Genève | Le nombre de nouvelles infections a reculé à Genève de 30% en une année. Les trithérapies deviennent une arme contre la propagation de l’épidémie.

Le professeur Bernard Hirschel.

© Paolo Battiston | Le professeur Bernard Hirschel. «Concernant l’Afrique, il est maintenant nécessaire d’évaluer le traitement en tant que prévention afin de mieux délimiter le potentiel, les inconvénients et les coûts.»

ÉRIC BUDRY | 26.11.2009 | 00:02

Difficile de rêver de meilleure nouvelle à cinq jours de la Journée mondiale de la lutte contre le sida ce 1er décembre (lire encadré). A Genève, le nombre de nouvelles infections au VIH a baissé drastiquement en 2009. Selon une projection, la diminution est de 30% entre 2009 et 2008, passant de 98 cas à 68. Un recul est également enregistré au niveau national, mais un peu moins important: de 777 à 650.

«Si elle est confirmée, car il s’agit encore de projections, cette baisse cantonale serait la plus forte jamais observée, précise Deborah Glejser, porte-parole des associations genevoises de lutte contre le sida. Elle amène le taux de nouvelles infections au niveau historiquement le plus bas.»

Ce succès, on le doit bien évidemment aux campagnes de prévention, mais également à une nouvelle donne. Les trithérapies ont non seulement permis de diminuer très fortement le nombre de décès dû au sida, mais les chercheurs se sont aussi aperçus que ce traitement avait un effet préventif car ils rendent ces personnes beaucoup moins contagieuses.

Espoir pour l’Afrique?

Le phénomène est aujourd’hui avéré, confirme Bernard Hirschel, chef de l’unité VIH/sida aux Hôpitaux universitaires de Genève. «Certains chercheurs estiment ainsi que, sans traitement, le nombre d’infections serait deux fois plus élevé en Suisse», poursuit-il.

La raison en est que les trithérapies parviennent aujourd’hui à réduire à tel point le nombre de virus qu’elles le rendent non détectable. Et les personnes ne sont dès lors pratiquement plus contagieuses.

Bernard Hirschel cite une recherche canadienne qui tend à montrer qu’une extension de la trithérapie permettrait de juguler l’épidémie. «Concernant l’Afrique, détaille le professeur, il est maintenant nécessaire d’évaluer le traitement en tant que prévention afin de mieux délimiter le potentiel, les inconvénients et les coûts. Mais ces derniers se chiffreraient forcément en milliards de francs.»

«Ne pas baisser la garde»

Espoir il y a, mais il ne doit être le prétexte à un relâchement de la prévention, d’autant que Genève reste le canton le plus touché. «Ce n’est pas le moment de baisser la garde, avertit Pierre-François Unger, ministre de la Santé. Cela a été le cas à la fin des années 90 lorsque la maladie a été banalisée à l’arrivée des trithérapies. Résultat: les cas ont immédiatement augmenté.»

Pour le conseiller d’Etat, le sida reste également une maladie stigmatisante. «A Genève, nous n’avons jamais combattu les malades du sida, mais la maladie. Poursuivons dans ce sens!»

Source : la tribune de Geneve