Les enfants-soldats d'Afrique ont l'âge des jeux innocents mais tuent, violent et sont des pros de la kalachnikov. Produit par Mathieu Kassovitz et basé sur le roman éponyme du Congolais Emmanuel Dongala, le film a reçu un "Prix de l'espoir" au Festival de Cannes.

L'affiche du film (DR)

L'affiche du film (DR)

Le Français Jean-Stéphane Sauvaire plonge dans le quotidien atroce des enfants-soldats d'Afrique avec "Johnny Mad Dog", qui a reçu un "Prix de l'espoir" au Festival de Cannes et qui sort ce mercredi 26 novembre.
"La violence qui intervient dans l'enfance est un sujet qui me passionne. Il y a une certaine violence dans l'enfance, qui peut devenir une atrocité si elle est manipulée", avait expliqué Sauvaire à Cannes, où son film était présenté dans la section Un Certain Regard.
Ce réalisateur de 39 ans avait déjà abordé ce thème en 2003 dans "Carlitos Medellin", documentaire tourné en Colombie. Cette fois-ci, il a choisi la fiction pour mettre en scène, dans un pays d'Afrique non identifié, les parcours parallèles de Johnny Mad Dog, chef de guerre rebelle âgé de 15 ans, et Laokolé, gamine de 13 ans qui fuit les atrocités.

Film éprouvant

"Johnny Mad Dog" est un film éprouvant, qui colle au plus près de la réalité de ces enfants-soldats: une folie meurtrière alimentée par un encadrement d'adultes, la drogue, les transes collectives et les rites guerriers (surnoms, accoutrements, cris de ralliement) qui renforcent l'effet de groupe. Il trouve un écho dans l'actualité avec les combats en République démocratique du Congo.
Produit par Mathieu Kassovitz et basé sur le roman éponyme du Congolais Emmanuel Dongala, le film a été tourné au Liberia et ses jeunes acteurs sont pour la plupart eux-mêmes d'anciens enfants-soldats. L'homme qui interprète leur commandant était un général de l'ex-président libérien Charles Taylor, jugé à La Haye pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
"Je voulais être le plus réaliste possible, donc il fallait le faire avec des enfants qui ont combattu, dans un pays qui connaît la guerre", avait souligné Jean-Stéphane Sauvaire, dont le film a été projeté à l'ONU, à New York, mi-juillet.

Je ne voulais pas tricher"

"Je ne voulais pas tricher avec ce sujet, qui est assez douloureux et violent pour qu'on ne s'amuse pas avec ou tombe dans la caricature", avait-il poursuivi. "Et eux n'avaient pas envie de raconter n'importe quoi sur un sujet qui les a marqués. Dans des films hollywoodiens comme "Blood Diamond", ils n'avaient pas retrouvé ce qu'ils avaient vécu".
"Pour la première séquence, l'attaque dans un village, j'avais commencé à les placer et très vite, ils m'ont dit : "Laisse nous, on sait très bien ce qu'on a à faire' ", s'était-il souvenu.
"Je n'aurais jamais continué dans cette direction si j'avais ressenti le moindre traumatisme pour eux à rejouer certaines scènes, avait-il insisté. En même temps, le théâtre, le fait de rejouer les choses a beaucoup été utilisé comme une thérapie par les ONG pour évacuer les traumatismes".

Certaines scènes très dures

Bien que certaines scènes soient très dures, le réalisateur a réussi à éviter le principal écueil d'un sujet aussi délicat. Il n'y a ni complaisance ni voyeurisme dans sa façon de filmer cette violence barbare et contre-nature, puisque perpétrée par des enfants et des ados.
Jean-Stéphane Sauvaire a pris le temps de connaître ses jeunes acteurs au passé si lourd et installer "une confiance" avec ces gamins qui n'avaient pourtant "plus confiance en rien ni personne".
Avant de tourner, il s'est installé dans une maison à Monrovia avec les 15 jeunes choisis pour le film. Une fondation "Johnny Mad Dog" a ensuite été créée pour leur apporter un encadrement et un suivi après le tournage (www.jmdfoundation.org).

Source : www.nouvelobs.com