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Le Ministère des Affaires Etrangères a recommandé aux Français vivant en Guinée de partir du pays. Beaucoup attendent de voir l'évolution de la situation avant de se décider

YANN LIBESSART

La Guinée pleure ses morts. Ici le 2 octobre à la grande mosquée de Conakry.

La Guinée pleure ses morts. Ici le 2 octobre à la grande mosquée de Conakry. (AFP)

Pressés de quitter le pays par le Quay d'Orsay, la plupart des Français de Guinée préfèrent attendre un ordre d'évacuation officiel avant de se décider à partir. «Ceux qui le peuvent, comme les expatriés des ONG ou les employés d'entreprises, sont rentrés. Ceux qui sont installés ici patientent jusqu'à ne plus avoir le choix», déclare une Française de Conakry interrogée par Libération.

L'Ambassade de France a contacté une partie des 2500 ressortissants enregistrés en Guinée sans toutefois leur proposer une évacuation. Aucune agression ciblée n'a été signalée à l'encontre des Français. «Ceux qui partent le font de manière volontaire et à leurs frais. Les autres sont encouragés à rester chez eux avec des provisions et une valise prête au cas où», poursuit cette expatriée qui souhaite garder l'anonymat. «Le problème est qu'il est très difficile d'avoir des informations. La ville est calme mais les gens ont peur des manifestations et des militaires. Nous attendons de voir ce qui va se passer. Beaucoup de scénarios différents sont évoqués mais personne ne sait rien», ajoute-t-elle.

Presse non grata

Samedi, six journalistes français des chaînes de télévision France 2 et France 24, qui souhaitaient couvrir la crise guinéenne, ont été refoulés à l'aéroport de Conakry. «On avait tous les trois des visas. En arrivant à Conakry, des militaires faisant le contrôle des visas nous ont réclamé une lettre d'invitation», a raconté l'un d'entre eux. «Les militaires n'étaient pas du tout agressifs mais ils semblaient avoir reçu des instructions très claires. Ils nous ont accompagnés jusqu'à l'avion qui repartait vers Dakar», a-t-il poursuivi. Jeudi, un reporter de Paris-Match, arrivé sans visa, avait également été expulsé.

Selon le magazine aujourd'hui en Guinée, le ministre guinéen des affaires étrangères, Alexandre Cécé Loua, aurait demandé à l'ambassadeur de France, Jean-Michel Berrit, que Paris intervienne auprès de RFI et France 24 pour faire cesser le lynchage médiatique dont le chef de la junte au pouvoir, Moussa Dadis Camara, s'estime la victime. Ce que le diplomate a décliné, arguant de la liberté éditoriale des médias tricolores.

Deux journalistes guinéens, Mouctar Bah et Amadou Diallo, travaillant le premier pour l'Agence France-Presse (AFP) et Radio France Internationale (RFI), l'autre pour la British Broadcasting Corporation (BBC), auraient reçu des menaces de mort. Selon Reporters sans frontières (RSF), plusieurs autres journalistes guinéens ont été «accusés» par des militaires de «donner des informations aux étrangers et ont reçu des menaces de mort par téléphone».

Expectative

Suite à une répression sanglante d'une manifestation pacifique de l'opposition le 28 septembre, qui aurait fait plus de 150 morts selon l'ONU, la junte militaire de Dadis Camara est discréditée aussi bien sur le plan intérieur qu'international.

L'Union Africaine avait fixé un ultimatum – expirant samedi à minuit – aux membres de la junte, notamment à son chef, pour s'engager par écrit à ne pas se présenter à la présidentielle de janvier, comme ils l'avaient promis lors de leur coup d'Etat du 23 décembre 2008. Mais le capitaine putschiste a demandé que la question de sa candidature à la présidentielle soit inscrite dans la médiation du président burkinabè, Blaise Compaoré. Une manoeuvre destinée à gagner du temps, selon l'un des dirigeant de l'opposition, Mouctar Diallo, qui parle de «fuite en avant» de Camara.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a annoncé vendredi la création d'une commission internationale d'enquête sur le massacre du 28 septembre. A Conakry, le secrétaire général adjoint de l'ONU aux affaires politiques, l'érythréen Haïlé Menkerios, a rencontré dimanche le Premier ministre Kabiné Komara puis les dirigeants de l'opposition et enfin le chef de la junte. «Le Premier ministre m'a assuré que le gouvernement accueille favorablement cette commission et va coopérer avec elle», a-t-il fait savoir.

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