions pourra continuer à faire étalage de sa suprématie sur les Africains.
Cette célébration par la France ressemble sans être excessif à un homme qui maltraitait sa femme déciderait de célébrer le divorce chez lui ou encore que l'Angleterre déciderait de célébrer l'indépendance des Etats-Unis d'Amérique.
Et pourquoi donc la France fêterait-elle les 50 ans d'indépendance des pays africains ? De quel droit ?
Est-ce pour pleurer le beau temps des colonies ? Mis à part le fait de rappeler sa gloire passée, je ne vois pas ce que la France peut tirer d'une telle célébration.
Cette attitude de la France conforterait l’idée que pour ses pays la décolonisation n’a jamais eu lieu.
C’est pourquoi il on doit dire NON la France, qu’elle n’a pas le droit de célébrer ces 50 ans
Non la France n’a pas le droit de bafouer la dignité des Africains.
Si la France veut vraiment célébrer ces 50 ans avec les populations africaines, qu’elle arrête de soutenir les dictatures qui confisquent les libertés
A quand la rupture ?
Avec l’arrivée de Nicolas Sarkosy qui en pleine campagne électorale avait promis la rupture à Cotonou au Bénin, on avait cru à un nouveau type de relations basées sur le respect et la dignité.
Hélas pour l’Afrique ce dernier s’est plutôt inscrit dans la continuité, avec le limogeage du ministre Bokel de son poste de la coopération et avec le gros mensonge prononcé en Afrique du Sud. Jusqu’à lors aucune troupe militaire française n’est rentrée à la maison.
La rupture promise pendant la campagne électorale de mai 2007 tarde à venir, mais on s’empresse plutôt à mépriser les Africains comme à l’accoutumé (Discours de Dakar où Sarkosy soutenait que l’Africain n’était pas rentré dans l’histoire et c’est peut-être pour ça qu’il prévoit de fêter le cinquantenaire des indépendances africaines à Paris à la place des Africains ?
Au lieu de persister dans l’insulte et le mépris, Sarkosy et la France devraient opérer une rupture.
En mettant fin à la françafrique et à tous les réseaux mafieux qui sévissent dans le business.
Nous ne voulons pas des repentances façon Jacques Chirac, on voudrait plutôt que la France et son président instaurent véritablement une relation d’égalité avec ses anciennes colonies et ce sera de son intérêt.
La France en agissant comme elle le fait actuellement, salit sa réputation de pays de droits de l’homme.
Elle s’aliène de façon irrémédiable un formidable marché pour sa production car les dictatures qu’elle soutient n’enrichissent qu’une poignée de gens, mais pas la France.
Dans le contexte de la globalisation et de la mondialisation, elle continue sa fragilisation économique et culturelle,Elle aurait plus intérêt à augmenter le niveau de vie des Africains pour que ceux-ci puissent avoir un pouvoir d’achat leur permettant d’acheter éventuellement les produits français, au lieu de se plaindre de la percée chinoise et d’autres pays asiatiques en Afrique et des délocalisations chez elle.
De la rupture, il y va de l’avenir de la France, car mieux vaut une séparation à l’amiable que par la violence. La France et les dictateurs maisons si ils ne prennent pas garde, seront dans les années à venir, surpris voire debordés par l’ampleur de la révolution qu’ils alimentent quotidiennement, comme toute révolution lorsqu’elle éclate on ne sait pas quand elle se termine ni comment elle se déroule.
Sommet sur le climat : L'accord qui n'en était pas un provoque un psychodrame à Copenhague
COPENHAGUE — L'accord climat entre une trentaine de chefs d'Etat des grandes économies de la planète a généré un psychodrame aux dernières heures de la conférence de Copenhague.
Impuissant, les yeux rougis de fatigue, le Premier ministre danois Lars Loekke Rasmussen qui présidait l'ultime session plénière, a dû se contenter depuis sa tribune de passer le micro pour une litanie d'invectives.
L'heure tardive - près de 03H00 du matin à la reprise des travaux - ajoutant l'exaspération à la frustration après douze jours de vaines négociations, le petit archipel de Tuvalu, dans le Pacifique sud, attaque bille en tête.
En profond désaccord avec le texte, qui fixe un réchauffement maximal à 2°C, son représentant le compare "à une poignée de petite monnaie pour trahir notre peuple et notre avenir".
Les petites îles militent pour que le réchauffement soit contenu à 1,5°C, sous peine d'être envahies par les flots.
L'Amérique du Sud passe alors à l'offensive: successivement, la Bolivie, le Venezuela, Cuba, accusent M. Rasmussen d'avoir "fait obstacle à la démocratie et à la transparence" et conduit "un coup d'Etat contre les Nations unies".
Théâtrale, la déléguée vénézuélienne brandit un doigt entaillé en expliquant qu'elle s'est coupé la main pour se faire entendre: "Il n'y a aucun consensus autour de ce document, nous ne voulons pas en discuter".
Mais le ton monte d'un cran quand le représentant du Soudan, Lumumba Stanislas Dia-Ping, compare le plan climat des chefs d'Etat à l'Holocauste. Cette déclaration, assène-t-il, "appelle l'Afrique à signer un pacte suicidaire". "C'est une solution fondée sur des valeurs qui ont envoyé six millions de personnes dans les fours en Europe".
"Répugnant", s'insurge le ministre britannique de l'Environnement, Ed Miliband, venu s'assoir sur les bancs américains. "Méprisable", ajoute la Suède.
Le Français Brice Lalonde raconte alors que son pays a défendu "jusqu'au bout" l'objectif d'un degré et demi: "Un seul grand pays s'y est opposé", insiste-t-il. Il confiera, à part, qu'il s'agissait de la Chine. "Les procédures (des Nations unies) nous menaient dans l'impasse. Les chefs d'Etat se sont mis à la tâche pour essayer de nous aider", ajoute-t-il en se disant "profondément blessé par les soupçons portés contre nous".
Le chef de la délégation américaine, Todd Stern, rappelle que son président a longuement consulté ses homologues brésilien, indien, chinois et sud-africain et trouve "décevant de voir ce travail non reconnu, voire déshonoré par certains qui y ont participé".
Dessima Williams, représentante de Grenade surgit alors en appui: "J'appelle mon frère du Soudan à revoir sa position et à réfréner ses sentiments et je peux l'y aider".
Kevin Conrad, délégué de la Papouasie Nouvelle-Guinée qui avait créé la sensation en 2007 à Bali, en faisant huer les Etats-Unis, défend à son tour un texte qui, "même imparfait, montre la volonté de nombreux pays industrialisés de réduire leurs émissions" de gaz à effet de serre et dont "beaucoup de faiblesses sont dues au G-77", la coalition des pays en développement que dirige le Soudan.
Le président souhaite en finir, il rappelle que certains ont des avions à prendre. Il est 06H00 passé. Copenhague aurait dû fermer ses portes il y a déjà douze heures, vendredi soir.
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