Loin de sa Provence natale, la pétanque gagne du terrain en Afrique

DAKAR (AFP) — Loin de sa Provence natale, la pétanque gagne du terrain sur le continent africain, qui a accueilli pour la première fois, du 12 au 16 novembre à Dakar, les championnats du monde de cette discipline, un Sénégalais ayant même décroché le nouveau record du monde en tir de précision.

Quatorze pays africains ont fait leurs preuves lors de cette compétition. En tir de précision, Abdel El Mankari (Maroc), François Ndiaye (Sénégal) et Boureïma Ouedraogo (Burkina) ont raflé les trois premières places.

En demi-finales de tir, M. Ndiaye a atteint 64 points, battant ainsi le record du monde détenu jusqu'alors par François Quintais (62 points), actuel entraîneur de l'équipe de France.

Deux pays, Madagascar et le Maroc, se sont même hissés jusqu'en quarts de finales du Championnat.

"Nous pressentions ces victoires depuis longtemps. Même le Bénin avait été vice-champion du monde en tir de précision en 2004, puis médaillé de bronze en 2004, et en argent en 2005 à Bruxelles", se félicite le président de la Fédération béninoise, Emile Mensah.

Et de conclure: "voilà encore des exploits qui montrent que l'Afrique fait de gros efforts" en pétanque, sport né en Provence (France) en 1907.

Ce jeu passionne de plus en plus de jeunes joueurs africains. Le Burkinabé Marius Ouoba, champion de la Coupe d'Afrique des Nations de 2006, pratique la pétanque depuis l'âge de huit ans et a débuté la compétition au début des années 1980, grâce aux "expatriés français qui (l)'ont attiré vers ce sport".

Son homologue burkinabé Raphaël Kiema, 33 ans, capitaine de l'équipe nationale, est technicien à l'université de Ouagadougou. La pétanque lui permet de "décompresser après une journée de travail". Pour garder la main, il joue avec "des amis du quartier".

Mais le prix des boules n'est pas accessible à ces amateurs. "Les boules les plus performantes peuvent coûter jusqu'à 120 ou 130 euros le lot de trois boules" précise Alpha Camara, secrétaire général de la Fédération guinéenne de pétanque.

Pour surmonter cet obstacle financier, les amateurs se rabattent sur des boules usagées. "Les boules de seconde main sont plus accessibles pour nous. Elles coûtent moins cher que les boules neuves: entre 15.000 et 20.000 FCFA (23 à 30 euros) pour une triplette", explique M. Kiema.

La pétanque est apparue en Afrique francophone à partir de la période coloniale. "La pénétration étrangère s'est faite par des missionnaires. Les étrangers qui venaient découvrir l'Afrique venaient avec leurs boules. Ils s'amusaient au bord des plages", raconte le président de la Confédération africaine de sport de boules, Honorable Idrissou Ibrahima.

Au Burkina Faso,"la pétanque a été introduite vers les années 1950 avec les expatriés français qui y étaient comme enseignants et comme conseillers techniques", témoigne Salif Ouedraogo, ancien administrateur civil à la retraite et président de la Fédération burkinabé de pétanque.

A ses débuts, M. Ouedraogo s'entraînait dans "les cours des établissements scolaires ou les centres où les Français se retrouvaient". Aujourd'hui, les boulistes de Ouagadougou jouent "sur certaines bordures de route ou dans des espaces vides non utilisés", explique M. Ouedraogo.

Cette disciple, longtemps confinée au rang de simple loisir, s'est peu à peu structurée. A l'échelle nationale, des fédérations et des ligues ont été créées.

En 2004, une Confédération africaine de sport de boules a vu le jour. "Nous avons plus de cent mille licenciés", se réjouit le président de la Confédération.

Et, tout un symbole, la confédération africaine avait organisé sa première Coupe d'Afrique des Nations en 2007 à Cotonou (Bénin), afin de commémorer les cent ans de cette discipline.

AFP du 16 novembre 2008