Afrique: Les Africains ont contribué à la création de la CPI

Cour pénale internationale - Actuellement adjointe au Procureur général de la Cour pénale internationale (CPI), en attendant d'être nommée prochainement à ce poste, Fatou Bensouda rappelle que c’est grâce à la contribution de plusieurs pays africains que cette institution de justice internationale a été créée en 2002. 'Un nombre important de pays africains ont contribué à notre création, à Rome, en 2002. Le continent compte le plus grand nombre de pays ayant ratifié notre statut. L’Ouganda, la Centrafrique et la République démocratique du Congo ont été les premiers à nous demander d’intervenir , indique-t-elle dans une interview à paraitre lundi dans le magazine Jeune Afrique.

Pour la magistrate gambienne, les Africains sont les leaders en matière de justice criminelle internationale.

'Concernant le Soudan et la Libye, pour lesquels nous avons été sollicités par les Nations unies, les ambassadeurs africains ont tous demandé notre intervention lors du vote au Conseil de sécurité', indique-t-elle.

Par ailleurs, ajoute-t-elle, les victimes sont très souvent africaines et il faut les protéger.

'Les Etats ont le devoir de le faire. Nous pouvons les y aider, ou le faire pour eux quand ils n’en ont pas la possibilité', souligne Mme Bensouda.

Elle qualifie de 'débat lamentable' d’insinuer que la CPI est à la solde des Occidentaux pour poursuivre uniquement les Africains.

'Non, la CPI n’est pas une cour de  Blancs, c’est l’avenir de la justice criminelle internationale. Elle permet d’éviter les crimes les plus graves, partout dans le monde', insiste-telle, en prenant soin d’expliquer que dans son exercice, la CPI n’intervient qu’en dernier ressort laissant la primauté aux Etats pour juger leurs citoyens.

'La CPI est une cour de dernier ressort. En matière de jugement, la responsabilité première revient aux États. S’ils décident d’enquêter et de poursuivre, la CPI n’a d’autre choix que d’attendre', indique-telle, en se référant au refus des autorités libyennes de leur livrer Seif el-Islam Kadhafi et Abdallah Senoussi, l’ancien chef des services de renseignements.

'La justice libyenne fonctionne. Elle a déjà commencé à enquêter, et nous a d’ailleurs demandé de l’aider', fait-elle observer.

Fatou Bensouda a fermement réagi contre une faiblesse de sa part pour rendre une justice impartiale  à l’égard des dirigeants africains ou d’être moins regardante sur les crimes commis par des Africains.

'Ces propos me choquent profondément. Surtout quand ils sont le fait de militants des droits de l’homme respectés. Pourquoi disent-ils cela ? Parce que je suis une femme ? Une Africaine ? Ils ne le diraient sûrement pas si j’étais un homme et un Occidental. C’est de la pure discrimination', estime-t-elle.

'Si j’étais influençable ou peu encline à poursuivre les auteurs de crimes, je n’aurais jamais brigué ce poste. Rassurez-vous, je serai un procureur général impartial et indépendant. Ceux qui n’y croient pas se trompent lourdement', assure-t-elle.

La cinquantaine , Fatou Bensouda a été ministre de la Justice de la Gambie et a travaillé au Tribunal pénal International pour le Rwanda avant d’intégrer la CPI en 2004.

Procureure générale adjointe, elle dirige au quotidien la division des poursuites internationales, qui présente les affaires criminelles aux différents juges de la Cour mais s’occupe également de nombreuses tâches que lui délègue son chef, l’actuel procureur général, l’Argentin Luis Moreno-Ocampo.

Pana 11/12/2011