Peut-on réduire les taux directeurs en Afrique ?

Pour réagir à chaud (sans mes chiffres ) à la question posée par Paul-Harry AITHNARD « Peut-on réduire le coût du crédit en Afrique » dans un post que j’ai reçu dans ma boite mail. Vous pouvez le lire à la fin de ce texte.

 Suite selon lui « La baisse des taux d’intérêt, orchestrée par différentes Banques centrales africaines, a jusque-là peu d’incidence sur le coût du crédit pour les classes moyennes ou les PME de Dakar, Abidjan, Douala ou Nairobi. »

 Ensuite il fait une bonne analyse de la situation pour déboucher sur plusieurs pistes de solutions.

En partie je suis d’accord avec la plupart des conclusions et propositions, mais je ne puis m’empêcher de réagir, dans le but d’essayer d’amplifier le débat.  

 

 La première démarche consisterait à regarder ce qu'est l'ingénierie financière en Afrique et surtout poser la question de l'indépendance des monnaies africaines. 

L'objet de ma réaction se focalisera sur les taux, je reviendrais plus tard sur les deux préalables cités ci-haut dans d'autres posts.

 Donc je vais commencer pour reposer autrement le problème par comparer les taux directeurs des autres continents, avec ceux de l'Afrique car mondialisation ou globalisation oblige.

 

Ceux des USA est proche de zéro, en Europe ils tournent aux alentours de 1%. Dans ces pays ils sont le fait de l'interventionnisme d'Etat.

Quand les taux directeurs baissent aux USA, les Chinois qui détiennent les six plus grandes banques mondiales, font pareille. Si bien que l'on parle à l'occasion du sommet du G20 qui s'est tenu à Séoul en Corée du Sud de guerres de monnaie.

Pour revenir donc sur les taux directeurs, vous avez raison de souligner que ces derniers sont prohibitifs.

Quelle est la cause de ces taux prohibitifs? 

Nous retiendrons deux causes essentielles en dehors de l'instabilité de l'environnement politique chronique de la plupart des pays d'Afrique, on va noter le manque de concurrence que vous l'avez bien souligné ainsi que la sous-bancarisation du continent

 A ces causes qui sont à la fois structurelles mais qui peuvent devenir conjoncturelles il faut ajouter la cause originelle.

Celle qui  est faite à dessein pour obliger les africains à emprunter sur le marché mondial de l'argent.

C'est ce qui explique que les ménages africains sont exclus du circuit bancaire du fait de la faible bancarisation de l'Afrique. Effectivement vous avez raison il y a peu de concurrence, mais cela ne suffit pas pour expliquer cette situation. 

Le problème du taux révèle en substance la structure même de l'économie africaine, une économie extravertie. 

Les banques qui sont en Afrique ne servent que de relais pour récupérer le peu d'argent que le circuit de la dette, des recettes des importations des biens occidentaux et des IDE (en juillet 2010, selon le site d’information sur internet marchés tropicaux, « la Cnuced a annoncé des prévisions optimistes : des IDE qui devraient dépasser les $ 1.200 milliards en 2010, après $ 1.114 milliards en 2009.) font circuler dans les pays d'Afrique avant leur retour au point d'origine que sont les banques occidentales et asiatiques.

La possibilité de la réduction du coût de crédit dépend de la masse d'argent que les pays africains voudront bien injecter dans les économies. Recemment on a vu la Reserve fédérale américaine  injecter près de 600 000 milliards de dollars dans l'économie en rachetant des bons des trésors, cela pour soutenir l'investissement des entreprises et l'économie.

Or il se trouve que l'essentiel des IDE va dans l'industrie minière (pétrole, or, diamant, cobalt, coltran, cuivre, fer manganèse, etc....), dans l'achat des terres pour l'agriculture industrielle et donc très peu de ces centaines de milliards de dollars vont vers les ménages.

L'Afrique malgré le potentiel démographique se trouve avec des ménages qui sont sous-capitalisés.

Pour qu'il y ait réduction de taux il faut qu'il y ait de l'argent en abondance sur le marché c'est la loi de l'offre et de la demande.

Les réductions des taux d'intérêt qui viennent de s’opérer en Afrique résultent plus d'un ajustement technique en effet les zones monétaires africaines sont en surliquidités. Elles ne savent plus quoi en faire, d'où ces baisses. 

Or si les pays africains étaient bancarisés, l’état civil fiable, les postes fonctionnaient, le cadastre et les services municipaux et ruraux fonctionnaient.

Ils pouvaient avec ses surliquidités, financer d'un côté la consommation des ménages en bien d'équipement (, maison, produits de soins de santé, alimentation, habillement , télévisions, Hi-fi, camera, assiettes, marmites, couverts, meubles, électroménagers, ordinateurs, téléphones, voitures)  et de l'autre le développement des artisans ( outillages, petits chalutiers de pêches), les agriculteurs (motoculteurs, motopompes, achat des semences, des plants, des engrais, construction des fermes, ) les éleveurs (achat des bêtes) des petites et moyennes entreprises,(Pme)  et petites et moyennes (Pmi) pour les machines de productions (comme par exemple des conserveries de petites tailles, des ateliers de couture, de fabrication des meubles tout cela du fait de la capacité de solvabilité des ménages. Ce qui n'est pas le cas actuellement.

Le fait qu'il y ait un chômage , un non-emploi chronique et beaucoup d'instabilité dans ces pays, les banques se couvrent sur les quelques crédits qu'elles octroient. Elles privilégient aussi des gros contrats pour ne pas avoir à gérer des situations de non solvabilité, de fuite des clients (l'état civil et la justice sont défaillantes). Elles prêtent donc aux mêmes et à l'Etat (qui ne peut être en faillite et que l'on peut poursuivre en justice auprès des cours internationales.

Et puis elles sont obligés car toutes les places financières mondiales ont réajuster leurs monnaies depuis la crise et aussi pour faire face aux dévaluations compétitives de la monnaie chinoise par rapport au dollar et à l'euro. On sait que la plupart des monnaies africaines sont arrimées aux monnaies occidentales (le franc cfa à l'euro, tout comme le franc congolais, les monnaies de la zone anglophone le sont aussi) du fait de l'héritage colonial et de la faiblesse des économie industrielle et financière.

Les produits africains s’échangent dur le marché mondial à partir du dollar ce n'est pas le cas chinois ou indien.

Ce qui fait que les quelques miettes récoltées des produits d'exportations ne sont pas du tout injectées dans le circuit interne des économies africaines.

Cet argent se déprécient souvent, c'est la cause principale de l'inflation dans ces pays. Trop d'argent dort dans les banques occidentales et africaines en dépôt, mais pas en investissement.

C'est la structure qu'il faut changer avant de penser aux taux de crédit car ceux-ci seront toujours soumis aux lois du marché (offre-demande) et à des orientations des politiques monétaires.

 Mouélé Kibaya.

 

IDE : Investissements Directs étrangers

Ces investissements bénéficient souvent aux pays miniers (Nigéria, Algérie, Angola, Soudan)

Déjà en  selon un rapport de La cnuced publié En 2007, les IDE en Afrique sont restés concentrés sur le plan géographique : les dix principaux pays de destination (Nigeria, Egypte, Afrique du Sud, Maroc, Libye, Soudan, Guinée équatoriale, Algérie, Tunisie, Madagascar) ont absorbé à eux seuls 82% du total, et neuf pays ont enregistré des IDE d’un montant supérieur ou égal à un milliard de dollars, montre le rapport, selon lequel l’Afrique du Nord a attiré 42% des IDE dans la région, et l’Afrique subsaharienne 58%. 

Et en Afrique subsaharienne elle vont essentiellement dans le Golf de guinée (à cause du pétrole du gaz et du bois) et beaucoup de ces pays reçoivent moins d’un milliard de dollars soit l’équivalent de 1 371 200 000 d’euros équivalent à 89 813 600 000 de francs cfa en moyenne.

 

 

Peut-on réduire le coût du crédit en Afrique

Par Paul-Harry AITHNARD 

La baisse des taux d’intérêt, orchestrée par différentes Banques centrales africaines, a jusque-là peu d’incidence sur le coût du crédit pour les classes moyennes ou les PME de Dakar, Abidjan, Douala ou Nairobi. 

Analyse 

Le 16 juin 2009, la BCEAO a réduit son taux directeur de 4,75% à 4,25%. Le 26 juillet 2010, la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) annonçait à son tour une baisse de son taux directeur de 25 points de base à 4%.

Ces décisions s’inscrivent dans une dynamique de baisse des taux observée sur toute l’Afrique subsaharienne, depuis 2009. La Banque centrale du Kenya a baissé ses taux d’intérêt à six reprises depuis 2009, pour atteindre aujourd’hui 6%. La Banque centrale du Ghana a réduit de manière continue depuis deux ans ses taux de 18,5% à 13,5%. Pour la première fois en trois ans, la Banque centrale du Malawi a abaissé son taux directeur de 15% à 13%. Même scénario pour la Banque centrale du Congo, qui a réduit pour la cinquième fois son taux principal, le faisant passer de 29,5% à 22%.

Malgré ces initiatives, force est de constater qu’elles ont eu peu d’incidence sur le coût du crédit pour les classes moyennes ou les PME de Dakar, Abidjan, Douala ou Nairobi.

Coût dissuasif

Les établissements financiers en Afrique subsaharienne ont du mal à répercuter dans leurs pratiques de crédit les cycles de baisse de taux engagés par les Banques centrales. Tous les rapports, tels celui de la Banque mondiale de 2008 sur le financement des PME en Afrique, confirment le coût prohibitif du crédit.

La marge entre le taux d’intérêt sur les dépôts et celui sur les prêts n’a paradoxalement cessé de croître depuis les années 80, alors que les conditions économiques se sont significativement améliorées.

Entre 1980 et 1984, cette marge était en moyenne de 5,2%. Entre 2000 et 2003, cette marge a bondi à 11,8% en moyenne dans les pays d’Afrique. Ces marges reflètent le coût dissuasif du crédit et se traduisent dans le montant des crédits accordés par les établissements financiers.

Les crédits bancaires accordés au secteur privé, en pourcentage du PIB, sont estimés en Afrique subsaharienne à uniquement 15,1% dans la période 2000-2004. Fait troublant mais évocateur, ce chiffre n’a pas évolué depuis 1983-1987 (15,6%).

Raisons du décalage

Les raisons du décalage entre les taux du marché monétaire et ceux appliqués à la clientèle sont avant tout structurelles. Le premier frein structurel est le manque de compétition dans le secteur bancaire.

Même si cette dynamique a significativement évolué sur les dix dernières années, le ratio de concentration dans le secteur bancaire demeure élevé, avec une grande partie des actifs détenue par les trois principales banques dans la majorité des pays africains. La Banque mondiale estime la part de marché moyenne des trois principales banques en Afrique à 73% par pays. Les sociétés spécialisées de crédit à la consommation ou de crédit hypothécaire sont quasi inexistantes dans la plupart des pays.

Ce manque de compétition crée une habitude d’aversion au risque et finit par créer des établissements assis sur des liquidités oisives et préférant investir dans des actifs étatiques.

Dans certains pays tels la Guinée, la Guinée Bissau, la Guinée Equatoriale ou le Tchad, les réserves excédentaires rapportées au total des dépôts peuvent dépasser 25%.

La deuxième contrainte structurelle est la composition des dépôts bancaires. Ce sont principalement des ressources à court terme, difficiles à convertir en prêts sur plusieurs années, en l’absence de produits financiers spécialisés.

Les banques ont du mal à octroyer des prêts sur des durées au-delà de cinq ans à un coût acceptable, puisqu’elles ne disposent pas de dépôts correspondants. Ce problème est surtout criant pour les prêts hypothécaires.

Le troisième obstacle est la faiblesse des fonds propres des établissements bancaires, qui limite leur capacité de crédit. En 2008, le ratio de couverture des risques par les fonds propres effectifs a été estimé à 8% dans la zone UEMOA, alors qu’il atteint 20% dans des pays tels le Nigeria.

Il est difficile de demander à une banque faisant face à peu de compétition, disposant en majorité de ressources à court terme, avec un ratio de couverture des risques par les fonds propres en dessous de 8%, d’adopter une politique d’octroi de crédit agressive.

Le dernier blocage structurel est le manque d’accès à l’information sur le crédit. Il est impossible à une banque d’accorder des prêts sans visibilité sur les garanties et sur la capacité financière des emprunteurs.

La question de la fiabilité des informations sur les historiques de crédit et les garanties, couplée à celle de la transparence sur les taux d’intérêt est essentielle et demeure un point de blocage qui accroît le coût du crédit en Afrique.

Le microcrédit n’est pas la panacée

Peut-on alors réduire le coût du crédit en Afrique ? La réponse est OUI, mais en proposant des solutions innovantes. Il convient tout de suite d’écarter la solution du microcrédit comme panacée pour résoudre le problème du coût du crédit en Afrique. C’est une partie de la solution, mais une part congrue.

Le microcrédit permet d’augmenter la bancarisation et le niveau de compétition dans le secteur bancaire, mais ne permet pas de régler un problème essentiel, qui est la capacité à donner des prêts à moyen et long terme à un coût abordable. Par essence, le microcrédit s’adresse en priorité à des particuliers à la recherche de crédit à court terme.

Marchés des capitaux

Une des premières pistes à explorer fait appel aux marchés des capitaux. En effet, pour régler le problème du manque de dépôts à long terme, les banques doivent chercher individuellement, ou en s’associant avec des structures spécialisées, à lever des fonds sur les marchés financiers en émettant des obligations avec des maturités longues.

Pour régler le problème du coût du crédit hypothécaire, il faudrait associer les banques avec des structures dédiées de refinancement hypothécaire pour lever des fonds sur les marchés. L’objectif est de collecter les fonds sur les marchés obligataires par les établissements de crédit hypothécaire, qui les "prêteront" par la suite à des banques dans les mêmes conditions de durée et de taux.

Les fonds levés peuvent être garantis par l’Etat, ou, plus logiquement, par un portefeuille de créances hypothécaires. Ainsi, les banques disposeront de ressources longues qui leur permettent d’octroyer des crédits hypothécaires. Dans un contexte général de baisse des taux d’intérêt, les fonds peuvent être levés à un coût relativement abordable et re-prêtés dans les mêmes conditions aux banques, abaissant ainsi significativement le coût du crédit hypothécaire.

Shelter Afrique s’est lancée avec succès dans cette voie, depuis plusieurs années, en émettant des obligations sur les Bourses de Nairobi et d’Abidjan, avec des maturités qui lui permettent par la suite de proposer des programmes de financement sur l’immobilier.

Renforcer les fonds propres

L’appel aux marchés des capitaux peut permettre aussi de régler efficacement la question de la faiblesse des fonds propres. Dans un environnement global de taux d’intérêt en baisse, il est judicieux pour une banque de lever des liquidités directement sur le marché ou par placement privé, pour renforcer ses fonds propres.

Les banques internationales l’ont compris et complètent plusieurs opérations de levée de fonds depuis un an. Les banques du Nigeria, de la zone UEMOA ou du Kenya suivent aujourd’hui la même tendance. Cette dynamique doit être amplifiée.

Avec des fonds propres plus importants, les banques disposeront de plus de capacités de crédit permettant à terme d’abaisser le coût du crédit en Afrique.

Un système centralisé de crédit

L’autre innovation à amplifier est l’amélioration de l’environnement réglementaire par le développement de bureaux centralisés de vérification du crédit et de systèmes d’enregistrement d’actifs.

En effet, l’une des principales causes du coût élevé du crédit est l’absence de garanties, laquelle est due non à l’insuffisance des actifs, mais à l’inefficience dans l’enregistrement.

Un système centralisé qui agrégerait les informations du cadastre, de l’historique du crédit, du transfert des titres de propriété, financé par les partenaires publics et privés, est essentiel.

Favoriser l’accès à ces informations permettrait aux banques de réduire le coût de surveillance de leurs activités et, ainsi, abaisser le coût du crédit.

Le Ghana et la Zone UEMOA ont entamé dernièrement des améliorations réglementaires qui vont dans cette direction. Elles doivent être soutenues

Multiplier les mécanismes de garantie

Cette analyse serait incomplète sans parler du coût du crédit dans le commerce et le secteur agricole, deux domaines particulièrement affectés. La bonification du crédit par le développement des systèmes de garantie, est une des clés pour baisser le coût du crédit dans ces secteurs d’activités.

Etant donné la dominance des PME en Afrique, il est nécessaire de multiplier les mécanismes de garantie pour abaisser les charges d’exploitation des banques et le coût du crédit. Dans le domaine du commerce international, développer les facilités de garantie permettrait aux entreprises africaines de se faire confirmer des lettres de crédit sans les dépôts exorbitants en collatéral, qui augmentent le coût du crédit.

Les activités des assureurs de crédits à l’exportation tels ATI (African Trade and Insurance Agency) peuvent dans ce sens permettre de réduire le coût du commerce en particulier et du crédit en général en Afrique.

 

Source :  http://mampouya.over-blog.com/