Je vous donne à lire  deux articles sur le sujet de la déforestation des forêts d'Afrique centrale à l'heure du débat mondial sur les conséquences du déreglement climatique,et de la recherche des responsabilités.

Mais c'est surtout les commentaires en fin du second texte qui sont plus intéressants à lire.

Sans vouloir influencer votre opinion, je me permets de vous livrer ma réaction.

En effet à lire ces deux articles, on retient depuis les titres de ces deux articles que ce sont les Africains avec le peu de surface de terres cultivées avec des outils de l'âge de la pierre (puisque nous sommes dans les années moins 4000 à moins 1500) qui seraient responsables de la déforestation des forets tropicales.

Ces scientifiques européens, sur la base de leurs recherches,  semblent affirmer que les populations africaines ont en ces périodes (-4000 à -1500)  saccagé les forêts d'Afrique centrale au point de les transformer en savannes actuelles. Elles auraient fait ces dégâts à la suite des pratiques agricoles. 

Selon ces scientifiques que ce n'est pas le dereglement climatique qui serait à l'origine de ces transformations. 

A première vue, de façon absurde on peut se dire que ces Africains étaient très forts, mais vite plusieurs questions viennent à l'esprit et obligent au recul.

On est conduit à se demander comment cela s'est-il passé? 

Cette étude ne donne pas les surfaces existantes à ces périodes, ni les surfaces cultivées avec quels types de culture. Encore moins elle ne précise pas les surfaces détruites par l'homme et celles dues aux intempéries.

Elle fait aussi l'économie de donner toutes les modifications climatiques sur ces périodes et surtout de faire la comparaison entre cette période et les 5 derniers siècles de notre ère, où le blanc a mis pied "pour civiliser les sauvages d'africains".

Cette étude avec une belle carte des migrations ne donne pas les nombre des populations qu'il y avait à cette époque, ni le mode d'organisation de ces sociétés.

Elle fait beaucoup d'impasses sur des questions de bon sens. 

On peut toujours essayer de rappeller à ces grands scientifiques européens que le bon sens et l'honnêteté intellectuelle feraient  mieux qu'ils mettent en lumière les dégâts de l'exploitation mécanisée depuis les derniers cinq siècles, qui sont plus importants que l'exploitation faite par les autochtones qui ont pratiqué jusqu'à maintenant une agriculture de subsistance sur moins de 2% de toutes les terres.

Même l'exploitation faite pour le bois de chauffe est minime au vu de la faible démographie sur toutes ces périodes.

L'Afrique centrale est la zone, la moins peuplée de l'Afrique, et on sait qu'en ces périodes l'Afrique n'était pas aussi peuplée que maintenant.

 Répartition de la population mondiale par continent en 2007 selon Wikipédia 

Asie: 4 030 000 000 soit 60,5 %  Afrique: 965 000 000 soit 14,0 %

 Europe: 731 000 000  soit 11,3 %  Amérique latine et Caraïbes:572 000 000 soit 8,6 %  

Amérique du Nord : 339 000 000 soit 5,1 % Océanie : 34 000 000 soit 0,5 %


L’évolution de la population mondiale depuis 2000 ans

Depuis le 19ème siècle, la population mondiale connaît une croissance extrêmement importante, comme 
le montre le graphique ci-dessous : 
Pendant très longtemps, l’espèce humaine ne comptait tout au plus que quelques centaines de 
milliers d’individus, et ce n’est qu’il y a trente à quarante mille ans, c’est-à-dire très récemment dans 
l’histoire humaine, que la population a franchi le seuil d’un million d’habitants. 
La croissance

 clip_image002source INED

Le tableau ci-dessous nous dit que la population mondiale était de moins d'un milliard (environ 100 à 200 millions) il y a deux mille et si on poursuit le modèle mathématique à rebours on peut supposer qu'en l'an -4000 l'Afrique centrale devait avoir moins de 40 millions d'habitants pour un territoire de 5.3 km2 on est proche de 8 habitants au kilomètres. 

Avec une telle occupation des terres, on se demande comment les (Ba)ntu ont fait pour deforester.

Ils sont forts ces africains.

Encore faut-il rappeler qu'en ces époques, la tronçonneuse à moteur n'existait pas et les compagnies concessionnaires forestières n'existaient non plus. Il n' y avait pas de train, de camions, de bois d'ebène, encore moins de cultures de cacao, de café, de thé, de canne à sucre, d'arachide, de palmistes, d'ananas, de coton et autres cultures d'exportation à grandes échelles, pour faire de la forêt une savanne à ce point!

Décidement il y a problème.

Mais bon en  tant qu'Africain nous sommes habitués à la désinformation au mépris au non de la science supérieure de l'Occidental.

Au moins on peut retirer de ces deux lectures quelques enseignements suivants:

Que l'Afrique formait une seule entité

que ces populations pratiquaient déjà l'Agriculture donc avaient des connaissances et ce ne sont donc pas les occidentaux qui nous auraient appris l'agriculture 

Que les migrations existaient bien, ce sont les encore les Occidentaux qui nous ont amenés des frontières pour mieux diviser.

Qu'en ces périodes l'Afrique était développée de façon endogène et était au même niveau agricole que les autres parties du monde. Une autre trajectoire africaine sans les Occidentaux pouvait exister.

Comme quoi, les Occidentaux ne perdent pas du temps pour dégager leur responsabilité macabre et regressive dans notre histoire sous des fausses affirmations scientifiques en frisant le ridicule. Dans tous les cas "le ridicule ne tue jamais"

Mouélé Kibaya le 14 février 2012