L'esclavage a officiellement disparu il y a plus d'un siècle. Pourtant, c'est un mal qui perdure encore dans le monde. L'ONU estime à environ 27 millions le nombre de personnes en situation d'esclavage, sous une forme ou une autre. Dans un rapport rendu public le 12 février, l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODOC) souligne que "le déni ou l'incurie compromettent la lutte contre la traite des êtres humains". De nombreux systèmes de justice pénal "minimisent la gravité de ce crime" ou ferment les yeux sur le problème.

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Barakatou et Boubacar Messaoud.

Eclairage Barakatou, libérée par hasard

On distingue, en règle générale, deux sortes d'esclavage moderne : le travail forcé et l'exploitation sexuelle. Aucun pays n'est épargné. Les enfants constituent environ 20 % des victimes de la traite à l'échelle mondiale. Mais dans certaines régions d'Afrique ou d'Asie (comme le Mékong), ils en sont les premières victimes.

PHÉNOMÈNE SOUS-ESTIMÉ

Le travail forcé est un phénomène sous-estimé qui prend de l'ampleur, selon l'UNODOC. Il est moins souvent détecté et signalé que l'exploitation sexuelle, car il est moins visible. C'est dans le sous-continent indien que les cas sont les plus nombreux. Quinze à vingt millions d'hommes, femmes et enfants sont maintenus en situation de travail forcé en Inde, au Pakistan, au Bangladesh, en Birmanie, au Népal, et à Singapour. L'Organisation internationale du travail (OIT) donne des chiffres plus restrictifs et les évalue à 12,3 millions.

Dans les pays industrialisés, l'exploitation sexuelle est la forme d'esclavage la plus répandue.Quelque 360 000 personnes en seraient les victimes. Contrairement à toute attente, ce sont majoritairement des femmes qui réduisent d'autres femmes et des fillettes à l'esclavage sexuel. En Europe orientale et en Asie centrale, les femmes représentent en effet plus de 60 % des personnes condamnées pour traite. Ce sont souvent d'anciennes victimes de l'exploitation sexuelle.

Au Moyen-Orient, la pratique de l'esclavage est fréquente et revêt diverses formes. Au Liban, l'esclavage domestique est régulièrement dénoncé, et l'est moins dans les pays du Golfe qui pourtant asservissent par milliers des "petites bonnes" asiatiques.

En Afrique, plusieurs pays, essentiellement du Sahel, continuent de pratiquer, de facto, l'esclavage. Au Niger, on compterait "au moins 43 000 esclaves", selon l'ONG Anti-Slavery International, basée à Londres. Au Mali, ils seraient environ 7 000. Il s'agit le plus souvent de Noirs, soumis à la domination de maîtres arabes ou touaregs, comme cela se pratique en Mauritanie.

Pour l'anthropologue Malek Chebel (auteur de L'Esclavage en terre d'islam, Fayard, 2007), les musulmans n'ont jamais vraiment milité pour l'abolition de l'esclavage. Si le Coran recommande l'affranchissement de l'esclave, il n'en fait pas une obligation. Malek Chebel déplore que l'esclavage soit devenu "de dynastie en dynastie, de siècle en siècle, un fait musulman" qui, dit-il, ne soulève nulle part de "réprobation".

Florence Beaugé