Guinée: «Les militaires ont un boulevard devant eux»

Parade de l'armée guinéenne le 2 octobre 2008 à Conakry à l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance de la Guinée.

Parade de l'armée guinéenne le 2 octobre 2008 à Conakry à l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance de la Guinée./Str AFP

INTERVIEW - Serge Michel, spécialiste de l'Afrique, revient sur la situation politique et économique catastrophique du pays, où un coup d’Etat est en cours. Il avait rencontré le président Conté en novembre 2006...

Au lendemain de la mort du président guinéen, Lansana Conté, un coup d'Etat militaire était en cours ce mardi en Guinée Conakry. Les putschistes ont annoncé la suspension de la Constitution. Regroupés dans un «Conseil national pour la démocratie et le développement» (CNDD), ils ont demandé mardi en fin de matinée aux «membres du gouvernement et à tous les officiers généraux de se rendre» au principal camp militaire du pays, à Conakry, «en vue d'assurer leur sécurité».

Après 24 ans au pouvoir, le général Lansana Conté laisse un pays dévasté par la corruption et la pauvreté aux mains des militaires.

Quelle est la situation actuelle de la Guinée Conakry?

L'état de la Guinée est très mauvais. Le pays n'a pas été géré depuis des années. Il y a un vide au sommet de l'Etat. Le pouvoir n'était plus exercé par le Président mais par ses proches conseillers qui étaient d'ailleurs régulièrement renouvelés. De plus, le pays est rongé par une très grande corruption. Contrairement à beaucoup d'Etats africains, la Guinée n'a pas connu la guerre civile, pourtant, quand on voit l'état de délabrement dans lequel est le pays, on a l'impression que la guerre est passée par là. A Conakry, la capitale, les bâtiments tombent en ruine, la ville semble avoir été laissée à l'abandon. En ce qui concerne les institutions politiques, elles sont extrêmement faibles et n'ont pas la force de résister à une tentative de coup d'Etat. Les militaires ont un véritable boulevard devant eux. La question aujourd'hui est de savoir si la situation va dégénérer en bain de sang ou non.

Quel Président était le général Lasana Conté?

Contrairement à ce qui est dit ce mardi dans la presse, le général Conté n'était pas un sanguinaire. C'était un homme très malade qui avait laissé le pouvoir à l'armée. Il ne vivait plus dans la capitale depuis quelques années et s'était retiré dans un petit village où il cultivait des champs de riz. Lorsque je l'ai rencontré en novembre 2006, la culture de son riz était alors sa principale préoccupation. C'était un homme intègre, dépassé par la dégradation de l’état de son pays. Mais, en tant que général, il jouissait d'une grande influence sur l'armée. C'est en partie pour cette raison qu'il a été maintenu au pouvoir.

Que va devenir la Guinée aux mains des militaires?

La rapidité avec laquelle le coup d'Etat a été annoncé montre qu'il a été préparé bien avant la mort du Président. Contrairement à ses voisins, la Guinée n’a pas vraiment de problèmes ethniques. Il ne devrait donc pas y avoir de conflit lié à cette problématique. Le risque majeur est essentiellement lié aux richesses naturelles dont dispose la Guinée (bauxite, fer, or, diamant, nickel, uranium). Cinquante milliards de dollars doivent être investis par des grands groupes internationaux pour l'exploitation de ces ressources dans les prochaines années. On risque donc d'assister à une course au pouvoir pour s’accaparer ces richesses.

Maud Descamps avec agence

Serge Michel est un journaliste Suisse spécialiste de l'Afrique.