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Le Pangolin

analyses socio-politiques, culture, relations internationales, société, philosophie

13 septembre 2006

Congo : Que peut faire Antoine Gizenga le 22 septembre 2006?

Après la publication par le CEI des résultats des élections législatives du 30 juillet au Congo on assiste à un ballet de négociations entre les forces ayant participé  à ces élections pour la désignation du futur premier ministre issu de la majorité parlementaire.

La constitution a privilégié les affrontements entre deux camps (majorité-gouvernement et minorité-opposition)au niveau du parlement, surtout pour un pays qui sort de plus de 6 ans de guerre.

Ainsi une fois encore, voici les acteurs politiques congolais et la société civile d’un côté et de l’autre le peuple du Congo face à l’histoire de ce pays et de l’Afrique.

Les résultats sortis des urnes nous amènent à une introspection de l’histoire des autres pays d’Afrique voir du monde démocratique, ici je fais référence aux élections israéliennes et la dernière élection Allemande qui a porté une coalition gauche-droite pour la formation d’un gouvernement.

En effet la troisième position du parti Lumumbiste place non seulement ce parti au centre des débats et de la réflexion prospective de l’avenir du Congo, mais appelle  aussi à revoir les schémas dogmatiques de la lecture que les différents observateurs et acteurs de la politique post-électorale en Afrique deversent d'habitude avec quelque fois des inepties.

Il nous revient donc de spéculer sur les suites à donner à ces élections.

LA POSITION DU Parti Lumumbiste rappelle avec le recul historique avec beaucoup de similitudes, ce qui c’est déjà passé de l’autre côté de ce fleuve qui donne son nom à ces deux pays.

En 1992, les Congolais de la rive droite du majestueux fleuve Congo ont connu la même chose.

Dans leur volonté de se débarrasser du général Sassou Nguesso du pouvoir, les acteurs de ce pays avaient eu la vue très courte sur la suite à donner après les élections législatives et présidentielles.

A la sortie des urnes, aucun parti politique n’avait obtenu la majorité absolue au parlement. La parti de Monsieur Kolélas arrivé second après celui de Lissouba était dans la position du PALU de Antoine Gizenga celle de faiseur de roi. Kolélas se positionnait en arbitre entre Sassou arrivé troisième à l’élection présidentielle et Lissouba vainqueur de cette élection. Le MCDDI de Kolélas au lieu de rester dans sa position d’arbitre a vite fait de basculer dans le camp de Sassou, de ce fait ressuscitant ce dernier que le peuple n’avait pas voulu pour mémoire Sassou avait obtenu environ 18% des suffrages exprimés. Cette attitude de Kolélas de façon historique sonna le glas de la démocratie retrouvée déjà escamotée par la transition. Cela de façon objective conduisit le Congo dans l’instabilité puis vers des violences de plus en plus ignobles. A partir de janvier 1993 le Congo trempait dans la violence politique gratuite  qui eut son point culminant en 1997 avec le coup d’etat de Sassou qui pour asseoir son pouvoir poursuivit la guerre de 1998 à 2001. Le retour à la dictature à entendre les déclarations des acteurs politiques de ce pays semble effectif et regrettable. Ce pays malgré la flambée des prix du pétrole a près de 70% de sa population en dessous du seuil de pauvreté. Selon les mêmes sources, le Congo de la rive droite est en pleine dictature, pas de médias libres, l’opposition est totalement laminée, la corruption et la médiocrité sont les seules performances que ce pays réalise au niveau international avec arrogance.

En quoi tout cela peut nous inspirer en ce qui concerne l’autre Congo de la rive gauche, avec tout ce qui se déroule à Kinshasa ?

Premièrement l’espoir que les Congolais de Kinshasa ne commettront pas la même erreur que ceux de Brazzaville, même si on dit que l’histoire se répète, souhaitons le contraire.

Deuxièmement c’est la position de  Antoine Gizenga et de son parti Lumumbiste qui devient importante.

Avec 13% des voix au premier tour des élections présidentielles du 30 juillet et fort de la trentaine de ses députés au futur parlement, Antoine Gizenga le fidèle compagnon de Patrice Lumumba a décidément rendez-vous avec le peuple.

Alors que peut-il faire pour ne rater ce rendez-vous historique avec ce peuple ? Lui qui a près de 80 ans ?

Essayons de donner une réponse en analysant les tenants et les aboutissants de chacune des positions qu’il peut prendre. Ces positions sont au nombre de trois.

Pour le 29 octobre 2006,  doit-il appeler à voter pour l’un des candidats, j’avais déjà esquissé un début de réponse dans mon article intitulé que peut Etienne Tshisekédi ? Pour qu’il puisse donner une réponse cohérente, il lui faut déjà éclairer sa position de la constitution de la majorité parlementaire qui se réunira sauf report ou incident le 22 septembre.

Ce qui nous amène à examiner les scénarios possibles  de ralliement du Palu à l’une ou l’autre de deux grandes plates formes (Alliance pour la Majorité présidentielle de Kabila  et le ReNaco de Bemba).

Quel est l’état provisoire des forces en présences sur les 500 sièges à pourvoir de cette assemblée :

AMP près de 230 sièges

RENACO près de 110 sièges

PALU 34 sièges

Les autres dit indépendants et les petits partis il reste environ pour eux  près de126.

Premier cas :

Donc si le Palu bascule dans le camp de l’AMP celle-ci aura la majorité absolue et cela équivaudrait aussi à un soutien au deuxième tour pour Kabila.

Si Kabila gagne alors, il aura en sa possession tous les pouvoirs et difficile pour les Congolais l’ayant déjà vu en œuvre d’avoir un fonctionnement démocratique des forces armées et des institutions.

Si Kabila perd, il pourra avec « intelligence » servir de contre-pouvoir au pouvoir de Bemba. Gageons que vu les ralliements tardifs de certains acteurs politiques à l’AMP et surtout la nature des mœurs politiques africaines que cette majorité vole en éclats dans une situation de cohabitation conflictuelle et de lutte de pouvoir absolu.

Deuxième cas :

Le PALU  se rallie à Bemba et forme la majorité absolue avec.

Si Kabila gagne, alors Bemba et Gizenga pourront constituer l’opposition crédible évinçant par-là Etienne Tshisekédi  (ce qui n’est pas encore sûr).

Si Bemba gagne, il faut souhaiter que le fait de détenir tous les pouvoirs ne conduisent pas à une arrogance et au non-respect de l’esprit démocratique.

Le Palu se rallie à Bemba, ils n’ont pas la majorité au parlement car 110 + 34 = 144 ce qui n’est pas égal à 251.

Kabila perd les élections mais a le parlement ainsi il pourrait servir de contre-pouvoir.

Bemba perd Kabila a tous les pouvoirs nous revenons à la situation d’avant élections  mais une différence de taille qu’il est légitimé par le peuple. Il ne reste qu’à souhaiter que ce dernier s’engage dans la voie de la République et de la démocratie.

Ces deux cas nous conduisent déjà à deux observations

Pour l’AMP la tâche paraît plus facile si le PALU lui apportait ses 34 sièges

230 +34 = 264 largement au-dessus de 251 pour avoir la majorité absolue stable.

Par contre la tâche semble un peu difficile pour la RENACO  110 + 34 = 144 très loin de 251, il lui faut convaincre individuellement les 126 députés qui se réclament « indépendants » le temps de se vendre au plus offrant.

C’est ce qui me fait poser la question suivante : « si le parlement congolais n’avait pas de majorité absolue quelles en sont les conséquences ? »

C’est le troisième cas

Le Palu ne se rallie à aucune force politique et forme son propre groupe parlementaire. Trois situations se présentent.

- Malgré le non-ralliement du PALU, l’AMP a la majorité et Kabila gagne les élections présidentielles, c’est le cas de figure déjà examiné ci-dessus.

- L’AMP a la majorité mais Kabila perd, on peut espérer qu’il joue le rôle de contre-poids et donne tout son rôle au parlement.

- Malgré le non-ralliement du PALU, le RENACO a la majorité et Bemba gagne les élections présidentielles, c’est aussi le cas examiné ci-dessus tout comme que Bemba perd, on peut espérer qu’il joue son rôle de rééquilibrage du fonctionnement politique et des institutions.

Enfin le PALU ne se rallie  à aucune plate-forme, et aucune majorité parlementaire ne se dégage. Quels en sont les scénarios possibles ?

A/ une instabilité politique permanente, du fait même de la versatilité et la pusillanimité de la plupart des acteurs politiques congolais.

B/  Et de l’autre c’est une chance d’avoir un parlement où le débat politique a réellement sa place. Toutes les sensibilités seraient prises en compte. La recherche du consensus obligerait à une culture de concession et de dialogue.

Le fait qu’à chaque fois il faille rechercher la majorité, cela peut être source de plus de démocratie, les députés ayant par cette occasion le pouvoir sur le gouvernement.

Et c’est sur ce point que le PALU et les 126 autres députés ont intérêt à garder leur indépendance. Les Congolais doivent se souvenir même si la formule 4+1 =  0 , cela  a au moins eu le mérite de calmer les apetits de pouvoir des uns et des autres et à stabiliser plus ou moins la situation de guerre fratricide qui régnait dans ce pays. Un président avec 4 vice-présidents a permis d’aller à ces élections.

Toute mesure et raison gardées, il faut souhaiter compte tenu du contexte particulier de sortie de guerre et de 32 ans de dictature de Mobutu, il faille accepter un état intermédiaire qui puisse renforcer le basculement intégral et définitif du Congo dans la République et la Démocratie, l’exemple sud-africain est là pour nous y encourager.

Posté par Kibaya à 17:48 - Congo rive gauche - Commentaires [0] - Rétroliens [1] - Permalien [#]

29 août 2006

Congo : Que peut faire Etienne Tshisekedi après les affrontements Bemba-Kabila ?

Congo :  Que peut faire  Etienne Tshisekedi après les affrontements Bemba-Kabila ?

RD_Congo_elections

Voilà  le Congo de nouveau plongé dans la violence depuis l’annonce le 20 aout 2006 des résultats du premier tour des élections organisés pour la première fois dans ce vaste pays de de 2 . 345 410 km2 et d’environ de 60 millions d’habitants.

Organiser des élections dans ce vaste pays dévasté par près de 6 ans de guerre succédant à 35 ans de dictature était une gageure. Si bien que plusieurs observateurs n’y croyaient pas et tous avions pensé que la communauté internationale  en tête les Usa, la Belgique et l’Union Européenne voulaient légitimer par ce biais le pouvoir de Kabila fils au Congo.

Cette vue se trouvait confortée par le fait que les infrastructures de télécommunications et de communications  faisaient défaut, que les opérations de recensement du corps électoral étaient sujettes à des contestations, que l’un des leaders historiques politiques était exclu de la course.

D’autres actes posés par les organisateurs internationaux de ces élections notamment l’implication personnelle du commissaire européen belge Michel dans le débat politique interne accréditaient amplement cette thèse.

Plusieurs acteurs et observateurs congolais prévoyaient déjà la victoire facile de Kabila junior dès le premier tour du fait même ajouté aux éléments cités ci-dessus, le fait d’une absence réelle de débat politique qui commençait à cause du vide de se diriger vers des thèses xénophobes. C’est ce que les premiers analystes des résultats ont tenté de confirmer par la partition Est-Ouest des votes sortie des urnes. Les maigres scores du vice-président Azarias Ruberwa  (1.69%) et de Arthur  NGoma  Z’ahidi (0.34%) à comparer au score du vieux Antoine Gizenga (13.06%) sont des preuves que le peuple Congolais a plus d’un tour dans son sac et qu’il n’a pas la mémoire courte.

Ces scores  montrent bien aussi que les Congolais sont las des guerres fratricides que les différents seigneurs de la guerre se livrent pour prendre le contrôle du pouvoir central du Congo. Ils se sont massivement déplacés vers les urnes dans l’espoir de mettre fin à ces guerres. C’est ce qui explique le forte participation de congolais à ces élections et surtout leur totale adhésion à la démocratie.

C’est pourquoi cet engagement doit être interprété comme une maturité politique de ce peuple contrairement à ce que l’on entend comme discours de la part de ceux qui dénient aux Africains une capacité de juger par eux-mêmes voulant toujours infantiliser les peuples africains en soutenant que « l’Afrique n’est pas encore mure pour la démocratie ».

C’est en connaissance de cause que les Congolais ont voulu départagé les seigneurs de la guerre, même si en effet ils sont convaincus que tous les candidats (33) à la présidentielle ne sont pas de vrais démocrates et ne respectent pas la vie. Mais en les départageant par les urnes, cela leur éviterait de subir les dégâts collatéraux (comme disent les Américains en Irak), un proverbe africain ne dit pas que «  lorsque deux éléphants se battent ce sont les petits animaux qui sont écrasés ». Kabila et les autres ne sont que ces éléphants qui détruisent le Congo.

La preuve peu de temps seulement après la publication des résultats, les affrontements ont eu lieu entre Kabila et Bemba. Comme à l’accoutumée chacun des protagonistes a rejeté la responsabilité sur l’autre.

Quels enseignements devons-nous tirer de ces affrontements post-électoraux ?

1/ Ni kabila, ni Bemba ne sont des démocrates convaincus, seul le pouvoir compte à leurs yeux

2/ que le peuple congolais ne compte que pour des chimères

3/ que le processus commence à échapper aux promoteurs occidentaux et qu’il est temps que le peuple reprenne davantage son pouvoir

4 / que les vrais démocrates congolais prennent position pour faire aboutir le retour réel de la souveraineté au peuple.

C’est sur ce dernier point que je crois que Etienne Tshisekedi et Antoine Gizenga ont un rôle à jouer.

Pour Gizenga c’est plus facile car il a participé à cette élection et logiquement il doit en toute honnêteté se positionner ce qui ne semble pas être le cas pour Tshisekedi.

Ce dernier n’ayant pas participé à ces élections à cause de plusieurs raisons, on peut évoquer les motifs suivants lesquels que les dés étaient pipés, que les élections ne résolvaient pas en profondeur la question de la nation congolaise, que la question de l’après élection n’avait pas été traitée par les organisateurs, sur cette dernière les inquiétudes sont immenses.  Pour l’heure on ne peut ni répondre par l’affirmative ou la négative à ces motifs.

Tout de même essayons de spéculer je dis bien spéculer sur ce que peut faire Tshisekedi au vu des résultats et des affrontements, cela dans une optique de projection des résultats du second tour prévu le 29 octobre 2006. En espérant rapidement que les affrontements auraient cessés pour laisser place au débat ainsi qu’à une vraie campagne électorale.

Dans le cas où le processus suivait son chronogramme examinons les cas de figure de prise de position de Tshisekedi :

1/ Tshisekedi sort de son mutisme et appelle à voter pour Bemba quels risques politiques prend-il ?

a)                           Bemba gagne et il faut espérer que celui-ci instaure une transition démocratique pour se diriger vers une république et un régime de dialogue où chacun à sa place : enfin la démocratie. La question qui se pose est de savoir est-ce que Bemba a-t-il la volonté et les moyens pour cela ? S’il le fait quelle est la place de Tshisekedi ? Quelle sera la réaction de la communauté internationale qui par suivre les médias occidentaux avait misé et aurait tout fait pour que Kabila gagne, surtout pas Tshisekedi? Quelle sera la réaction des forces armées encore en présence au Congo ?

b)                           Bemba fort de sa légitimité obtenue dans les urnes se fait plus arrogant et bafoue la souveraineté  du peuple et se transforme en dictateur. Dans ce cas le calvaire continue, pour Bemba pour se maintenir il sera obligé de se protéger à l’extérieur. La régression du Congo continue et toujours dans ce cas il y a fort à parier que les guerres reprennent mais avec moins d’ampleur.

c)                           Bemba perd les élections, la communauté internationale qui n’avait pas fait l’effort d’inclure Tshisekedi dans le processus et de considérer les conditions de ce dernier se trouve confortée dans « raison ». Là Tshisekedi  peut perdre sa légitimité populaire.

d)                           Kabila élu a les mains libres pour s’installer au pouvoir et créer des frustrations qui ne seront pas loin d’aboutir à d’éventuelles violences.

e)                           Kabila II aura – t – il les moyens de reconstruire dans le calme et la paix, et quelle sera la réaction des anciens seigneurs de la guerre devenus entre temps vice-présidents de 2001 à 2006.

            

            2/   Tshikedi garde son silence et n'appelle à voter aucun de deux candidats :

            a) cela est logique à sa position face à ces élections.

    

            b) Kabila gagne, c'est la situation évoquée en d et f  du 1 qui peut arriver

            c) Bemba perd, il peut en vouloir à Tshisekedi de n'avoir pas pris position pour lui

            

            d) Bemba gagne sans Tshisekédi, il ignore ce dernier ou prend en considération son poids politique.

En définitive ces élections créent plus d’incertitude sur l’avenir de ce grand pays, qu’elles n’en règlent durablement comme au Libéria ou en Afrique du Sud.

Il revient donc à l’élite congolaise et sa société civile de prendre de façon historique ses responsabilités. On a confirmation que des élections en Afrique ne suffisent pas à régler l’ensemble des questions politiques, mais elles sont nécessaires pour créer des nouvelles donnes. Faisons donc confiance en l’avenir et l’histoire surtout aux peuples africains qui indéfiniment ne peuvent se laisser abuser. Chaque chose a une fin, mais quand ? 

Posté par Kibaya à 15:52 - Congo rive gauche - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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