Première étape au Mali d'une tournée africaine du président chinois
Avant le Sénégal, la Tanzanie et l'île Maurice, la visite de 24 heures du président chinois au Mali doit "renforcer les relations de coopération entre les deux pays et poser les jalons de futurs projets", selon l'ambassadeur de Chine à Bamako Zhang Guoquing.
Vaste pays de près de 14 millions d'habitants, le Mali est le troisième producteur d'or africain, derrière l'Afrique du Sud et le Ghana, et un des principaux exportateurs de coton. Des réserves en uranium ont récemment été découvertes dans le nord, en proie à une rébellion touareg.
Sur un continent de plus en plus courtisé pour les richesses de son sous-sol, encore largement inexploitées, Bamako est un fidèle allié de Pékin depuis l'indépendance en 1960 de cette ancienne colonie française.
Depuis 50 ans, tous les chefs d'Etat maliens ont fait le voyage de Pékin, le président Amadou Toumani Touré s'y étant rendu pour sa part au moins trois fois.
Lors de cette visite, les deux présidents procéderont à la pose de la première pierre du troisième pont de Bamako. La construction de cet ouvrage est entièrement financée par la Chine pour un montant global de plus de 20 milliards de francs CFA (30 millions d'euros).
Les deux dirigeants inaugureront un centre de prévention et de traitement du paludisme à l'hôpital de Kati (15 km de Bamako) dont la création a également été financée par la Chine. Le paludisme est, avec le sida, la maladie la plus mortelle en Afrique.
Selon M. Zhang Guoquing, "la coopération" entre Pékin et Bamako "concerne presque tous les domaines, notamment la santé, l'éducation, l'agriculture et la culture".
Avant le début de la tournée, Pékin avait affirmé que le président Hu allait "offrir une nouvelle aide aux pays africains" lors de son déplacement et proposer un renforcement de la coopération des pays en développement, face à la crise mondiale.
La Chine avait annoncé en 2006 son intention de doubler son aide à l'Afrique en trois ans, sans préciser les montants en jeu. "Je suis sûr que nous atteindrons ce but à la fin de l'année", a déclaré le 6 février le ministre adjoint des Affaires étrangères Zhai Jun.
Après le Mali, le président chinois poursuivra sa tournée avec le Sénégal. Pékin et Dakar ont rétabli leurs relations diplomatiques fin 2005, après un divorce de près de 10 ans dû à la reconnaissance de Taïwan par le Sénégal.
Mardi, le président sénégalais Abdoulaye Wade a qualifié d'"exemplaire" le partenariat avec la Chine.
Le Sénégal a récemment intensifié ses recherches pétrolières. Mais le pétrole lourd de Casamance (sud), où les réserves sont officiellement estimées à près d'un milliard de barils, n'a encore jamais été exploité en raison de contraintes techniques.
Le numéro un mondial de l'acier, le Franco-Indien ArcelorMittal, espère par ailleurs produire 25 millions de tonnes de minerai de fer par an dans sa mine du Sénégal, dont l'exploitation doit théoriquement démarrer en 2011. Mais la crise mondiale pourrait retarder le projet.
Sur le plan diplomatique, le Sénégal est très actif sur la scène africaine et a proposé sa médiation dans le conflit du Darfour (Soudan) et au Zimbabwe, deux pays alliés de Pékin.
Après l'Afrique de l'Ouest, le président chinois poursuivra sa tournée en Tanzanie et à Maurice.
Pourquoi l'Afrique est-elle absente des écrans européens ?
Quand on fait de la programmation pour un festival de cinéma, comme c’est mon cas en ce moment, on se retrouve face à un problème récurrent : le manque de films africains, d’Afrique noire du moins.
Evidemment Djibril Diop Mambety (à gauche) et Ousmane Sembene sont morts mais où sont passés les Cissé, les Ouedraougo, Kaboré et autres ?
Et n’y a-t-il pas de réalisateurs dans la génération suivante?
Les festivals n’auraient plus aucun goût pour le cinéma africain ? Et les chaînes de télévision comme Arte que font-elles?
Ou n’y aurait-il plus de cinéma africain?
En fait cette question, on ne se la pose qu’en Europe et peut-être en Afrique francophone, d’où venaient dans les années 80 et 90 le plus grand nombre de films qui finissaient dans les festivals. Rappelez-vous de Yeelen de Souleymane Cissé en compétition à Cannes en 1987 (à droite).
Des films que les Africains sur place n’allaient pas beaucoup voir.
A Bamako, à la même époque, on préférait le populaire Nyamanton, La leçon des ordures, (à gauche) au demeurant un film formidable de Cheick Oumar Sissoko (à droite), dont on n’a plus
vu grand chose depuis.
Je crois qu’il est devenu un temps ministre de la Culture du premier régime vraiment démocratique qu’ait connu son pays, sous la présidence d’Alpha Oumar Konaré…
Je me souviens par exemple avoir vu Nyamanton en 1986 au cinéma le Soudan, dans le quartier de Oualolofobougou -une salle qui aurait disparu depuis-, au milieu d’une foule de spectateurs enthousiastes et hilares.
Mais je m’égare.
Revenons à la question mentionnée plus haut.
Pourquoi ce désert (à part Daratt) sur les écrans depuis des années ?
Quelques professionnels du cinéma, amoureux de l’Afrique affrontent aujourd’hui ce mystère.
Ainsi le Suisse Pierre-Alain Meier, le producteur de Yaaba d’Idrissa Ouedraougo et des Hyenes de Djibril Diop Mambety, deux bêtes à concours, mais aussi de Moi et mon blanc du burkinabé Pierre Yameogo, cinéaste trop sous-estimé (à
droite) ne questionne pas seulement le manque d’appétit des diffuseurs du Nord.
Il va partir ces jours-ci à Ouagadougou, au festival de cinéma panafricain, le bien connu Fespaco (qui se déroulera du 28 février au 7 mars prochains) pour tester ses interrogations, commencer à évaluer ce qui, dans le déficit actuel, provient du Nord (coproducteurs, festivals et aides) et ce qui vient du Sud (la non-transmission d’une génération à l’autre de ce qu’est le cinéma, l’exclusion des jeunes par les anciens…)
Cette question, on ne se la pose pas à Lagos, au Nigéria, par exemple, où se développe une industrie étrange, dans ce que l’on a surnommé Nollywood (pour Nigerian Hollywood).
Nollywood est considérée comme la troisième industrie du cinéma du monde (250 millions de dollars à peu près de chiffre d’affaires).
Evidemment, les films en question ne sont ni tournés ni diffusés sur support en celluloïd, mais en vidéo. Et leur distribution ne passe pas par les salles, mais par les vidéo-clubs et les foyers.
Ce qui tombe bien puisqu’à Lagos (quinze millions d’habitants), la sécurité est très précaire, surtout le soir. Le taux de criminalité très élevé. Ce qui avait entrainé, au début des années 90, la fermeture de la plupart des cinémas de la métropole.
Ce type de diffusion des quelque 2200 films (eh oui de 2200 à 2500 en fait !) réalisés chaque année au Nigéria, en une moyenne de dix jours et pour un coût de 15 000 dollars, a des conséquences sur leur contenu.
A Lagos, le film de genre est roi, et l’on se moque bien des critères européens et des critiques. On y voit des vidéos qui racontent des histoires assez brutes, parfois proches de la vie de tous les jours, en tout cas qui se passent dans des lieux reconnaissables, toujours avec des intrigues étonnantes, qu’elles traitent de la prostitution, des sciences occultes, des droits des femmes, de flics ripoux, ou qu’elles reprennent en les adaptant des scénarios connus en Occident ou à Bollywood…
Nollywood a ses stars : la yoruba Hassanat Taiwo Akinwande (à gauche), dont le nom de scène est Wunmi et qui a eu maille à partir avec la justice de son pays pour avoir monté un trafic de cocaïne. Autres étoiles de cette industrie du rêve: Regina Askia, Chioma Chukwuka, Ini Edo….
Si l’on regarde sur Imdb, le site du cinéma, la filmographie d’un acteur
comme Emeka Ike (à droite), on découvre que, depuis ses débuts en 1995 dans Deadly Affair, il a tourné 128 films, enfin 128 vidéos.
Et encore, quand vous lirez ce billet, sans doute en aura-t-il ajouté un ou deux.
Pour bien comprendre ce qui se passe à Lagos, il faut voir au moins trois films réalisés par des gens du Nord :
Peace Mission de l’allemande Dorothée Wenner, présenté au dernier festival de Pusan (et bientôt, en mars, à Fribourg en Suisse) ;
Nollywood Babylon de Ben Addelman et Samir Mallal, projeté d’abord au Festival du nouveau cinéma de Montréal, fondé et programmé par l’excellent Claude Chamberlan (1), puis à Sundance ;
Et This is Nollywood de Franco Sacchi.
1) Puisque je cite Claude Chamberlan (à gauche), j'ai lu que visiblement il n’était pas prophète en son pays, puisqu’il a vu partir Le parallèle, un cinéma qu’il a créé en centre-ville et qu’il aurait perdu de son influence dans le festival qu’il a fondé, il y a presque quarante ans, le festival du nouveau cinéma de Montréal. Et pourtant quel programmateur! Et quel animateur! Je lui dois de merveilleuses découvertes et des rencontres non moins exceptionnelles (avec Al Pacino, Claire Denis...). Il faut lire à son propos l’article de Nathalie Petrowski paru samedi 31 janvier, dans la Presse.
Source : http://cinoque.blogs.liberation.fr








