26 juin 2009

LE PRÉSIDENT DU NIGER MAMADOU TANDJA VA GOUVERNER PAR DÉCRET

Niger: le président Mamadou Tandja va gouverner par décret

il y a 1 heure 26 min

Reuters

Face au rejet de son projet de référendum sur une nouvelle constitution, le président du Niger, Mamadou Tandja, a annoncé qu'il gouvernerait par ordonnances et décrets. Lire la suite l'article

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LE PRÉSIDENT DU NIGER MAMADOU TANDJA VA GOUVERNER PAR DÉCRET Agrandir la photo

La constitution lui donne le pouvoir de prendre des mesures exceptionnelles lorsque le fonctionnement régulier des pouvoirs publics est en danger.

Dans un message diffusé vendredi soir par la radio et la télévision publiques, il souligne qu'il s'agit "de continuer à sauvegarder l'essentiel des fondements de la nation et de préserver les intérêts du peuple en toute circonstance".

Le président Tandja, qui est âgé 71 ans, achève le 22 décembre un second mandat de cinq ans, sans possibilité de briguer sa propre succession, aux terme de la constitution en vigueur depuis 1999.

Mais il défend le passage à une VIe République avec une nouvelle constitution et l'instauration d'une période de transition qui lui permettrait de demeurer au pouvoir trois années supplémentaires.

Le projet présenté début mai par son gouvernement est dénoncé par l'opposition, les syndicats et des institutions internationales comme la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao).

"Je ferai usage, et cela sans faiblesse, de tous les pouvoirs que me confèrent les lois et règlements de la république en vue de trouver une solution à cette situation de blocage que certains sont malheureusement fiers de présenter comme le fruit de leur opération de sape", a-t-il ajouté.

Cette annonce intervient alors que la cour constitutionnelle du pays a rejeté vendredi une requête présidentielle qui demandait à la haute juridiction de revenir sur la décision du 12 juin par laquelle elle a annulé la convocation d'un référendum sur une nouvelle constitution .

Abdoulaye Massalatchi, édité par Henri-Pierre André

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Jackson 5 I Want You Back 1970

Jackson 5 I Want You Back 1970
Vidéo envoyée par tempona

extrait du Concert des Jacksons five/The jacksons de 1970 au Sullivan show

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Medvedev discute avec la Namibie de ses gisements d'uranium

Le président russe Dmitri Medvedev, qui effectue sa première tournée en Afrique, a déclaré jeudi à Windhoek vouloir développer ses relations avec la Namibie, quatrième producteur mondial d'uranium, et plus largement avec le continent noir.

"Nous allons développer notre partenariat avec l'Afrique", a déclaré le président, précisant qu'il souhaitait accroître sa coopération en matière d'énergie avec la Namibie, notamment ses importants gisements d'uranium.

"Nous devons promouvoir le développement du commerce et de liens économiques", a-t-il poursuivi avant de rencontrer son homologue namibien Hifikepunye Pohamba au premier jour de sa visite dans ce pays d'Afrique australe.

Trois ans après la visite de son prédécesseur Vladimir Poutine qui avait été le premier président russe à se rendre en Afrique sub-saharienne, M. Medvedev a reconnu que la Russie "aurait dû commencer à travailler avec (ses) partenaires africains il y a bien longtemps".

"Notre politique, ici, sera très amicale et en même temps pragmatique. Et nous n'avons pas ce difficile et sombre passé colonial que beaucoup d'autres pays ont" en Afrique, a-t-il estimé.

Son homologue namibien a souligné que son pays souhaitait également "renforcer" la coopération entre les deux pays et construire "un partenariat économique durable".

"Nous aimerions que nos produits aient accès aux marchés russes", a-t-il demandé, appelant Moscou à baisser les taxes sur les métaux et les produits agricoles.

M. Medvedev était accompagné d'une large délégation, composée notamment d'entreprises comme Alrosa, producteur de diamants contrôlé par l'Etat russe et des membres du gouvernement.

Le ministre russe des Ressources naturelles, Yury Trutnev, s'est dit prêt lors de cette visite à développer le nucléaire dans ce pays d'Afrique australe. "La Namibie a grandement besoin de développer son secteur énergétique", a-t-il estimé.

Car pour augmenter sa production d'uranium, jusqu'à présent exploitée sur deux sites seulement, ce pays d'Afrique australe doit régler sa crise énergétique afin de pleinement profiter du boom mondial du nucléaire et relancer la coopération dormante avec la Russie dans l'exploitation de l'uranium et la production d'énergie.

"La première visite d'un président russe devrait ouvrir une nouvelle phase dans nos relations", a assuré M. Medvedev, désireux de "promouvoir" les entreprises russes.

En 2007, la Russie s'était déjà intéressée à ce pays mais rien n'avait été concrétisé. Une licence d'exploration avait toutefois été accordée à une co-entreprise menée par Tekhsabexport, la compagnie d'Etat russe qui commercialise l'uranium.

Après s'être entretenu avec le président Pohamba, M. Medvedev est parti en safari à Okapuka, un lodge situé à plus de 20 km de la capitale Windhoek dont les rues ont été décorées de drapeaux et de portraits du président russe. A son retour en fin de journée, il a prévu de rencontrer Sam Nujoma, le père de l'indépendance de la Namibie.

Il quittera vendredi Windhoek pour se rendre en Angola, où l'énergie restera le thème principal de cette tournée qui l'a conduit depuis mardi en Egypte, au Nigeria et en Namibie.

Principal acquis jusqu'à présent de cette visite: la signature d'un accord de coopération qui permet au groupe russe Gazprom d'accéder aux réserves de gaz du Nigeria, parmi les plus importantes du monde.

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«Sur certaines photos, c'est nous qui posons!»

Créé le 25.06.09 à 18h17 | Mis à jour le 25.06.09 à 18h22  | 0 commentaires

MEDIAS - Guillaume Chauvin, auteur d'un faux photoreportage primé par «Paris Match», explique sa démarche...

«Paris Match» vient de retirer le Grand prix du photoreportage étudiant qu’il avait attribué à Rémi Hubert et Guillaume Chauvin, deux étudiants des Arts déco de Strasbourg. Ceux-ci ont reconnu au moment de la remise du prix que tout était fabriqué… Les explications de Guillaume Chauvin.

Comment avez-vous décidé de mettre en scène ce faux reportage et de le présenter à «Paris Match»?

Nous avons pris la décision, à deux, après avoir vu les lauréats de l’édition 2008. Avec un certain ébahissement, nous avons constaté qu’en Afrique et en Inde, il fallait photographier des petits enfants aux grands yeux mouillés, et, partout dans le monde, insister sur la précarité. Les reportages étaient outranciers et misérabilistes.

Notre projet, et la révélation finale du faux, qui en faisait la valeur, nous permettaient à la fois de nous exprimer sur une réalité actuelle, la précarité étudiante, qui existe, que nous voyons tous les jours, et auquel «Match» a été sensible, ce qui est louable, mais aussi d’interroger les mécanismes de fabrication de l’info, de l’image. On a fait un vrai travail de recherche pour les textes, les chiffres, mais les photos sont des mises en scène.

A ce jour, avez-vous eu un retour de «Paris Match»?

On vient d’apprendre qu’ils nous retirent le prix et le chèque de 5.000 euros qui va avec. Mais notre école a le droit de garder sa dotation. Sinon, nous n’avons pas d’autres réactions.

Avant la remise du prix, un journaliste de «Paris Match» nous a passé un coup de fil pour savoir si l’étudiante photographiée se prostituait toujours, si tout le reportage se déroulait à Strasbourg, mais sans pousser la vérification à fond. Nous avons été surpris qu’il ne demande pas de noms, par exemple.

Vous aviez déclaré au «Monde» être étonné que vos légendes, caricaturales, ne soient pas repérées…

On l’est encore! Le trait était vraiment forcé, et cela passe… Pour l’anecdote, sur certaines photos, on posait avec Rémi. Dans l’amphi, l’étudiant qui dort, c’est moi par exemple.

Recueilli par Anne Kerloc’h

source : www.20minutes.fr

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24 juin 2009

La peine de mort est abolie au Togo


La peine de mort est abolie au Togo

LOME, Togo, 24 juin 2009/African Press Organization (APO)/ — La FIDH et son organisation membre, la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH), se réjouissent de l’adoption ce jour par les députés togolais du projet de loi d’abolition de la peine de mort.

« Aujourd’hui est un jour heureux pour les droits de l’Homme. Nous militons depuis de nombreuses années pour que cette peine inhumaine soit mise hors la loi », a déclaré Raphaël Akpande-Adzare, président par interim de la LTDH.

Nos organisations, qui ont rencontré à de nombreuses reprises le président de la République, M. Faure Gnassingbé, le premier ministre, M. Gilbert F. Hungbo, le ministre de la Justice, M. Kokou  Dozoun, et le ministre des Droits humains, Maître Hamadou Yacoubou, pour exprimer leur souhait de les voir porter devant l’Assemblée nationale un projet de loi d’abolition de la peine de mort, saluent la volonté politique qui a permis de placer le Togo dans le rang des pays abolitionnistes en droit.

Pour nos organisations, la peine de mort est en contradiction avec l’essence même des notions de dignité et de liberté humaines. Plus encore, elle a jusqu’à présent démontré son inutilité totale en tant que moyen de dissuasion. C’est pourquoi le maintien de la peine capitale ne peut se justifier ni par les principes ni par des considérations utilitaristes.

«L’abolition de la peine de mort au Togo est une nouvelle formidable. De nombreux autres pays africains sont, semble-t-il, également engagés sur cette voie. Nous espérons que le choix exemplaire du Togo sera suivi par le plus grand nombre», a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH .

SOURCE

International Federation of Human Rights (FIDH)

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22 juin 2009

TCHICAYA U Tam'Si un écrivain africain

Connaissez-vous

Tchicaya U Tam’si ?

Béatrice Bloch

Arlette Chemain-Degrange et Roger Chemain, De Gérald Félix Tchicaya à Tchicaya U’Tam’si, Paris : L’Harmattan, 2009, 502 p., EAN 9782296075559.

Vient de paraître un remarquable ouvrage présentant la création d’un des plus grands auteurs congolais contemporains de langue française, Tchicaya U Tam’si (1931-1988), visant à le rendre accessible ou à le faire connaître davantage grâce à des analyses littéraires. L’ouvrage est une somme impressionnante d’articles critiques, d’interviews, et de lectures analytiques faites par deux professeurs de littérature générale et comparée, en poste pendant 15 ans à l’université de Brazzaville au Congo, puis à l’université de Nice Sophia-Antipolis depuis 1986. Arlette et Roger Chemain sont en effet des spécialistes de cette œuvre qu’ils ont arpentée, travaillée et accompagnée sur une vingtaine d’années.

Le livre De Gérald Félix Tchicaya à Tchicaya U’Tam’si propose au lecteur d’accéder par plusieurs entrées à la connaissance de cette œuvre : par des apports biographiques fondés sur des interviews, des photos et des critiques, par des analyses littéraires précises et des saisies originales synthétiques sur la création d’U Tams’i selon les genres littéraires abordés, ainsi que par un appareil critique riche contenant une bibliographie de son œuvre et des commentaires qu’elle a suscités. L’ouvrage tisse ainsi de chapitre en chapitre, la présentation des textes et un regard critique porté sur eux, la création et un retour réflexif sur elle. L’ensemble est conçu en trois parties : un prélude sert d’entrée en « U Tam’si(e) » où sont exposés les motifs et les évolutions de la création ; une partie rythmée en trois temps mêle la reproduction de quelques extraits des textes et des lectures qu’ils inspirent à Arlette Chemain-Degrange et Roger Chemain : l’œuvre lyrique, l’œuvre dramatique et l’oeuvre narrative sont successivement abordées, faisant droit à la plurigénéricité de l’œuvre ; enfin, une partie plus synthétique propose une approche générale qui tente d’embrasser l’œuvre entière de l’auteur dans sa diversité et son évolution.

Un itinéraire de la pensée se fait jour à travers la lecture de l’ouvrage : d’un poète qui a fréquenté aussi bien la poésie rimbaldienne que la création surréaliste, à celui qui refuse l’appartenance à une école par la diversité de sa création (du sonnet inversé à l’écriture automatique), en passant par le poète qui refuse la négritude mais que Senghor salue dans la préface qu’il écrit au recueil Epitome ; on voit qu’il s’agit d’un travail protéiforme, engagé, où alternent le recueillement solitaire lyrique et les positions théoriques et politiques fortes. Le travail sur la culture européenne et la découverte d’une voix spécifique, qui n’est pas la voix « nègre », mais celle d’un « congolais » du XXème siècle. Tchicaya U Tam’si fut à la fois écrivain, poète et permanent à l’Unesco ; il se consacra à la littérature mais s’engagea aussi dans des projets de réforme de l’enseignement. Fils d’un député du Moyen Congo à l’Assemblée nationale, U Tam’si passa son adolescence en France. Il y vécut en alternance avec une vie au Congo, son œuvre se faisant les échos de l’espoir né au moment des indépendances, des difficultés auxquelles se heurta Patrice Lumumba, et des échecs que rencontra le jeune Congo indépendant.

La poésie d’U Tam’si est ainsi entre « élan et retrait, suavité et violence, confidence et sarcasme », désorientant le lecteur, dans les recueils Le Mauvais sang, Epitomé, Le Ventre et Arc musical. Dépassant l’horizon racial, cette poésie s’indigne devant l’attaque des innocents depuis le bûcher de Montségur jusqu’aux guerres coloniales. Arlette Chemain-Degrange et Roger Chemain montrent l’évolution de la création : depuis la forme fixe du sonnet qui se cherche encore avec ses maladresses syntaxiques de l’oral bousculant la forme classique, jusqu’à l’invention d’une voix nouvelle et spécifique, l’œuvre se crée peu à peu. Ce parcours est donné à voir dans la première partie. Epitomé exprime la passion de son auteur pour un Congo en construction, qui se libère et se refonde. Plus loin, la déception devant le drame congolais et l’émigration se disent. Le rapport aux femmes se profile dans le sentiment de la trahison, et de la menace. Dans Arc musical, on remarque le travail sur le rythme et la forme miroitante. En outre, l’instrument fait référence à la musique congolaise et le recueil joue sur l’humour, même si le ton est plus sceptique, quant aux espoirs politiques : « c’est ici que mon arc m’arme le poing ». Enfin, le recueil Veste d’intérieur paraît plus tard (1976), « fruit d’un retour sur soi pour méditer l’itinéraire parcouru et veillée d’arme avant un nouveau départ, de nouvelles conquêtes ». Le recueil clôt le dialogue avec le passé pour entreprendre le procès de l’actualité, vingt ans après les indépendances. Un retour à l’intimité s’y fait jour, alternant réticence et aveux, tandis que le mouvement de la lecture, comme échange, est accepté. À travers les images de l’eau croupie se profile la tentation de l’inaction et le dialogue amoureux se termine en pitrerie ou en scène mortuaire, tandis que, pourtant, la pulsion de vie domine. Pour clore cette partie initiale, une étude transversale sur le mythe du cannibalisme détourné et une réflexion sur l’image du féminin viennent ressaisir autrement les fils tissés lors des analyses.

La partie suivante est consacrée à la création théâtrale : Le Zulu et Le Destin glorieux du maréchal Nnikon Nniku prince qu’on sort dénonce le caractère irrévocable des despotismes dans les années 1970. Le Zulu opère un retour à un sujet traditionnel : l’épopée du héros sud-africain Chaka qui voulut unifier le pays et échoua « victime de rivalités de la part de ses généraux et de leur association avec l’envahisseur blanc ». Cette pièce est à la fois politique, mais aussi une manière de revisiter, comme pour Shakespeare, le thème de la culpabilité et de la malédiction. L’onirisme y est exploité largement, à travers le rôle des prophéties dans la culture traditionnelle, qui font de la transcendance un principe essentiel. Le héros, Chaka, est présenté comme ayant une mission, mais sa duplicité apparaît au grand jour. La pièce n’est pas de facture originale, mais l’influence de l’oralité affecte les structures et l’imaginaire de l’œuvre : orchestration sonore, chorégraphie, prophéties de devins et langages par proverbes caractérisent la pièce ; finalement, la prise en compte de l’héritage traditionnel constitue l’essence de la tragédie dans cette reconstitution historique, et n’est pas une simple concession à la mode. Avec Le Destin glorieux du maréchal Nnikon Nniku prince qu’on sort, il s’agit non plus de tragédie mais de farce sinistre montrant le pouvoir donné au soudard, caricature grotesque des détournements et des abus. La voix prophétique est remplacée par celle de la radio. Le populisme truculent brise toute envolée, la paresse est valorisée et l’échec du développement économique est masqué derrière une valorisation du dénuement. En contrepoint et par contraste, des intermèdes lyriques assurent des pauses où des hippies réintroduisent une sorte de voix « off », exprimant de « vraies » valeurs vitales. À la fin de cette partie, deux études générales transversales interrogent la présence des paroles traditionnelles dans les œuvres et le mythe d’Œdipe recomposé.

Le troisième genre est abordé, l’écriture narrative, sous forme courte : Légendes africaines, montage de textes empruntés à divers pays d’Afrique à l’instigation d’un éditeur et introduits par un texte d’U Tam’si, suivies de La Main sèche, et sous forme longue, avec le cycle romanesque tétralogique inauguré par Les Cancrelats. L’idée des Légendes africaines est d’écrire une mythologie de la création de l’humanité, une « Légende des siècles » vue par la culture africaine. La Main sèche, écrit en même temps que commençait à paraître le cycle romanesque, est une somme hétérogène de récits moins indépendants qu’il ne paraît, reliés en profondeurs à l’œuvre aux accents messianiques. Chaque nouvelle reprend l’art du conteur et s’ouvre et se clôt par les mêmes formules, l’énonciation à la première personne plongeant le lecteur immédiatement « in medias res », comme si ce dernier connaissait déjà le contexte. Quête des origines, initiation à la double culture, énigme de la mort sont quelques uns des thèmes abordés à travers la question du rapport des Noirs au christianisme, le problème de la responsabilité de la religion vis-à-vis de l’Afrique ; la traite, l’investissement colonial sont revécus à l’échelle d’un individu ; les angoisses de la naissance et les scènes traumatiques font naître un sentiment de culpabilité qui hante les héros : l’homme entre deux mondes, celui qui meurt et celui qui est appelé à naître, se demande s’il va y perdre ou y gagner. Des lectures synthétiques sur la symbolique de l’œil (« son œil sec vous passe l’âme et la moelle épinière à la râpe ») et la figure de l’exclu comme représentation de la marginalité, corollaire de la modernité, répondent à l’accompagnement analytique des œuvres.

Enfin, le cycle romanesque commençant par les Cancrelats est présenté ; il fut publié entre 1980 et 1987, bien qu’en gestation depuis 1954, mais trop critique en un temps de refondation lié aux indépendances, il ne fut présenté par l’auteur à la publication que bien des années plus tard. En chaque volume sont entrelacés l’histoire personnelle et l’histoire collective. Le dernier ouvrage du cycle est Ces fruits si doux de l’arbre à pain. Entre les deux ouvrages majeurs, sont deux ouvrages médians Les Méduses ou les orties de mer (1982) et les Phalènes (1984), d’une coulée plus romanesque, accordant une plus grande place aux relations sentimentales et familiales. Cette somme évoque la vie des Congolais pendant la colonisation, leur tristesse, l’évolution des personnages quittant la terre pour devenir commerçants ; les formules traditionnelles verbales ou rituelles y sont explicitées par le narrateur, tantôt sérieusement, tantôt avec un détachement amusé, à l’instar des conduites ordaliques à l’occasion des deuils. Le rôle souverain de l’imaginaire y est notable et même si le roman refuse l’épique, il laisse le lecteur sur sa faim et son désir de poursuivre la lecture. Dans Les Méduses, il s’agit de la mort de trois syndicalistes « indigènes » dont on essaie d’élucider la cause, entre pouvoir colonisateur et magie traditionnelle. Les Phalènes est le troisième élément de la saga historique au pays de l’ancien royaume kongo : il narre la rencontre entre un Congolais et la femme d’un militant français venu aider à préparer l’indépendance, montrant l’alliance des « gender », et le métissage entre cultures. Dans l’ultime ouvrage, Les Fruits si doux de l’arbre à pain, au titre éminemment ironique (ces fruits étant la nourriture des esclaves pendant la traversée de l’Atlantique), l’auteur recourt au procédé qui désigne avec constance sa manière propre : le redoublement des énoncés, le premier étant voilé et le second plus explicite. Les récits traditionnels sont enchâssés dans l’énoncé francophone. Dans cette narration pleine de ferveur, surgissent pourtant des images maternelles destructrices, des relations fraternelles douteuses, s’envolent des ascensions et se précipitent des chutes. Mais il s’agit aussi d’un texte métis, capable d’entrelacer les échos de maintes cultures, de plusieurs modes d’énonciation, où entrent en contact l’oral et l’écrit, le chant traditionnel et la narration. L’histoire personnelle et politique joue avec l’intertexte messianique, tandis que se pose la question de la responsabilité de l’écrivain exilé combattant sa solitude « coupable » mais en même temps, « signe d’élection ».

Ainsi, l’ouvrage d’Arlette Chemain-Degrange et de Roger Chemain rend grâce à l’exubérance de la création de Tchicaya U Tam’si, sous toutes ses facettes, en abordant tous les genres mis en textes, et en montrant qu’elle a su dépasser les clivages pour créer une voix non plus duelle, mais spécifique et victorieuse dans sa nouveauté. Se moquant du rationalisme, flirtant avec l’envoûtement des forces occultes mais par provocation, l’œuvre d’U Tam’si n’est pas saisie comme retour au passé. L’unité qui la caractérise se manifeste dans l’engendrement des œuvres par des thématiques reprises et rejouées autrement, l’ensemencement des mots par des allitérations ou des assonances, mais où la langue se veut aussi dialogue avec le lecteur. Grâce à cet ouvrage de référence, c’est ce lien avec un public désormais informé et instruit qui peut se tisser plus aisément, et plus intimement, pour conduire à de nouvelles lectures, portées par les propositions de ces critiques, qui offrent aux lecteurs quelques unes parmi les « sept clés » de cette création.

par Béatrice Bloch

Publié sur Acta le 11 juin 2009

Pour citer cet article : Béatrice Bloch , "Connaissez-vous Tchicaya U Tam’si ?", Acta Fabula, Notes de lecture, URL : http://www.fabula.org/revue/document5079.php

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21 juin 2009

6ème Colloque International Kamit

Bonjour,
Les Editions Menaibuc organisent pour la 6ème année consécutive le Colloque International Kamit Menaibuc 2009 qui se déroulera :   les 10, 11 et 12 juillet 2009 à Paris

Cet évènement réunit une pléiade de chercheurs, d’historiens, de sociologues, d’enseignants et d’économistes kamits venus des 4 coins du monde :

Le thème retenu cette année est le suivant :

Relancer l’économie Kamite : Analyses et Opportunités

3 jours de débat, d’histoire, d’analyse et de découvertes  pour envisager des solutions économiques pratiques face à la crise

Diverses initiatives économiques menées dans le cadre syndical, associatif et surtout en matière de création d’entreprises (TPE/PME) vous seront présentées par leurs responsables respectifs (homme/femme) car face aux répercussions multiples de la crise financière et économique actuelle, le Monde Panafricain se doit d’agir de façon responsable et collective pour son épanouissement culturel, social et économique (formation professionnelle, créations d’emplois, création d’activités économiques et soutien solidaire à ces activités).

Kamita (l’Afrique) est toujours un continent riche, en raison de son histoire, de ses peuples et de leurs cultures, de sa faune, de sa flore, de ses matières premières, etc….

Diverses nations y ont puisé à différents moments de l’histoire humaine, des richesses variées (sciences, technologie, littérature, spiritualité, êtres humains, faune, flore, matières premières…) pour pourvoir à leur développement.

Aujourd’hui, les fils et filles de Kamita doivent se débarrasser de leur aliénation culturelle, de leur manque d’esprit d’équipe et de leurs complexes hérités de la période coloniale, pour se hisser au sommet de leur sphère économique (micro et macroéconomie). La crise ne sera pas pour le Monde Kamit (Panafricain) une fatalité, s’il parvient à faire preuve de lucidité.

Désirer le big bang économique Kamit pour libérer le Génie Africain et mettre en marche la Renaissance Africaine…

Ces 3 jours de débat et d’échanges, sous la houlette du professeur Moléfi Kete Asante (Université de Temple, USA), nous permettrons aussi de valoriser le patrimoine culturel et économique Kamit à travers les âges, de l’antiquité à nos jours, à travers divers panels (histoire, culture, spiritualité….).

Une pléiade de chercheurs, d’historiens, de sociologues, d’enseignants et d’économistes kamits venus des 4 coins du monde :

Leonard Jeffries (Etats-Unis)
> Yves Ekoué Amaïzo (Autriche)
> Mubabinge Bilolo (Allemagne)
> Kalamba Nsapo(Belgique)
> Jean-Jacques Seymour (France)
> Doumbi-Fakoly (France)
> Senfo Tonkam (Allemagne)
> René Louis Etilé (France)
> Jean Paul Mopo(France)
> Modeste Nji Mfenjou (France)
> JP Omotunde (France)
> Nicolas Agbohou (France)
> Ama Mazama (Etats-Unis)
> Diakité Bouakary Sidiki (France)
> Molefi Kete Asante (Etats-Unis)
> Kenya Suwedi (Canada)
> Michel Kouam (Cameroun)
> Jean-Paul Kamdem (France)
> Jean Emmanuel Fumbi (France)
> Kheperankh-street (France)
> François Ndengwe (France)

...vous feront partager les résultats de leurs travaux de recherche et célébreront avec vous, le Génie Africain…

Ne ratez pas ce 6ème Colloque International Kamit 2009 et réservez dès aujourd’hui vos places…

Merci pour votre soutien, pour votre prise de conscience, pour votre détermination et pour votre décision de ne plus rester passif ou passive face à la réalité !



Iman ABANE
Pôle Communication
----------------------------
MIKM MENAIBUC
BP 109
75862 Paris Cedex 18
> +33 6 61 53 28 60
colloquemenaibuc@gmail.com
www.menaibuc.com
www.africamaat.com

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Téléjournal - Changer de teint au péril de sa vie

Téléjournal - Changer de teint au péril de sa vie
Vidéo envoyée par radio-canada

http://www.radio-canada.ca/emissions/telejournal/2008-2009/Reportage.asp?idDoc=73688 Avoir un teint plus clair, c'est le désir de millions de femmes partout dans le monde. En Afrique, ce rêve vire souvent au cauchemar, car les crèmes qui changent la pigmentation de la peau sont de mauvaise qualité. Au Sénégal, de nombreuses femmes utilisent ces crèmes cancérigènes, convaincues qu'avec un teint « café au lait », elles ont plus de chance de trouver un mari ou un emploi.

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19 juin 2009

Les Gabonais se prennent à rêver à une élection présidentielle enfin libre

Afrique

LE MONDE | 19.06.09 | 14h27  •  Mis à jour le 19.06.09 | 17h11

LIBREVILLE ENVOYÉ SPÉCIAL

Une folle espérance s'est emparée des Gabonais depuis l'annonce de la mort d'Omar Bongo : choisir librement leur prochain président. Pareil rêve ne s'est jamais concrétisé dans ce pays, indépendant depuis 1960. Sur les écrans géants dont la ville est parsemée, "Yaya Bongo" ("grand frère Bongo" en langue téké) reste omniprésent. Mais la rue de Libreville, comme libérée, bourdonne de cet espoir.

Nicolas Sarkozy tance le président ivoirien, Laurent Gbagbo

Alors que l'Afrique a été secouée par plusieurs coups d'Etat et que la situation gabonaise pose à nouveau la question des successions politiques, Nicolas Sarkozy doute de la sincérité du processus électoral conduit par le président Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire. "Je ne crois plus dans les promesses de prochaines élections, qui s'avèrent fallacieuses", a-t-il dit, mardi 16 juin à Libreville, où il assistait aux obsèques d'Omar Bongo. M. Gbagbo se maintient au pouvoir alors que son mandat a expiré depuis la fin 2005. Après de nombreux reports, une date a été fixée au 29 novembre pour le scrutin présidentiel.

Le 28 mai, M. Gbagbo avait rendu hommage au président français : "Depuis que Chirac est parti, je dors d'un sommeil profond (...) sans penser que la nuit on peut attiser des militaires à droite et à gauche."

"On veut une élection libre, comme chez vous !", lancent d'emblée les nombreuses personnes interrogées. "Une élection où le meilleur gagne", insiste Rigobert, 28 ans. "Un résultat qui sorte des urnes et non des calculettes de la présidence", précise Roseline, une ménagère de 42 ans qui pleure "Papa", mais aspire au "changement".

L'inhumation, jeudi 18 juin à Franceville, du défunt potentat, en marquant la fin des cérémonies d'obsèques, va donner un caractère public à la querelle de succession qui, en coulisses, fait déjà rage. Une dizaine de responsables du parti d'Omar Bongo, le Parti démocratique gabonais (PDG), nourrissent des ambitions présidentielles.

Mardi, le premier ministre, Jean Eyéghé Ndong, a accusé Ali Bongo, fils du président disparu, de conduire le parti à l'échec en voulant imposer sa candidature. Pour bien se faire comprendre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, assis en face de lui, il a évoqué l'échec de Jacques Chaban-Delmas à l'élection présidentielle française de 1974, après la mort de Georges Pompidou.

Cette situation inédite alliant vide politique, aspiration au changement et confusion au palais nourrit les espoirs des deux opposants historiques. Paul Mba Abessolé, 69 ans, et Pierre Mamboundou, 63 ans, ont en commun d'avoir longtemps combattu Omar Bongo, d'avoir même dû s'exiler, avant de s'en rapprocher ; le premier en siégeant au gouvernement depuis 2002, le second en négociant avec le pouvoir des subventions pour la ville dont il fut le maire (Ndendé). L'un comme l'autre aurait pu parvenir au pouvoir si les scrutins de 1993, 1998 et 2005 n'avaient tourné à la mascarade.

Le Père Mba Abessolé, actuel ministre de la culture, revendique "un nouveau départ" pour le Gabon. Sa campagne tournera autour d'un triptyque simple : "Ecole : cadeau. Hôpital : cadeau. Travail pour tous". Accusé d'être "allé à la soupe", il affirme avoir repris sa liberté et met en avant l'expérience acquise comme maire de Libreville, puis comme ministre.

COUP D'ETAT ÉVITÉ

Pierre Mamboundou, lui, fait de la refonte des listes électorales un préalable absolu à une élection propre. Il milite pour l'établissement de cartes d'électeur biométriques qui empêcherait la fraude fréquente via les doubles inscriptions. Six mois sont nécessaires, selon lui, pour organiser le scrutin, et non les quarante-cinq jours prévus par la Constitution. Les héritiers du président Bongo semblent partisans d'une révision plus légère des listes.

Le financement des élections est l'autre enjeu majeur. "C'était Omar Bongo, président du PDG, qui distribuait l'argent de l'Etat", rappelle M. Mamboundou. Personne ne sait aujourd'hui comment vont se reconstituer les circuits de financement. "Le PDG disposait d'un budget trente fois supérieur au nôtre", affirme M. Mba Abessolé. Tous deux estiment que la presse française accorde une importance démesurée à Ali Bongo. "Il est impossible qu'il soit élu si les élections sont libres, assène M. Mba Abessolé. Les Gabonais n'accepteront jamais une succession monarchique. Cela mettrait le feu au pays."

Aucun des deux opposants ne met spontanément en avant le thème de la transparence financière. Mais, interrogés sur ce thème, M. Mamboundou confirme que les plaintes déposées à Paris visant les "biens mal acquis" "intéressent les Africains". "Ceux qui y voient des manoeuvres anti-gabonaises sont ceux qui ont profité du vol, ajoute-t-il. Mais il n'est pas acceptable que ce soient des étrangers qui dénoncent de tels faits."

Les deux probables candidats font assaut d'amabilités envers la France et réprouvent les huées essuyées, mardi à Libreville, par M. Sarkozy. L'un rappelle que, contraint à l'exil, il a trouvé refuge en France pendant treize ans. L'autre salue "la volonté de M. Sarkozy d'instaurer des relations non paternalistes avec l'Afrique". Aucun ne demandera le démantèlement de la base militaire française. "C'est un mal nécessaire, déclare M. Mamboundou. C'est grâce à cette présence dissuasive que nous avons évité un coup d'Etat."

Philippe Bernard

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05 juin 2009

Droits de l'homme au Cameroun

RAPPORT SUR L’ETAT DES DROITS DE L’HOMME sur les campus camerounais

Correspondance d’Alain NGONO pour l’ADDEC
Association de Défense des Droits des Etudiants du Cameroun     3 juin 2009

Voici bientôt cinq ans que la communauté estudiantine du Cameroun s’emploie avec forte détermination, par le truchement de l’Association pour la Défense des Droits des Etudiants du Cameroun (ADDEC), à défendre les droits et libertés des étudiants dans les universités et à faire respecter les libertés fondamentales consacrées dans les textes fondateurs de la République du Cameroun et les instruments juridiques internationaux relatifs aux Droits de l’Homme, ratifiés par l’Etat du Cameroun. A l’occasion de ce cinquième anniversaire de la création de notre association, le 31 mars, couplée à la commémoration de l’assassinat de plusieurs de nos bien-aimés camarades étudiants, abattus dans les campus par les forces de l’ordre, il nous a semblé opportun de dresser un état des lieux sur la question du respect des Droits de l’Homme et des Libertés dans les campus universitaires de la République du Cameroun, de 2004 à 2009.

Le refus de promouvoir un syndicat estudiantin libre et crédible

Depuis la création de l’Université camerounaise, aux lendemains de l’indépendance, les régimes qui se sont succédés à la tête de l’Etat ont toujours affiché leur volonté de caporaliser cette institution et d’en faire un instrument politique au service de leur seule reproduction. Cette volonté de caporalisation s’est manifestée au triple plan des structures, du contenu des enseignements et des hommes appelés à présider aux destinées de l’Université.

C’est cette manière de concevoir le rôle de l’institution universitaire qui a continué de primer après la réforme universitaire intervenue en 1993. En dépit de la participation active de la communauté estudiantine camerounaise aux mouvements sociaux en faveur d’une ouverture démocratique, du retour au pluralisme et à la liberté d’expression qui s’y prêtait – et peut-être même à cause de ce fait – le gouvernement camerounais a clairement marqué sa volonté de fragiliser le mouvement étudiant en suspendant l’association d’étudiants démocratiquement créée par la communauté estudiantine d’alors. Il s’est agit précisément de se débarrasser du très indocile et bouillonnant « Parlement »1. Une mesure qui, dans la foulée, s’était accompagnée d’un éclatement de l’Université de Yaoundé qui accoucha de quatre autres universités. Des micro-associations de facultés et grandes écoles virent aussi le jour, sous le contrôle coercitif des administrations universitaires. Ces petites associations se sont très vite révéler impopulaires auprès des étudiants, à cause de leur vassalisation et leur allégeance inconditionnelle à l’égard des autorités. Ces dernières quant à elles sont restées inflexibles. Elles n’ont jamais admis que des leaders moralement indépendants prennent la tête de ces micro-regroupements, ni de leur verser les fonds alloués à leur financement par les textes officiels régissant l’Université2. Une situation qui les maintient dans la précarité et dans une incapacité de fonctionner en toute liberté.

Toutes les velléités des étudiants tendant à susciter l’émergence d’associations autonomes étaient donc chaque fois étouffées dans l’oeuf. Ce n’est que 11 ans après ce qu’on appela « la réforme » que va naître, à l’Université de Yaoundé I, un nouveau mouvement estudiantin autonome au nom d’Association pour la Défense des Droits des Etudiants du Cameroun (ADDEC).

Très vite, les autorités marquent leur mécontentement et utilisent tous les moyens pour empêcher le fonctionnement de cette association. Quelques mois plus tard, après une grève lancée par l’ADDEC et qui avait paralysé cinq campus universitaires sur les six que comptent le pays pendant près d’un mois, le gouvernement est contraint de négocier et de signer des accords au forceps avec le mouvement étudiant.

Entre autres clauses de l’accord, figurait la facilitation de l’installation de l’ADDEC dans tous les campus, son introduction dans les différentes commissions de dialogue entre les autorités et les étudiants et sa reconnaissance comme interlocuteur légitime portant les aspirations de la communauté estudiantine. Mais, très rapidement, le gouvernement va abandonner ses promesses d’ouverture et utiliser toutes les ruses pour saboter les accords, cherchant par tous les moyens, y compris par l’usage de la violence, à ostraciser le mouvement étudiant naissant. Ce refus du pluralisme et du respect de la parole donnée va se traduire par plusieurs actes de limitation des libertés fondamentales.

Interdictions régulières de manifestations et des réunions

Dès Août 2005, les regroupements baptisés Senat des Etudiants se tenant tous les dimanches, à 15h, pour débattre pacifiquement et démocratiquement des problèmes des étudiants et des universités furent systématiquement interdits par les autorités universitaires. Une avancée pourtant âprement obtenue lors des négociations de sortie de grève le 07 mai 2005. La moindre rumeur de convocation de cette instance ou de toute autre réunion par le syndicat étudiant entrainait désormais une forte présence militaire dans les campus. L’ADDEC, après avoir été accueillie quelques mois plus tôt dans les campus par les autorités pour inciter les étudiants à rentrer dans les amphithéâtres, fut finalement exclu des campus et toute installation de ses antennes se heurta à l’opposition active des autorités. C’est dans cette ambiance d’entrave à la liberté d’association consacrée dans la loi n°90/053 du 19 décembre 1990 portant sur la liberté d’association que la situation va se dégrader et la répression se ferra bien plus féroce.

Milicisation et militarisation des campus

Le lancement de la grève avait permis aux autorités universitaires de se rendre compte de la faiblesse de leurs stratégies répressives. Ils vont donc tous se lancer dans le recrutement des gangs de bagarreurs de rues qui vont sévir dans les campus, molestant les étudiants et commettant des exactions graves sur ces derniers sous le prétexte du renforcement de « la sécurité ». L’on enregistra notamment des bastonnades, des séquestrations et d’autres formes d’humiliations et de sévices exercées sur les étudiants dans des camps soigneusement choisis par les autorités3. Le Ministre de l’Enseignement Supérieur, lors de la conférence des recteurs de la rentrée académique 2006, avait prescrit aux recteurs de renforcer le budget alloué à la « sécurité ». Saisissant la balle au bond, le Recteur de l’Université de Yaoundé I, Mme Dorothy NJEUMA, recruta peu après une escouade de 117 individus armés de gourdins et qui, depuis sillonnent jour et nuit le campus. Le même procédé a été appliqué à l’Université de Yaoundé II, à SOA. Des gendarmes et policiers font régulièrement irruption dans les amphis, dans des conditions de calme, et bastonnent les étudiants.

C’est le cas du 30 Novembre 2005 à l’amphi 502 de l’Université de Yaoundé I où les étudiants s’étaient réunis pour débattre du problème du paiement des droits universitaires et de l’usage des fonds ainsi perçus par l’Université. L’amphi fut alors soudainement envahi par des gendarmes en furie, appelés par le Recteur de l’époque, qui entreprirent de molester de millier d’étudiants réunis là.

Invasion de l’amphi 502 par les forces de l’ordre le 30 Novembre 2005 à l’Université de Yaoundé I

Exclusions, harcèlement et stigmatisation des leaders étudiants

Les stratégies de répression sont d’autant plus rudes qu’elles sont diversifiées. Certains recteurs usent de méthodes moins brutales là où d’autres se montreront sans scrupules.. A Yaoundé I, après la grève de Novembre 2006, le Recteur avait donné des instructions visant à ce que les critères de sélection au cycle du Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA) soient taillés sur mesures dans les filières où étaient inscrits des leaders étudiants ; ceci dans le but d’écarter ces derniers. En violation des dispositions réglementaires qui exigent comme condition une moyenne supérieure ou égale à 12/20, d’autres critères avaient été ajoutés dans les filières d’étude des leaders étudiants afin de les éliminer. Plusieurs étudiants, en filière chimie et histoire, à l’Université de Yaoundé I, avaient été ainsi recalés, victimes collatérales des mesures punitives visant les leaders étudiants MOUAFO DJONTU et MESSI Bala, respectivement président et secrétaire général de l’ADDEC. On estime à près de trois cents, le nombre d’étudiants ayant été victimes de ces mesures arbitraires.

A l’Université de Douala, le Recteur avait demandé au Ministre de l’Enseignement Supérieur d’approuver une mesure d’exclusion des étudiants TIENTCHEU Billy PATIPE et TSE TABANG Cletus, respectivement Président et Vice Président du FRONALICE (Front National pour la Libération de la Conscience Estudiantine). Cette mesure d’exclusion prise un an plus tôt mais mise en sourdine fut antidatée et remise à jour, en guise de punition. En effet, lesdites décisions étaient, à l’évidence irrégulières, injustes et illégales. Elles portaient la date de signature du 11 janvier 2006, et avaient été rendues publiques en décembre 2006, alors que les intéressés avaient régulièrement effectués leur scolarité pour cette année et obtenu un diplôme pour l’un4. Plus récemment, le 23 avril 2009 le Vice Chancellor de l’Université de Buea, prof. Vincent P.K TITANJI, a produit un communiqué dans lequel il suspendait, 13 étudiants, leaders de l’UBSU (University of Buea Students Union), en violation totale des textes en vigueur.

En effet le Décret N°93/027 du 19 janvier 1993 Portant Dispositions Communes aux Universités stipule en son Article 62 que seul le Ministre chargé de l’Enseignement Supérieur peut prononcer la suspension/l’exclusion temporaire ou définitive d’un étudiant des Institutions Universitaires publiques. Aujourd’hui encore, les leaders étudiants continuent de faire l’objet de régulières convocations par les services de renseignement de la police pour des interrogatoires portant sur leurs activités et sur la raison d’être des associations qu’ils dirigent. Lors d’un séminaire de formation des leaders étudiants au plaidoyer, au leadership et à la revendication non-violente, financé par le gouvernement américain en février 2007, les leaders de l’ADDEC avaient dû s’expliquer à plusieurs reprises auprès de la DGRE (Direction Générale des Renseignements Extérieurs), de la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) sur des soupçons de préparation d’une rébellion, de détentions d’armes, etc.

Il n’est pas superflu de mentionner que la tenue de ce séminaire avait été interdite par le Sous-préfet de Yaoundé VI, avant que la mesure d’interdiction soit désavouée plus tard par sa hiérarchie, probablement en raison des pressions de l’Ambassade américaine dans le pays. Toutefois, les agents de renseignement avaient suivi de bout en bout la session de formation.

Un agent de renseignement (au centre) pendant le séminaire

Dans une déclaration rendue publique le 07 décembre 2006, l’ADDEC relevait que malgré le tollé qu’avait suscité la gestion calamiteuse de la crise de Buéa, marquée par l’assassinat de deux étudiants par les forces de l’ordre, un leader estudiantin, Donatus WANOBI, Président du Parliament, avait échappé à une tentative d’assassinat perpétrée par des gendarmes qui avaient ouvert le feu sur lui, dans la nuit du 04 au 05 décembre 2006, après qu’il ait réussi à sortir de sa chambre, prise d’assaut par ses bourreaux, et à se fondre dans la nuit. Les mêmes soudards avaient procédé à l’enlèvement de quatre autres leaders de l’UBSU : MBOH TAGNYI, Noël TANGA, MBU Jarvis et Atem BAKIA.

L’ADDEC victime de menaces

A l’Université de Yaoundé I, il arrive souvent qu’à la suite d’actions entreprises par l’ADDEC, au sein du campus, des groupuscules clandestins fascisants – à base ethnique – sous des appellations du genre « Action Directe », sans doute à la solde de quelques barons zélés du régime politique en place, s’érigent en défenseur d’une « légalité républicaine » qui, curieusement, ne s’accommode pas du pluralisme et des libertés démocratiques. Ils procèdent par des actes d’intimidations et parfois de violences contre les leaders. C’est ainsi que pendant et après la célébration de la 3ème édition de la Semaine de l’étudiant camerounais, instituée par l’ADDEC en souvenir des martyrs des universités d’Etat du pays, des lettres d’intimidations et de menaces aux relents ethno-fascistes, signées « ACTION DIRECTE REPUBLICAINE » – un groupe fascisant jusque là inconnu – ont été adressées à notre association. L’un des membres de ce nouveau groupe occulte s’est affiché publiquement lors de la marche silencieuse organisée par l’ADDEC le vendredi 8 mai 2009, au sein du campus de l’Université de Yaoundé I, en mémoire des étudiants assassinés dans les universités d’Etat du Cameroun. Cet individu qui d’après nos premières investigations s’appellerait ATANGANA Jacques s’est présenté comme un enseignant de l’Ecole normale supérieure de Yaoundé (ENS) et a promis la disparition prochaine de l’ADDEC par tous les moyens.

Il importe de signaler que le nom d’ATANGANA Jacques se retrouvait déjà dans quelques unes des correspondances accablantes et scandaleuses, adressées par M. Jean MESSI, en 2005, au Premier Ministre, au Ministre de l’Enseignement Supérieur et à quelques autres très hautes personnalités de l’Etat. Dans ces correspondances publiées en novembre 2005 par le quotidien Le Messager (N°1999 du Mercredi 2 Novembre 2005), Jean MESSI, ancien Recteur de l’Universités de Ngaoundéré (1993-1996) et de l’Université de Yaoundé I (1996-1998) reconnait sa participation active à la création et au financement des milices tribales dans les universités d’Etat (notamment à l’Université de Yaoundé I) en vue de ruiner toute entreprise ou mouvement de revendication de la communauté estudiantine. Jean MESSI y présentait ATANGANA Jacques comme son fidèle homme de main, chargé des salles besognes dans cette entreprise de milicisation des Universités (voir les pages 5, 6 et7).

Le très zélé ATANGANA Jacques et ses commanditaires tapis dans l’ombre qui, de toute évidence, viennent donc de reprendre du service à travers « Action directe républicaine » n’ont manifestement pas tardé à passer de la parole aux actes. Ces derniers jours, une série d’actes de sabotage – épousant les méthodes des mouvements terroristes clandestins – ont frappés le syndicat étudiant : des « inconnus » ont tenté de forcer la porte du domicile d’un des membres de l’association dans la nuit du 07 au 08 mai dernier, la plaque indiquant l’emplacement du Siège de l’ADDEC, non loin de l’entrée de la Cité universitaire de l’Université de Yaoundé I, a récemment été détruite en pleine nuit, des tracts accusant l’ADDEC de « perturber le pouvoir du président Paul Biya » et promettant à ses membres qu’ils « n’échapperont point » ont été glissés dans les bureaux de l’association…

Fréquentes descentes des forces de l’ordre dans les campus

Le recours fréquent aux forces de l’ordre est certainement dû à une interprétation maladroite, abusive et hâtive des franchises universitaires qui disposent en substance que le Recteur assure la police universitaire. A ce titre il/elle est autorisé(e) à faire appel aux forces de maintien de l’ordre. Les autorités universitaires profitent donc de cette disposition de la loi pour fermer tous les espaces de liberté et inviter la soldatesque dans les amphis au moindre prétexte.

Policiers et forces anti-émeutes. Chasse aux étudiants à Buéa, lors de la grève d’avril-mai 2005.

En 2006, par exemple, sur invitation de Madame le Recteur d’alors, le Sous Préfet de Yaoundé III, ONDOUA AKOA Alphonse Roger s’était personnellement retrouvé à la tête d’une escouade policière ayant investi le campus pour empêcher une assemblée estudiantine organisée par l’ADDEC. Débordant de zèle et armé d’un gourdin, le sous-préfet lui-même assena alors plusieurs coups à LINJUOM MBOWOU, Vice Président de l’ADDEC, (ce dernier s’en tirera avec des blessures à la tête), montrant ainsi l’exemple affligeant de la violence imbécile par laquelle les pouvoirs publics s’efforcent d’étouffer toute forme de protestation sociale et de manifestation pacifique au Cameroun, dans les campus universitaires comme ailleurs.. Dans la nuit du 27 au 28 février 2008, après le discours va-t-en-guerre du Chef de l’Etat, suite aux émeutes dites de la faim (émeutes en réalité liées à la mobilisation populaire contre la modification de la constitution et qui secouèrent les principales villes du pays), une meute de militaires était descendue à la Cité universitaire de l’Université de Yaoundé I et avait commis des exactions graves. Les étudiants NTYAM Freddy Lionel (photo a), ZAMBO Franck Thierry (photo b), BIKOE Jean Renaud, EBO’O Félicien, ESSELEM Irénée s’en sortirent avec des blessures profondes au niveau de la tête pour les uns et des jambes brisées pour d’autres. Des dégâts matériels fort importants furent également enregistrés (des portes de chambres défoncées, des scènes de pillage, etc.)

Les photos des étudiants de la cité Universitaire, bastonnés par les militaires en février 2008.

Le jeudi 23 avril 2009, le Vice Chancellor de l’Université de Buea a fait appel aux forces de police et de gendarmerie qui investirent le campus par centaines pour traquer les leaders de l’UBSU (University of Buea Students Union) et leurs camarades. Ils avaient posé douze points de revendications à travers un mémorandum visant l’amélioration de leur condition d’étude et de vie.

Traitements dégradants et torture des étudiants dans les commissariats

Il est de notoriété publique que les citoyens, et des étudiants en particulier, continuent de subir des traitements dégradants et des tortures dans les commissariats publics, au grand mépris de la constitution du pays qui stipule dans son préambule que :

« Toute personne a droit à la vie et à l’intégrité physique et morale. Elle doit être traitée en toute circonstance avec humanité. En aucun cas elle ne peut être soumise à la torture, à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».

Plusieurs étudiants avaient été arrêtés en plein campus le 30 Novembre et le 06 Décembre 2005. Ils furent conduits au Secrétariat d’Etat à la Défense (Sed) et torturés au Groupement de Gendarmerie Territoriale du MFOUNDI sous le Commandement du Colonel TCHINDA Emmanuel.

Militarisation du campus de Ngoa-Ekelle

Mercredi 3 Mai 2005, la police avait procédé à une interpellation de 45 étudiants qui manifestaient pacifiquement à l’Université de Douala, suite au mot d’ordre de grève lancé à Yaoundé I par l’ADDEC. Plusieurs d’entre eux avouèrent, plus tard, avoir été torturés.

Des étudiants sont fréquemment détenus et condamnés pour leurs opinions

Il est difficile de faire un décompte complet des étudiants arbitrairement condamnés au

Cameroun pour leurs opinions ou leur engagement dans des actions de revendication des franchises universitaires. Voici toutefois quelques exemples. Entre novembre et décembre 2005, 18 étudiants de l’Université de Yaoundé I, tous membres de l’Association pour la Défense des Droits des Etudiants du Cameroun (ADDEC) avaient été arrêtés, torturés, jugés et condamnés par la justice camerounaise. Il s’agissait de : MOUAFO DJONTU, LINJUOM MBOWOU, SIMO SIMO, MANGA NOAH, OTELE OMGBA, FONYUY SANI, MOMYEM PROTASE, TCHOUTA Thomas, FIFEN OUSSENI, NTAHI Achille, ALUSE FON AYOH, OKALA EBODE Joseph Thierry, NOAH Robert et FOTSO Cyrille, MESSI BALA Jacques, GNITCHOGNA BATOGNA Rodrigue, IBRAHIMA MOHAMAN et TEMENOU TIOLO Aurélien. Ils ont été condamnés à des peines variant entre six mois d’emprisonnement avec sursis pendant trois ans et sept mois d’emprisonnement avec sursis pendant cinq ans.

Ibrahima MOHAMAN, TEMENOU TIOLO, MESSI Bala et BATOGNA Rodrigue libérés par le Procureur ABENA (décédé quelques mois plus tard) le 16 décembre 2005 afin de comparaître libre, après une dizaine de jours de détention et d’exploitation à la brigade des recherches. Mais en réalité, ils étaient à la disposition du commandant du groupement, le colonel TCHINDA Emmanuel.

Au cours des manifestations des jeunes contre la modification de la constitution en février 2008, l’ADDEC a effectué un inventaire non-exhaustif des noms des étudiants arrêtés à l’Université de Yaoundé I. Il s’agissait de :

- TCHIENGWA DJOMO Paul Merlin, Université de Yaoundé I, Faculté des Sciences, Filière Sciences de la Terre Niveau 4(ST4), Matricule 02X136,

- SANDJONG Yannick, Université de Yaoundé I, Faculté des Sciences, Filière Chimie (CH3), Matricule 04Q156 ;

- NJUTAPMVOUI Ernest Dubois, Université de Yaoundé I, Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines –FALSH- Histoire Niveau 3 (Histoire 3) ;

- ONVOHA Ernest Lincoln, Université de Yaoundé I, Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines –FALSH- Arts du Spectacle (AS), Matricule 07K281 ;

- SIGNS KASINEY Gama, Université de Yaoundé I, Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines –FALSH- Linguistique Générale Appliquée Niveau 4 (LGA4).

A l’Université de Buea, une quarantaine sera aussi arrêtée, torturée puis, au finish, condamnée pour la plupart à des peines pécuniaires et privatives de liberté n’excédant pas trois mois. Il s’agissait de :

- ABIA David, University of Buea, Ancien Président de l’UBSU ; signataire de la déclaration du Conseil Patriotique et Populaire de la Jeunesse (CPPJ) du 17 février 2008.

- NGOYA Carlos, University of Buea, Ancien Vice-président de l’UBSU ;

- OSAKE Robert, University of Buea, Level 300, Economics ;

- OBEN Benjamin, University of Buea, Level 200, Education ;

- NYEMO BETUMAMI Charles, University of Buea, Level 200, Environmental Science ;

- ENGWOH NGOH ABIA, University of Buea, Level 300, Sociology ;

- NGU BONGEN Blandon, University of Buea.

Tentatives d’assassinats et exécutions extra-judiciaires

Depuis 2005, six (6) étudiants au moins ont été tués par les forces de l’ordre à l’Université de Buéa. Cinq d’entre eux ont pu être formellement identifiés. Le 28 avril 2005 trois étudiants avaient été assassinés en plein campus par les forces de l’ordre, suite à des tirs à balles réelles et à bout portant. Les trois victimes s’appelaient : Gilbert NFORLEM, ALOYSIUS ABOUAM et ENOW Laura. Cette dernière avant d’être tuée à été violée par ses meurtriers.

Dans la foulée d’une autre vague de brutalité policière, le 30 novembre 2006, deux autres étudiants seront abattus à l’Université de Buéa par les forces de l’ordre, sur invitation des responsables universitaires. Il s’agissait de MOMO BENETT et UFEANEI IVOR. Les parties du corps touchées par les balles – la tête –indiquent clairement l’intention criminelle des policiers.

Les corps des deux étudiants abattus par les forces de l’ordre en novembre 2006 exposés à l’hôpital provincial annexe de Buéa.

D’autres étudiants ont pu être blessés pendant les événements par les tirs des policiers. Ci-dessous la photo d’un des étudiants blessé à la côte par une balle.

Recommandations

Il importe de reconnaître les limites de cet exposé sur l’état des droits de l’homme dans les campus universitaires du Cameroun. Cette présentation est nécessairement sommaire et indicative. Elle ne saurait prétendre à l’exhaustivité, en raison du climat hostile marqué par la confiscation des images et d’autres documents pouvant permettre d’attester de l’ampleur des exactions, de la répression ; en raison aussi du refus de certaines victimes de se confier ou de collaborer, par peur des représailles. La modicité des moyens logistiques et financiers dont dispose notre association pour mener efficacement un tel travail constitue aussi un handicap sérieux.

La situation actuelle de violations graves et permanentes des franchises universitaires et des droits et libertés fondamentales nous conduit cependant à formuler les recommandations suivantes aux différents corps socio-politiques et institutionnels.

Aux autorités universitaires

1. Abandonner le réflexe de violence systématique et de musellement des protestataires qui pousse à faire instinctivement appel aux forces de l’ordre en cas de désaccord avec la communauté estudiantine ;

2. Promouvoir la culture démocratique au sein du microcosme universitaire et privilégier le dialogue avec la communauté estudiantine ;

3. Consacrer la liberté d’expression, d’opinion et d’association dans les campus, de même que les libertés académiques ;

- Au gouvernement de la République.

1. Promouvoir l’émergence d’un syndicat national et autonome d’étudiants ;

2. Rendre public les conclusions des commissions d’enquête sur les différents assassinats d’étudiants à l’Université de Buéa ;

3. Etablir la responsabilité des uns et des autres et sanctionner les coupables de ces actes criminels ainsi que les autorités ordonnatrices ;

4. Consacrer une journée ou une semaine entière à la commémoration de ces tristes événements ;

5. Eriger une stèle en la mémoire des disparus ;

6. Instituer l’observance d’une minute de silence le jour de la clôture des Jeux-Universitaires en mémoire des disparus ;

7. Le gouvernement de la république doit s’engager de toute urgence à promouvoir une culture de respect des droits humains et mettre un terme à l’impunité dont jouissent actuellement les agents gouvernementaux et les forces de sécurité ;

8. Agir immédiatement pour assurer la sécurité des défenseurs des droits humains et des leaders estudiantins à l’extérieur et à l’intérieur des campus ;

9. Cesser de harceler, menacer ou attaquer les étudiants ou leurs leaders ;

10. Travailler avec un large panel de défenseurs des droits humains et de journalistes afin de déterminer les mesures nécessaires à la protection des étudiants engagés dans la défense du respect des franchises universitaires et des droits de l’homme en milieu universitaire ;

11. Faire en sorte que des enquêtes soient rapidement ouvertes sur les menaces ou les attaques visant les défenseurs des droits humains, les étudiants et les enseignants, et traduire en justice les personnes responsables de ces actes, conformément aux normes internationales relatives à l’équité des procès ;

12. S’engager publiquement à renoncer à toute action ou inaction qui serait contraire à la liberté d’expression ou d’association des étudiants dans les campus ;

13. Veiller à ce que tous les décideurs connaissent les lois et règlements de la République et respectent pleinement le Code de procédure pénale ; les agents de l’État présumés coupables de violation des droits humains doivent être traduits en justice et relevés de leurs fonctions, si celles-ci leur permettent de commettre d’autres violations ;

14. Prendre en charge et indemniser les victimes des brutalités policières ; 15. Interdire formellement aux forces de maintien de l’ordre d’user d’armes à feu et de munitions réelles dans les campus universitaires et lors des manifestations citoyennes.

- A la Communauté Internationale.

- OEuvrer en collaboration étroite avec le gouvernement camerounais pour garantir l’application pleine, entière et sans délai des recommandations formulées plus haut ;

- Faire en sorte que les ambassades étrangères au Cameroun fournissent un effort concerté pour soutenir de manière effective le respect des libertés fondamentales en milieu universitaire ;

- Assurer une formation adéquate aux organisations estudiantines de défense des droits de l’homme et appuyer matériellement et institutionnellement les efforts de mise sur pied d’un réseau de défense des droits de l’homme dans les campus ;

- L’Union Européenne, le Commonwealth, l’Union Africaine devraient en outre user de leur influence pour permettre que le silence ne soit plus entretenu sur les violations des droits de l’homme dans les campus, en faisant pression sur le gouvernement camerounais ;

- Diligenter des enquêtes judiciaires, indépendantes et impartiales, sur les crimes et les violations graves des droits de l’Homme commis depuis 2005 dans les campus d’Etat du pays ;

- Faire pression sur le gouvernement pour rendre public les résultats de ses enquêtes et punir les auteurs de ces crimes ;

- Apporter une assistance technique, logistique et financière aux organisations de la société civile estudiantine camerounaise qui essaient actuellement de documenter les exactions perpétrées dans les campus.

Aux étudiants.

1.- Veiller à ce que tous les abus soient enregistrés par l’Association pour la Défense des Droits des Etudiants du Cameroun (ADDEC) ou par toute autre organisation de défense des droits humains, qu’elle soit estudiantine ou non.

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www.juliette.abandokwe.over-blog.com

"Il faut choisir: se reposer ou être libre" - Thucydide.

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