28 décembre 2010

Il y a 150 ans paraissait le livre qui allait bouleverser la vie de Gandhi


Il y a 150 ans paraissait le livre qui allait bouleverser la vie de Gandhi

 

28.12.2010, 11h44 article tiré du journal le  parisien 
Il y a 150 ans paraissait "Unto This Last", le livre qui devait transformer la vie de  et influencer profondément sa pensée. 
Le père de l'indépendance indienne découvre ce traité d'économie politique en 1904, lors d'un voyage en train en Afrique du Sud, où il vit alors.
"C'était 'Unto This Last' de [John] Ruskin", écrit Gandhi dans son autobiographie. "Dès lors que j'eus commencé ce livre, il me fut impossible de le reposer", "j'[y] ai découvert quelques-unes de mes
convictions les plus profondes".
"Cette nuit-là, je ne pus dormir et je décidai de changer ma vie en accord avec les idéaux du livre", ajoute Gandhi, qui transformera peu après son journal, Indian Opinion, en coopérative installée dans une ferme.
Quand il écrit "Unto This Last", Ruskin est au milieu de sa vie. Cet écrivain et critique d'art britannique qui allait être vénéré par  a déjà publié deux de ses ouvrages majeurs: "Les Sept Lampes de l'architecture" et "Les Pierres de Venise".
Critique radicale du capitalisme industriel dont l'émergence bouleverse la société anglaise, "Unto This Last" paraît en décembre 1860 sous la forme de quatre articles, qui seront regroupés en un livre 18 mois plus tard.
Le scandale est immédiat. L'ouvrage récuse l'idéologie dominante de l'époque: la pensée économique classique théorisée par les Anglais , David Ricardo et John Stuart Mill.
Gandhi en écrira une paraphrase en gujarati dans laquelle il développera sa pensée économique. Pour l'apôtre de la non-violence, les trois enseignements principaux de Ruskin sont:
- "que le bien de l'individu passe par le bien de tous",
- "que le travail de l'avocat [métier qu'exerça Gandhi, NDLR] a la même valeur que celui du coiffeur",
- "qu'une vie de labeur, c'est-à-dire celle du laboureur et de l'artisan, est digne d'être vécue".
Le titre du livre est un emprunt à la parabole des "ouvriers de la dernière heure", dans l'Evangile de Matthieu, où le maître de la vigne accorde le même salaire à ses journaliers quel que soit le nombre d'heures qu'ils ont travaillées.
Ruskin écrit après une longue grève des ouvriers du bâtiment à Londres. Il s'évertue à montrer que la théorie de l'offre et de la demande ne peut engendrer que misère, en forçant les ouvriers à vendre leur travail au rabais quand l'emploi se fait rare.
Il s'attaque à la base de la pensée classique en récusant la notion d'"homo economicus": un être mu uniquement par le désir de satisfaire son intérêt propre et obéissant en toutes circonstances aux lois de la raison.
Au contraire, démontre Ruskin, l'homme est animé de passions et capable d'actions désintéressées et toute analyse occultant cette facette est condamnée à se fourvoyer.
Il redéfinit les concepts de l'école classique: utilité, échange, valeur, richesse... pour arriver à cette conclusion: "Il n'est de richesse que la vie".
Dénonçant l'imposture d'une théorie qui justifie à ses yeux le maintien, voire le creusement des inégalités, Ruskin écrit que "l'homme le plus riche" est celui capable de mener une vie juste pour le plus grand bénéfice de "la vie des autres".
Ce qui est particulièrement intéressant et toujours pertinent, c'est "son éthique de la responsabilité", écrit Christopher May, professeur d'économie, dans un article paru cette année.
M. May voit un "parallèle évident" entre les idées de Ruskin - comme le plaidoyer pour une consommation responsable qui trouve un écho dans la vogue du commerce équitable - et les appels actuels en faveur d'une "responsabilité sociale de l'entreprise", qui prendrait "en compte les intérêts de toutes les parties prenantes, non simplement ceux des actionnaires ou des dirigeants".

 
AFP 

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01 novembre 2010

En Afrique, les « voleurs de sexe » alimentent les rumeurs

En Afrique, les « voleurs de sexe » alimentent les rumeurs

Des cas de rétrécissement ou de disparation de sexe sont souvent rapportés par la presse locale. Légende urbaine, mode d'emploi.

 

Titre et chapô d'un article sur un vol de sexe (Tristan Calas/Ici Dakar !)

Depuis le début des années 70, dans toute l'Afrique de l'Ouest, des affaires insolites font jaser la population et alimentent les rubriques faits divers des journaux. Dans la rue, des hommes déroberaient le sexe de certains passants… La rumeur se répand. Comme par hasard, les coupables sont toujours des étrangers. 

Exemple au Sénégal, le 16 septembre, avec ce titre de Seneweb news (dans un article de leur site et repris par ThiesInfo.com) : « Il vole le sexe d'un adolescent et le rend sous les menaces. » On y apprend ceci :

« Yaya Sylla a échappé à une mort certaine, mais il nie encore. Mardi dernier, le Guinéen a échappé de justesse à une foule en furie, qui l'accusait d'avoir volé le sexe du jeune P.D. »

 

L'article raconte ensuite comment, accusé par la foule, Yaya Sylla se met à faire des incantations :

« Selon la tutrice de la victime […] : “Quand on a menacé de le tuer, il a demandé à ce qu'on lui apporte un Coran, de l'ail, de l'eau et du citron…. Sylla a fait des incantations. Il a lavé le garçon et quelques minutes après, lui a remis un sexe. ”

Problème, celui qu'il a remis à ce jeune de 17 [ans] n'était pas le sien. “Il a interverti les termes du Coran. C'était plus gros.” »

 

Accusé de sorcellerie et lynché par la foule

De fait, c'est toujours le même scenario. Un homme en salue un autre ou le touche, c'est alors que son sexe rétrécit, voire disparaît. L'homme « spolié » hurle alors au vol de sexe. Ernest, un ami sénégalais, a assisté plusieurs fois à ces scènes :

« J'ai vu des gens se faire tabasser pour avoir volé le sexe de quelqu'un. »

 

La plupart du temps, effectivement, la foule lynche celui qu'on accuse de sorcellerie, parfois jusqu'à ce que mort s'en suive.

Autre article sur un vol de sexe (cliquez pour agrandir)

Julien Bonhomme, anthropologue au département de recherches du musée du Quai-Branly, est l'auteur d'un livre passionnant sur le phénomène des voleurs de sexe en Afrique.

Outre l'explication évidente d'une peur collective de la castration, il évoque « un sentiment de solidarité » pour expliquer la réaction violente de la foule :

« Les gens se disent : “Ça aurait très bien pu être moi la victime du voleur de sexe.” Par ailleurs, le phénomène de lynchage s'inscrit dans des traditions de mobilisation et de violence collective.

Les gens n'ont absolument pas confiance en la police et en la justice. Et puis il y a enfin la croyance que tabasser le voleur permet de récupérer le sexe volé. »

 

Pourquoi un tel succès pour cette rumeur ? 

Couverture des "Voleurs de sexe", de Julien BonhommeLe premier cas de vol de sexe remonterait aux années 70, au Nigeria. Depuis, la rumeur s'est répandue dans toute l'Afrique de l'Ouest et même en Afrique centrale.

Après avoir trouvé, comme tout le monde, ces faits divers « cocasses », Julien Bonhomme s'est vite rendu compte de leur intérêt anthropologique :

« L'enjeu plus général des affaires de vols de sexe, c'est : “Comment on étudie une rumeur en anthropologie ? ” »

 

Dans son livre, il s'applique donc à tracer le circuit de la rumeur et répond à cette question générale : pourquoi la rumeur des vols de sexe se répand-elle si bien ?

1Une histoire bonne à raconter

Chaque fois que j'ai raconté l'histoire des vols de sexe à des amis occidentaux, j'ai toujours obtenu la même réaction. Des yeux écarquillés d'étonnement, puis : « Hein ? Quoi ? Mais c'est vrai ou pas ? »

Que ce soit vrai ou pas contribue en réalité largement à la diffusion d'une légende qu'on aime se raconter pour se faire peur, pour le plaisir d'une histoire folle ou tout simplement par précaution, comme l'évoque Julien Bonhomme dans son livre :

« La rumeur est en tous cas suffisamment menaçante pour qu'il soit imprudent de ne pas y croire au moins un peu. »

 

L'anthropologue précise donc qu'« il n y a pas besoin d'être crédule pour que la rumeur se diffuse ».

« L'urgence serait plutôt de s'occuper des voleurs de seins »

D'ailleurs, sous l'article de Seneweb comme sur des forums où le sujet est abordé, les avis sont souvent partagés entre méfiance et amusement. « Il existe des choses bizarres dans la vie, alors il ne faut pas nier parce que l'on se croit plus malin que la masse », estime ainsi un lecteur de Seneweb.

Tandis que sur un forum, dans un sujet intitulé : « Croyez vous aux voleurs de sexe ? », un internaute ironise :

« L'urgence serait plutôt de s'occuper des voleurs de seins… Parce que vu le nombre de nanas qui ressemblent à des planches à pain. »

 

2

Des médias pour la propager

Autre élément explicatif de l'expansion de la rumeur : les médias. Ces derniers titrent parfois en une sur les faits divers de vols de sexe et sur les lynchages. Pour Julien Bonhomme, loin des clichés d'une Afrique superstitieuse et arriérée, les affaires de vols de sexe révèlent le nouveau pouvoir des médias sur place. (Voir la vidéo)


 

Pour Julien Bonhomme, qui s'est basé pour son étude sur les articles de presse, « travailler sur les voleurs de sexe, c'est aussi une manière de travailler sur la presse et les journalistes africains. » Il estime globalement qu'ils font bien leur travail.

« Ils sont comme tout un chacun, ils appartiennent à une société où le vol de sexe n'est pas considéré comme totalement impossible, mais en tant que journalistes professionnels ils sont amenés examiner de manière critique le fait divers. »

 

Les journalistes bien forcés d'y croire un peu

Le 13 septembre dernier, Abdoulaye Diedhiou, un journaliste sénégalais au Populaire, écrivait un article sur un cas de vol de sexe. « Le quartier Sam Notaire secoué par une affaire de vol de sexe ». Joint au téléphone, il explique : « Personnellement, je ne peux pas dire que je crois vraiment à ça », pour autant, en tant que journaliste, il est ennuyé :

« Sur des affaires comme celles-là, je ne peux pas dire si réellement ou pas il y a eu rétrécissement de sexe. Ce qui nous incite à croire que c'est possible, c'est qu'il y a eu beaucoup de victimes et en plus, ce sont des adultes. C'est possible que ce soit vrai, mais effectivement, c'est illogique. »

 

Pour lui, la difficulté de taille dans le traitement de ces affaires est la suivante :

« En général quand ça arrive, on n'est pas sur place donc nous, à notre niveau, on ne peut pas savoir si c'est vrai ou si c'est faux… »

 

3

Le défouloir du groupe

Souvent, pour expliquer la multiplication de faits divers de vols de sexe dans une même période, les journalistes évoquent un aspect « cathartique ». Face à une crise, quelle qu'elle soit (politique, sociétale, économique), on se défoule sur un voleur de sexe. Julien Bonhomme nuance :

« Il y a des cas de vols de sexe dans des périodes où tout va bien, où il n y a ni tension politique, ni problème économique exceptionnel. C'est un bon facteur renforçant, mais il n'est pas nécessaire pour que cela se produise. »

 

Pour autant il souligne :

« Il y a un lien très fort entre le sexe comme organe génital, la puissance sexuelle et la réussite sociale. Les jeunes urbains diplômés qui ne travaillent pas vivent leur “échec social” comme une atteinte à leur virilité. »

 

Reste un élément certain : c'est toujours un inconnu ou un étranger qui est accusé de vol de sexe. Ces affaires témoignent donc souvent de racismes sous-jacents, mais aussi d'inquiétudes face à l'inconnu en milieu urbain (Voir la vidéo)


 

Vous trouvez tout cela très exotique ? Julien Bonhomme rappelle, pour élargir le champ, que des cas de rétrécissements de sexe ont aussi été constatés en Asie, et « au Moyen-âge en Europe, on raconte aussi des histoires de sorcières qui auraient volé des sexes ».

Illustrations : titre et chapô d'un article sur un vol de sexe (Tristan Calas/Ici Dakar ! ) ; autre article sur un vol de sexe (version grande).

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07 décembre 2009

Abdourahman A. Waberi : Passage des larmes

INVITATION

RENCONTRE

Avec Abdourahman A. Waberi


Autour de son nouveau roman : Passage des larmes (Lattès, 2009)

   

Samedi 12 décembre, à 15 h

Abdourahman A. Waberi, né en 1965, quitte Djibouti à 20 ans. Ce pays d'"îlots magiques au-dessus desquels, depuis des siècles, l'histoire tourbillonne à la manière d'un ouragan", ne cesse de hanter l'auteur de Passage des Larmes que le musée Dapper est heureux de recevoir.

« [ Un ] récit singulier, tumultueux, fiévreux qui, sous les dehors d'un thriller géopolitique, constitue surtout un grand roman sur l'enfance, les identités meurtries et l'exil »
Le Monde, Christine Rousseau, 5 novembre 2009

« Il y a des romans que l'on regrette d'avoir attendu pour les lire. Ainsi aurait-on dû ouvrir bien plus tôt ce Passage des larmes : c'est un livre d'une rare puissance, fiévreux, et qui résonne encore longtemps après que l'on a terminé sa lecture. »
Le Figaro, Mohammed Aïssaoui, 22 octobre 2009

Lecture par Paulin F. Fodouop, comédien
Rencontre animée par Nathalie Carré

Réservation conseillée au 01 45 00 91 75

 

MUSÉE DAPPER – 35 bis, rue Paul Valéry – 75116 PARIS – M° Victor Hugo

Ouvert tous les jours de 11 h à 19 h, sauf les mardis. Fermé hors exposition temporaire. Tél. : 01 45 00 91 75 - Fax : 01 45 00 27 16

Librairie (accès libre) - Tél. : 01 45 00 91 74. Retrouvez nos publications sur le site de la librairie en ligne des Éditions Dapper : www.dapper.com.fr/boutique

Café Dapper (accès libre) - Tél. : 01 45 00 31 73

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05 novembre 2009

Marie Ndiaye : ’’Je n’ai jamais été fâchée avec mes origines’’

FRANCE-SENEGAL-CULTURE

Marie Ndiaye : ’’Je n’ai jamais été fâchée avec mes origines’’

04/11/2009 21:58 GMT

Dakar, 4 nov (APS) - La Franco-Sénégalaise Marie Ndiaye, prix Goncourt 2009 pour "Trois femmes puissantes", a indiqué mercredi qu’elle n’a ‘’jamais été fâchée’’ avec ses origines africaines et sénégalaises en particulier, bien qu’elle juge ‘’inapproprié’’ le fait d’être constamment renvoyé à celles-ci.


BK/AD

‘’Je n’avais pas besoin d’être réconciliée avec cette origine-là, car je n’ai jamais été fâchée avec elle’’, a répondu la romancière, née d’un père sénégalais et de mère française, à la question de savoir si le prix qu’elle vient de remporter l’a réconciliée avec ses origines.

’’Ca me fait très plaisir que des Sénégalais puissent s’identifier à mon parcours, même s’il ne me semble pas représentatif de quoi que ce soit’’, a-t-elle ajouté, comme on lui faisait remarquer que des Sénégalais et des Africains de façon générale s’identifie plus jamais à elle avec le prix qu’elle vient de remporter.

Les propos de la lauréate 2009 du prix Goncourt sont rapportés par le site Internet du quotidien français Le Monde qui a organisé, mercredi, un ‘’Chat’’ entre la romancière et ses lecteurs.

Avec ‘’Trois femmes puissantes’’, ‘’c’est la première fois, effectivement, que je me sens suffisamment mûre pour approcher l’Afrique que je connais finalement très mal et très peu puisque je n’y suis allée jusqu’à présent que deux ou trois semaines’’, avait indiqué Marie Ndiaye, dans ses premières déclarations faisant suite à l’annonce du choix porté sur elle par le jury du prix Goncourt.

‘’Maintenant, avait-elle ajouté, je me sens plus capable de le faire. Avant, je pense que l’Afrique était présente mais de manière plus obscure et énigmatique. C’est la première fois, là, qu’elle est citée. Est-ce que j’essaye de trouver un lien ? Oui, sans doute, en tout cas j’essaie de comprendre, un peu, ce que c’est que l’Afrique, ce que c’est qu’être Africain, Africaine’’.

‘’J’essaie de le comprendre même si je sais que maintenant, d’une certaine façon, il est trop tard, c’est-à-dire que je n’aurais plus jamais d’enfance africaine, de jeunesse africaine, donc c’est une compréhension qui restera intellectuelle finalement et pas émotive, pas affective ni sensible...’’, avait-elle poursuivi.

Aux lecteurs du Monde, elle a expliqué que son dernier roman qui lui a valu le Goncourt n’est autobiographique que ‘’dans une mesure très restreinte, très factuelle’’. Selon elle, ‘’le seul élément autobiographique évident est la présence d’un père vivant en Afrique, c’est tout’’.

Priée de dire si elle acceptait finalement le fait d’être constamment renvoyée à ses origines, notamment par les médias, elle a dit qu’avant, c’était quelque chose qui la gênait beaucoup. ‘’Il me semblait que je devais chaque fois préciser ce qu’il en est exactement. Aujourd’hui, j’y renonce. Cela ne me semble plus grave. Je m’y suis résignée, même si cela me semble inapproprié’’, a-t-elle précisé.

Mais bien qu’elle affirme ne pas connaître ‘’assez bien l’Afrique pour émettre une hypothèse avertie ou originale à son sujet’’, Marie Ndiaye a relevé qu’avec ‘’Trois femmes puissantes’’, elle a ‘’le sentiment de ne faire que commencer avec l’Afrique comme territoire romanesque’’.

Evoquant le parallèle fait entre sa trajectoire et celle du président américain Barack Obama qui, comme Marie Ndiaye, a été élevé par sa mère américaine, la lauréate 2009 du prix Goncourt a relevé qu’aux Etats-Unis, ‘’lorsqu’on évoque le père africain d’Obama, c’est en général contre ce dernier, c’est souvent agressif, ou en tout cas une manifestation de défiance.

Marie Ndiaye, 42 ans, est née à Pithiviers (France) et a passé toute son enfance avec sa mère. Elle a commencé à écrire vers l’âge de 12-13 ans et n’avait que 18 ans lors de la publication de son premier ouvrage intitulé ‘’Quant au riche avenir’’.

Elle abandonnera ensuite les études pour se consacrer à l’écriture en publiant à intervalles réguliers une douzaine de livres – romans, nouvelles, théâtre, dont l’étonnante pièce de théâtre ‘’Papa doit manger’’, qui lui a valu d’entrer au célèbre répertoire de la Comédie-Française.

Auteur également de "La femme changée en bûche" (1989) et "La sorcière" (1996), Marie Ndiaye est la sœur de Pap Ndiaye, historien et maître de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Installée à Berlin avec sa famille en 2007, Marie Ndiaye a déjà reçu le Prix Femina en 2001 pour "Rosie Carpe".

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15 octobre 2009

INVITATION : RENCONTRE AVEC LÉONORA MIANO

INVITATION

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RENCONTRE AVEC LÉONORA MIANO

À l’occasion de la parution de son nouveau roman : Les Aubes écarlates (Plon, 2009)

Samedi 24 octobre, à 15 h

Dès son premier roman L'Intérieur de la nuit (Plon, 2005), Léonora Miano s'est imposée sur la scène littéraire française : une voix forte et lucide, violente et poétique qui n'hésite pas à  questionner les  blessures de la société contemporaine, et  particulièrement du continent africain.

Elle a obtenu en 2006 pour Contours du jour qui vient (Plon, 2006), le prix Goncourt des lycéens.

Lecture par Léonie Simaga, pensionnaire de la Comédie-Française


Rencontre animée par Nathalie Carré

Située dans un Mboasu imaginaire inspiré par la réalité, l'oeuvre de Léonora Miano décrit les luttes et les espoirs d'une Afrique déchirée. Les Aubes écarlates est le dernier volet de la Suite africaine, trilogie entamée avec L'Intérieur de la nuit et poursuivie dans Contours du jour qui vient.
Un texte puissant – traversé par les voix et la mémoire des esclaves déportés – qui interroge les rapports entre histoire passée et à venir.

Léonora Miano est née en 1973 au Cameroun, pays qu'elle a quitté pour la France, où elle arrive en 1991.

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08 octobre 2009

L'art d'être Homme en Afrique

EN OCTOBRE AU MUSEE DAPPER


Bonjour,

Une nouvelle saison débute au musée Dapper avec l'exposition L’Art d’être un homme, Afrique, Océanie.

Tout au long de cette manifestation, nous vous proposerons des week-ends thématiques, des rencontres avec des écrivains, des personnalités et de nombreuses projections de films (fiction, documentaires). Une riche programmation a aussi été mise en place pour le jeune public.

Nous vous attendons nombreux à nos rendez-vous.

L’équipe du musée Dapper

EN OCTOBRE AU MUSÉE DAPPER

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Exposition

L’Art d’être un homme

Afrique, Océanie

À partir du 15 octobre

Les ornements et emblèmes révélateurs des identités masculines en Afrique subsaharienne et en Océanie sont au cœur de cette exposition. Celle-ci regroupe une grande diversité d’œuvres - parures, sculptures, vêtements, insignes - et aborde les significations matérielles et symboliques dont les objets sont investis.

Cette exposition fait également place à des photographies de Baudouin Mouanda et d'Héctor Mediavilla sur l’univers de la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes).

Regards croisés sur un même univers, où marginalité et intégration flirtent avec provocation et contestation.

Tous les jours, sauf le mardi, de 11 h à 19 h.

Tarif : 6 €.

Tarif réduit : 4 € (seniors, demandeurs d’emploi, enseignants, familles nombreuses).

Entrée libre : Les Amis du musée Dapper, étudiants, moins de 26 ans et le dernier mercredi du mois.

« Paroles de… »

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Léonora Miano

À l’occasion de la parution de son nouveau roman : Les Aubes écarlates (Plon, 2009)

Samedi 24 octobre, à 15 h

Un texte puissant – traversé par les voix et la mémoire des esclaves déportés, qui interroge les rapports entre histoire passée et à venir.

Lecture par Léonie Simaga, pensionnaire de la Comédie-Française
Rencontre animée par Nathalie Carré

Entrée libre

Réservation conseillée au 01 45 00 91 75

Week-end thématique : Des hommes dans la ville

Ciné-club Afrique

Un rendez-vous mensuel proposé par le musée Dapper et l'association Racines

En partenariat avec RFI, avec le concours de la cinémathèque de Culturesfrance et le soutien de la Mairie de Paris.

Bronx-Barbès

Éliane de Latour

Vendredi 30 octobre, à 20 h 30

À Abidjan, en Côte d’Ivoire, responsables d'un meurtre accidentel, deux garçons se réfugient au ghetto du Bronx. Ils entrent dans les gangs. Violence, loi du milieu, vols à la tire deviennent leur quotidien.

Projection suivie d'une rencontre avec Éliane de Latour,
animée par Catherine Ruelle et Adrienne Frejacques (ARTE Éditions)

Soirée en partenariat avec ARTE

Tarif : 6 €

Étudiants, Les Amis du musée Dapper, demandeurs d'emploi : 4 €

(entrée libre pour l'exposition L'Art d'être un homme incluse)

Réservation conseillée au 01 45 00 91 75

Rencontre

Avec Mamadou Mahmoud N’Dongo

Samedi 31 octobre, à 15 h

Avec son dernier roman, El Hadj (Le Serpent à Plumes, 2008), Mamadou Mahmoud N’Dongo nous fait arpenter les tours et détours de la cité, dont il est bien difficile de s'échapper.

Lecture par Rocé (chanteur) qui livrera quelques-unes de ses compositions personnelles.

Rencontre animée par Nathalie Carré

Entrée libre

Réservation conseillée au 01 45 00 91 75

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Jeune public

Film d’animation

Kabongo le griot

Pierre Awoulbe Sauvalle

Mercredi 21 octobre, à 15 h

Le griot Kabongo et son compagnon, le petit singe Golo, parcourent le monde à la recherche d'un élève à qui Kabongo pourrait transmettre son art de conteur. La quête de Kabongo sert de prétexte à nous entraîner dans de multiples aventures…

À partir de 5 ans

Tarif : 5 €. Groupes (min. 10 personnes) : 4 € par personne

Réservation conseillée au 01 45 00 91 75

Contes

Au bord du fleuve Congo

Abdon Fortuné Koumbha

Dimanche 25 octobre, à 15 h

Conteur espiègle, facétieux et jovial, Abdon Fortuné Koumbha (KAF) nous invite à découvrir son pays, le Congo. Ses histoires intriguent, font rire…

Durée : 1 h - À partir de 6 ans

Tarif : 8 €.

Tarif réduit : 5 € (Les Amis du musée Dapper, enfants de moins de 12 ans, groupes à partir de 10 personnes, carte famille nombreuse, demandeurs d'emploi)

Réservation conseillée au 01 45 00 91 75

MUSÉE DAPPER – 35 bis, rue Paul Valéry – 75116 PARIS – M° Victor Hugo

Ouvert tous les jours de 11 h à 19 h, sauf les mardis. Fermé hors exposition temporaire.Tél. : 01 45 00 91 75 - Fax : 01 45 00 27 16

Café Dapper (accès libre) - Tél. : 01 45 00 31 73

Librairie (accès libre) - Tél. : 01 45 00 91 74. Retrouvez nos publications sur le site de la librairie en ligne des Éditions Dapper : www.dapper.com.fr/boutique

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22 juin 2009

TCHICAYA U Tam'Si un écrivain africain

Connaissez-vous

Tchicaya U Tam’si ?

Béatrice Bloch

Arlette Chemain-Degrange et Roger Chemain, De Gérald Félix Tchicaya à Tchicaya U’Tam’si, Paris : L’Harmattan, 2009, 502 p., EAN 9782296075559.

Vient de paraître un remarquable ouvrage présentant la création d’un des plus grands auteurs congolais contemporains de langue française, Tchicaya U Tam’si (1931-1988), visant à le rendre accessible ou à le faire connaître davantage grâce à des analyses littéraires. L’ouvrage est une somme impressionnante d’articles critiques, d’interviews, et de lectures analytiques faites par deux professeurs de littérature générale et comparée, en poste pendant 15 ans à l’université de Brazzaville au Congo, puis à l’université de Nice Sophia-Antipolis depuis 1986. Arlette et Roger Chemain sont en effet des spécialistes de cette œuvre qu’ils ont arpentée, travaillée et accompagnée sur une vingtaine d’années.

Le livre De Gérald Félix Tchicaya à Tchicaya U’Tam’si propose au lecteur d’accéder par plusieurs entrées à la connaissance de cette œuvre : par des apports biographiques fondés sur des interviews, des photos et des critiques, par des analyses littéraires précises et des saisies originales synthétiques sur la création d’U Tams’i selon les genres littéraires abordés, ainsi que par un appareil critique riche contenant une bibliographie de son œuvre et des commentaires qu’elle a suscités. L’ouvrage tisse ainsi de chapitre en chapitre, la présentation des textes et un regard critique porté sur eux, la création et un retour réflexif sur elle. L’ensemble est conçu en trois parties : un prélude sert d’entrée en « U Tam’si(e) » où sont exposés les motifs et les évolutions de la création ; une partie rythmée en trois temps mêle la reproduction de quelques extraits des textes et des lectures qu’ils inspirent à Arlette Chemain-Degrange et Roger Chemain : l’œuvre lyrique, l’œuvre dramatique et l’oeuvre narrative sont successivement abordées, faisant droit à la plurigénéricité de l’œuvre ; enfin, une partie plus synthétique propose une approche générale qui tente d’embrasser l’œuvre entière de l’auteur dans sa diversité et son évolution.

Un itinéraire de la pensée se fait jour à travers la lecture de l’ouvrage : d’un poète qui a fréquenté aussi bien la poésie rimbaldienne que la création surréaliste, à celui qui refuse l’appartenance à une école par la diversité de sa création (du sonnet inversé à l’écriture automatique), en passant par le poète qui refuse la négritude mais que Senghor salue dans la préface qu’il écrit au recueil Epitome ; on voit qu’il s’agit d’un travail protéiforme, engagé, où alternent le recueillement solitaire lyrique et les positions théoriques et politiques fortes. Le travail sur la culture européenne et la découverte d’une voix spécifique, qui n’est pas la voix « nègre », mais celle d’un « congolais » du XXème siècle. Tchicaya U Tam’si fut à la fois écrivain, poète et permanent à l’Unesco ; il se consacra à la littérature mais s’engagea aussi dans des projets de réforme de l’enseignement. Fils d’un député du Moyen Congo à l’Assemblée nationale, U Tam’si passa son adolescence en France. Il y vécut en alternance avec une vie au Congo, son œuvre se faisant les échos de l’espoir né au moment des indépendances, des difficultés auxquelles se heurta Patrice Lumumba, et des échecs que rencontra le jeune Congo indépendant.

La poésie d’U Tam’si est ainsi entre « élan et retrait, suavité et violence, confidence et sarcasme », désorientant le lecteur, dans les recueils Le Mauvais sang, Epitomé, Le Ventre et Arc musical. Dépassant l’horizon racial, cette poésie s’indigne devant l’attaque des innocents depuis le bûcher de Montségur jusqu’aux guerres coloniales. Arlette Chemain-Degrange et Roger Chemain montrent l’évolution de la création : depuis la forme fixe du sonnet qui se cherche encore avec ses maladresses syntaxiques de l’oral bousculant la forme classique, jusqu’à l’invention d’une voix nouvelle et spécifique, l’œuvre se crée peu à peu. Ce parcours est donné à voir dans la première partie. Epitomé exprime la passion de son auteur pour un Congo en construction, qui se libère et se refonde. Plus loin, la déception devant le drame congolais et l’émigration se disent. Le rapport aux femmes se profile dans le sentiment de la trahison, et de la menace. Dans Arc musical, on remarque le travail sur le rythme et la forme miroitante. En outre, l’instrument fait référence à la musique congolaise et le recueil joue sur l’humour, même si le ton est plus sceptique, quant aux espoirs politiques : « c’est ici que mon arc m’arme le poing ». Enfin, le recueil Veste d’intérieur paraît plus tard (1976), « fruit d’un retour sur soi pour méditer l’itinéraire parcouru et veillée d’arme avant un nouveau départ, de nouvelles conquêtes ». Le recueil clôt le dialogue avec le passé pour entreprendre le procès de l’actualité, vingt ans après les indépendances. Un retour à l’intimité s’y fait jour, alternant réticence et aveux, tandis que le mouvement de la lecture, comme échange, est accepté. À travers les images de l’eau croupie se profile la tentation de l’inaction et le dialogue amoureux se termine en pitrerie ou en scène mortuaire, tandis que, pourtant, la pulsion de vie domine. Pour clore cette partie initiale, une étude transversale sur le mythe du cannibalisme détourné et une réflexion sur l’image du féminin viennent ressaisir autrement les fils tissés lors des analyses.

La partie suivante est consacrée à la création théâtrale : Le Zulu et Le Destin glorieux du maréchal Nnikon Nniku prince qu’on sort dénonce le caractère irrévocable des despotismes dans les années 1970. Le Zulu opère un retour à un sujet traditionnel : l’épopée du héros sud-africain Chaka qui voulut unifier le pays et échoua « victime de rivalités de la part de ses généraux et de leur association avec l’envahisseur blanc ». Cette pièce est à la fois politique, mais aussi une manière de revisiter, comme pour Shakespeare, le thème de la culpabilité et de la malédiction. L’onirisme y est exploité largement, à travers le rôle des prophéties dans la culture traditionnelle, qui font de la transcendance un principe essentiel. Le héros, Chaka, est présenté comme ayant une mission, mais sa duplicité apparaît au grand jour. La pièce n’est pas de facture originale, mais l’influence de l’oralité affecte les structures et l’imaginaire de l’œuvre : orchestration sonore, chorégraphie, prophéties de devins et langages par proverbes caractérisent la pièce ; finalement, la prise en compte de l’héritage traditionnel constitue l’essence de la tragédie dans cette reconstitution historique, et n’est pas une simple concession à la mode. Avec Le Destin glorieux du maréchal Nnikon Nniku prince qu’on sort, il s’agit non plus de tragédie mais de farce sinistre montrant le pouvoir donné au soudard, caricature grotesque des détournements et des abus. La voix prophétique est remplacée par celle de la radio. Le populisme truculent brise toute envolée, la paresse est valorisée et l’échec du développement économique est masqué derrière une valorisation du dénuement. En contrepoint et par contraste, des intermèdes lyriques assurent des pauses où des hippies réintroduisent une sorte de voix « off », exprimant de « vraies » valeurs vitales. À la fin de cette partie, deux études générales transversales interrogent la présence des paroles traditionnelles dans les œuvres et le mythe d’Œdipe recomposé.

Le troisième genre est abordé, l’écriture narrative, sous forme courte : Légendes africaines, montage de textes empruntés à divers pays d’Afrique à l’instigation d’un éditeur et introduits par un texte d’U Tam’si, suivies de La Main sèche, et sous forme longue, avec le cycle romanesque tétralogique inauguré par Les Cancrelats. L’idée des Légendes africaines est d’écrire une mythologie de la création de l’humanité, une « Légende des siècles » vue par la culture africaine. La Main sèche, écrit en même temps que commençait à paraître le cycle romanesque, est une somme hétérogène de récits moins indépendants qu’il ne paraît, reliés en profondeurs à l’œuvre aux accents messianiques. Chaque nouvelle reprend l’art du conteur et s’ouvre et se clôt par les mêmes formules, l’énonciation à la première personne plongeant le lecteur immédiatement « in medias res », comme si ce dernier connaissait déjà le contexte. Quête des origines, initiation à la double culture, énigme de la mort sont quelques uns des thèmes abordés à travers la question du rapport des Noirs au christianisme, le problème de la responsabilité de la religion vis-à-vis de l’Afrique ; la traite, l’investissement colonial sont revécus à l’échelle d’un individu ; les angoisses de la naissance et les scènes traumatiques font naître un sentiment de culpabilité qui hante les héros : l’homme entre deux mondes, celui qui meurt et celui qui est appelé à naître, se demande s’il va y perdre ou y gagner. Des lectures synthétiques sur la symbolique de l’œil (« son œil sec vous passe l’âme et la moelle épinière à la râpe ») et la figure de l’exclu comme représentation de la marginalité, corollaire de la modernité, répondent à l’accompagnement analytique des œuvres.

Enfin, le cycle romanesque commençant par les Cancrelats est présenté ; il fut publié entre 1980 et 1987, bien qu’en gestation depuis 1954, mais trop critique en un temps de refondation lié aux indépendances, il ne fut présenté par l’auteur à la publication que bien des années plus tard. En chaque volume sont entrelacés l’histoire personnelle et l’histoire collective. Le dernier ouvrage du cycle est Ces fruits si doux de l’arbre à pain. Entre les deux ouvrages majeurs, sont deux ouvrages médians Les Méduses ou les orties de mer (1982) et les Phalènes (1984), d’une coulée plus romanesque, accordant une plus grande place aux relations sentimentales et familiales. Cette somme évoque la vie des Congolais pendant la colonisation, leur tristesse, l’évolution des personnages quittant la terre pour devenir commerçants ; les formules traditionnelles verbales ou rituelles y sont explicitées par le narrateur, tantôt sérieusement, tantôt avec un détachement amusé, à l’instar des conduites ordaliques à l’occasion des deuils. Le rôle souverain de l’imaginaire y est notable et même si le roman refuse l’épique, il laisse le lecteur sur sa faim et son désir de poursuivre la lecture. Dans Les Méduses, il s’agit de la mort de trois syndicalistes « indigènes » dont on essaie d’élucider la cause, entre pouvoir colonisateur et magie traditionnelle. Les Phalènes est le troisième élément de la saga historique au pays de l’ancien royaume kongo : il narre la rencontre entre un Congolais et la femme d’un militant français venu aider à préparer l’indépendance, montrant l’alliance des « gender », et le métissage entre cultures. Dans l’ultime ouvrage, Les Fruits si doux de l’arbre à pain, au titre éminemment ironique (ces fruits étant la nourriture des esclaves pendant la traversée de l’Atlantique), l’auteur recourt au procédé qui désigne avec constance sa manière propre : le redoublement des énoncés, le premier étant voilé et le second plus explicite. Les récits traditionnels sont enchâssés dans l’énoncé francophone. Dans cette narration pleine de ferveur, surgissent pourtant des images maternelles destructrices, des relations fraternelles douteuses, s’envolent des ascensions et se précipitent des chutes. Mais il s’agit aussi d’un texte métis, capable d’entrelacer les échos de maintes cultures, de plusieurs modes d’énonciation, où entrent en contact l’oral et l’écrit, le chant traditionnel et la narration. L’histoire personnelle et politique joue avec l’intertexte messianique, tandis que se pose la question de la responsabilité de l’écrivain exilé combattant sa solitude « coupable » mais en même temps, « signe d’élection ».

Ainsi, l’ouvrage d’Arlette Chemain-Degrange et de Roger Chemain rend grâce à l’exubérance de la création de Tchicaya U Tam’si, sous toutes ses facettes, en abordant tous les genres mis en textes, et en montrant qu’elle a su dépasser les clivages pour créer une voix non plus duelle, mais spécifique et victorieuse dans sa nouveauté. Se moquant du rationalisme, flirtant avec l’envoûtement des forces occultes mais par provocation, l’œuvre d’U Tam’si n’est pas saisie comme retour au passé. L’unité qui la caractérise se manifeste dans l’engendrement des œuvres par des thématiques reprises et rejouées autrement, l’ensemencement des mots par des allitérations ou des assonances, mais où la langue se veut aussi dialogue avec le lecteur. Grâce à cet ouvrage de référence, c’est ce lien avec un public désormais informé et instruit qui peut se tisser plus aisément, et plus intimement, pour conduire à de nouvelles lectures, portées par les propositions de ces critiques, qui offrent aux lecteurs quelques unes parmi les « sept clés » de cette création.

par Béatrice Bloch

Publié sur Acta le 11 juin 2009

Pour citer cet article : Béatrice Bloch , "Connaissez-vous Tchicaya U Tam’si ?", Acta Fabula, Notes de lecture, URL : http://www.fabula.org/revue/document5079.php

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30 mars 2009

Salon du livre Afrique Caraibes et Maghreb

En banlieue parisienne, la ville de Chatenay Malabry accueille un salon consacré aux livres d'Afrique, Caraïbes et Maghreb

VENDREDI 3 AVRIL

PRESENTATION OFFICIELLE DU LIVRE « HISTOIRES D’ENFANTS - HISTOIRES D’ASIE »

Présentation scénique des contes primés au public et devant les auteurs invités.

Remise des prix aux enfants par Monsieur le Député-Maire, Georges SIFFREDI.

De 9 h à 11 h, au Cinéma municipal le REX (364 avenue de la Division-Leclerc)

LA MAGIE DES CONTES

par

évelyne Pélerin NGO MAA

et Jorus MAbIALA (deux conteurs cités parmi les meilleurs du

De 15 h à 16 h à la Médiathèque (7/9 rue des Vallées)

TEXTES EN PAROLES

Carte blanche au Poète

SARROUSS, lauréat du Prix «Les Ponts de Struga », en association

avec l’UNESCO

, et Morceaux choisis des littératures africaines, caribéennes et maghrébines

De 16 h à 16 h 30 à la Médiathèque (7/9 rue des Vallées)

RECITAL RESONANCES AFRICAINES

par

Ndongo MbAYE

(écrivain - poète) et Idrissa DIAbATé (Kora)

De 16 h 30 à 18 h à la Médiathèque (7/9 rue des Vallées)

OUVERTURE OFFICIELLE DES 2ES RENCONTRES LITTéRAIRES

Récital de chansons acoustiques avec

Charly MALELA

et Jorus MAbIALA

SAMEDI 4 AVRIL

RENCONTRES ET DébATS « LITTéRATURE AFRICAINE ET ADAPTATION CINéMATOGRAPHIqUE

»

Projection du documentaire : Diogène à Brazzaville, de

Léandre-Alain bAKER

, un documentaireLéandre-Alain bAKER et Jean-Pierre.Caya MAKHELE

Morceaux choisis des littératures africaines, caribéennes et maghrébines d’aujourd’hui lus par

des auteurs et des comédiens. Accompagnement musical par Charly MALELA

De 13 h 30 à 14 h à la Médiathèque (7/9 rue des Vallées)

ATELIERS DE PEINTURE

« Apprenez en quelques minutes les techniques de dessin et peinture africaine »

Animateurs :

Charly MALELA

-Serge HOCHAIN

« Le livre dans la réussite éducative et la promotion des talents »

avec

Rama YADE

– Secrétaire d’État, chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’Homme(sous réserve)

Modérateur :

M. Francis LALOUPO

De 15 h à 16 h 30 à la Médiathèque (7/9 rue des Vallées)

TAbLE RONDE

« De quoi parlent les écrivains africains et caribéens aujourd’hui ? »

avec

Fadela MRAbET

(Algérie), Amadou Elimane KANE (Sénégal), James NOEL (Haïti),

Jean DIVASSA NYAMA

(Grand Prix littéraire d’Afrique Noire 2008, Gabon)

Modérateur :

Jacques CHEVRIER

VENDREDI 3 ET SAMEDI 4 AVRIL

UN NOM, UN LIVRE

De 17 h à 18 h 30 à la Médiathèque (7/9 rue des Vallées)

Tirage au sort ouvert à tous les publics (enfants comme

adultes), permettant de gagner un livre au choix. Il suffit

d’inscrire son nom et de le mettre dans une urne au

Salon. Toutes les heures un tirage est effectué et les gagnants

repartent avec un livre de leur choix.

à la Médiathèque (7/9 rue des Vallées)

SIGNATURES DES AUTEURS

Les auteurs présents et participant aux débats et aux tables

rondes feront une séance de signature après

chaque séance. Les auteurs invités par les éditeurs signent

en continu sur les stands.

à la Médiathèque (7/9 rue des Vallées)

ESPACE EDITEURS

Pour rencontrer des éditeurs et des auteurs ayant une

production sur l'Afrique, les Caraïbes et le Maghreb.

à la Médiathèque (7/9 rue des Vallées)

auprès du Ministre des Affaires étrangères et européennes

De 14 h à 17 h (toutes les 30 minutes) à la Médiathèque (7/9 rue des Vallées)

RENCONTRE - DébAT

sur la vie et l’oeuvre de l’écrivain congolais Sony Labou Tansi, dont l’ensemble de l’oeuvre

est publiée aux éditions du Seuil ; suivi d’un débat avec

bEKOLO ObAMA

Modérateur :

De 10 h à 12 h 30 au Cinéma municipal le REX (364 avenue de la Division-Leclerc)

TEXTES EN PAROLES

18 h à la Médiathèque (7/9 rue des Vallées)

d’aujourd’hui lus par des auteurs et des comédiens.

spectacle vivant en France)

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23 février 2009

Livre africain :Les éditeurs africains peinent à trouver des solutions

Meilleure diffusion du livre
Publié le : 23.02.2009 | 07h19
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Par : Abdallah Darkaoui
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A l'heure de la mondialisation, le livre devient l'allié de tous les combats pour la diversité culturelle et linguistique et pour l'accès aux savoirs et au développement.

En Afrique, notamment subsaharienne, le nombre d'éditeurs augmente au même titre que celui des éditions. Pourtant la diffusion reste le parent pauvre de la chaîne de production du livre.

«De toute évidence, les moyens à déployer pour mieux faire circuler le livre pose problème, la diffusion-distribution étant le maillon faible de la chaîne de production du livre», estime Abid Nouri, président de l'Union des éditeurs tunisiens et maghrébins.

Par le passé, relève-t-il, les gouvernements et les Etats se chargeaient de cette mission qu'est l'édition, mais aujourd'hui ils ont cédé l'essentiel de cette activité au secteur privé, alors que le livre demeure un outil fondamental de sensibilisation et de promotion sociétale.

Pour ce patron d'une maison d'édition en Tunisie, il faudrait faire en sorte que le livre ne soit plus perçu comme un bien économique. «Les investisseurs eux-mêmes n'imaginent pas que le livre puisse être un bien marchand».

Même son de cloche chez Mariame Kanté, éditrice sénégalaise pour qui le déficit en matière de distribution du livre est la grande problématique à laquelle font face les maisons d'édition africaines.

«Au Sénégal, on compte seulement deux bibliothèques situées dans la capitale Dakar», a-t-elle fait observer.

«Le réseau de libraires est inexistant ou peu développé: il y a des livres mais il y a un grand problème de disponibilité. Les ouvrages ne sont pas bien distribués dans les villes et encore moins dans les zones rurales», déplore-t-elle.

Selon elle, toute action de promotion du secteur de l'édition à l'échelle de l'Afrique doit avoir pour préalable un effort d'intégration régionale des Maisons d'édition. «Si l'on ne peut pas parler de distribution du livre sénégalais dans les pays frontaliers, comment voulez-vous qu'on y pense pour ce qui est du Maghreb et du reste du continent», se demande-t-elle.

De son côté, l'éditeur marocain Abdelkader Retnani plaide pour la promotion et la mise à niveau du réseau des librairies et bibliothèques, estimant que «c'est justement le manque de professionnalisme au niveau des libraires qui freine pour beaucoup la circulation du livre».

Selon lui, les instances concernées sont appelées à remédier à cette situation en procédant à la création de nouvelles bibliothèques dans différentes régions, autres que celles de Rabat et de Casablanca. «La mise à niveau des librairies, ce maillon faible de toute la chaîne, permettra à coup sûr de mieux faire connaître l'auteur marocain, non seulement au Maroc mais aussi dans d'autres pays, et favorisera la commercialisation de ses ouvrages», suggère M. Retnani.

En matière d'édition, le marché le plus captivant reste le manuel scolaire qui représente 90 pc du chiffre d'affaires, indique pour sa part Ange Félix N'Dakpri, président de l'Association des éditeurs ivoiriens, notant que «ce sont des ouvrages obligatoires et prescrits par l'Etat qui génèrent les recettes les plus importantes».

Les frais de financement, de fiscalité et de douane font que le livre africain est cher puisque les intrants ne sont pas tous détaxés, a-t-il expliqué, appelant à la mise en place de fonds de soutien à la création, la production et la diffusion.

Serge Dontchueng Kouam, directeur général de l'AES au Cameroun, a estimé de son côté qu'«en l'absence d'infrastructures pour la profession, l'éditeur doit être constamment soutenu par les instances de tutelle».

Abondant dans le même sens, M. Ndiaye a souligné que «les politiques du livre dans les pays d'Afrique subsaharienne ne sont pas encore systématisées, et sans l'édition scolaire, le travail de d'éditeur est très difficile».

La coopération Sud-Sud est-elle la solution? L'étroitesse du marché africain et la quasi-absence de réseaux régionaux de l'édition, combinés à l'inefficacité de certaines politiques nationales du livre et au manque de capitaux, freinent l'émergence d'une véritable industrie du livre. La promotion de la coopération entre les pays du continent semble être le meilleur remède, selon certains professionnels africains.

«L'Afrique a toujours été une terre d'accueil des livres étrangers», a assuré Serge Dontchueng Kouam,. « Il est temps que cette situation change. Et pour ce faire, il faut professionnaliser le métier et s'adapter au marché international pour réussir la coopération aussi bien Sud-Sud que Nord-Sud «, a-t-il estimé.

Il a expliqué que les coûts peuvent être ramenés à des proportions raisonnables par le biais de la promotion de la coproduction et de la coédition dans le cadre de partenariats entre les Maisons d'édition africaines.

L'intégration régionale peut aider à résoudre certains problèmes tant elle constitue le garant de l'élargissement du marché, affirme le Sénégalais Ndiaye, déplorant toutefois que l'Afrique reste toujours subdivisée en plusieurs zones linguistiques (francophone, anglophone, lusophone..).

«L'intégration régionale pourrait être une vraie opportunité si elle est bien conçue puisqu'elle permettra d'échanger les livres. Il peut y avoir même des transferts des compétences et des traductions», a souligné M. N'Dakpri, appelant à une profonde réflexion sur le transport des livres, une grande visibilité au niveau de toute la chaîne de production du livre et la mise en place d'un site-web pour présenter un catalogue exhaustif de la production africaine.

Autant dire que les éditeurs africains, longtemps à la traîne et en quête de professionnalisme, ne semblent pas manquer de dynamisme et surtout d'idées dans un marché mondial de plus en plus exigeant.

Par MAP

Source : www.lematin.ma  journal en ligne marocain

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31 janvier 2009

Le Paris africain d'Alain Mabanckou

Samedi 31 Janvier 2009

La chronique de Bernard Pivot

Vieux préjugé des Blancs, surtout des Blancs qui n'ont jamais mis les pieds en Afrique: tous les Noirs se ressemblent. Les Noirs qui habitent à Paris sont tous du pareil au même. C'est bonnet noir et noir bonnet.

Vieux préjugé des Blancs, surtout des Blancs qui n'ont jamais mis les pieds en Afrique: tous les Noirs se ressemblent. Les Noirs qui habitent à Paris sont tous du pareil au même. C'est bonnet noir et noir bonnet. Or, il y a autant de différence entre un Malien et un Botswanais qu'entre un Grec et un Britannique. Ce n'est pas parce que, loin de leurs pays, ils manifestent une solidarité de peau et de continent qu'ils n'ont pas des dissemblances, des divergences et des comportements jugés bizarres par d'autres Africains.

Le nouveau roman d'Alain Mabanckou (Verre cassé, Seuil, 2005, son chef-d'oeuvre ; Mémoires de porc-épic, prix Renaudot 2006) illustre avec humour et hardiesse cette observation de bons sens. Le narrateur de Black Bazar habite le quartier cosmopolite situé entre Château-d'Eau (10e arrondissement) et Château-Rouge (18e). C'est un dandy sapé coûteux (Smalto, Cerruti, Ungaro, Weston, etc.) bien qu'il loge dans un studio banal et qu'il travaille quand ça lui chante, comme manutentionnaire dans une imprimerie. Mais c'est un débrouillard, et il serait le plus heureux des Congolais à Paris (du petit Congo, et pas du grand Congo, gare à la confusion!) si L'Hybride, un cousin qui joue du tam-tam, n'était pas reparti au pays en emmenant sa compagne et leur fille.

Depuis ses déboires sentimentaux Fessologue fréquente assidûment le Jip's, un bar afro-cubain. On l'appelle Fessologue parce qu'il est un grand contemplateur et un fin connaisseur de la "face B" des femmes. Des géométries, des balancements et des rythmes il sait tirer des promesses variées. C'est d'ailleurs ainsi qu'il tomba amoureux de son ex, dite Couleur d'origine. Tous les Noirs qui fréquentent le Jip's ont des surnoms: Paul du Grand Congo, Bosco le Tchadien errant, Vladimir le Camerounais, Louis-Philippe l'écrivain haïtien, Grand Poupy le séducteur, etc. Ils forment ce qu'Alain Mabanckou appelle "la négrerie", "la négraille parisienne". Rappelons pour ne pas affoler les ligues antiracistes que l'écrivain est un Noir né à Brazzaville, qu'il est professeur de littérature francophone à l'université de Californie-Los Angeles, qu'il a longtemps appartenu à la communauté africaine de Paris, et que ses récits, portraits et dialogues sont plus chargés de tendresse que d'ironie.

N'empêche qu'il n'a pas froid aux yeux et à son ordinateur, Alain Mabanckou, quand il donne longuement la parole à un voisin de Fessologue, Monsieur Hippocrate, "fier d'être un Français de souche", thuriféraire de la colonisation, contempteur des Africains qui n'ont pas su en apprécier et en développer les bienfaits, et adepte du retour chez eux des "Ya bon Banania". Même quand Monsieur Hippocrate lui crie des insanités racistes, le narrateur ne lui répond pas. Que lui dire? C'est un Martiniquais!

A qui se fier dans ce maelström de Noirs, ce "Black bazar" ? Les uns veulent par vengeance de colonisés "bâtardiser la Gaule", les autres cherchent à se "dénégrifier" par le blanchiment de la peau et le défrisage des cheveux. On est plus ou moins d'ici et on est encore plus ou moins de là-bas. Les accents ne sont pas les mêmes. On reste entre Africains parce qu'on n'entre pas chez les Blancs comme dans un McDo. On boit des bières, on danse, on drague, on a la tchatche, on évite les contrôles d'identité, on parle du pays, et voilà que Fessologue s'appelle maintenant "Léon Morin, prêtre", surnom que lui a donné une artiste franco-belge qui lui a fait lire Béatrix Beck...

Alain Mabanckou a gardé intact le sens du farfelu, de la charge comique, de la dérision affectueuse, du politiquement incorrect. Mais sa verve tire parfois à la ligne. Il n'a pas retrouvé le souffle ravageur et tordant de Verre cassé, ne serait-ce que parce que les personnages du Jip's n'ont pas la carrure, le pathétique, la truculence, la mythomanie des clients africains du "Crédit à voyagé". Il se peut aussi que nous ayons été plus sensible à l'exotisme et au baroque de ce café sans espoir au Congo - mais lequel, au fait? Le petit ou le grand? - qu'à l'atmosphère d'un bar parisien, cosmopolite et populaire où les Africains ont perdu leur grand rire fataliste.

Black Bazar, d'Alain Mabanckou, Seuil, 247 p., 18 euros.

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