Transport aérien: l'Afrique, nouvel objectif du fondateur d'EasyJet

LONDRES — Fort de son succès en Europe, le fondateur d'EasyJet envisage de lancer une nouvelle compagnie à bas coûts en Afrique, "dernière frontière" du transport aérien et marché prometteur malgré l'importance des défis à relever.

"L'Afrique doit désormais être considérée comme la dernière frontière de la révolution du transport aérien qui a débuté aux Etats-Unis dans les années 70 et que je suis fier d'avoir menée en Europe dans les années 90", a affirmé Stelios Haji-Ioannou en dévoilant le projet cette semaine.

Cet homme d'affaires britannique d'origine chypriote a fondé en 1995 la compagnie britannique à bas coûts EasyJet, dont il contrôle encore avec les membres de sa famille près de 38% du capital à travers son holding EasyGroup.

Il envisage désormais d'utiliser son expérience pour lancer une compagnie à bas coûts à l'échelle de l'Afrique avec des partenaires. EasyGroup va ainsi prendre une participation dans Rubicon Diversified Investments, une petite société cotée en Grande-Bretagne, dont le groupe africain Lonrho est également actionnaire.

Lonrho n'évolue pas non plus en territoire inconnu, puisqu'il possède déjà la petite compagnie africaine Fly540, qui exploite des lignes régionales au Kenya, en Angola et au Ghana, avec une flotte d'avions à hélices européens ATR.

Le projet de nouvelle compagnie n'est pour l'instant qu'à l'état d'ébauche mais les partenaires ont déjà trouvé un nom, déposé par Sir Stelios: "Fastjet.com".

Le continent représente un marché prometteur, avec l'essor d'une classe moyenne qui alimente un trafic en hausse. Celui-ci a progressé de 4,2% en octobre, selon les derniers chiffres de l'Association internationale du transport aérien (IATA).

"Dans tous les pays du monde, les compagnies à bas coûts ont été bien reçues par le marché et je ne doute pas que ce serait le cas aussi en Afrique", où elles sont encore peu présentes, estime John Strickland, un spécialiste du secteur aérien, qui dirige le cabinet JLS Consulting.

Pour l'instant, sur le continent, ce type de transporteur reste cantonné au Maghreb et à l'Afrique du Sud.

Le développement d'un réseau aérien fiable et relativement abordable serait d'autant plus bienvenu que les routes sont parfois impraticables, voire inexistantes dans certaines régions et que les compagnies locales sont souvent encore peu sûres.

"Cela pourrait être vraiment un moteur pour les économies africaines", ajoute ainsi M. Strickland, tout en soulignant qu'il "ne faut pas sous-estimer les défis" qui se posent.

Le projet de grande compagnie africaine à bas coûts se heurte en effet à des problèmes structurels, comme le manque d'infrastructures et de pilotes qualifiés, les réglementations locales complexes...

Autre problème, dont la clef se trouve cette fois en Grande-Bretagne: Sir Stelios, en lançant une nouvelle compagnie, risque de s'attirer les foudres d'EasyJet.

Les relations entre la compagnie britannique et son fondateur, qui n'y joue plus aucun rôle de direction, ont été marquées dans le passé par des guerres juridiques, et s'enveniment régulièrement.

EasyJet, alertée dès septembre de ses projets de nouvelle compagnie, a déjà fait savoir qu'elle ne les voyait pas d'un bon oeil et ferait "tout ce qui est nécessaire" pour protéger ses intérêts.

Bien qu'essentiellement implantée en Europe, EasyJet dessert également le Maroc et l'Egypte, où elle pourrait se trouver en concurrence avec la nouvelle création de Sir Stelios.