Par Caroline Politi, publié le 05/11/2009 14:00 - mis à jour le 06/11/2009 11:24

La mairie de Paris a lancé mardi une grande campagne de prévention sur les risques du blanchiment de la peau. Un phénomène qui toucherait 20% des femmes en Ile-de-France.

Dans le quartier Château d'Eau à Paris, se blanchir la peau n'est plus un tabou. De grandes affiches vantant les bienfaits de ces produits éclaicissants ornent les murs de la station de métro. Ici, il suffit de pousser la porte d'une pharmacie pour trouver toute une gamme de produits pour devenir métisse. Crèmes, lotions, savons, gommages, huiles... "Se blanchir la peau est un vrai travail", plaisante une habitante du quartier.

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L'express.fr   Djeneba Fofana, une ancienne utilisatrice de produits éclaircissants et son amie Mamassita Kanaté

Mais ces produits contrôlés et agrées ne représentent que la partie émergée de l'iceberg. La majorité des femmes qui se blanchissent la peau importent directement leurs lotions d'Afrique ou les achètent au marché noir. "Les produits en pharmacie ne marchent pas du tout. Pour se blanchir la peau, il faut que la crème contienne de l'hydroquinone", explique Djeneba Fofana une ancienne adepte du blanchiment de peau. Or, cette substance, très nocive, est interdite par l'Union Européenne depuis 2001.

On est accro au regard des autres

Un budget de 100 euros par mois pour se blanchir la peau

Djeneba Fofana a commencé à se blanchir la peau lorsqu'elle était adolescente et résidait encore en Côte d'Ivoire. Une amie lui avait chaudement recommandé l'un de ces produits miracles. "Au début, je l'ai utilisé parce que j'avais des boutons et que l'hydroquinone était réputé pour les faire partir. Et petit à petit j'ai senti que je séduisais plus.Tout le monde me disait que j'avais une belle peau, que je rayonnais, que j'étais jolie...". En Afrique, avoir la peau claire est un critère de beauté, explique Mamassita Kanaté, une amie de Djeneba. Les femmes qui ont la peau métisse sont bien plus considérées et appréciées que celles qui ont la peau ébène. Pendant 15 ans, Djeneba a dépensé environ 100 euros par mois en crèmes, savons et lotions pour ressembler à une métisse.

La mairie de Paris estime qu'aujourd'hui 20% des femmes noires de la région Ile-de-France s'éclaircissent la peau. Pour y remédier, elle a lancé une grande campagne de prévention dans les trois arrondissements les plus concernés par ce phénomène: le Xe, le XVIIIe et le XIXe. Le mot d'ordre: "Séduire...oui! Se détruire...non!". "Il faut que les femmes comprennent que se dépigmenter la peau est un phénomène irréversible et lourd de conséquences", assure Emilie Malbec, coordinatrice santé au sein de l'association Uraca (Unité de réfléxion et d'action des communautés africaines), partenaire de la ville de Paris dans cette campagne.

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La campagne de la mairie de Paris pour lutter contre l'usage de produits éclaircissants.

"Nous n'avons pas encore prouvé que l'hydroquinone pouvait provoquer des cancers de la peau. Mais nous sommes sûrs qu'il cause des brûlures, de l'hypertension et du diabète", poursuit-elle. Djenaba Fofana confirme. Ses bras sont couverts de tâches noires et de brûlures. Son amie renchérit: beaucoup d'utilisatrices ont des cicatrices sur le cou, le dos, les jambes...

"L'hydraquinone provoque des brûlures, de l'hypertension et du diabète"

C'est pour cette raison que Djeneba a cessé de se blanchir la peau il y a cinq ans. "J'ai eu peur. Au début je ne connaissais pas les méfaits de l'hydroquinone mais petit à petit j'ai compris que ces crèmes pouvaient avoir de graves conséquences sur ma santé" confie-t-elle. Mais ne plus les utiliser s'est révélé bien plus difficile qu'elle ne l'avait imaginé... "J'ai essayé d'arrêter trois fois avant d'y parvenir définitivement. L'hydroquinone, c'est comme la cigarette, on devient accro -non pas au tabac- mais au regard des autres. Mes amies me disaient que j'étais moins belle avec la peau noire, que j'avais mauvaise mine... Heureusement que mon mari m'a soutenue quand je lui ai dit que je voulais arrêter". Petit à petit, Djeneba a retrouvé sa peau d'autrefois. Mais il lui a fallu deux ans pour que son teint s'uniformise et retrouve une teinte naturelle.

Aujourd'hui, pour rien au monde, elle ne reprendrait de l'hydroquinone mais elle l'avoue, si un jour on invente un produit sans risque pour éclaircir la peau, elle sera la première à l'acheter.