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25 juillet 2007

La liberté n'a pas de prix, la dignité ne peut se marchander

CONGO BRAZZAVILLE

La liberté n’a pas de prix, la dignité ne peut se marchander.

La conjoncture politique actuelle du Congo Brazzaville, qui se caractérise par un affaiblissement continu du pouvoir de Brazzaville, interroge tout congolais. Les affres publiques de ce régime despotique et corrompu constituent-elles des augures de sa fin probable ou s’agit-il simplement de soubresauts mineurs d’un régime, certes impopulaire, mais toujours préférable à l’anarchie ou à la nouveauté sociale de l’alternance ?

Lors de la conférence internationale des intellectuels et hommes de culture d’Afrique et de la diaspora, de Mai  1996, à Dakar au Sénégal, dont le thème s’intitulait « la place de L’Afrique au 21° siècle », les Conférenciers identifièrent, à la lumière des expertises et des données statistiques, les deux causes fondamentales du sous développement du continent. Il s’agit, d’une  part, de l’absence d’implication, active et démocratique, de toutes les composantes sociales, économiques et politiques, aux différentes initiatives de développement politique et économique ou aux politiques publiques ; et, d’autre part, la réelle rareté des hommes d’Etat, dignes de ce nom, et éventuellement charismatiques. 

Dans cet horizon, le Congo Brazzaville, dont la courte expérience démocratique (1992-1997) fut brutalement interrompue en octobre 1997, en est aujourd’hui la dramatique illustration. C’est ainsi que sa descente aux enfers actuels s’explique, pour une large part, par la conjonction de ces deux paramètres.

D’abord à travers la figure exemplaire du Général Denis SASSOU NGUESSO. C’est un personnage politique dont le déficit de légitimité reste chronique dans la mesure où, en permanence, il privilégie les registres  de la violence et de l’arbitraire. Il ne possède aucune vision stratégique et programmatique sur le futur désirable de son pays puisqu’il se satisfait d’un catalogue de recettes et de projets empiriques, sans cohérence d’ensemble, « La nouvelle Espérance », applaudi par les épigones et raillé par les critiques. Enfin, il est dépourvu des attributs propres aux hommes d’Etat d’envergure, en effet, il agit souvent de manière partisane, il ne corrige jamais les dérives et les extravagances, il se moque de l’intérêt général et du bien public et il est le promoteur premier de la corruption.

Devant ces handicaps objectifs, on comprend pourquoi ce Général s’échine à imposer depuis à notre peuple un modèle politique despotique, qui s’apparente à la fameuse <<épicerie familiale>>, assisté par une clientèle politique hétéroclite.

Ce système, né de la violence, l’imposture, le cynisme et la corruption, atteint aujourd’hui ses limites objectives. C’est une dictature, en bonne et due forme. Et comme toute dictature, elle ne peut se reformer, elle se désintègrera de l’intérieur ou alors elle sera décapitée par le peuple souverain. Néanmoins, en attendant cette fin inéluctable, ce système despotique s’acharne à survivre malgré sa nature anachronique : il veut absolument apparaître démocratique, il prétend défendre les libertés formelles, etc. Toujours dans cette optique de survie, il lui arrive de jeter des bouées salvatrices quand les conjonctures deviennent difficiles. Hier, il s’agissait du spectaculaire ralliement de Bernard BAKANA KOLELAS, l’éternel allié masochiste de Denis SASSOU NGUESSO. Demain, à qui le tour ?

Notre peuple a compris la nature politique de ces expédients, qui n’amusent et n’intéressent que leurs auteurs et leurs complices, toujours les mêmes acolytes. Ces ralliements n’étonnent plus. Seule l’alternance politique anime toute l’énergie de notre peuple. La communauté nationale en est consciente, pour preuve le refus de Madame Rama YADE, Secrétaire d’Etat français aux affaires étrangères et aux droits de l’homme de rencontrer le Général SASSOU NGUESSO ; les forces démocratiques et patriotiques sont prêtes à relever ce défi. L’enjeu, en effet, correspond à la question  suivante : Denis SASSOU NGUESSO et ses thuriféraires, visibles, c’est-à-dire le PCT et ses alliés, mais surtout masqués, les plus perfides, souvent il s’agit de présumés opposants, constituent-ils les ressorts du progrès social et politique ? La réponse de notre peuple, le souverain primaire est clair et limpide, et il l’a exprimé en de nombreuses occasions. Non, Denis SASSOU NGUESSO n’est pas le promoteur du progrès social et démocratique. Il en est le principal obstacle. Voilà pourquoi l’alternance, quelle qu’en soit la forme, devient le principal objectif de cette conjoncture politique.

Le bilan kleptocratique du très long règne du Général Denis SASSOU NGUESSO semble en effet édifiant. La liste de ces errances est exemplaire :

·        La mise en place d’un cadre institutionnel inique, qui le consacre monarque absolu et surtout  Ubu roi.

·        Le minimum vital de notre peuple est comparable au quotidien paysan du Moyen Âge occidental: ni eau, ni électricité, ni éducation, ni système sanitaire.

·        L’insécurité alimentaire a atteint le seuil critique correspondant aux critères objectifs de la famine. C’est donc une famine qui ne dit pas son nom.

·        La faillite de l’Etat et de ses organes, qui n’assument plus depuis longtemps ses fonctions régaliennes. L’Etat devient un instrument partisan de domination politique du despote. Cette situation insécurise complètement l’ensemble de la population et l’assujettit à la loi des plus forts. La concorde nationale en lambeaux.

·        Les frustrations quotidiennes du peuple face à la famille régnante, dite présidentielle, dont les frasques inondent les journaux, et sa clientèle politique, toujours arrogante et méprisante, etc.

Le cri du cœur de Monsieur KOPA Ludovic Junior correspond bien aux attentes et aux exigences de notre peuple, ce jeune compatriote qui interpelle le Général SASSOU NGUESSO en ces termes : "[...] M. SASSOU NGUESSO est un homme dépassé, un homme révolu, un homme du passé, à tel enseigne que tu ne seras jamais un vrai homme d’Etat [...]". Et il poursuit, "[...] Le Congo, ce beau pays vous a tout donné, éducation, nationalité, emploi, tout et même au-delà des espérances de vos géniteurs. Et pourtant, dans votre arrogance maladive et votre cynisme, vous ne voulez pas entendre les cris de ce peuple qui souffre. [...]". Voilà un édifiant portrait psychopathologique qui rend improbable tout espoir de prise de conscience de la part de celui qui incarne à ce point ce pouvoir autocratique, le Général Denis SASSOU NGUESSO.

Au-delà de ce bilan kleptocratique et de ce portrait psychopathologique, ce régime, en l’espace d’une année a ouvert, toujours sous ce registre de l’ubuesque, d’autres pages sombres de notre histoire. Tenez :

·        La construction du mausolée Savorgnan DE BRAZZA, celui de la honte puisqu’elle érige en héros panthéonisé  un colonialiste patenté, voire un bourreau. C’est un acte sans précédent historique et une insulte à la mémoire résistante de notre peuple.

·        L’organisation des élections de la honte dignes de la seule Corée du nord de l’inamovible

Kim JONG IL. Poto Poto,  "Mboka Monéné " du musicien Antoine MOUNDANDA, le premier quartier historique de Brazzaville en est la tragique illustration puisque le député sortant, Monsieur Nicéphore FYLLA de Saint Eudes, double fois victorieux, mais est déclaré perdant sur l’ordre du Prince de MPILA, le  "Roi Soleil", au profit de son gendre, le sieur Jean de Dieu KOURISSA. Il s’agit là d’un  acte sacrificiel sur l’autel du délit d’opinion, FYLLA aurait manqué de respect au "Roi Soleil ",  au profit des intérêts de " l’épicerie familiale".

·        Enfin, le FESPAM de la honte où mes frères pygmées de la Likouala ont été relégués au rang d’animaux de foire ou de curiosités de parcs zoologiques, en plein 21°siècle.

Cet enjeu politique inaugure une ligne de démarcation claire, notamment depuis ces pseudos élections du 24 juin 2007, à savoir, d’une part, le pouvoir de Denis SASSOU NGUESSO et sa clientèle politique, qui travaillent à la survie et à la conservation du pouvoir politique, afin de pérenniser ce système despotique ; et, de l’autre, l’aspiration de notre peuple au changement ou à l’alternance. Cette dynamique du changement doit être accompagnée et amplifiée.

Mon parti, le Rassemblement pour la Démocratie et le Développement (RDD) s’inscrit dans cette logique claire de l’alternance politique radicale. Ainsi, les festivités du 15/08/2007, liées à la célébration de l’indépendance du Congo Brazzaville,  à Owando, la préfecture régionale de la Cuvette centrale, ne peuvent nous concerner ni de près ni de loin. En effet, il ne s’agit jamais de fêtes nationales, ni pour l’indépendance, ni pour le FESPAM, par exemple, car à chaque fois ce sont des entreprises de propagande politique en l’honneur du Grand Timonier éclairé Denis SASSOU NGUESSO.

Par ailleurs, toutes les expériences précédentes l’ont démontrées, ces municipalisations dites accélérées ne sont rien d’autre que des entreprises déguisées d’enrichissements accélérés de "l’épicerie familiale" et de la clientèle politique. Aussi, tous ceux qui y participent, de manière naïve, en arguant qu’il s’agit simplement d’une fête nationale, ou en conscience et de manière cynique, ils apportent de fait leur caution à ce régime corrompu. Ils s’opposent objectivement à l’alternance politique salutaire.

Pour ma part, je fais mien cette réflexion, oh ! Combien d’actualité, de Franz FANON : "Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir". Ainsi, à tous ceux qui ont choisi l’indifférence face aux souffrances de notre peuple, ou à tous ceux qui sont tentés par la compromission, ou à tous ceux qui sont gagnés par la résignation, je leur suggère cette réflexion de Jean Marie BOCKEL Secrétaire d’Etat français de la Coopération : "Nos lâchetés d’aujourd’hui peuvent être les conflits de demain"

Pour paraphraser le regretté MONGO MBETI, ce digne fils d’Afrique, le pouvoir n’a pas dit son dernier mot, nous non plus. En effet, le Général SASSOU NGUESSO Denis constitue l’obstacle principal du progrès social et du développement économique et politique du Congo Brazzaville. C’est le grand temps de l’alternance. Tous les Congolais doivent travailler à sa réalisation.

Guy MAFIMBA MOTOKI

Membre du comité directeur du RDD

Posté par Kibaya à 14:46 - De la soumission volontaire? - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 mai 2006

Tristes Afriques, pauvres Africains

Structure du pouvoir  selon la pyramide

on distingue trois formes de pyramides du pouvoir  pyramide_du_pouvoir.doc

      Tristes Afrique, pauvres Africains !

Il y a près de 2 semaines que des rebelles livraient bataille contre les forces dites gouvernementales. Idriss Deby Itno a sauvé son pouvoir grâce à l’appui logistique de la France par le biais de la force armée stationnée à Ndjaména. 

Par ce geste la France a bien voulu montrer aux Africains CFA qu’elle  contrôlait encore l’Afrique ( ce qui est en réalité est faux, -il faut suivre de près l'offensive chinoise et américaine sur le continent à propos du pétrole- je le développeras plus  tard dans un autre écrit) et seconde chose que la société civile  tchadienne et l’opposition ont fait voler en éclats la grande victoire obtenue sur le contrôle des revenus pétroliers tchadiens. Exemple qui devait servir à l'Afrique.

Dun côté l’attaque des rebelles signifiait pour le moins qu’on puisse dire, que les Tchadiens n’ont pas d’autres solutions que la violence pour faire partir Idriss Déby et de l’autre la France, qui, par des mécanismes subtils et intelligents maintenait les Africains dans la soumission est obligée d’utiliser elle aussi la violence ( forces armées soutenait les dictateurs ).

Dans ces conditions, on voit mal comment les peuples du Tchad et des autres pays CFA producteurs de pétrole peuvent accéder à leurs libertés fondamentales ?

Toujours dans cette absence d’innovation, les élites  africaines préconisant la Démocratie en passant par le vote doivent se poser des questions d'aboutir, voire de considérer que le vote ne serait pas une fin en soi. On le voit avec l'exemple du  pouvoir de Ndjaména arrivé par coup d’état en 1990, a appelé les Tchadiens au vote  avec cette réalité triste que le résultat serait  connu  d’avance, histoire de se légitimer vis-à-vis de la mascarade de la macabre scène  internationale. Il n’y avait qu’à lire les affiches de campagne de Déby ("IDI réélu dès le premier tour").

Cela prouve à suffisance que les acteurs (Déby et ses auxiliaires) de cette mascarade ne connaissent pas l’essence même du vote. L’issue d’un vote par définition n’est jamais connu d’avance car c’est seul le peuple qui décide de confier son pouvoir à des personnes de confiance,  et de donner ses voix dans une relation d’estime et de mutuelle confiance. Et dans les conditions africaines où la majeure partie de la population, par la faute des pouvoirs dictatoriaux en place, soutenu par l’Occident complice qui trouve son intérêt,, vit avec moins d’un Dollar américain (équivalent de 650 francs des colonies françaises d'Afrique) par jour quand les prix du baril de pétrole à New York ou Londres dépassent  les 70 Dollars et flirtent avec 75 Dollars, on admet mal que ces mêmes pouvoirs  soient réélus dès le premier tour, c’est ce qui s’est passé au Gabon, qui va se passer au Tchad et  prochainementau Congo et Angola. Ce constat serait-elle explicable, par l’amnésie des peuples? ou par  des mécanismes de soumission mises en place par ceux qui détiennent la connaissance.

Cela m’amène à croire, à l’heure actuelle la voie vers le retour effectif et global des libertés fondamentales, la souveraineté intégrale des peuples par le vote ne me semble pas être la voie appropriée pour réaliser pleinement la démocratie et le lien social dans ces pays pétroliers. L’opposition tchadienne en appelant au boycott a eu raison de ne pas cautionner cette mascarade. Il lui faut aller au bout de cette logique.

C’est l’une des premières pistes que l’on peut  expérimenter c’est-à-dire le boycott total, se mettre en marge de tous les mécanismes formels  de ces démocraties de façade. Il nous faut dépolitiser l’espace politique ; Solution radicale mais moins violente ayant l’avantage d’épargner des vies humaines.

Il s’agit tout  pour tous les partis politiques de muter tous  vers des associations à caractère  non-politique privant ainsi ces dictateurs d’alibi qu’ils existent chez eux des partis politiques. Il faut savoir que tous ces dictateurs sont maîtres dans l’art de manipuler les symboles. Il nous faut les priver de tous les symboles de la démocratie en allant au bout de la logique qui peut paraître absurde pour certains. En cessant toutes activités politique on crée ipso-facto chez ces dictateurs le parti unique à la différence qu’ils sont obligés de le faire fonctionner pour avoir une Démocratie de façade.

Pour asseoir cette situation de non-contradiction donc d’absence des mécanismes de Démocratie. Les élites et les sociétés civiles africaines doivent investir le champ social c’est-à-dire socialiser les problèmes sociaux des populations en se rapprochant d’elles. Ainsi les associations, comme de Droit de l’homme ne s’occuperont que cette activité en inondant les tribunaux des plaintes, il s’agit d’obtenir à l’usure le respect de la loi. D’autres associations par exemple pour le fédéralisme ne ménageraient  aucun effort pour aller, quartier par quartier, maison par maison, individu par individu, expliquer les avantages du fédéralisme. D’autres associations se consacreraient à repousser l’ignorance du peuple par un travail sur des connaissances de tous ordres.

Il s’agit pour les élites d’expliquer à chaque individu qu’elle est sa part de pouvoir et surtout de le sortir  de l’ignorance. Il nous faut s’attaquer à l’ignorance elle est la MERE NOURRICIERE DE TOUTE DICTATURE.

En privant les dictateurs de contradiction politique d’espace agonistique et surtout de l’absence de compétition pour le pouvoir central, non seulement on épargnerait des vies humaines, mais aussi on toucherait le point focal de ces dictateurs leurs égos démesurés  et le symbolisme. C’est là que ça fait mal car ces malades mentaux ont besoin des « fausses » victoires pour se croire forts. Pour illustration on peut analyser les propos du pouvoir de Déby à propos de la déroute des rebelles du mois d’Avril qui a fait l’objet de la part de Deby d’un exploit guerrier et triomphe c’est ce qui explique l’exposition au peuple Tchadien des rebelles capturés et tués histoire de montrer à d’autres téméraires le sort qui les attend. Or tout le monde sait qui a combattu contre les rebelles. A l’avenir il nous faut éviter d’offrir aux dictateurs-maisons ce genre de cadeau.  La non-utilisation de la violence les prive de toutes attitudes pouvant servir de prétexte.

Par une attitude non-violente et non politique, mais rapprochée au plus près des besoins fondamentaux des  populations, je crois que la pyramide du pouvoir de type dictatorial serait automatique renversée comme le montre les schémas ci-dessus.

Posté par Kibaya à 22:02 - De la soumission volontaire? - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Tristes tropiques, pauvre Tchad

Suite à l'idée de Deby d'utiliser l'argent du pétrole contre les rebelles

Une autre illustration du manque des fondements philosophiques forts pour les détenteurs du pouvoir en Afrique. Ce cas illustre bien l\'incompétence des élites africaines à bouter hors des sphères de la souveraineté des peuples tous les dictateurs-maisons d\'une autre époque. Où est la société civile, innovez! bong sang! Affaire à suivre

Posté par Kibaya à 11:39 - De la soumission volontaire? - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 mars 2006

Afrique : les causes de la soumission volontaire 6

De l’Obéissance Civile   Bertrand de Jouvenel


Après avoir décrit, dans ses traités (perdus) des Constitutions, les structures gouvernementales d'une quantité de sociétés distinctes, Aristote, dans sa Politique, les a ramenées à des types fondamentaux, monarchie, aristocratie, démocratie, qui, par le mélange de leurs caractères en proportions diverses, rendaient compte de toutes les formes du Pouvoir par lui observées.
Depuis lors, la science politique, ou ce qu'on appelle ainsi, a docilement suivi les directives du maître. La discussion sur les formes du Pouvoir est éternellement actuelle puisque dans toute société s'exerce un commandement et que dès lors son attribution, son organisation, son maniement doivent intéresser tout le monde. Mais précisément le fait qu'il existe sur tout ensemble humain un gouvernement, cela aussi mérite d'exercer l'esprit. Que son mode diffère d'une société à une autre, qu'il change au sein d'une même société, ce sont, en langage philosophique, les accidents d'une même substance, qui est le Pouvoir.
Et l'on peut se demander, non plus quelle doit être la forme du Pouvoir - ce qui constitue proprement la morale politique - mais quelle est l'essence du Pouvoir, ce qui constitue une métaphysique politique.
Le problème peut être également pris sous un autre angle qui souffre un énoncé plus simple. Partout et toujours on constate le problème de l'obéissance civile. L'ordre émané du Pouvoir obtient l'obéissance des membres de la communauté. Lorsque le Pouvoir fait une déclaration à un État étranger, elle tire son poids de la capacité du Pouvoir à se faire obéir, à se procurer par l'obéissance les moyens d'agir. Tout repose sur l'obéissance. Et connaître les causes de l'obéissance, c'est connaître la nature du Pouvoir.
L'expérience montre d'ailleurs que l'obéissance a des limites que le Pouvoir ne saurait dépasser, qu'il y a des limites aussi à la fraction des moyens sociaux dont il peut disposer. Ces limites, l'observation en témoigne, varient durant l'histoire d'une société. Ainsi les rois capétiens ne pouvaient lever l'impôt; les Bourbons ne pouvaient exiger le service militaire.
La proportion ou quantum des moyens sociaux dont le Pouvoir peut disposer, est une quantité en principe mesurable. Elle est évidemment liée de façon étroite au quantum d'obéissance. Et l'on sent que ces quantités variables dénotent le quantum de Pouvoir.
Nous sommes fondés à dire qu'un Pouvoir est plus étendu selon qu'il peut diriger plus complètement les actions des membres de la Société et user plus pleinement de ses ressources.
L'étude des variations successives de ce quantum est une histoire du Pouvoir relativement à son étendue; tout autre donc que l'histoire ordinairement écrite, du Pouvoir relativement à ses formes.
Ces variations du quantum du Pouvoir en fonction de l'âge d'une société pourraient en principe se figurer par une courbe.
Sera-t -elle en dentelure capricieuse? Ou bien aura-t-elle un dessin général assez clair pour qu'on puisse parler d'une loi du développement du Pouvoir dans la société considérée?
Si l'on admet cette dernière hypothèse, et si l'on pense d'ailleurs que l'histoire humaine en tant qu'elle nous est connue consiste dans la juxtaposition des histoires successives de « grandes sociétés » ou « civilisations » composées de sociétés plus petites emportées par un mouvement commun, on peut aisément imaginer que les courbes du Pouvoir pour chacune de ces grandes sociétés risquent de présenter une certaine analogie, et que leur examen même peut éclairer le destin des civilisations.
Nous commencerons notre recherche en tâchant de connaître l'essence du Pouvoir. Il n'est pas sûr que nous y réussissions, et ce n'est pas non plus absolument nécessaire. Ce qui nous importe en effet c'est le rapport, grossièrement parlant, du Pouvoir à la société. Et nous pouvons les traiter comme deux variables inconnues dont la relation seule est saisissable.
Néanmoins, l'histoire n'est pas tellement réductible à la mathématique. Et il ne faut  rien négliger pour voir le plus clair possible.

Le mystère de l’obéissance civile

La grande éducatrice de notre espèce, la curiosité, n'est éveillée que par l'inaccoutumé; il a fallu les prodiges, éclipses ou comètes, pour que nos lointains ancêtres s'enquissent des mécanismes célestes; il a fallu les crises pour que naisse, il a fallu trente millions de chômeurs pour que se généralise l'investigation des mécanismes économiques. Les faits les plus surprenants n'exercent pas notre raison, pourvu qu'ils soient quotidiens.
De là vient sans doute qu'on ait si peu réfléchi sur la miraculeuse obéissance des ensembles humains, milliers ou millions d'hommes qui se plient aux règles et aux ordres de quelques-uns.
Il suffit d'un ordre et le flot tumultueux des voitures qui, dans tout un vaste pays, coulait sur la gauche, se déporte et coule sur la droite. Il suffit d'un ordre et un peuple entier quitte les champs, les ateliers, les bureaux, pour affluer dans les casernes.
« Une pareille subordination, a dit Necker, doit frapper d'étonnement les hommes capables de réflexion. C'est une action singulière, une idée presque mystérieuse que l'obéissance du très grand nombre au très petit nombre[1] ». Pour Rousseau, le Pouvoir évoque « Archimède assis tranquillement sur le rivage et tirant sans peine à flot un grand vaisseau[2] ».
Quiconque a fondé une petite société pour un objet particulier connaît la propension des membres pourtant engagés par un acte exprès de leur volonté en vue d'une fin qui leur est chère - à fuir les obligations sociétaires. Combien surprenante donc la docilité dans la grande société!
On nous dit « Viens! » et nous venons. On nous dit « Va! » et nous allons. Nous obéissons au percepteur, au gendarme, à l'adjudant. Ce n'est pas assurément que nous nous inclinions devant ces hommes. Mais peut-être devant leurs chefs? Il arrive pourtant que nous méprisions leur caractère, que nous suspections leurs intentions.
Comment donc nous meuvent-ils ?
Si notre volonté cède à la leur, est-ce parce qu'ils disposent d'un appareil matériel de coercition, parce qu'ils sont les plus forts ? Il est certain que nous redoutons la contrainte qu'ils peuvent employer. Mais encore, pour en user, leur faut-il toute une armée d'auxiliaires. Il reste à expliquer d'où leur vient ce corps d'exécutants et ce qui assure sa fidélité : le Pouvoir nous apparaît alors comme une petite société qui en domine une plus large.
Mais il s'en faut que tous les Pouvoirs aient disposé d'un ample appareil de coercition. Il suffira de rappeler que pendant des siècles Rome n'a pas connu de fonctionnaires professionnels, n'a vu dans son enceinte aucune force armée, et que ses magistrats ne pouvaient user que de quelques licteurs. Si le Pouvoir avait alors des forces pour contraindre un membre individuel de la communauté, il ne les tirait que du concours des autres membres.
Dira-t-on que l'efficacité du Pouvoir n'est pas due aux sentiments de crainte, mais à ceux de participation ? Qu'un ensemble humain a une âme collective, un génie national, une volonté générale ? Et que son gouvernement personnifie l'ensemble, manifeste cette âme, incarne ce génie, promulgue cette volonté ? De sorte que l'énigme de l'obéissance se dissipe, puisque nous n'obéissons en définitive qu'à nous-même ?
C'est l'explication de nos juristes, favorisée par l'ambiguïté du mot État, et correspondant à des usages modernes. Le terme d'État - et c'est pourquoi nous l'évitons - comporte deux sens fort différents. Il désigne d'abord une société organisée ayant un gouvernement autonome, et, en ce sens, nous sommes tous membres de l'État, l'État c'est nous. Mais il dénote d'autre part l'appareil qui gouverne cette société. En ce sens les membres de l'État, ce sont ceux qui participent au Pouvoir, l'État c'est eux. Si maintenant l'on pose que l'État, entendant l'appareil de commandement, commande à la Société, on ne fait qu'émettre un axiome; mais si aussitôt l'on glisse subrepticement sous le mot État son autre sens, on trouve que c'est la société qui commande à elle-même, ce qu'il fallait démontrer.
Ce n'est là évidemment qu'une fraude intellectuelle inconsciente. Elle n'apparaît pas flagrante parce que précisément dans notre société l'appareil gouvernemental est ou doit être en principe l'expression de la société, un simple système de transmission au moyen de quoi elle se régit elle-même. A supposer qu'il en soit vraiment ainsi - ce qui reste à voir - il est patent qu'il n'en a pas été ainsi toujours et partout, que l'autorité a été exercée par des Pouvoirs nettement distincts de la Société, et que l'obéissance a été obtenue par eux.
L'empire du Pouvoir sur la Société n'est pas l’œuvre de la seule force concrète, puisqu'on le trouve où cette force est minime, il n'est pas l’œuvre de la seule participation, puisqu'on le trouve où la Société ne participe nullement au Pouvoir.
Mais peut-être dira-t-on qu'il y a en réalité deux Pouvoirs d'essence différente, le Pouvoir d'un petit nombre sur l'ensemble, monarchie, aristocratie, qui se soutient par la seule force, et le Pouvoir de l'ensemble sur lui-même, qui se soutient par la seule participation ?
S'il en était ainsi, on devrait naturellement constater que dans les régimes monarchique et aristocratique les instruments de coercition sont à leur maximum puisqu'on n'attend rien que d'eux. Tandis que dans les démocraties modernes, ils seraient à leur minimum puisqu'on ne demande rien aux citoyens qu'ils n'aient voulu. Mais on constate au contraire que le progrès de la monarchie à la démocratie s'est accompagné d'un prodigieux développement des instruments coercitifs. Aucun roi n'a disposé d'une police comparable à celle des démocraties modernes.
C'est donc une erreur grossière de contraster deux Pouvoirs différant d'essence, chacun desquels obtiendrait l'obéissance par le jeu d'un seul sentiment. Ces analyses logiques méconnaissent la complexité du problème.

Caractère historique de l’obéissance

L'obéissance, à la vérité, résulte de sentiments très divers qui fournissent au Pouvoir une assise multiple :
Il n'existe ce pouvoir, a-t -on dit, que par la réunion de toutes les propriétés qui forment son essence; il tire sa force et des secours réels qui lui sont donnés, et de l'assistance continuelle de l'habitude et de l'imagination; il doit avoir son autorité raisonnée et son influence magique; il doit agir comme la nature et par des moyens visibles et par un ascendant inconnu[3].
La formule est bonne, à condition de n'y pas voir une énumération systématique, exhaustive. Elle met en lumière la prédominance des facteurs irrationnels. Il s'en faut qu'on obéisse principalement parce qu'on a pesé les risques de la désobéissance ou parce qu'on identifie délibérément sa volonté à celle des dirigeants. On obéit essentiellement parce que c'est une habitude de l'espèce.
Nous trouvons le Pouvoir en naissant à la vie sociale, comme nous trouvons le père ne naissant à la vie physique. Similitude qui a inspiré combien de fois leur comparaison, et l'inspirera encore en dépit des objections les mieux fondées.
Le Pouvoir est pour nous un fait de nature. Si loin que remonte la mémoire collective, il a toujours présidé aux vies humaines. Aussi son autorité présente rencontre en nous le secours de sentiments très anciens que, sous ses formes successives, il a successivement inspirés.
Telle est la continuité du développement humain, dit Frazer, que les institutions essentielles de notre société ont, pour la plupart, sinon toutes, de profondes racines dans l'état sauvage, et nous ont été transmises avec des modifications plutôt d'apparence que de fonds[4].
Les sociétés, et celles mêmes qui nous paraissent le moins évoluées, ont un passé maintes fois millénaire, et les autorités qu'elles subirent autrefois n'ont pas disparu sans léguer leurs prestiges à leurs remplaçantes, ni sans laisser dans les esprits des empreintes qui se surajoutent. La suite des gouvernements d'une même société, au cours des siècles, peut être regardée comme un seul gouvernement qui subsiste toujours et s'enrichit continuellement. Aussi le Pouvoir est-il moins un objet de la connaissance logique que de la connaissance historique. Et nous pourrions sans doute négliger les systèmes qui prétendent ramener ses propriétés diverses à un principe unique, fondement de tous les droits exercés par les titulaires du commandement, cause de toutes les obligations qu'ils imposent.
Ce principe est tantôt la volonté divine dont ils seraient les vicaires, tantôt la volonté générale dont ils seraient les mandataires, ou encore le génie national dont ils seraient l'incarnation, la conscience collective dont ils seraient les interprètes, le finalisme social dont ils seraient les agents.
Pour que nous reconnaissions dans quelqu'une des entités énoncées ce qui fait le, Pouvoir, il faudrait évidemment qu'il ne pût exister aucun Pouvoir où ladite « force » est absente. Or il est patent qu'il y avait des Pouvoirs à des époques où le génie national eût été une expression vide de sens, on en peut citer qu'aucune volonté générale ne soutenait, bien au contraire. Le seul système qui satisfasse à la condition fondamentale d'expliquer tout Pouvoir quelconque, est celui de la volonté divine; saint Paul disant : « Il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu et celles qui existent ont été instituées par Dieu », et cela sous Néron même, a fourni aux théologiens une explication qui est la seule à embrasser tous les cas de Pouvoir.
Les autres métaphysiques y sont impuissantes. A vrai dire, elles n'y prétendent pas. Ce sont de pseudo-métaphysiques où la préoccupation analytique disparaît plus ou moins complètement sous la préoccupation normative. Non plus, que faut-il au Pouvoir pour être... Pouvoir, mais que lui faut-il pour être bon..

Statique et dynamique de l’obéissance

Devons-nous donc laisser de côté ces théories? Non pas, car ces représentations idéales du Pouvoir ont accrédité dans la Société des croyances qui jouent un rôle essentiel dans le développement du Pouvoir concret.
On peut étudier les mouvements célestes sans s'inquiéter de conceptions astronomiques qui ont été accréditées mais ne répondent pas à la réalité des faits, parce que ces croyances n'ont en rien affecté ces mouvements. Mais s'agissant des conceptions successives du Pouvoir il n'en est plus de même, car le gouvernement lui, est un phénomène humain, profondément influencé par l'idée que les hommes se font de lui. Et précisément le Pouvoir s'étend à la faveur des croyances professées à son endroit.
Reprenons en effet notre réflexion sur l'Obéissance. Nous l'avons reconnue causée de façon immédiate par l'habitude. Mais l'habitude ne suffit à expliquer l'obéissance qu'autant que le commandement se tient dans les limites qui lui sont habituelles. Dès qu'il veut imposer aux hommes des obligations dépassant celles à quoi ils sont rompus, il ne bénéficie plus d'un automatisme de longue date créé dans le sujet. Pour un incrément d'effet, un plus d'obéissance, il faut un incrément de cause. L'habitude ici ne peut servir, il faut une explication. Ce que la Logique suggère, l'Histoire le vérifie : c'est en effet aux époques où le Pouvoir tend à grandir qu'on discute sa nature et les principes, en lui présents, qui causent l'obéissance; que ce soit pour assister sa croissance ou pour y faire obstacle. Ce caractère opportuniste des théories du Pouvoir rend compte d'ailleurs de leur impuissance à fournir une explication générale du phénomène.
Dans cette activité particulière la pensée humaine a toujours suivi les deux mêmes directions, répondant aux catégories de notre entendement. Elle a cherché la justification théorique de l'Obéissance -et en pratique répandu des croyances rendant possible un accroissement d'obéissance - soit dans une cause efficiente, soit dans une cause finale. En d'autres termes, on a affirmé que le Pouvoir devait être obéi, soit parce que, soit en vue de.
Dans la direction du parce que, on a développé les théories de la Souveraineté. La cause efficiente de l'obéissance, a-t -on dit, réside dans un droit exercé par le Pouvoir, qui lui vient d'une Majestas qu'il possède, incarne ou représente. Il détient ce droit à la condition, nécessaire et suffisante, d'être légitime, c'est-à-dire à raison de son origine.
Dans l'autre direction, on a développé les théories de la Fonction Étatique. La cause finale de l'obéissance, a-t -on dit, consiste dans le but que poursuit le Pouvoir, et qui est le Bien Commun, de quelque façon que d'ailleurs on le conçoive. Pour qu'il mérite la docilité du sujet, il faut et il suffit que le Pouvoir recherche et procure le Bien Commun.
Cette classification simple embrasse toutes les théories normatives du Pouvoir. Sans doute il en est peu qui ne se réclament à la fois de la cause efficiente et de la cause finale, mais on gagne beaucoup en clarté à considérer successivement tout ce qui se rapporte à l'une, puis à l'autre catégorie. Avant d'entrer dans le détail, voyons si, à la lumière de cet aperçu, nous ne pouvons pas nous faire une idée approchée du Pouvoir. Nous lui avons reconnu une propriété mystérieuse, qui est, à travers ses avatars, sa durée, lui conférant un ascendant irraisonné, non justiciable de la pensée logique. Celle-ci distingue en lui trois propriétés certaines, la Force, la Légitimité, la Bienfaisance. Mais à mesure qu'on tâche de les isoler, comme des corps chimiques, ces propriétés se dérobent. Car elles n'ont pas d'existence en soi, et n'en prennent que dans les esprits humains. Ce qui existe effectivement, c'est la croyance humaine dans la légitimité du Pouvoir, c'est l'espoir en sa bienfaisance, c'est le sentiment qu'on a de sa force. Mais, bien évidemment, il n'a de caractère légitime que par sa conformité avec ce que les hommes estiment le mode légitime du Pouvoir, il n'a de caractère bienfaisant que par la conformité de ses buts avec ce que les hommes croient leur être bon. Il n'a de force enfin, dans la plupart des cas du moins, qu'au moyen de celles que les hommes croient devoir lui prêter.

L'obéissance liée au crédit

Il nous apparaît donc que dans l'obéissance, il entre une part énorme de croyance, de créance, de crédit.
Le Pouvoir peut être fondé par la seule force, soutenu par la seule habitude, mais il ne saurait s'accroître que par le crédit, qui n'est logiquement pas inutile à sa création et à son entretien, et qui, dans la plupart des cas, ne leur est pas historiquement étranger.
Sans prétendre ici le définir, nous pouvons déjà le décrire comme un corps permanent, auquel on a l'habitude d'obéir, qui a les moyens matériels de contraindre, et qui est soutenu par l'opinion qu'on a de sa force, la croyance dans son droit de commander (sa légitimité), et l'espoir qu'on met dans sa bienfaisance.
Il n'était pas inutile de souligner le rôle du crédit dans l'avancement de sa puissance. Car on comprend maintenant de quel prix sont pour lui les théories qui projettent certaines images dans les esprits. Selon qu'elles inspirent plus de respect pour une Souveraineté, conçue comme plus absolue, selon qu'elles éveillent plus d'espoir dans un Bien Commun plus précisément évoqué, elles fournissent au Pouvoir concret une assistance plus efficace, elles lui ouvrent la voie et préparent ses progrès.
Chose remarquable, il n'est même pas nécessaire, pour aider au Pouvoir, que ces systèmes abstraits lui reconnaissent cette Souveraineté ou lui confient la tâche de réaliser ce Bien Commun: il suffit qu'elles en forment les concepts dans les esprits. Ainsi Rousseau, qui se faisait une très grande idée de la Souveraineté, la déniait au Pouvoir et la lui opposait. Ainsi le socialisme, qui a créé la vision d'un Bien Commun infiniment séduisant, ne remettait nullement au Pouvoir le soin de le procurer : mais au contraire, réclamait la mort de l'État. Il n'importe, car le Pouvoir occupe dans la Société une place telle que cette Souveraineté tellement sainte, lui seul est capable de s'en emparer, ce Bien Commun tellement fascinant, lui seul apparaît capable d'y travailler.
Nous savons à présent sous quel angle examiner les théories du Pouvoir. Ce qui nous intéresse en elles, c'est essentiellement le renfort qu'elles apportent au Pouvoir.


[1]Necker : Du Pouvoir exécutif dans les grands États, 1792, p. 20 -22.

[2]Rousseau : Du Contrat social, livre III, chap.

[3]Necker, op. cit.

[4]J.G. Frazer: Lectures on the Early History of Kingship, Londres, 1905, p. 2 -3.

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19 février 2006

A propos de la violence des Etats africains

A propos de la violence des « Etats » africains

L’extrême modernisation des moyens de subsistance des sociétés africaines, due à son arrimage à l’économie mondiale,  conduit à la violence du fait que les individus n’ont plus de repères par rapport aux sociétés primitives qui ont toujours ritualisé la violence collective. Les individus à la tête des « Etats » africains n’ont plus de lien sociétal avec l’ensemble des sociétés dont ils sont issus. Dans le cas par exemple des pays exportant des matières premières stratégiques pour les pays d’Europe et d’Amérique du Nord, ces pays ont la caractéristique essentielle de contenir en eux des firmes transnationales qui se comporteraient comme des Etats et utilisant à l’instar d’un Etat de la violence contre les autochtones pour faire des profits. La présence de ces firmes a contribuer à la déliquescence des Etats nation naissants, surtout dans  le cadre de l’exploitation pétrolière ou minière.

Dans les sociétés dites modernes, la régulation de la violence est confiée à une structure plus ou moins acceptée par tous. Réguler la violence est le propre d’un Etat d’ailleurs c’est à lui seul que revient cette utilité sociale. C’est pour cela que l’Etat a reçu  l’autorisation de donner la mort par exemple (par le biais de la justice qui prononce les peines capitales dans les Etats où cette peine est en vigueur), d’utiliser la force par l’intermédiaire des forces de l’ordre.

Mais ce que l’on oublie souvent que la violence non autorisée par la société, celle pratiquée par usurpation par les dictateurs-maisons en Afrique a sa propre logique, celle surtout d’éliminer toute contradiction et esprit critique au sein  de la société. Les dictateurs-maisons en détenant les pouvoirs de la force sans contre pouvoirs utilisent cette propriété non pas pour le progrès de la société mais pour une logique suicidaire d’auto régression.

Cette violence a aussi lieu quand tous les mécanismes coutumiers ont montré leurs limites. Cela veut aussi dire dans le cadre africain où on a tendance à toujours opposé la coutume à la modernité on notera que l’Etat ne pourra provenir que d’un territoire, d’une histoire, d’une culture et surtout d’une volonté supérieure des hommes habitant ce territoire et partageant de façon libre une histoire et culture communes, d’écarter toute forme de violence entre eux.

Or les différentes cultures avec leurs propres terroirs assemblés au gré de la volonté du colonisateur européen créent de façon objective les conditions de l’expression perpétuelle de la violence sur la base des identités cristallisées par l’incapacité d’un Etat unitaire à satisfaire les besoins vitaux de chacun de groupe le composant.

Cette permanence de la violence faite par un groupe au nom de l’Etat unitaire contre un groupe ou plusieurs groupes rend l’acceptation d’un Etat unitaire dans beaucoup des pays africains difficiles.

Pour arrêter avec ce cercle vicieux, les différents groupes doivent accepter une réconciliation qui elle proviendrait d’une transcendance totale à partir des objectifs communs.

Il apparaît en ce moment-là la nécessité d’un vrai projet politique commun, librement accepté par tous les groupes, qui imposerait sa loi comme seule norme et finalité.

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03 février 2006

Gouvernants et gouvernés

Il est clair que la démocratie ne doit être ni une simple technique politique, ni une société productrice de jouissances, ni celle où les citoyens se contentent de choisir ceux qui décidéront en leur nom. On ne peut pas résoudre le problème de la coexistence harmonieuse et équilibrée entre tous par le simple processus de l'élection. L'électeur est considéré comme souverain, mais souverain de quoi? En lui donnant la possibilité d'élire un maire, un député, un chef d'Etat, on ne lui demande pas ce qu'il veut, mais qui il veut. On lui permet de se débarrasser sur quelques-uns de ses devoirs et de ses responsabilités envers le groupe. En mettant un bulletin dans l'urne, il acquiert une forme de bonne conscience : il a le sentiment d'avoir fait son devoir de citoyen, et d'être conséquemment gouverné comme il le souhaite. Il n'y a donc plus aucune nécesité pour lui d'infléchir la vie collective par des actions supplémentaires. Il peut s'endormir. d'ailleurs, dans beaucoup de cas il désire être gouverné et non gouverner. L'éducation à la démocratie passe aussi par la compréhension de cette nuance fondamentale.  par  Philippe Augier "Le citoyen souverain éducation pour la démocratie" Unesco 1994 Paris

Commentaire de Mouélé Kibaya

Ce court extrait montre un élément fondamental de la soumission volontaire celui du choix gouverner sa vie ou bien la confier à d'autre. Et c'est ce qui se passe en Afrique où  le dictateurs maison obtiennent la soumission volontaire des populations qu'ils dominent "vous m'avez élu regardez je ne suis pas un usurpateur de votre souveraineté". Pour mieux s'assurer de la soumission totale de tout le monde. C'est pour  cela qu'il se font élire à près de 100% des votes, pour dire que toute la population est d'accord avec moi, du totalitarisme sans commune mesure. Les  oppositions africaines feraient mieux de ne jamais participer laisser ces dictateurs être seul candidat. Oui bien sûr il y aura toujours certaines personnes soumises pour se présenter, mais si elles ne sont pas crédibles, cela pourrait éveiller la conscience des opprimés.

d'autres textes http://lepangolin.canalblog.com

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02 février 2006

Les différentes sortes de pouvoir

Les différentes sortes de pouvoir (2)

a) le pouvoir de dissuasion

Dans d’autres pays l’asymétrie du pouvoir peut être accentué, dans le cas où l’une des parties qui a le pouvoir de structure ou de position cherche à dominer l'autre partie, à ne plus respecter le contrat, en ce moment on sort de la  Démocratie. Le pouvoir devenant dictatorial est obligé de dissuader toute velléité d’opposition, de rébellion  et rééquilibrage du « contrat social ».

Ce type de pouvoir est qualifié de pouvoir dissuasif. C’est celui qui caractérise plusieurs pays d’Afrique sinon tous à quelques exceptions près.

Au Congo par exemple, le pouvoir dissuasif peut être illustré par les actes de l’actuel détenant du pouvoir  du fait de sa facilité à utiliser les armes pour éviter de répondre à résoudre les asymétries sociales qu’il crée. Il dissuade toute tendance pour un positionnement du pouvoir national de l'ensemble du Congo vers un consensus. Ceux qui veulent dominer les autres, comme les colons français, ont  volontairement divisé le Congo en plusieurs parties non égales, par une fausse hiérarchisation des communautés la composant. Les classes sociales ici sont représentées par les groupes dit ethniques et pour maintenir le déséquilibre, le discours politique se remplit par les vocables comme celui d’unité nationale sur la base d’une vraie fiction sociale : le tribalisme ou l’ethnisme.

Le trait essentiel du pouvoir dissuasif c’est qu’il parvient au consensus par la soumission, or en droit, n’importe lequel, ainsi que dans l’ordre des choses, aucun contrat ne peut être consensuel et durable si l’une des parties du contrat se sent lésée. « Un peuple est toujours considérable » comme le dit si bien Pierre Akendengué et ne peut indéfiniment se laisser léser et spolier. Toute forme d’oppression à une fin car contraire à la vie.

L’obtention de la soumission dans une situation de pouvoir dissuasif se fait toujours par la violence explicite ou implicite. A ce niveau-là tout dépend de l’intelligence de celui qui est en position dominante, déterminant de ce fait l’échelle et le degré de violence. On a une palette de pouvoir dissuasif qui va de l’autocratie, passant par la dictature pour finir à la tyrannie. 

Le pouvoir dissuasif non seulement utilise la violence physique, mais aussi la violence morale, psychologique et matérielle. Il empêche tout épanouissement de l’individu en le dissuadant d’affronter la mort. Ceux qui détiennent le pouvoir suprême en Afrique dissuadent toute velléité de liberté en brandissant le spectre de la mort à toute remise en cause du déséquilibre. La plupart des esprits se sont résignés à cause de cette peur de la mort « ne fais pas la politique, tu vas mourir ». L’impunité qui est sciemment organisée, dans la plupart des pays d’Afrique, participe à une politique de soumission de ces peuples.

Au Congo par exemple, depuis 1997 la permanence d’une guerre incivile dans la région du Pool est voulue dans le seul but de soumettre l’ensemble de tous les Congolais à l’oppression exercée par celui qui détient la position dominante du  pouvoir Congolais.

Pendant longtemps ce dernier s’est arrangé à dissuader de manière implicite les Congolais à parvenir à une liberté matérielle, au prétexte que « le Congolais n’est pas compétent pour le commerce et l’industrie » seul l’étranger est travailleur, et pourtant ce sont les mêmes congolais qui exercent ailleurs. Pour appuyer cette dissuasion, la dictature  sous couvert de marxisme exigeait de certificat de moralité aux candidats congolais qui voulaient ouvrir une échoppe ou un commerce. L’enquête était menée par les services secrets d’Etat, tandis que dans le même temps n’importe quel étranger ouvrait facilement une boutique ou installait une industrie. Cette dissuasion était faite pour pouvoir soumettre le Congolais, et ce n’est pas étonnant que près de cinquante ans après son indépendance que l’on ne récolte pas toujours du sel  de table dans ce pays situé au bord de la mer, que l’on importe des légumes et autres aliments pour un pays bénéficiant des grâces de la nature, il pleut en moyenne dix mois sur douze et les terres sont à 98% fertiles. Le maintien de la pauvreté des Congolais contribue à leur soumission. Et ce n’est pas un hasard si tous les pays pétroliers d’Afrique ont des taux élevés de pauvreté avoisinant les 70 à 80% de leur population globale.   (Voir rapport banque mondiale )

à suivre....................................                                                               

Posté par Kibaya à 09:04 - De la soumission volontaire? - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 janvier 2006

Afrique : les causes de la soumission volontaire1

Afrique : Les causes de la soumission volontaire 1

Dans ma quête des éléments (de questionnements et de réponses) pour comprendre le problème africain à propos des dictatures et du néocolonialisme, au cours d’une discussion sur  les arguments du texte d’un ami antillais « l’église et la société dans les colonies d’Antilles françaises », il est apparu la question suivante à propos de la plupart des pays du continent :

« comment se fait-il que tout un peuple se fasse dominer par un seul homme ? »

La question formulée telle quelle,  fait apparaître deux réponses globales c’est-à-dire :

1-     soit le dictateur en place  semble être fort, ce serait la thèse de « l’homme fort » et de tout ce qui s’en suit, instabilités, sa cohorte de violence, guerre et sous-développement total

2-     soit le peuple dans sa grande majorité a accepté de se soumettre volontairement au dictateur maison ;

Le vrai problème de la philosophie politique du XXe siècle, ce n'est pas en effet le fondement du pouvoir, ce n'est pas la nature de la souveraineté, c'est celui de l'obéissance. Qu'est-ce qui nous fait obéir ? C'est ainsi que dans Surveiller et punir Foucault met en place le concept de docilité. La docilité, c'est ce qui dans le corps répond au consentement éclairé de l'esprit : une manière de se plier intérieurement à ce qui est présenté comme une nécessité qui nous correspond. Il y a dans la docilité comme dans le consentement l'idée d'un engagement spontané, apaisé et définitif dans un système de déterminations extérieures. C'est la condition éthique du capitalisme : nos besoins et nos désirs doivent être adaptés aux appareils de production, à son rythme, à ses séquences.

Cette rencontre moderne porte aussi le nom de consommation. Au début des années 80, dans un cours sur les pratiques chrétiennes de pénitence et de confession («Le gouvernement des vivants»), Foucault recule d'un cran historique son analyse de l'obéissance du sujet occidental : cette fois, il s'agit de montrer comment nous obéissons depuis nos origines chrétiennes aux discours de vérité. Il s'agit, pour aller vite, de montrer qu'entre le discours de vérité et la supposée nature secrète de mon être, la synthèse s'opère par l'obéissance à l'Autre. Je n'obéis jamais mieux qu'en cherchant qui je suis vraiment. La psychologie est au fond un système politique: elle nous apprend à obéir à la fiction de notre propre vérité et constitue un épisode crucial de ce que Foucault appelle l'histoire politique de la vérité. »

A la lecture de cet extrait, il nous apparaît donc de réfléchir à cette idée aussi inquiétante que simple : comment ces deux réponses globales peuvent-elles nous  conduire à penser qu’il n’existe qu’une seule chose : la soumission volontaire.

Donc il nous fallait rechercher les causes de cette soumission volontaire.

Pour ma part au vu de premiers éléments déjà traités dans mes précédents écrits, et différentes recherches des auteurs sur la structure des sociétés, le pouvoir, la manipulation des foules, la publicité, et l’économie l’objet de ce texte sera de montrer comment depuis plus de quarante cinq ans plusieurs peuples d’Afrique ont volontairement choisi de se soumettre à la dictature.

L’évocation d’une soumission volontaire est utilisée ici à bon escient et ne doit pas être prise pour un extrémisme de langage, plusieurs constations et évènements se passant en Afrique montrent que la plupart de ces sociétés se résignent à la violence, à la misère tant morale que matériel. Tout cela ayant des causes proches et lointaines. D’ailleurs plusieurs réponses nous sont données par les écrits et événements actuels survenant en Afrique, c’est le cas par exemple des pays comme le Congo, le Togo,  le Gabon, l’Angola, l’Ouganda, le Rwanda, la Burundi, le Cameroun, pour ne citer que ceux-là, sinon la liste est longue sur la cinquantaine des pays que compte ce continent.

Pour les comprendre, je vais m’appuyer sur l’examen des éléments suivants :

a) Les différentes sortes de pouvoir

b) La différence entre pouvoir et domination

c) L’abus d’obéissance

d) Des systèmes de contrôle mis en place par les différentes dictatures

e) Des systèmes de soumission

f) La résignation ou le fatalisme comme mode de vie africain ?

lire la suite sur  http://lepangolin.canalblog.com 

En apparence on peut penser que les deux réponses évoquées ci-dessus sont alternatives l’une de l’autre, mais à y regarder de fond on s’aperçoit vite qu’elles ne sont le verso et le recto d’une même chose : la soumission volontaire., comme le souligne bien  Frédéric GROS, philosophe dans le quotidien "Libération" du samedi 19 juin 2004, à partir des textes de Hannah Arendt et Foucault :

« Car il est impossible qu'un tyran opprime tout un peuple sans un solide système de participations. La folie de pouvoir des grands nous excuse toujours trop. C'est pourquoi, comme penseur politique, Foucault se place aux côtés d'Alain et d'Hannah Arendt. Aux côtés d'Alain quand ce dernier, dans « Mars ou la Guerre jugée », montre l'importance écrasante de la résignation comme condition éthique du soldat pendant la longue guerre de 14, loin de l'esprit de sacrifice. Aux côtés d'Hannah Arendt dans Eichmann à Jérusalem démontrant que la véritable horreur du nazisme réside dans le zèle bureaucratique inconditionnel et aveugle des administrateurs plutôt que dans leur perversité morale absolue.

Posté par Kibaya à 16:45 - De la soumission volontaire? - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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