16 juillet 2008
Les intellos à peau noire
Lu Pour Vous :
Christian d’ALAYER : "Je suis content d’être blanc ! "
Bonjour. Je m’appelle Christian d’ALAYER et je suis "un con de blanc", comme on dit au Cameroun, qui a juste écrit un bouquin sur les Nègres, Un crime médiatique contre l’Afrique – Les Africains sont-ils tous nuls.
Depuis que, petit blanc merdique, je défends les Nègres au péril de ma carrière (je suis chômeur définitif à présent), j’en ai pris plein la gueule. Surtout des intellos à peau noire (je me demande ce qu’ils ont d’autre de noir, ces gus !)
Faut voir ce qu’ils m’ont sorti quand j’ai fait ce qu’on appelle la "promo" du bouquin, c’est-à-dire une série de conférences-débats au cours desquelles on explique ce qu’on a fait et pourquoi on l’a fait et, en retour, on se voit malmené par l’assistance.
Je me rappelle encore l’invitation d’une association d’étudiants majoritairement Sénégalais. Quand j’ai dit, oh ! Horreur, que l’aide publique occidentale était à la fois "peanuts" (égale à presque rien) et nuisible, j’ai vu se lever l’étendard de la révolte…nègre. De la part de gens qui, par ailleurs, conspuaient et conspuent toujours leurs gouvernants Africains qu’ils accusent notamment de dilapider l’aide occidentale.
Une bonne partie de la salle, toutefois, a pris parti pour moi, notamment quand j’ai mouché une jeune intellectuelle qui osait dire qu’elle voulait d’abord réfléchir avant d’accepter le développement du pays qu’elle avait quitté et que, probablement, elle ne reverrait jamais : cette jeune crétine, il n’y a pas d’autres mots, se permettait de critiquer le mode occidental de développement et exigeait un moratoire avant de le copier dans son ex-patrie.
Pas mal, non ?, quand on sait que les taux de chômage dans les grandes villes subsahariennes en cours de constitution avoisinent les 25% ! Je lui ai répondu, justement, que les pauvres ne pouvaient attendre et figurez-vous que ma réponse n’a plu ni à la dame, ce que je comprends, ni aux organisateurs de la réunion qui m’ont engueulé en public. Et c’est en réaction à cette engueulade qu’une partie de l’assistance, celle qui se tassait au fond de l’hémicycle, m’a littéralement ovationné.
L’opposition était plus que nette entre les intellectuels et le bas peuple, si vous me permettez cette expression un peu facile. Les uns se complaisaient dans leur univers nébuleux, les autres réagissaient face à la vraie vie.
C’est du moins la conclusion que j’en ai tirée en me disant toutefois que je pouvais me tromper et que les intellectuels Africains expatriés n’étaient peut-être pas tous comme Calixte BELAYA, vous savez, cette écrivaine Camerounaise qui a osé défendre les fermiers blancs du Zimbabwe contre le gouvernement de Robert MUGABE lequel, aujourd’hui, les exproprie. En oubliant beaucoup de choses au passage : que les Anglais, lors des accords de Lancaster House, avaient promis par écrit d’aider financièrement les Zimbabwéens à racheter les terres que les Blancs leur avaient piqué sans indemnités dans les dernières années du 19e siècle (c’est-à-dire hier) ; qu’ils n’ont pas tenu leur promesse et que, lorsque Robert MUGABE, poussé par ses anciens combattants de la Liberté , a voulu agir tout seul et en direct, il a été diabolisé par Londres ; que Londres, alors, a financé une opposition sur base ethnique en se fondant sur l’ethnie ultra minoritaire qui avait combattu aux cotés de IAN Smith contre les forces rebelles de Robert MUGABE ; et qu’en fin de compte, le dit MUGABE, bien que pas vraiment démocrate (mais la démocratie ne règne pas du tout dans le camp adverse qui s’est déchiré à plusieurs reprises sur ce thème), sera bel et bien considéré comme un héro de la décolonisation par toute l’Afrique noire dès qu’il sera mort (il n’est plus tout jeune).
Bref, vous avez sans doute pigé qu’une partie notable (tous ?) des intellos à peau noire et vivant en France n’étaient plus véritablement des Nègres.
Comment comprendre, sinon, que réunis au sein d’une association dont j’ai déjà oublié et le nom et les initiales tellement elle est absente du paysage médiatique, les intellectuels noirs vivant en France se soient aussi peu intéressés à la campagne électorale Française ?
Je n’ai pas le souvenir d’une seule intervention d’importance, un coup de gueule, une analyse dérangeante, quelque chose de fort, quoi !, qui vaudrait l’admiration des foules. Rien, le vide absolu, y’a même plus de Nègre chez RUQUIER ! Sans doute les intellos à peau noire sont-ils bien, justement, dans leur peau, repus, heureux, riches, embourgeoisés ? Et qu’ont-ils à faire alors des paumés des banlieues tiraillés entre un monde normal qui a foutu le camp, les parents chômeurs, l’école qui les a éjectés, un environnement de béton déshumanisé, le mépris des autres…
Et, face à cela, les facilités de la violence qui réhabilite les garçons (au moins, se disent-ils, ils sont des hommes), celles du "deal" qui procure argent et considération et celles du journal télévisé qui, une fois par an, vous rappelle que vous existez quand même !
"Regardez-vous, bande de salopards : vous vous auto désignez comme représentants patentés du peuple noir, vous monopolisez les ondes que vous abandonnent les Blancs, vous n’arrêtez pas de créer des associations et pas un n’a eu le courage d’intervenir dans la campagne électorale quand SARKOZY a brandi la menace d’un ministère de l’Immigration".
Alors, les bourges, y’en a pas un seul que cela fait frémir ? Sans compter les culs-terreux qui s’entassent dans les grandes villes d’Afrique et qui, faute de boulot sur place, font tout pour aller vers "l’Eden", ce Nord censé leur apporter le bonheur : ça vous en bouge une sans déranger l’autre, comme dirait CHIRAC ?
Je suis blanc et, probablement, plus intellectuel que la majorité d’entre vous. Et bien dites-vous que je suis plus que content d’être blanc ! Non parce que mon sort est préférable au vôtre, mais parce que je n’ai ainsi aucune honte à être intellectuel. Alors que, noir, je la ressentirais, cette honte, au plus profond de moi, en me disant que mes frères me maudiront des siècles durant. Car ils le feront :
Un jour, les Africains se poseront des questions. Et les réponses qu’ils trouveront ne vous ne vous plairont pas, mais pas du tout. Songez qu’il n’y a eu que deux interventions réellement nègres dans la campagne électorale Française : l’écrivain Béninois (il préfère parler du Dahomey) Olympe BHELY QUENUM dans le Gri-Gri International et un petit bout de femme, mère de famille, Marthe DAYAS-EYOUM, sur le site de Ségolène ROYAL, Desirdavenir.
Ah ! J’allais oublier aussi l’inévitable sondage de Jeune Afrique (sic), "pour qui votent les immigrés" (le canard est si peu Africain qu’il ne parle pas d’émigrés mais d’immigrés).
Vous trouvez ça correct ? Je ne parle pas "d’insuffisance", c’est un mot trop doux pour qualifier le comportement des élites Africaines émigrées en France face aux enjeux d’une campagne électorale de première importance.
Le vide, le vide absolu. La faillite…
Christian d’ALAYER
09 septembre 2007
Gestion de la forêt congolaise
Lu et approuvé pour vous sur le site de mon ami Pépin Boulou à Pointe-Noire GESTION DE LA FORET CONGOLAISE |
| INTERMINABLE POLEMIQUE SUR L’EXPLOITATION DE LA FORET CONGOLAISE |
(A mon Ami BIOKA BONGO Bernard) «Mentez, mentez. Il restera toujours quelque chose». Voltaire. Une ressource longtemps masquée. De même qu’un train peut en cacher un autre, de même une ressource peut en cacher une autre… Au Congo Brazza, l’immense succès de l’or noir a presque fait oublier, pendant longtemps, l’existence de l’or vert, la deuxième ressource du pays. Ressource renouvelable et inépuisable s’il est bien géré, le bois a été la première richesse du Congo Brazzaville jusqu’en 1972. A partir de cette date qui marque simultanément la fin de la suprématie du bois et le début du premier boom pétrolier Congolais, le secteur de l‘économie forestière fut non seulement relégué au second plan; mais manifestement négligé. Dès lors, les regards des Congolais, toutes catégories confondues, furent tous braqués sur l’exploitation pétrolière, et surtout les colossales recettes qu’elle a souvent générées. Une prise de conscience soudaine A partir de l’an 2000, la vigilance des Congolais, longtemps chloroformée par les miasmes des hydrocarbures, se réveilla brusquement. Le gouvernement congolais mis en cause Sans nul doute, ce débat public national au sujet de la forêt, avait été déclenché par l’hebdomadaire frondeur l’Observateur en fin décembre 2002. Ce journal Congolais titrait à la une:‘’Forêts Congolaises; la maffia bazarde et massacre en silence’’. En effet, dans un article à caractère documentaire, l’observateur mettait ouvertement en cause le régime en place. Principal accusé: Henri DJOMBO, le ministre de l’économie forestière et de l’environnement(3). Cet article provocateur avait été inspiré par des propos peu convaincants de Mr Henri DJOMBO sur les antennes de RFI. Cette réplique fut évidemment rapportée par l’observateur. Selon cet organe de presse Congolais, Jean Pierre EDIN avait rétorqué en ces termes: « La forêt congolaise est surexploitée…les opérateurs asiatiques qui s’intéressent de plus en plus aux forêts guinéo-congolaises, pratiquent vraiment des coupes terribles. Ils prennent sur la surface tout le bois, y compris des bois très jeunes pour être coupés… l’Etat Congolais récolte rarement les taxes forestières… il y a énormément des détournements quand elles sont payées; y’en a beaucoup qui ne sont jamais payées. Donc, les revenus pour les pays sont assez faibles par rapport au bois extraits… tout se passe dans l’opacité». Enfin, l’Observateur terminait ce dossier par un précieux avertissement aux Congolais:‘’Le ministère de l’économie forestière et de l’environnement est une mine d’or. Il faut y ouvrir un œil’’(5). Force est de constater que ce conseil demeure bien suivi. Par conséquent la polémique pouvait se poursuivre. Démenti d’un ministre morveux Blessé dans son amour-propre, le ministre Henri DJOMBO ne tarda pas à réagir. Une semaine après l’apparition de cette livraison de l’Observateur, il contre-attaqua «démocratiquement» par l’entremise d’un déjeuner de presse qui eut lieu le 28 Décembre 2002 à Brazzaville. D’un ton énergique, il avait déclaré: "… Les organismes internationaux ont décerné au Congo le prix le plus élevé dans la gestion durable du secteur forestier du bassin du Congo. Notre pays a été le premier à réaliser le clonage de l’eucalyptus. Les contrôles de chantier et la disparition des permis se font selon les normes légales. Il n’y a pas d’opacité dans la gestion de la forêt congolaise…Au Congo, il y a des garde-fous pour contrôler la coupe du bois…, la forêt primaire est quasi-intacte, malgré de nombreux passages de coupes opérées dans la zone sud …"(6). Au cours de ce déjeuner de presse, Henri DJOMBO avait fustigé l'altitude des propagateurs de mensonges qui agissaient de la sorte pour déstabiliser l'opinion publique nationale et internationale afin que le Congo soit discrédité sur le marché du bois. Selon lui, ces propagateurs de mensonges étaient à la solde des convoiteurs des exploitants actuels dans le secteur forestier au Congo. Réfutant les accusations de Jean Pierre EDIN(sans le citer), Henri DJOMBO soutenait mordicus que les malaisiens n’opéraient pas des coupes sauvages du bois congolais, mais plutôt en conformité à la législation en vigueur. Dans la foulée, il avait ajouté: "Les malaisiens ont installé des usines de transformation de bois sur place. Ce que certains ne font pas". Enfin, Henri DJOMBO a indiqué les perspectives de développement du secteur forestier au Congo; notamment la promotion du reboisement en forêt dense, l’agroforesterie et de la foresterie villageoise, l’implication des populations et de la société civile dans la gestion des terrains et le contrôle de la circulation des produits de la chasse. Malgré le déficit démocratique notoire au Congo, la salive et l’encre ne pouvaient que continuer de couler à flots à propos de ce sujet à la fois économique et écologique. Fin momentanée du suspense La rigueur audacieuse et appréciable du nouveau ministre de l’économie et des finances Rigobert Andely, doublée d'un excès de zèle, mit vite un terme au suspense sur le sujet. En critiquant publiquement le code forestier ,pourtant adopté par le C.N.T(7), qui accordait, selon lui, trop de pouvoirs au ministère de l’économie forestière et de l’environnement, notamment en ce qui concerne les recouvrements, Rigobert Andély avait fragilisé l’argumentation de son collègue, le cacique Henri DJOMBO. De plus, à l'hémicycle, Rigobert Andély avait promis de corriger les lacunes constatées dans ce code forestier, de telle sorte que la majeure partie des revenus de l’exploitation forestière puisse désormais atterrir dans les escarcelles du Trésor Public. Une mégestion vite confirmée Un nouvel épisode de cette polémique nationale, par médias interposés, commença lorsque l’Observatoire Congolais des droits de l’Homme vint apporter de l’eau au moulin aux troublantes accusations de l’Observateur. Par le biais de son bulletin trimestriel d’information ‘’Lumière’’, paru au cours du premier semestre 2003, L’O.C.D.H fit le compte-rendu de leurs missions d’enquête sur l’exploitation forestière dans les départements administratifs du Niari, de la Lékoumou et de la Sangha. A travers l’article intitulé: «Man Fai Tai , un exemple de mauvaise gouvernance», L’O.C.D.H incrimina les autorités nationales. En effet, dans cet article, L’O.C.D.H dénonça sans détour l'exploitation intense du bois, la coupe des bois hors normes, la destruction des routes existantes, l'opacité dans la gestion des redevances forestières, la non-publication et le non-respect des cahiers de charges, enfin la violation des droits de travailleurs. Selon L'O.C.D.H; tous ces méfaits et abus, inacceptables dans un Etat qui se respecte, auraient été commis avec l’aval des autorités congolaises. Celles-ci préféreraient garder le silence lorsqu’on les interroge au sujet des questions relatives à l’économie forestière. Le même article de l’O.C.D.H n’épargna pas le Chef de l’Etat Congolais. Véritable crime de lèse-majesté, le Président de la République du Congo fut éclaboussé par les enquêteurs de l’O.C.D.H. selon ces limiers ,à la question de savoir à combien s'élevaient les redevances imputables à Man Fai Tai et comment étaient-elles payées, M. Chen ,responsable chinois de MAN FAI TAI du chantier de NGOUA II répondit :<< Je n'ai rien à vous dire; moi je ne traite qu' avec Sassou >>. Pour ces enquêteurs de l'O.C.D.H, l'assurance dont M. Chen avait fait montre et le ton familier avec lequel il désignait le président de la République du Congo constituaient des preuves suffisantes de l'implication de ce dernier dans ces crimes économiques et écologiques. contre son propre pays! Ultime démenti du gouvernement A partir du moment où le Chef de l’Etat avait été directement mis en cause, dans ce scandale, l’affaire ne pouvait que prendre une autre tournure. Dès lors, la palabre quitta la cité et les médias pour aboutir à l’Assemblée Nationale où le ministre incriminé fut interpellé. Les informations sur la surexploitation de la forêt et sur les coupes de bois sous dimensionnés et jeté dans les ravins pour ne pas être récupérés, n’étaient que pure spéculation. En réalité, le problème est né de la sous information des autochtones, habitués à voir, jusqu’il y a quelques années, des exploitants forestiers nationaux, nantis de très peu de moyens, et donc n’exploitant pas au maximum les permis qui leur étaient attribués, devant des Mastodontes comme la société Man Fai Tai, qui, à elle seule possède entre 200 à 250 véhicules grumiers et a besoin de 15.000m3 pour faire fonctionner ses deux usines de Pointe-Noire. Voila qui donne l'illusion d'un abattage sauvage du bois. Et, sur ce point, les députés du Niari élèvent une protestation pour dénoncer le fait qu’aucune usine de transformation n’ait été implantée dans le département du Niari, qui ne bénéficie nullement des bienfaits de sa forêt… au niveau des entreprises forestières, il leur est fait le reproche de la part des populations de détruire outrancièrement la forêt sans la replanter … avec un personnel faible de 362 agents, il est difficile à l’administration forestière de contrôler les 20 millions d’hectares que compte le Congo…>> Les conclusions de ce rapport d’enquête, tant attendu, ne firent pas l’unanimité. Une partie de l’opinion estima que la commission d’enquête était partisane, corrompue et lâche… en un mot inféodée au pouvoir en place. Pépin BOULOU NOTES (1)- L’exploitation pétrolière au Congo s’effectue au mépris total des normes de protection de l’environnement. Pour s’en convaincre, lire ’’Pointe-Noire: bidonville de pétrole’’. In ’’les dossiers du canard Enchaînés’’. ‘’l’empire d’essence’’(fric, politique, Barbouzes); publiés en mars 1998. (2)- Lire l’hebdomadaire congolais l’Observateur N°182 du 19 au 25 Décembre 2002, page3. (4)- Ce douloureux troc n'a pas vraiment disparu. Une démagogique du ministre des transports, Emile Ouosso( lors d'une récente allocution, prononcée à Oyo en 2007) nous le confirme :<<…Financés entièrement par le consortium malaisien Korail Corée, ces deux chemins de fer ne coûteront aucun franc à l'Etat congolais . En retour, le consortium va exploiter les ressources naturelles trouvées sur le parcours des deux projets >>. (5)- Dans un ouvrage qu'il a co-écrit avec d'autres intellectuels de la diaspora et qu'il a coordonné , Michel NKAYA présente ainsi la richesse de la biodiversité congolaise:<<…une diversité abondante la caractérise, avec des écosystèmes variés: 500 espèces végétales, 150 espèces de bois d'œuvre, 200 espèces de mammifères et 700 espèces d'oiseaux. Le Congo est le seul pays du bassin qui possède une forêt primaire quasi – intacte. Par ailleurs, le Congo occupe la deuxième place mondiale, après le Brésil, pour ce qui concerne les eucalyptus; mais c'est au Congo que la technique du clonage de l'eucalyptus a été mis au point pour la première fois... >> Lire Michel Nkaya, le Congo – Brazzaville à l'aube du 21ème siècle; plaidoyer pour l'avenir, collection études africaines, éditeur l'Harmattan). (7)- C.N.T ou Conseil National de transition a été le parlement de transition de 1998 à 2002. Ces 75 membres ne furent pas élus; mais tout simplement désignés sur liste unique par le pouvoir. (8)- Lire "De l’ordre dans les revenus de l’exploitation forestière", la semaine Africaine N°2396 du jeudi 9 Janvier 2003, page3. (9)- Lire "La SOCALIB: paie tes impôts", l'Observateur N°184 du 02 au 08 Janvier 2003 Page5. (10)- Pour les autorités actuelles du pouvoir de Brazzaville, l’observatoire Congolais des droits de l’homme (O.C.D.H) n’est pas une institution neutre. Elle serait à la solde des dirigeants de l’ancien régime contraints à l’exil et aussi de l’opposition interne. (11)- Lire Roch Euloge NGOBO et Jean Jules KOUBOU «Exploitation forestière: Man Fai Tai, un exemple de mauvaise Gouvernance», in ‘’Lumière’’ N°13-14 du premier semestre 2003, pages 9 et 10. Man Fai Tai est une société de droit congolais dont les promoteurs sont des entrepreneurs chinois qui importent la main d’œuvre de la Malaisie et des Philippines. Elles exploite le bois du Congo, dans le département du Niari depuis 1995 à Ngoua II, Mayoko et Poumbou. (12)- Lire "Exploitation forestière du massif du Chaillu: polémique entre l’administration forestière", in les Echos du Congo N°181 du 15 au 22 Octobre 2003, page2. (13)- Victime de critiques incessantes de la part des citoyens sceptiques, le gouvernement Congolais ne manque aucune occasion pour prouver sa gestion transparente des ressources forestières de leur pays. C’est ainsi qu’en Septembre 2006 à New York, en marge de la 61è session ordinaire de l’assemblée générale des nations Unies, le gouvernement Congolais sur le Thème: «Forêt congolaise, patrimoine de l’humanité». Conformément à la loi 16-2000 du 16 Novembre 2000, relative au code forestier, le gouvernement Congolais a crée le service ce contrôle des produits Forestiers à l'exploitation (S.C.P.F.E) par l'arrêté 461 du 19 février 2003, une nouvelle entreprise, la société générale de surveillance (S.G.S) est destinée comme prestataire suivant la convention du 06 Juin 2002 signé entre le gouvernement Congolais et la S.G.S dont le siège se trouve à Genève en Suisse. Voici les missions que le gouvernement Congolais a confié à la S.G.S; contrôler la quantité et la qualité du bois et dérivés à l’exportation, par l’agréage; contrôler la qualité des produits de la flore et la faune à l’exploitation, à la réexportation et à l’importation; suivre les prix du bois et des produits forestiers non ligneux à l’exploitation; suivre la conjoncture des produits forestiers sur le marché international; assurer le recyclage des classeurs de bois et autres produits forestiers; créer et gérer une banque de données, sur les exploitations des produits forestiers et dérivées tout en publiant les statistiques annuelles y relatives; participer au processus de la certification forestière; produit et publier périodiquement une note de conjoncture; et enfin veiller aux respect des quotas d’exportation des bois en grumes . Loin de contribuer à la sécurisation des recettes de l'Etat et de la gestion durable de la forêt congolaise par la lutte contre la fraude et la corruption, la S.G.S, après trois ans de service ,a absolument déçu. Au terme d'une enquête qu'il a menée sur le sujet, l'hebdomadaire congolais Le Choc ( pourtant très proche du pouvoir de Brazzaville) N°514 du 27 novembre 2006 page 6, affirme que << le contrat signé entre l'Etat congolais et la SGS est un vrai marché de dupes… L'irresponsabilité de l'Etat s'étale avec stupeur. Un vrai Etat voyou qui a toujours pris le plaisir de jeter son argent par les fenêtres…>> ©Pépin Boulou Août 2007 |
26 août 2007
Cameroun-Congo : "l'opposition" après les élections? quelle issue?
Après les mascarades électorales du Cameroun et du Congo, voici une analyse du quotidien burkinabé "le pays".
Cette analyse a été redigée en 2002, elle garde toute sa pertinence, même si elle prônait un optimisme confiant en l'avenir, et devra interpeller les Africains épris de justice et démocratie.
Quotidien le Pays N°2548 du 16/01/2002
OPPOSITION AFRICAINE
Un cumul d'incompréhensions
La réalité politique était probablement bien plus simple il y a encore quelques années sur le continent. C'était l'époque des tout puissants partis uniques regroupant d'office l'ensemble des citoyens. Mais avec le sommet de la Baule et l'effondrement du mur de Berlin, une mutation de taille s'est produite en Afrique.
Une nouvelle conception des rapports politiques au plan interne a fait jour, obligeant la plupart des Etats à copier le schéma en vigueur des démocraties libérales. Désormais, face au parti au pouvoir, se positionnent des partis d'opposition. Cette bipolarisation du jeu politique est considérée comme une condition, voire une caractéristique de la démocratie moderne.
Une dizaine d'années après ce vent de renouveau, le processus de démocratisation poursuit son chemin, assez péniblement souvent. L'opposition africaine reste une équation non résolue par la classe politique dans son ensemble. Pour les régimes en place, elle est au mieux un élément du décor, sinon un ennemi à abattre.
Dans tous les cas, les partis d'opposition sont à détruire, la différence ne résidant que dans le procédé. Les plus primitifs des tenants du pouvoir ont systématiquement recours aux méthodes fortes et brutales. Avec eux, les leaders de l'opposition ont vite fait de devenir de fidèles abonnés des prisons et autres lieux de privation de liberté. Le moindre avis qu'ils émettent sur la gestion des affaires publiques tombe sous le délit moyenâgeux d'offense au chef de l'Etat. S'en suit, assez logiquement, la déchéance des droits politiques.
Pris sous un tel éteignoir beaucoup d'opposants africains se résignent à emprunter la voie de l'exil. Les plus téméraires refusent cette forme d'abdication, optant délibérément de courir le risque de finir leur jour dans les geôles, ou, plus simplement dans un mystérieux accident.
Heureusement, cette manière de venir à bout des opposants politiques est en train de perdre du terrain. Les pressions multiples de la société civile et des bailleurs de fonds y sont certainement pour quelque chose. Contraints de se montrer sous l'image de démocrates, les gouvernements africains ont troqué le bâton contre la carotte. Tous les moyens sont mis en branle pour constituer des gouvernements de large ouverture. Les opposants ou ceux qui se réclamaient tels acceptent de reconsidérer leurs positions moyennant des avantages matériels. Aux oubliettes les convictions, finis les discours dénonciateurs que l'on proférait à longueur de journée.
Le pouvoir, que l'on trouvait si mauvais il y a seulement quelques temps, devient soudainement si bon. Pas étonnant que ces nouveaux convertis poussent le ridicule à son summum en se montrant parfois plus royalistes que le roi. Les grands efforts qu'ils consentent pour justifier leur comportement ne sont que l'expression du malaise profond dans lequel ils se trouvent. Mais bien plus grave, est le reflet du degré de conscience que les oppositions africaines ont de leur utilité dans le bon fonctionnement des processus démocratiques. S'il est établi que la vocation première d'un parti politique est la conquête du pouvoir d'Etat, il n'est pas moins vrai que les hommes politiques du continent font montre d'une précipitation déconcertante.
Certes, il y a des exceptions dont la figure emblématique est aujourd'hui Abdoulaye Wade. Cet homme, à l'image de François Mittérand qui a passé près de la moitié de son existence dans l'opposition, a mené une bataille méthodique. Les observateurs s'en sont aperçus, ses passages dans les gouvernements du président Abdou Diouf relevaient beaucoup plus du calcul et de la stratégie politiques que de la compromission. Le fait est dramatique et il faudrait même en pleurer.
Bon nombre de partis d'opposition se créent sans aucun souci de participer à la vie démocratique. L'opposition africaine ignore royalement sa raison d'être. La politique est un fonds de commerce qui ne sert qu'à engranger des intérêts bassement matériels. La léthargie dans laquelle retombe un grand nombre de partis après les campagnes électorales donne à méditer. Les populations africaines doivent revendiquer un droit de regard sur l'usage fait par les partis politiques des fonds publics qui leur sont alloués. Il y a du tout dans l'arène politique de la pauvre Afrique : des hommes de vertus, et surtout des hommes de moralité douteuse. Le bon sens recommande que l'on soit prudent face au modèle de démocratie à parti unique prôné par l'Ouganda de Yoweri Museveni. Il est cependant pertinent de penser à mettre un bémol à la prolifération des partis politiques. En aucun cas, il n'y aura pas 36 000 manières de faire le bonheur d'un peuple ; et même en admettant cette éventualité, il n'y aura pas 36 000 programmes.
La classe politique doit penser à redorer son blason qui est plus que terni. Le pouvoir doit cesser de créer des partis dits d'opposition dans le but de biaiser le jeu démocratique. Les autres, ceux qui se réclament vrais opposants, doivent cesser, quant à eux, de s'adonner à la politique du tube digestif.
Il faut croire que le Burkina est sur la bonne voie avec la consécration au plan législatif du statut de l'opposition. Si le texte n'est pas vidé de son esprit, c'est la preuve que l'opposition est en passe d'accéder à une reconnaissance. Pour donner tout son lustre au jeu démocratique, il faut que coexistent un pouvoir qui gouverne et une opposition qui contrôle et critique. Tant que les civils ne s'efforceront pas de respecter ce schéma, le pouvoir sera dans la rue avec son cortège d'anarchie. Ce prétexte sera alors tout trouvé pour les militaires qui n'hésiteront pas à donner un coup de balai, à leur manière.
"Le Pays"
© Les Editions Le Pays - 2005
24 mars 2007
Palabre africaine, un outil politique d'avenir
Par Bétéo D. Nébié
mail: neb_beteo@yahoo.fr
L'égyptologue congolais Bilolo-Mubabinge a écrit cette vérité qui devrait hanter l'esprit de tous les Africains, du moins celui de la frange qui se dit intellectuelle : "La crise politique continentale actuelle prouve la nécessité de se pencher sur la question de l'autorité et sur celle du système politique susceptible de contribuer au développement intégral et harmonieux de l'Afrique et du monde. Quelle est la philosophie fondamentale Bantu de l'autorité et comment peut-elle transformer la vie politique de l'Afrique d'aujourd'hui ? " Aussi s'est-il attaché à produire sur la question un document d'une rare profondeur et d'une pertinence remarquable, que tous ceux qui s'intéressent à l'Afrique gagneraient à lire.
Cinq ans avant lui, un Suisse du nom de Pierre Pradervand avait fait la pertinente observation suivante : "La tradition africaine de la palabre, (…) est une forme fondamentalement démocratique de débat au cours duquel on discute jusqu'à ce que le groupe trouve un consensus qui fasse l'unanimité. Le consensus solidifie et unit le groupe par le fait même qu'on a auparavant permis à toutes les opinions de s'exprimer. Il n'y a jamais de vote dans la tradition africaine, ce dernier impliquant en général une minorité qui se sent frustrée. "
Quant à Ndjimbi-Tshiendé, il confirme et accentue l'assertion de Pradervand lorsqu'il affirme : "La palabre africaine est une forme juridique institutionnelle de gouvernement unissant harmonieusement la démocratie directe, la démocratie représentative et l'oligarchie, les meilleurs systèmes politiques de l'histoire connus jusqu'aujourd'hui. Aussi pour être juste à l'égard de l'Afrique et scientifiquement objectif, il faut redéfinir ce mot pour qu'il retrouve sa vraie valeur… ou même le remplacer par un mot plus objectif comme celui de "recojustice" quand il s'agit de cette réalité africaine."
Comment la palabre dont il est question ici devrait pouvoir produire un régime politique qualitativement supérieur à la démocratie occidentale que tous les " politicards ", tous les politiciens et même les politologues actuels donnent comme la panacée pour la gestion de toute cité ? Comment travailler à redynamiser une telle conception de manière à en faire une référence valable universellement reconnue et acceptée ? Voilà le genre de questions auxquelles une intelligentsia africaine digne de ce nom devrait s'atteler ! Mais les intellectuels africains d'aujourd'hui, dans leur écrasante majorité, sinon dans leur quasi-totalité, sont entièrement incapables d'accepter la simple idée qu'une telle entreprise puisse être envisagée ! Ils balayeraient une pareille proposition d'un revers de main suffisant, persuadés qu'ils sont devenus qu'aucune idée universelle ne pourrait jamais germer du continent noir ! L'un de leur grand maître à penser, Hegel, n'a-t-il donc pas triomphé au-delà de ses propres espérances, lui qui a exclu l'Afrique de l'histoire sans jamais véritablement avoir mis les pieds sur notre continent ? En tout cas, il continue à faire recette chez nous, puisque la honte ne tue pas ! Alors comment peut-on s'étonner que l'Afrique, dirigée par ce genre de penseurs, ne fasse que piétiner et même reculer depuis des décennies !
La palabre africaine a ses origines dans les mythes africains. Or, les mythes sont précisément les fondations des réalités les plus obstinées, et des vérités les plus fondamentales. N'est-ce pas là une preuve suffisante de qualité de la palabre dite africaine ? Je vois la mimique d'ici : " Tous les mythes ne peuvent pas servir de base à la réalité " ! Voire n
Mgr E. Kabongo-Kanundowi et Bilolo-Mubabinge : Conception bantu de l'autorité suivie de Bumfumu ne bulongolodi. Publications Universitaires Africaines, Munich-Kinshasa. 1994
Pierre Pradervand : Une Afrique en marche. Plon 1989
NOMADE : Revue spécial 1 & 2. S.D.
Bétéo D. NEBIE
(neb_beteo_@yahoo.fr)
source : l'evenement www.evenement-bf.net
27 novembre 2006
De la désobéissance civile
Je viens vous donner à lire la biographie d'un grand homme qui merite d'être connu des africains.
En effet il enseigne comment nous ne devons pas accepter la soumission, c'est le chantre de la désobéissance civile.
Henry David Thoreau
Écrivain américain. Disciple de Ralph Waldo Emerson, il "fut un non-conformiste résolu. Après avoir vécu seul dans une cabane au bord d'un étang dans les bois, Thoreau publia Walden, récit de cette expérience, dans lequel il prêche la résistance aux diktats de la société organisée. Ses écrits expriment la tendance à l'individualisme fortement enracinée dans l'âme américaine" (Portrait des USA. Chapitre 10." L'Amérique et les arts" (Service d'information du Département d'État américain).
Dans son essai La désobéissance civile ( Civil Desobedience, 1849) Thoreau proclame son hostilité au gouvernement américain, qui tolère l’esclavagisme et mène une guerre de conquête au Mexique. « Pas un instant, je ne saurais reconnaître pour mon gouvernement cette organisation politique qui est aussi le gouvernement de l’esclave. (…) Je pense qu’il n’est pas trop tôt pour les honnêtes gens de se soulever et de passer à la révolte. Ce devoir est d’autant plus impérieux que ce n’est pas notre pays qui est envahi, mais que c’est nous l’envahisseur. » L’essai eut une grande influence sur le Mahatma Gandhi et sur Martin Luther King.
En haut - Portrait de Henry David Thoreau
Photographie © Geo. F. Parlow, 1879
Source : Library of Congress, Prints and Photographs Division
Numéro de reproduction : LC-USZ61-361
Au milieu - Emplacement de la cabane de Thoreau, au bord du lac Walden, à Concord, Massachussetts, É.-U.
Photo publiée par la Detroit Publishing Co., © 1908
Source : Library of Congress, Prints and Photographs Division,Detroit Publishing Company Photograph Collection
Numéro de reproduction : LC-USZ62-39828
Domaine public
En bas - Henry David Thoreau, Les Forêts du Maine, traduction F. Specq, éditions Rue d’Ulm/Presses de l’Ecole normale supérieure, Paris, 2004
23 novembre 2006
Opposition politique ,
Le Petit Dictionnaire Mouele Kibaya des mots 1 : opposition poilitique
Je continue le tour des définitions des mots pour l'action en Africaine.
Je viens vous donner quelques définitions du mot opposition, voici ce que dit le dictionnaire Larousse de Langue française,
il fait 6 occurences, selon le grand Larousse, le mot opposition nom féminin vient du bas latin oppositio, onis) :
1. situation de choses placées vis-à-vis; effet qui résulte du rapprochement de la coexistence des choses opposées.
2.situation de ce qui est en contradiction avec quelque chose.....
3. action de s'opposer à quelque chose, d'y mettre obstacle par sa resistance
4. fait de s'opposer à quelqun, de lui resister, d'être plus ou moins hostile ou agressif à son égard
5. Ensemble des partis et des forces politiques qui s'opposent à un moment donné au pouvoir et au gouvernement et dont le programme est opposé à celui de la majorité politique
6 en opposition avec, en conflit, en contestation............"
Il y a aussi cette définition que j'ai lue et approuvée sur le site tunisien "www.reveiltunisien.org
Définition de l’opposition politique
mercredi 23 octobre 2002, par T.I.Z
Faut il appeler le mouvement contre le régime de Ben Ali une Opposition ou une Résistance ? Quelques éléments de réponse dans Encarta [*].
[*] Encyclopédie Microsoft® Encarta® 2002 en ligne
I. Introduction
opposition (politique), ensemble des forces politiques qui expriment des divergences importantes par rapport aux détenteurs du pouvoir.
Pour qu’il puisse exister une opposition, il faut que le système politique d’un pays soit organisé et régi par des règles précises. L’opposition est ouverte et collective. Lorsque la lutte contre les détenteurs du pouvoir est clandestine, il ne s’agit pas d’opposition mais de résistance. De même, l’opposition n’est pas normalement la critique individuelle mais le regroupement de personnes partageant des vues critiques sur la manière dont le pays est gouverné.
II. Les modèles d’opposition
La réflexion sur l’opposition est récente. Parmi les auteurs qui se sont intéressés de près à cette notion, il faut citer R. Dahl, qui a écrit en 1966 un ouvrage intitulé l’Avenir de l’opposition dans les démocraties. Dans ce livre, R. Dahl propose un essai de typologie des différents modèles d’opposition en régime démocratique. Ainsi, il distingue les pays dans lesquels le « consensus » étant très élevé, les minorités d’opposition sont peu nombreuses et les citoyens sont en général d’accord avec l’esprit des lois qui sont édictées ; les pays dans lesquels il y a en permanence une importante minorité qui accepte les formes et les procédures constitutionnelles tout en étant profondément en désaccord avec la politique suivie par le gouvernement. Les personnes faisant partie de cette minorité obéissent aux lois qui ont été adoptées suivant la procédure constitutionnelle et légale reconnue légitime, mais ont le sentiment d’être contraintes d’obéir à ces lois bien qu’elles les trouvent mauvaises. Enfin, R. Dahl définit un troisième type, constitué par les pays dans lesquels une importante minorité refuse à la fois la politique gouvernementale et la Constitution.
Il s\’agit bien entendu de formes « idéales ». Il semble que la France, après avoir appartenu à la troisième catégorie, appartienne désormais à la deuxième, celle où les textes fondamentaux, la Constitution et l’esprit qui l’inspire sont à peu près acceptés. On peut donc distinguer dans les faits les régimes politiques à « consensus élevé » ou de nombreux citoyens ne sont que très modérément opposés au pouvoir et les régimes à « consensus limité » où beaucoup de citoyens sont fortement opposés au pouvoir. Parmi les premiers, on peut citer la Suède, parmi les seconds, la France ou l’Italie. Un régime de consensus limité offre plus de liberté dans l’action politique qu’un pays de consensus élevé, mais il entraîne des risques importants de violences politiques, d’impasses politiques, d’instabilité constitutionnelle et, à la limite, de destruction de la démocratie elle-même. C’est l’une des causes de la chute de la IVe République en France en 1958.
III. Les fonctions de l’opposition
Alfred Sauvy écrit dans la Tragédie du pouvoir (1978) : « La démocratie ne consiste pas à s’unir mais à savoir se diviser. L’unanimité, le plein accord, est un mauvais signe. » L’opposition assure donc certaines fonctions indispensables en démocratie. Elle permet d’abord une information contradictoire des décisions et des intentions du gouvernement du pays. Il revient à l’opposition de soulever des questions, de critiquer les interrogations ou les orientations de telle ou telle politique. L’opposition doit ensuite constituer pour les électeurs un éventuel gouvernement de rechange. Cela signifie que l’opposition doit avoir un programme réalisable. Le principe de l’alternance fait donc de l’opposition un gouvernement en puissance.
TIZ 100% réveillé
15 novembre 2006
Bamako, le film à voir absolument

L’affiche du film présenté au festival de Cannes 2006 qui a reçu le grand prix du public
Bamako, film d’action et de justice
Comme à l’accoutumé je vous livre en lecture sans commentaires un article sur le film Bamako du Malien Abderrahmane Sissako, une façon originale de parler de la dette africaine.
Je vous incite à aller regarder ce film.
Vous avez toutes les dates de passage en cliquant sur le site du film www.bamako-film.com Et le site de l’organisation CADTM www.cadtm.org
Je vous souhaite donc bonne lecture et surtout bon film allez voir et venez me dire ce que vous pensez.
"Bamako", film d’action et de justice
par Damien Millet, Olivier Lorillu (CADTM) www.cadtm.org
Il a déjà fait parler de lui au festival de Cannes 2006, il sera à l’affiche dans les cinémas à partir du 18 octobre : le film « Bamako » est un évènement cinématographique majeur de cette rentrée [1] , et ce pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, les choix artistiques de son réalisateur, le Malien Abderrahmane Sissako [2], en font un vrai film d’auteur. Tour à tour, ils étonnent, ils émeuvent, ils amusent, ils secouent, autant dire qu’ils ne laissent jamais indifférents. Insistons ici sur le premier de ces choix, l’idée de base du scénario qui donne au film sa colonne vertébrale : mettre en scène, dans la cour d’une maison malienne où la vie quotidienne continue de s’écouler, le procès du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale à propos de leurs responsabilités dans la situation économique africaine. La Cour, les avocats, le public, les témoins sont là, sur la terre battue malienne. Loin d’être des boucs émissaires, les deux institutions mises en cause doivent effectivement rendre des comptes pour leur rôle central dans l’impasse actuelle pour le continent noir. Qu’on en juge.
Créées toutes les deux à Bretton Woods (États-Unis) en juillet 1944, elles sont les héritières du rapport de forces issu de la seconde guerre mondiale. Installées à Washington, à proximité de la Maison blanche, elles constituent un dispositif clé pour les Etats-Unis et les puissances alliées dans leur mainmise sur l’économie mondiale.
Après l’accession à sa présidence en 1968 de Robert McNamara, ancien secrétaire d’État à la Défense des États-Unis (alors empêtrés militairement au Vietnam), la Banque mondiale a utilisé l’endettement dans un but géopolitique : déstabilisation de gouvernements progressistes et démocratiques en leur supprimant toute aide (Soekarno en Indonésie, Kubitchek puis Goulart au Brésil, Allende au Chili...) pour contrer les velléités d’émancipation ; soutien aux alliés stratégiques du bloc occidental, notamment des régimes dictatoriaux responsables avérés de crimes contre l’humanité (dictatures brésilienne et argentine, Pinochet au Chili, Mobutu au Zaïre, régime d’apartheid en Afrique du Sud, Suharto en Indonésie, régimes dictatoriaux en Corée du Sud et en Thaïlande, régimes dissidents de l’ancien bloc soviétique comme Ceaucescu en Roumanie et tant d’autres [3]).
Une très grande quantité des prêts octroyés par la Banque mondiale a servi à mener des politiques qui ont porté préjudice à des centaines de millions de citoyens. Elle a systématiquement privilégié les prêts pour des projets néfastes pour les populations concernées et pour leur environnement : grands barrages souvent inefficaces (plus de 10 millions de personnes ont dû être déplacées à cause de tels projets soutenus par la Banque mondiale, souvent privées d’indemnisation suffisante), industries extractives (mines à ciel ouvert, oléoducs), politiques agricoles favorisant le « tout à l’exportation » au prix de l’abandon de la souveraineté alimentaire, centrales thermiques (grandes consommatrices de forêts tropicales), etc.
En violation des principes du traité de Versailles de 1919, les prêts accordés par la Banque mondiale à des métropoles coloniales pour l’exploitation des ressources naturelles de leurs colonies ont été transférés à la charge des États au moment de leur indépendance. Voilà comment des pays comme la Mauritanie, le Gabon, l’Algérie, le Congo Kinshasa, la Zambie, le Kenya, le Nigeria et d’autres ont hérité d’une véritable dette de l’indépendance avec l’aval de la Banque mondiale.
Après la crise de la dette au début des années 1980, le FMI est intervenu à la demande des créanciers pour organiser et sécuriser le remboursement de la dette. Il a conditionné ses prêts aux pays surendettés à la signature de programmes d’ajustement structurel (PAS) qui correspondent toujours au même schéma : production agricole tournée vers l’exportation ; austérité budgétaire et baisse drastique des budgets sociaux (santé, éducation, infrastructures...) ; suppression des subventions aux produits de base ; licenciements dans les services publics et gel des salaires ; fiscalité souvent réduite à une TVA frappant surtout les plus démunis ; privatisations ; libéralisation de l’économie, ouverture totale aux capitaux étrangers et mise en concurrence déloyale des producteurs locaux avec les transnationales... Le FMI a donc complété l’action de la Banque mondiale dans le sens d’une colonisation économique. En effet, tant le FMI que la Banque mondiale soutiennent une politique de captation des richesses des pays du Sud au profit d’une poignée d’entreprises multinationales, de quelques individus fortunés et des proches du pouvoir, dont les choix s’imposent cruellement à la majorité des habitants de la planète.
Le caractère nocif de ces prétendus remèdes a été démontré dans les multiples crises qui se sont succédé à partir du milieu des années 1990, du Mexique à l’Asie du sud-est, de la Russie au Brésil, de la Turquie à l’Argentine... Le résultat de ces politiques est une profonde dégradation des conditions de vie des populations du Sud, particulièrement en Afrique : le nombre d’Africains devant survivre avec moins de 1$ par jour a doublé entre 1981 et 2001, plus de 200 millions de personnes souffrent de la faim et l’espérance de vie est en chute (pour 20 pays d’Afrique, elle est passée sous la barre des 45 ans).
Depuis quelques années, ces deux institutions internationales font des annonces tonitruantes sur l’annulation d’une partie de la dette des pays les plus pauvres. Mais elles oublient de préciser que peu de pays sont concernés et que cet allégement s’effectue en contrepartie de longues années de réformes économiques draconiennes, dans la droite ligne de l’ajustement structurel. En termes de réduction de la dette, de lutte contre la pauvreté, de respect des droits humains, le FMI et la Banque mondiale ont indéniablement échoué et les dégâts qu’ils ont provoqués sont considérables.
Aucune institution ne bénéficie d’immunité si elle est impliquée dans des crimes contre l’humanité, pour lesquels n’existe aucune prescription. Au motif de crimes contre l’humanité, le FMI et la Banque mondiale doivent être traduits en justice. « Bamako », film d’action et de justice, film d’action en justice soutenu par le CADTM, vient révéler cela au grand jour.
Notes:
[1] Durée : 1h58. Sortie en France : 18 octobre 2006. Voir le site du film
[2] Auteur récompensé notamment au festival de Cannes en 2002 par le Prix de la critique internationale pour « En attendant le bonheur ».
[3] Voir Eric Toussaint, Banque mondiale, le coup d’état permanent, CADTM/Syllepse/CETIM, 2006.
Source. Cadtm URL: http://www.cadtm.org
25 octobre 2006
Kimuntu par F. Eboussi Boulaga

Je viens vous livrer, comme à mon habitude les trésors de mes voyages sur le net.
Ci-dessus je vous confie à la lecture d'un entretien que le philosophe F Eboussi Boulaga a eu avec Achille Mbembé et Celestin Monga dans les colonnes du journal camerounais "Le Messager" publié sur le net www.bonaberi.com en date du 20 juillet 2006.
Monga-Mbembé : Rencontre avec Fabien Eboussi Boulaga (20/07/2006)
Achille Mbembe et Célestin Monga ont eu un long échange avec le philosophe camerounais. Une conversation triangulaire dont les lecteurs apprécieront sans doute la hauteur et la qualité.
Par Achille Mbembé et Célestin Monga
Achille Mbembe : “Il nous suffit d’avoir fait acte de pensée et de lucidité”, écriviez-vous dans la préface de votre ouvrage La crise du Muntu en 1979. À l’époque, vous étiez préoccupé, comme la plupart des penseurs africains de votre génération, par la question de la “ reprise de soi ”, c’est-à-dire d’un coté “ le désir d’attester une humanité contestée ou en danger ”, et de l’autre, “ celui d’être par et pour soi-même ”. Au vu de ce que nous sommes devenus depuis que ces lignes ont été écrites, que reste-t-il de ce projet aujourd’hui ? Que signifie, dans les conditions actuelles, faire “ acte de pensée et de lucidité ” ?
Fabien Eboussi Boulaga : La crise du Muntu, achevée en 1974, a été publiée en 1977. Il serait surprenant que ce livre n’ait pris aucune ride. Mais en ce qui concerne ce que vous appelez son “ projet ”, il me semble qu’il demeure intact, n’ayant pas été réalisé ni entamé.
La raison en est qu’il est la présupposition de tout accomplissement qui se veut comme l’expression de ce que nous éprouvons spécifiquement et irréductiblement. C’est ce que visent des termes tels que “ la présence à soi ”, la responsabilité intellectuelle et morale de ce qu’on dit et que l’on fait, “ la raison libre et la liberté raisonnable ”.
Les descriptions et discussions phénoménologiques parfois obscures de l’ouvrage visent à partir de ce socle et à y revenir, comme à la pierre de touche des offres et demandes qui nous assaillent. Elles doivent passer par le crible de notre jugement et de notre vigilance tout comme ce que nous-mêmes proposons. Faire acte de pensée et de lucidité, voilà l’essentiel au-delà des étiquetages scolaires, disciplinaires et partisans.
Célestin Monga : Vos premiers travaux philosophiques ont porté sur ce que vous appeliez le “ Bantou problématique ”. Vous vous êtes ensuite appesanti sur ce que vous avez appelé la crise du Muntu. Quelle évaluation faites-vous aujourd’hui de la situation du Muntu ?
Fabien Eboussi Boulaga : Le Muntu est l’homme dans la condition africaine et qui doit s’affirmer en surmontant ce qui conteste son humanité et la met en péril. C’est à lui de faire l’évaluation de sa situation, de ce avec quoi et contre quoi il a à compter pour se faire une place, sa place dans un monde commun, dans le dialogue des lieux en quoi il consiste concrètement.
Achille Mbembe : Arrêtons-nous, un moment, sur le désir africain d’attestation d’une humanité contestée ou en danger. Où en sommes-nous aujourd’hui et où en est-on de ce désir ? Qui et qu’est-ce qui conteste notre humanité ? À vos yeux, quels types de dangers continuent de peser sur l’humanité des Africains ? Et d’ailleurs en quoi consiste-t-elle précisément, cette humanité, et de quelles promesses serait-elle porteuse ?
Fabien Eboussi Boulaga : Ce qui nous alerte, c’est d’abord ce que nous éprouvons, une auto-affection faite de souffrance, de peine, de peur, de colère, mais aussi de joie, d’exaltation. C’est dans notre relation aux autres, y compris à nous-mêmes devenus autres pour nous-mêmes, que nous faisons l’expérience d’échapper à nous-mêmes.
La nomination ou la désignation de “ qui ” et de “ quoi ” peut occulter le caractère relationnel de notre posture et de notre humanité. Celle-ci s’exerce dans et par ses altérations, ses rencontres, ses heurts avec ce qu’elle considère comme son autre, son négatif ou son positif absolu. Les promesses que recèle notre humanité sont toujours hors de nous, ailleurs. La sagesse, dit-on, découvre que “ je est un autre ”, et dans un éclair, que l’ailleurs est ici, que l’instant est dans l’éternité.
Achille Mbembe : Très souvent, les Africains ont posé la question de leur humanité, ce qui la conteste et ce qui la met en danger, en relation à l’Occident. Souvent, ce dernier a d’ailleurs été posé comme l’obstacle premier à notre désir d’“ être par nous-mêmes ” et à notre volonté “ de nous faire ”. Quelle crédibilité faut-il accorder à cet argument ? Est-il seulement productif ?
Fabien Eboussi Boulaga : L’Occident joue le rôle qu’on lui prête parce qu’il est l’autre nous-mêmes comme autre. C’est une des polarités parfois seulement possible, parfois actualisée de nous-mêmes. La dénégation soit de la différence, soit de la ressemblance, fait partie d’une histoire que l’Occident connaît aussi. Cette dénégation, il la connaît sous de multiples figures de son histoire dramatique, parfois tragique, mais aussi sous la forme d’une tension créatrice permanente.
Célestin Monga : Bien avant la mort de Léopold Sédar Senghor, la négritude semblait passée de mode. Pourtant, divers mouvements politico-intellectuels comme la ‘Renaissance africaine’ qui ambitionnent la résurrection du panafricanisme, voudraient en ressusciter quelques variantes. Le postulat de base de ces nouveaux modes de mobilisation est que tous les peuples noirs sont à mettre dans le même panier, qu’ils soient d’Afrique, des Caraïbes, des Antilles ou d’Europe. Que pensez-vous de cette vision des choses ?
Fabien Eboussi Boulaga : La négritude ne pouvait pas ne pas vieillir dans ses expressions elles-mêmes liées à un contexte conjoncturel. Elle a donc plus ou moins vieilli, mais selon la solidité de l’infrastructure conceptuelle qui la soutenait et l’énergie créatrice qui la soulevait. Qui conteste efficacement Aimé Césaire aujourd’hui ? Les tenants de la créolité se provincialisent quand ils parviennent à l’oublier. Les variantes actuelles de la négritude peuvent être une illusion, une sorte de retard ou d’excentricité provinciale. Elles peuvent également être dues à l’absence de sens historique, à la méconnaissance des enjeux du présent dans leur tranchant unique, sans précédent. Il est sans doute plus juste d’y voir un hommage à ce que la négritude visait, au-delà d’elle-même et de ses expressions.
Quoi ? Dans l’humanité se faisant, le moment de la négation de l’autre du fait de sa race, de sa couleur, de sa différence est d’une nécessité historique a posteriori. Nous avons là les limites d’un cosmopolitisme abstrait et d’une mondialisation idéologique.
L’essence humaine est celle de “ l’être-devenu ”, comme celle de Socrate est à jamais celle du questionneur inlassable condamné à mort en buvant la ciguë. On peut ajouter que si l’histoire ne se répète pas, la persistance des formes anciennes de la négritude suggère que le contexte de leur validité n’a pas totalement changé. Le rythme de l’évolution des mentalités et des structures de base des économies qui nous régissent situe les enfants des enfants des pères de la négritude dans la même période ou le même cycle historique. A l’intérieur d’un cycle, il y a des répétitions en spirale, et ce qui se produit comme tragédie peut y revenir comme farce.
Célestin Monga : La “ créolité ” a-t-elle une quelconque validité à vos yeux ? Raphaël Confiant et Patrick Chamoiseau mettent en avant le postulat suivant : “ Ni Européens, ni Africains, ni Asiatiques, nous nous proclamons Créoles ”. Cette démarche esthétique, qui vise d’abord à explorer l’antillanité d’aujourd’hui, n’est-elle pas une quête éthique ?
Fabien Eboussi Boulaga : La créolité s’impose d’elle-même comme refus d’un identitarisme qui ne s’obtient qu’en érigeant en trait exclusif, en valeur absolue, une nécessité sans choix des multiples appartenances dont nous sommes les vecteurs. Elle est précieuse comme prise en charge et valorisation des lieux et des relations denses de proximité. L’éthique se soucie du prochain antillais. Sa validité est indirecte dans les relations ténues qu’elle entretient avec moi, avec les confins où opèrent la morale et la dialectique d’Aimé Césaire.
Achille Mbembe : À vous lire attentivement, vous ne préconisez, ni un retour pur et simple à la “ tradition ”, ni un rejet pur et simple de cette dernière. Vous suggérez que nous nous situions en continuité d’humanité avec les ancêtres en faisant de “ la tradition ” une “ utopie critique et mobilisatrice au présent ”. C’est ce que vous appelez “ la dialectique de l’authenticité ”. Pouvez-vous repréciser le rapport entre “ tradition ” et “ utopie ” ?
Fabien Eboussi Boulaga : La tradition est ce moment où nous posons que ce qui nous est transmis de valeur est marqué du sceau de l’origine insaisissable en elle-même. La tradition est l’origine différée et en différé. Elle est relation à ce qui manque, nostalgie de ce qui est sous le mode de ne plus être. Qu’est l’utopie, sinon relation à ce qui manque, mais pour “ ne pas encore ” être ? Au lieu d’être situé derrière nous comme origine, l’utopie est devant nous comme fin, renouement avec une origine perdue et retrouvée à la fin, comme fin. Tradition et utopie sont une seule et même chose ou fonction considérée de points de vue différents. Le langage métaphysique établit cette équivalence en proclamant : “ Le commencement est la fin ” et réciproquement.
Célestin Monga : Ne pourrait-on pas penser que la tradition est un “ droit de vote ” attribué aux morts ? Obnubilées par le passé, nos sociétés ne finissent-elles pas par porter ce dernier comme un lourd passif ? Beaucoup de jeunes Africains estiment, en effet, qu’il est urgent que les générations actuelles inventent de nouvelles traditions, s’ajustent à l’ici et maintenant, et produisent des cultures qui seraient plus aisément compatibles avec les exigences des temps présents.
Fabien Eboussi Boulaga : Le vote des morts et des bêtes sauvages, c’est l’Afrique de Kourouma. La “ tradition ” est de l’ordre de la dette, de la reconnaissance d’une communauté avec ceux qui sont humains avant nous, sur le même arbre généalogique qui plonge dans la nuit des temps.
Les morts ne décident, n’agissent, ni ne parlent à notre place. J’évite de parler des traditions. Je préfère les mœurs. Elles changent : “ autres temps, autres mœurs ”. Les mœurs ne sont pas créées par les générations. Elles les unissent et les séparent tout à la fois. Les mœurs disent la similarité dans la dissemblance. L’erreur philosophique de la magie est de doter la similarité de la force de la causalité. Avoir la même culture ou des cultures adéquates aux exigences du présent ? Qu’est-ce, sinon mettre la culture en cause, faire de la similarité une cause ? La culture ne se substitue ni à la morale, ni à la politique, bref à l’action. Voir la culture comme source de la Renaissance africaine, c’est prendre un heureux effet pour l’ensemble d’une stratégie avec ses buts, ses actions, ses opérations, ses conflits et ses obstacles surmontés.
Personnellement, je doute que le poids du passé joue un rôle significatif et écrasant en dehors de la préservation et de la reconduction violente des institutions et du système des relations du régime colonial. Le passé, comme tel, n’entre plus dans la structure de l’action. Il conditionne, mais il ne détermine pas. L’action se conjugue au présent.
Achille Mbembe : D’autre part, vous faites valoir que la seule philosophie qui mérite ce nom est celle qui nous permettrait de nous renoncer à nous-mêmes, de mourir à nous-mêmes pour renaître à la vérité. De quelle vérité s’agit-il et comment concilier “ tradition ” et “ renaissance ” ?
Fabien Eboussi Boulaga : Je doute que je parle de la vérité en un autre sens que celui de cette reprise de soi, de cette liberté de jugement et d’action sur les investissements dans lesquels nous nous trouvons déjà captivés avant de nous y être engagés nous-mêmes. La vérité, c’est nous-mêmes, désarmés, faisant face à mains nues à ce qui se découvre à nous comme notre tâche d’homme seul ensemble avec les autres, proches et lointains. C’est ici que “ tradition ” et “ renaissance ” se concilient. La philosophie ne commence jamais, elle recommence. La vie humaine ne naît pas avec moi, mais elle renaît.
Célestin Monga : Je souhaiterais que l’on aborde un certain nombre d’obstacles politiques et épistémologiques liés aussi bien à l’acte de penser et à la notion d’ “Afrique” qu’aux fonctions mêmes de l’intellectuel. Et d’abord, l’ “Afrique ” est-elle un concept opérationnel valide en sciences sociales ou dans les humanités ? L’épistémologie s’accommode-t-elle des frontières de la géographie ou des notions raciales ? En d’autres mots, existe-t-il des comportements, des manières d’être, de faire ou de penser qui soient spécifiquement “ africains ”, voire une philosophie, une science politique ou une économie typiquement “ africaines ” ?
Fabien Eboussi Boulaga : Ce que j’ai suggéré plus haut postule et/ou implique que l’Afrique est un “ construit ”. Je dis quelque part que c’est une idée neuve posée par ceux qui décident de faire de cet espace géographique le lieu de leur orientation dans le monde et où ils inscrivent leur destinée. Ce qui m’apparaît comme une exploration encore plus excitante, c’est de “ penser spatialement ”, de substituer, à titre d’expérience de pensée, en tous les cas où l’opération est possible, l’espace au temps.
Au lieu du Sein und Zeit, esquissons un Seit und Raum. Le problème du spécifiquement africain s’écroule alors de lui-même sans faire place à l’universellement abstrait qu’on lui oppose. C’est une des issues des faux dilemmes où nous nous enfermons et qui nous paralysent. Nous ne pensons plus le contraire ou l’inverse, nous pensons autrement. Nous répondons que nous comprenons ces manières de penser, mais que ce n’est pas ainsi que nous réfléchissons et nous nous posons les problèmes. Ce n’est pas ainsi qu’ils nous viennent “ à l’idée ”.
Célestin Monga : Dans l’éditorial que vous écriviez alors pour le premier numéro de la revue Terroirs en 1993, vous expliquiez déjà que les ‘élites’ et les ‘guides’ qui nous ont conduit à la famine, à l’exode, à l’abjection de la misère et de l’assistance internationale sont des gens de bonne compagnie, doués d’astuce, plein de ressources et de savoirs. Vous disiez même qu’il ne faut pas hésiter à leur accorder une intelligence supérieure qui, dans l’environnement des relations humaines, démontre leur sens de l’opportunité, leur maîtrise des tactiques offensives et défensives en vue de leur propre survie et de l’accaparement du pouvoir. Pourtant, vous affirmiez également : “ La racine du mal africain est l’absence de pensée. ” Croyez-vous que ceux qui ont suffisamment d’intelligence pour conceptualiser l’appareil répressif soient aussi allergiques à la pensée ?
Fabien Eboussi Boulaga : Il y a diverses formes d’intelligence. On rappelle ce fait d’expérience aux pédagogues comme nécessaire pour amener chaque individu à se développer jusqu’au point où il pourra collaborer de façon fructueuse avec les autres. La fin est ici d’être parvenu à reconnaître ses limites et à voir qu’elles se dépassent grâce aux autres qui sont différemment limités. Le premier déficit de pensée est la méconnaissance intellectuelle et pratique de cet horizon de totalité, où l’absence de décentration conduit à l’exaltation de son individualité et à l’absolutisation de sa particularité.
La pensée est la reconnaissance du “ Connais-toi toi-même ” comme mortel. Le moderne appréhende mieux l’absence de pensée en comprenant l’intelligence comme l’ensemble de “ ruses ” dont sont capables les prédateurs que nous avons longtemps été, que nous pourrions être, et que nous sommes encore, pour notre survie, la défense et l’attaque. Toutes les technologies dérivent de cette nécessité de parer aux agressions, d’appliquer efficacement une énergie à une adversité à transformer, à détourner ou à capter, à instrumentaliser.
La pensée est alors la faculté de l’inutile, de ce qui est poursuivi pour la beauté ou l’existence de lui-même, y compris notre existence qui ne sert à rien. La pensée est donc cette capacité à revenir à soi décentré, à être sans jalousie, comme la divinité, en paix et joie avec soi et avec les autres. Dans cette terminologie, il n’est que tautologique de dénier la pensée à l’intelligence prédatrice. Malgré sa sophistication, elle ne se dégage pas du règne reptilien paléontologique.
Célestin Monga : L’écrivain nigérian Chinua Achebe met en garde les intellectuels africains contre la tentation de se croire propriétaire d’un savoir et de vouloir légiférer au nom du continent. Quelle est, d’après vous, la fonction d’un intellectuel dans le contexte africain actuel ?
Fabien Eboussi Boulaga : L’écrivain nigérian a raison. On ne s’autoproclame pas intellectuel. L’intellectualité n’est pas une propriété privée individuelle. Elle ne fonctionne que là où la connaissance est reconnue comme une valeur irréductible parmi celles qui structurent une communauté humaine, à côté de quelques autres tout aussi irréductibles comme le pouvoir, la richesse, la poésie, la ritualité ou l’étiquette. C’est dans une synergie avec ces autres valeurs que la connaissance développe une éthique et une esthétique de la pensée comme sa contribution spécifique à l’aventure commune de vivre et de mourir en humains.
On peut donc dire qu’il n’y a pas d’intellectuels opérationnels là où une société ne reconnaît pas l’intelligence comme valeur structurante irréductible. C’est là un radotage pour ceux qui me fréquentent. Le rôle de l’intellectuel est de démontrer la nécessité de la fonction de l’intelligence et son caractère irréductible face au p