Lu pour vous dans le www.letelegramme.com du 16 janvier 2011

La nouvelle géopolitique africaine

16 janvier 2011 - Réagir à cet article

Le journaliste écrivain Pierre Péan explique les mouvements tectoniques de la géopolitique africaine.

Après la publication de «Noires fureurs, blancs menteurs» sur le génocide au Rwanda, Pierre Péan a fait l'objet d'un procès en sorcellerie de SOS Racisme, qui le qualifiait de révisionniste et n'était pas loin de le comparer au sinistre docteur Faurisson. En endossant l'enquête du juge Bruguière qui attribuait l'attentat contre l'avion du président hutu, Habyarimana, au nouveau maître de Kigali, le tutsi Kagamé, Péan, enquêteur hors pair, dérangeait. Il expliquait que le FPR (Front Patriotique du Rwanda) avait assis sa reconquête du pouvoir et sa légitimité sur le génocide, auquel l'armée française était injustement accusée d'avoir participé. Mais que les massacres de hutus par les tutsis avaient été tout aussi nombreux, notamment au Kivu, comme vient de le reconnaître l'ONU. Avec ce nouvel essai qui porte en sous-titre «Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique», Péan élargit la focale pour expliquer les mouvements tectoniques de la géopolitique africaine. Tout d'abord, le journaliste écrivain précise que la Françafrique n'est plus qu'un rideau de fumée, un paravent habilement mis en avant par les adversaires de Paris pour masquer leurs propres avancées sur le continent noir. Et du même coup, culpabiliser la France. 

 


Israël un peu partout 


On parle beaucoup des Chinois, nouveaux prédateurs de l'Afrique, mais on oublie l'État hébreu présent depuis un demi-siècle au gré de ses alliances. Au départ, Israël est proche de la France puis s'en éloignera en raison de la politique arabe du général de Gaulle pour se rapprocher de l'Afrique du Sud. De Gaulle dira même à Ben Gourion, qui le presse de ne pas lâcher le pouvoir à Alger : «Vous voulez recréer un nouvel Israël en Algérie ?». À l'évidence, les juifs ne comprennent pas pourquoi la France, qui a défait le FLN, lâche le morceau aussi facilement. Israël est présent un peu partout organisant les services de sécurité des régimes africains, agissant en sous main pour favoriser la partition du Soudan dont le sud vient d'être soumis à référendum. Sans parler du fameux raid sur Entebbe ou le rapatriement des juifs falashas d'Éthiopie. Affaiblir Khartoum, jugé aussi dangereux que l'Iran est un objectif israélien partagé par Washington. Les Africains ayant souvent été les esclaves des Arabes, l'État hébreu tente de faire vibrer cette corde sensible pour favoriser les convergences. 

La fin du pré-carré français 

Mais l'auteur souligne également l'action des services secrets et des forces spéciales américaines en liaison avec le régime ougandais pour remodeler l'Afrique des Grands Lacs et s'approprier les richesses minières. En organisant d'abord la chute de Mobutu, puis en installant au pouvoir Laurent Désiré Kabila, qui ne fera pas l'affaire et sera remplacé par son fils. Tout en favorisant l'ascension de Paul Kagamé, formé par l'armée américaine. Les États-Unis ont décrété la fin du pré-carré français et du rôle de Paris comme gendarme de l'Afrique, qui lui était concédé durant la guerre froide. Du coup, le «choc des civilisations» marqué par le 11-Septembre s'est déplacé sur le continent noir. N'oublions pas que les premiers attentats qui annonçaient l'opération des terroristes islamistes à New York avaient été organisés contre les ambassades américaines sur les côtes d'Afrique de l'Est, notamment au Kenya. Carnages par Pierre PéanEditions Fayard, 24,50 €.

  • Juillac