Le panafricanisme comme pour faire suite aux réflexions sur la grippe aviaire et l’Afrique
Pour l’Afrique les nouveaux défis comme le SIDA, la grippe aviaire, et la crise de l’eau, rendent d’actualité les idées de Nkrumah et des pères fondateurs de l’OUA. Tandis que l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation dans une optique du fédéralisme panafricain apparaît à long terme caduque même si à court celle-ci semble être nécessaire. Cette intangibilité contrairement à ce que l’on croit n’est pas un obstacle, tout au contraire elle nie l’idée d’une nation ou d'une république basée sur le fait ethnique ou tribale, qui depuis 50 ans est l’instrument privilégié de la politique coloniale. A leur profit, on peut dire, que les frontières actuelles ont participé à la stratification historique de l’Africain dans chacun des territoires. Elles ont renforcé dans l’imaginaire collectif africain, l’idée de l’unicité africaine. Elles reconnaissent l’Africain et rendent possible le fédéralisme et l’idée de la paix perpétuelle entre nations africaines.
Elles fabriquent du citoyen et appuie l’idée des droits de l’homme par le fait par le fédéralisme, tous les Etats sont solidaires entre eux. La prise en compte des autres peuples constituera le progrès attendu par le fédéralisme africain.
L’intangibilité des frontières au niveau de l’Etat, a pour le moment dans le cadre d’un processus évolutif, tout son sens, pour permettre l’élection au suffrage direct d’un parlement africain ayant de réels pouvoir de légiférer. Une étape décisive pour l’émancipation africaine et pourrait constituer un palier irréversible pour la paix et la démocratie.
Une des premières conséquences du fédéralisme aura pour effet de limiter les souverainetés nationales qui ont eu pour seule fonction d’exclure les différentes dictatures évoluant au sein de ces territoires clos du regard et/ou de l’ingérence des autres peuples d’Afrique.
On peut dire que c’est à cause de ces fameuses souverainetés nationales, que des pays comme le Nigeria, l’Angola, Congo, le Gabon, le Cameroun, excluent les autres peuples d’Afrique de la jouissance des richesses naturelles comme le pétrole.
Toujours à cause de cela, ces pays peuvent avoir à leur tête des dictateurs qui vendent à vils prix ces richesses sans que les autres peuples africains puissent intervenir. Par contre dans un système fédéraliste, il aurait été difficile pour les autres pays d’accepter cela.
L’intangibilité des frontières héritées de la colonisation a fait dégénérer les indépendances nationales en dictatures plus ou moins sanglantes.
Les enseignements de près de 50 ans passés, obligent à penser que l’expérience négative des indépendances qui a auto aliéner les libertés individuelles, la dignité humaine et le respect de la vie, devrait conduire les Etats africains à renoncer à leurs fameuses souverainetés et indivisibilité de territoire pour se diriger d’abord à l’intérieur de chaque pays actuel dans la voie du fédéralisme panafricain, si les populations africaines veulent s’imposer et se faire respecter sur la place mondiale.
Le fédéralisme doit commencer à l’intérieur des frontières actuelles de chaque pays, comme palier permettant d’éviter les guerres dites « tribales ». Plusieurs raisons plaident pour cette démarche :
- proximité du territoire avec les habitants,
- Démocratie sans trop d’intermédiaire,
- Liberté des individus,
Ainsi au sein des territoires plus ou moins homogènes, on ne peut plus évoquer la question ethnique, car les populations composant un territoire donné de façon théorique sont de la même ethnie.
Mais il faut vite souligner que le fédéralisme ne rayera pas de l’Afrique les questions dites ethniques, car la nature humaine a plus tendance à l’égoïsme qu’au partage.
Quoi qu’il en soit la première étape du fédéralisme au niveau de chaque pays africain révélera à ces territoires, jalouses de leur autonomie, d’abord leurs faiblesses notamment démographique, économique, politique, territoriale, et autres. La prise en compte de leurs faiblesses devra les conduire à gravir l’autre échelon celui du fédéralisme panafricain.
La coordination des mesures à prendre étant en ce moment-là, facilement réalisée.
Un fédéralisme panafricain issu de la volonté des peuples de se mettre ensemble renforcerait la liberté des individus et le progrès de ce continent.
Ce type de fédéralisme éliminerait aussi plusieurs facteurs de convoitise de richesses naturelles, donc de guerre entre pays, sur le prétexte des frontières comme il en est le cas entre le Tchad et la Lybie ; le Cameroun et le Nigeria ; le Burkina et le Mali.
Les pays africains au lieu de se faire concurrence entre eux se compléteraient comme par exemple sur les problèmes du coton, du café, du cacao, du tourisme et surtout sur la taille des usines.
La puissance politique et économique serait beaucoup visible.
Les causes de la soumission volontaire 5
Afrique : Les causes de la soumission volontaire par Lucien Naki
Pour trouver les causes de la soumission, je vous conseillerai de lire le livre de Ferdinand Oyono, LE NÈGRE ET LA MÉDAILLE.
À tous les MEKA et KOCUMBO qui sont complice de la tragédie africaine je leur dédie le texte du Professeur Abel Goumba, «Le rôle des élites africaines (ou le mal centrafricain)» Que chaque.«MEKA» Congolais-zairois, que chaque «MEKA »gabonais, que chaque «MEKA» ivoirien…puisse lire le texte ci-joint ,Le rôle des élites africaines, c’est un texte qui illustre les causes et les responsabilités dans la tragédie africaine.
LE VIEUX NÈGRE ET LA MÉDAILLE peut aussi aider à cette analyse « Vieux Nègre et la médaille, le (Ferdinand Oyono)* »
Ferdinand Oyono, dans Le vieux nègre et la médaille met en scène un personnage qui perd progressivement le contact avec la terre sans s'en rendre compte. Méka, le héros du roman d'Oyono, est un vieux tirailleur des deux guerres mondiales. Exemple même du "bon nègre," il a donné ses deux fils à la patrie et une partie de ses terres à la mission catholique. Pour récompenser sa générosité, les autorités coloniales décident de lui décerner une médaille lors de la fête nationale du quatorze juillet
Le roman de Ferdinand Oyono évoque les relations difficiles entre les colonisateurs et les colonisés. Lorsqu'ils sont arrivés en Afrique, les colons ont imposé leur culture et leur religion sans comprendre, ni accepter celles des autochtones. Meka prend conscience de l'hypocrisie des Blancs et des inégalités entre les deux peuples. C’est sans avoir l’air d’y toucher, par une ironie subtile, que l'auteur critique implicitement la colonisation qui cherche à détruire le plus complètement possible les coutumes, les traditions et même la mentalité des peuples africains. Il s’agit d’un livre qui invite à la réflexion sur un moment de notre Histoire, la colonisation, en montrant le point de vue des colonisés, en l’occurrence les Africains.
La perte de la dimension horizontale au profit de la dimension verticale provoque le malaise chez Koucoumbo. Le héros d'Aké Loba n'a plus "les pieds sur terre". Prise au sens idiomatique, cette _expression est bien choisie car concrètement Kocumbo n'a plus de contact avec la réalité. Il a perdu le contrôle de son être et de son corps en perdant la force de pesanteur qui l'attachait à la terre. Cette force est nécessaire à son équilibre car ce sol dont il s'éloigne est la terre natale, celle de ses ancêtres. Kocumbo est culturellement victime du malaise du déracinement. Dépouillé de son vêtement traditionnel, le vêtement moderne lui va mal. Coupé de son monde, le monde nouveau n'arrive pas à bien l'encadrer. Ainsi mal ajusté et mal adapté, Kocumbo flotte entre deux espaces diamétralement opposés; celui du haut et celui du bas; entre deux mondes incompatibles: le monde traditionnel et le monde moderne. Son malaise et son désarroi proviennent surtout de ces deux forces qui l'attirent dans deux directions antithétiques.
Le rôle des élites africaines (ou le mal centrafricain)
On a coutume de qualifier la plupart des dirigeants africains de << Révolutionnaires au bord de la Seine, mais bourgeois en Afrique >>. Cela n'est pas faux. Pour la République Centrafricaine en tout cas, c'est l'origine et la cause, en grande partie, de tout le mal dont souffre aujourd'hui le peuple mise en tutelle internationale, en fait, de notre pays.
Il ne pouvait en être autrement, si l'on se réfère à l'histoire récente du continent africain en général et du Centrafrique en particulier : << Continent marginalisé, mal parti, en état de survie, aux populations arriérées, analphabètes, ignorantes, pauvre, misérables ;
. Gouvernement des copains, incompétents, corrompus, dirigés par des roitelets, caractérisés par des abus de pouvoir, du favoritisme, du tribalisme, du régionalisme;
. Economie extravertie, encore dominée par l'économie de traite, offrant l'image de métropoles géantes aux assises fragiles, coexistant avec celle des villages affamés, aux taudis pourrissants et croulants, mondialisation de la misère et de l'incurie, etc.>>
Tels sont les quelques qualificatifs attribués couramment aux pays africains et à leurs populations.
Certes, des causes exogènes et endogènes sont souvent avancées pour expliquer le retard de l'Afrique Noire et le fossé qui se creuse de plus en plus entre pays développés et pays en voie de développement. Mais parmi ces causes, il convient de noter plus particulièrement le rôle néfaste joué par les élites et cadres africains dans le développement de leurs pays, notamment celui des élites et cadres centrafricains.
Pour mieux souligner l'origine et la cause du mal centrafricain, il suffit de suivre l'itinéraire politique des jeunes cadres centrafricains depuis leur entrée dans la Fonction publique locale jusqu'au pouvoir suprême de l'Etat.
Le jeune cadre national muni de son diplôme obtenu dans une université étrangère ou locale, dépose joyeusement et fièrement son parchemin, sur la table d'emploi du ministère de la fonction publique, comme une clé dont on se sert pour ouvrir une porte. Dès lors, il commence à lorgner du côté des personnalisées, de ses amis ou de ses collègues proches du pouvoir se familiariser avec les membres du Parti dirigeant. Poussé par l'appât du gain, il abandonne progressivement sa propre idéologie adoptée, développée et exposée depuis les bancs de l'université et à son entrée dans la Fonction publique, au profit de l'idéologie et des pratiques du Parti du chef de l'Etat. Il commence alors à se rapprocher des membres influents du Parti-Etat et à encenser le chef de l'Etat dès que l'occasion se présente, avec le désir secret de se faire remarquer. Il adhère au Parti-Etat, un parti qu'il avait pourtant combattu et critiqué naguère, surtout s'il s'agit d'un parti unique opposé à ses convictions démocratiques ou socialisantes.
Une fois dans le Parti au pouvoir , unique ou non, il cherche à entrer dans le comité de direction dudit parti, afin de se rapprocher des centres de décision , concernant surtout les postes ministériels, dont l'attribution est décidée par le Parti.
Par le jeu des luttes d'influence, des alliances éphémères intéressées, des magouilles et autres astuces , il finit par se hisser à la tête de l'appareil du Parti, ou à une place importante, avec l'arrière-pensée d'accéder au poste de ministère dans le futur gouvernement, fonction tant rêvée pour améliorer sensiblement son << confort digestif >> et son rang social.
Une fois parvenu au poste de ministre, notre jeune loup cherche à accéder, par le même mécanisme de luttes d'influences et autres ficelles, grâce à un réseau bien tissé de relations au poste de Premier ministre, tremplin pour l'accès aux plus hautes fonctions de l'Etat. Dès lors, la voie est ouverte et la tentation grande pour se présenter à l'élection présidentielle.
Voilà approximativement, en tout cas sûrement pour beaucoup, l'itinéraire administratico-politique de la plupart des élites et cadres centrafricains. Comme on peut le constater, cet itinéraire repose exclusivement sur la recherche obstinée du <<confort digestif >>. Car , adieu ! les principes démocratiques, adieu ! les sentiments nationalistes et patriotiques défendus naguère sue les bancs de l'université, dans la rue pendant les manifestations estudiantines, au sein des associations et corporations estudiantines dont les positions ont souvent été radicales en faveur de la démocratie, de la justice sociale, de la lutte acharnée contre la pauvreté et la misère , sous-tendue par l'intégrité, l'honnêteté, le courage pour braver les prisons et les brimades, le dévouement aux causes justes, etc.
Toutes ces belles théories, toutes ces prises de position seront et sont effectivement remplacées par ce que leurs auteurs appellent << réalités du terrain ou real-politik >>, mais qui, en réalité, n'est que la << politique du tube digestif >>, autrement dit la politique de la recherche exclusive du confort digestif, la politique des intérêts personnels et égoïstes au détriment de la démocratie, de l'intérêt général, du Bien commun.
En fait, les élites et cadres qui ont reçu les éléments d'une culture universelle les ont utilisés pour la satisfaction de leurs propres besoins personnels, abandonnent les analphabètes et les ignorants à leur sort. C'est ainsi que nos élites et nos cadres en sont arrivés à abandonner leur idéologie première et leurs sentiments d'humanisme puisés au << bord de la Seine >> pour s'installer en Afrique dans le fauteuil moelleux laissé par le colonisateur, devenant ainsi, << bourgeois en Afrique >>, pour le plus grand mal de leur pays.
Professeur Abel Goumba (in Ezingo N°1, septembre 1998)
Impressions de l'Afrique Noire en 1995 par Lucien Naki
Un commentaire de monsieur Naki avait été saisi sur mon blog à partir du site du grioo.com à propos de l'article "a propos de la violence d'Etat en Afrique"
Monsieur Lucien Naki a bien voulu poursuivre son commentaire par l'envoi d'un article que j'ai beaucoup aimé et je me fais le plaisir de partager sa lecture avec vous.
«La tragédie de l'Afrique est que trois siècles de la lourde intervention coloniale ont laissé à la plupart des pays, des mélanges de tribus étrangères les unes aux autres, avec seulement quelques cas de
concentrations territoriales ethniques où des communautés cohérentes pourraient remplir les conditions pour créer des états-nations (territoire identifiable, masse critique et identité culturelle et ethnique distincte). Si l'Afrique avait été laissée seule, elle se serait selon toute vraisemblance, organisée par elle-même en entités ethniques, culturelles et politiques naturelles, ou en états-nations comme l'Europe et l'Asie du Sud-Est l'ont fait.»
Impressions de l'Afrique Noire en 1995 par Lucien Naki www.katanga-freedom.org
Cinq mois passés à voyager, ça peut sembler long, mais c'est en fait une très courte période compte tenu de tous les pays que j'ai visités au cours de ce périple: Égypte, la Jordanie, le Soudan, Érythrée, le Yémen, Djibouti, Éthiopie, le Kenya, l'Ouganda, le Rwanda, la Tanzanie, le Malawi, le Zimbabwe, la Zambie, le Botswana, la Namibie, l'Afrique du Sud, le Lesotho, le Swaziland, le Mozambique, Israël, Chypre et le Maroc. Je ne suis pas resté assez longtemps dans chaque pays pour bien le connaître mais j'ai eu une vue d'ensemble générale, bien que superficielle, des parties est et sud du continent Africain. (J'avais déjà visité plusieurs des pays du nord et de l'ouest Africain, pour la plupart en voyage d'affaires.)
Bien entendu, il n'y a pas deux de ces pays qui soient tout à fait les mêmes. Chacun a ses propres traits spécifiques, ses attractions et ses problèmes. L'avantage du rapide survol que je me suis offert est de me permettre de faire des généralisations superficielles sur certains aspects qui m'ont semblé communs dans trois groupes distincts de pays du continent; l'importance de l'Islam au nord, celle de l'homme blanc au sud et celle du tribalisme au centre. Je traiterai du tribalisme et je sauterai le problème du fondamentalisme Islamique car il fait partie d'un plus grand problème qui n'est pas seulement africain.
Je suis rentré de voyage avec la forte conviction que le pire héritage de la période coloniale est le partage arbitraire du continent en entités politiques (pays) sans aucun égard pour les réalités ethniques et démographiques de leurs habitants. Je pense que cela a irrévocablement condamné l'Afrique Noire au tribalisme et à ses conséquences négatives.
J'écris ces impressions pour clarifier, pour moi-même, les fondements de mes sentiments, actuellement très pessimistes, sur l'avenir du développement social et économique en Afrique, et aussi pour tenter de comprendre nos propres contradictions Canadiennes à la lumière de ce que ce voyage m'a appris.
On m'a dit et répété plusieurs fois dans mes conversations avec des Noirs que le premier facteur de la politique Africaine a été, est, et restera probablement toujours, l'origine tribale et ethnique des politiciens, plutôt que leur idéologie ou que les programmes législatifs qu'ils proposent pour améliorer le bien-être de la communauté. Je suis arrivé à penser que c'est là la cause fondamentale de la stagnation sociale et économique en Afrique. En effet, comment le bien-être commun peut-il être primordial dans des pays où il n'y a pas de communauté partageant la même culture, les mêmes valeurs, et les mêmes origines. Dans des territoires où les gens s'identifient plus à leur tribu qu'à leur pays, il est naturel que l'objectif du pouvoir politique est de promouvoir les intérêts de son propre groupe ethnique ou tribal aux dépens des autres groupes, plutôt que d'assurer le développement social et économique maximal de tous. Ce contexte mène tout à fait naturellement au favoritisme tribal, à l'intolérance envers toute opposition politique (qui est généralement tribale plutôt qu'idéologique), au pouvoir arbitraire, au mépris des droits de l'homme et finalement, au népotisme et à la corruption généralisée qui sont les obstacles majeurs au développement économique et social dans la plupart des pays d'Afrique Noire.
On aurait eu le même résultat, si la seconde guerre mondiale avait artificiellement réorganisé les frontières européennes en partageant les nations existantes entre de nouveaux territoires, chacun comprenant des parties des pays qui existaient avant. Par exemple, dans un pays constitué d'une partie de l'Espagne, une partie de la France et une partie de l'Italie, la lutte pour le pouvoir aurait lieu entre le parti Espagnol, le parti Français et le parti Italien, plutôt que sur la base d'une idéologie ou d'un programme. Les mêmes considérations "tribales" domineraient vraisemblablement la politique d'un pays hypothétique, artificiellement créé à partir du Danemark, d'une partie de l'Allemagne, des Pays-Bas, de la Belgique et une partie de la France. La violence et le "nettoyage ethnique" en ex-Yougoslavie aujourd'hui, démontrent bien que les européens ne sont pas immunisés contre "tribalisme", même maintenant en 1995.
Cela montre l'importance capitale de l'existence d'une communauté ethnique et culturelle cohérente. C'est une nécessité à l'établissement durable de pratiques politiques démocratiques effectives et à l'impartialité de la Loi dans un territoire donné. La cohérence interne est aussi une nécessité à l'établissement de relations internationales durables et stables. Aujourd'hui la Communauté Européenne, qui ne marche pas trop mal, est possible seulement parce que des accords ont été négociés entre une succession de plusieurs gouvernements s'exprimant au nom de leurs États-nation souverains, chacun démocratiquement élu, représentant les intérêts d'entités démographiques cohérentes et complètes. Ça marche parce qu'aucune "tribu" ne domine les autres.
Ce n'est pas ce que j'ai observé en Afrique Noire où la plupart des entités politiques et territoriales (les soi-disant pays) sont dominées par une tribu aux dépens des autres tribus du territoire. Cela pourrait expliquer la présence de la crainte que j'ai perçue dans presque toutes les conversations politiques que j'ai eues avec des noirs Africains ordinaires. Il m'a semblé que, pour l'homme de la rue, la peur des conséquences qu'il aura à subir si sa tribu n'est au pouvoir, constituait une motivation politique plus puissante que l'orgueil ou l'ambition de faire parue de la tribu gouvernante. Cela indique une fois de plus le manque de cohérence et l'absence d'une communauté d'intérêts entre les diverses tribus composant la plupart des pays Africains. Ces "pays" ne sont pas des États Nations. Non seulement ils ne sont pas cohérents dans leur composition, mais ils ne sont pas complets parce que les communautés ethniques et culturales d'origine, (qui aurait pu former des États Nations), ont été partagées par les pouvoirs coloniaux entre plusieurs tels "pays". C'est le terrible héritage de la période coloniale; deux douzaines d'états manquant la cohérence et l'unité de vision nécessaires à un développement durable et deux douzaines ou plus, de tribus majeures, dispersées entre plusieurs "pays" comme les Kurdes sont dispersés entre la Turquie, l'Irak et l'Iran.
Le problème de la cohabitation ethnique existe dans divers autres endroits du monde, mais nulle part ne semble-il être aussi aigu et aussi généralisé qu'en Afrique Noire. Qu'arrivera-il à l'Afrique du Sud maintenant que le pouvoir est aux mains des Noirs? Je doute que la fière nation guerrière Zoulou n'accepte indéfiniment d'être gouvernée par le Congrès National Africain dominé par les Xhosa. Je doute aussi que la nouvelle constitution actuellement en préparation qui vise à protéger les droits des minorités, ne soit appliquée assez impartialement pour empêcher les éventuels conflits entre tribus. Une nouvelle constitution peut garantir les droits des minorités sur le papier pour réduire le risque de guerres tribales mais elle ne créera jamais une communauté cohérente à partir des tribus Xhosa et Zoulou, historiquement opposées.
Je suis d'avis qu'une solution structurelle doit être préférée à une solution constitutionnelle car le problème fondamental est structurel (l'absence d'un état-nation cohérent). Autrement dit je pense qu'il serait dans l'intérêt à terme de toutes les parties, qu'on accorde à la nation Zoulou l'indépendance que certains Zoulous ont réclamée. Une solution structurelle peut difficilement être appliquée sans de considérables souffrances là où les tribus potentiellement en conflit occupent le même territoire (Bosnie, Inde, Pakistan), mais elle est possible ici car les Zoulous sont en majorité dans la province du Natal (Zululand). Un Zululand indépendant avec une écrasante majorité Zoulou transcenderait naturellement les politiques tribales (car elle n'aurait pas à rivaliser avec une autre tribu majeure dans le territoire). Un Zululand indépendant découvrirait graduellement "la politique du contenu des programmes" comme le peuple du Tigré actuellement en Érythrée, récemment devenue indépendante de l'Éthiopie. Il est évident que l'actuelle coopération présente Érythrée et l'Éthiopie est mille fois meilleure pour les deux parties que la guerre civile destructrice qui les a appauvris pendant tellement d'années, avant que Érythrée ne se libère. De manière similaire, je sens qu'un traité de libre commerce et de défense mutuelle conduisant à une coopération économique efficace entre l'Afrique du Sud et un Zululand indépendant (et aussi avec le Lesotho et le Swaziland, qui sont déjà des États-Nations), pourrait être un meilleur modèle de développement (social et économique), que l'inconfortable cohabitation actuelle de ces deux tribus majeures, potentiellement en conflit, en Afrique du Sud.
Je pense que la façon que les noirs d'Afrique du Sud exerceront leur nouvellement acquise responsabilité de détenir le pouvoir sera cruciale, non seulement pour leur propre bien-être, mais aussi pour celui des pays voisins. Si l'Afrique du Sud noire arrive à se débarrasser du problème Zoulou de la manière suggérée ci-dessus, et si elle réussit à mettre en place une constitution généreuse et impartiale capable d'apaiser les craintes des blancs et celles des autres tribus minoritaires qui ne peuvent aspirer à l'indépendance parce qu'elles n'ont pas de territoire identifiable ou qu'elles n'atteignent pas la masse critique nécessaire pour pouvoir faire cavalier seul, alors il devient possible qu'une "politique de contenus" et une réelle démocratie multipartite puisse remplacer la politique tribale et le pouvoir du parti unique en Afrique du Sud, au fur et à mesure de développement d'une réelle communauté d'intérêts.
Dans cet heureux cas de figure, l'Afrique du Sud pourrait devenir un modèle pour les autres pays africains. De plus, avec ses importantes ressources naturelles, ses infrastructures et sa base industrielle développées et sa richesse considérable, l'Afrique du Sud pourrait être la locomotive capable d'entraîner plusieurs autres pays Africains dans la voie du développement.
Si toutefois l'Afrique du Sud tombe dans le piège de la politique tribale, alors, elle sera divisée, son énergie sera dépensée inutilement dans des conflits entre tribus, les capitaux et les blancs qualifiés
partiront progressivement du pays, le pouvoir du parti unique, le népotisme et la corruption généralisée deviendront inévitables et l'économie du pays se détériorera graduellement comme celle de la plupart des pays d'Afrique Noire depuis leur indépendance. L'incapacité de l'Afrique du Sud à déjouer ce négatif "scénario africain" malgré tous les avantages qu'elle a actuellement, scellera probablement le destin des autres pays africains à végéter avec peu d'espoir de ne plus dépendre de l'aide internationale et d'amorcer leur propre développement. Je pense que, d'une manière ou d'une autre, ce qui va arriver en Afrique du Sud aura une profonde influence sur toute l'Afrique noire.
Je ne connais pas tous les détails de la situation en Afrique du Sud, maintenant qu'elle est aux mains des noirs, mais je suis convaincu qu'un résultat positif là-bas, sera salutaire à la démocratie et la Loi dans tous les pays voisins. Je sens que le premier pas sera de transcender le tribalisme en accordant l'indépendance au Zululand et peut-être à d'autres tribus (si d'autres remplissent les conditions de territorialité et de masse critique mentionnées plus haut), pour donner aux Xhosa la majorité absolue qui leur est nécessaire pour bâtir un état-nation suffisamment solide pour éluder la politique tribale, tout en garantissant les droits des minorités restantes. Je crois que ce premier pas sera une nécessité pour que l'Afrique du Sud noire découvre les avantages de "la politique de contenus" et de la démocratie multipartite.
La tragédie de l'Afrique est que trois siècles de la lourde intervention coloniale ont laissé à la plupart des pays, des mélanges de tribus étrangères les unes aux autres, avec seulement quelques cas de concentrations territoriales ethniques où des communautés cohérentes pourraient remplir les conditions pour créer des états-nations (territoire identifiable, masse critique et identité culturelle et ethnique distincte). Si l'Afrique avait été laissée seule, elle se serait selon toute vraisemblance, organisée par elle-même en entités ethniques, culturelles et politiques naturelles, ou en états-nations comme l'Europe et l'Asie du Sud-Est l'ont fait.








