Phase décisive de la mise en concession du terminal à conteneur

Par Wilfrid SATHOUD

Le processus de mise en concession du port autonome de Pointe-Noire est parvenu à sa phase décisive ce 13 octobre 2008, suite au dépouillement des dossiers techniques de différentes sociétés soumissionnaires à l’appel d’offre lancé par le gouvernement congolais.

Trois principales sociétés opérant depuis des décennies sur la plate forme portuaire de Pointe-Noire ont été sélectionnées pour concourir à l’adjudication de cet appel d’offre. Il s’agit notamment de : Groupe BOLLORE Africa Logistics, Groupe CMA-CGM (Delmas), Groupe GETMA International.

Les dossiers techniques sélectionnés  seront examinés par une commission d’évaluation placée sous la direction de Jean Jacques Bouya, délégué général aux grands travaux, conseiller au transport du Chef de l’Etat congolais, par ailleurs président du conseil d’administration du CFCO (1)  et du PAPN (2).

Le point d’achèvement du dit processus, prévu pour la fin du mois en cours (octobre 2008), sera ponctué par la publication de la sentence adjudicative désignant officiellement la société ou le consortium de sociétés adjudicataire à qui incombera désormais la charge de gérer et d’exploiter le terminal à conteneur du port autonome de Pointe-Noire, dévolue à l’Etat depuis son installation.

En définitif, il convient de souligner que le principale défi à relever par le nouveau gestionnaire du terminal a conteneur du PAPN sera celui de la modernisation et de l’extension des infrastructures techniques tombés en désuétude, dans l’optique de la mise en œuvre du programme d’investissement prioritaire recommandé par la première table ronde de bailleurs de fonds du port autonome de Pointe-Noire, organisé en mars 2006 à l’initiative du gouvernement congolais.

Wilfrid SATHOUD

(1)   Chemin Congo-Ocean

(2)   Port Autonome de Pointe-Noire

Article sur le même sujet extrait de la lettre du continent N° 550 16/10/2008

Dans le petit milieu fermé des "concessionnaires" de terminaux portuaires, l’attribution du port de Pointe-Noire est âprement guettée. Enquête.

Solidement implanté à Abidjan, le groupe Bolloré Africa Logistics, qui a perdu le port de Dakar au profit de Dubaï Ports World, n’a pas l’intention de laisser échapper la concession du terminal du port de Pointe-Noire, au Congo. Pour deux raisons. La première est que son "allié" CMA CGM, auquel il a vendu sa flotte de bateaux Delmas en 2005 (600 millions $), est également soumissionnaire. La seconde est que son "frère ennemi" Progosa (Jacques Dupuydauby) s’est installé, dans son dos, en République démocratique du Congo (RDC), en prenant la gestion de l’Onatra (Office national des transports, LC nº548). Enfin, on voit mal Denis Sassou Nguesso faire de la peine à Vincent Bolloré, l’ami du président Nicolas Sarkozy.

Au Gabon voisin, Bolloré a créé une nouvelle structure, Gabon Mining Logistics, pour mieux profiter des bienfaits futurs de la présence des Chinois dans les mines (fer de Belinga). En Centrafrique, on avait prêté l’intention au groupe français de créer une compagnie de fret aérien interafricain à partir de Bangui (longue piste pour gros porteurs). Un projet totalement démenti à la "Tour Bolloré". Au Cameroun, malgré les apparences, la messe n’est pas dite. Depuis 2003, Progosa conteste l’attribution de la concession du terminal à conteneurs du port de Douala à Bolloré. Un dossier suivi personnellement par le président Paul Biya qui en a parlé avec Nicolas Sarkozy et a, ensuite, reçu Vincent Bolloré lors de son dernier voyage à Paris. Un traitement "judiciaire" de cette affaire, déconnecté du politique, n’est pas exclu. En revanche, si Vincent Bolloré possède ses entrées à l’Elysée, Jacques Dupuydauby a un allié "fortuné" en la personne du colonel Kadhafi, dont la Libya Africa Investment Portfolio (LAP) va opérer avec Progosa (LC nº545), et un allié "politique" : l’ancien président Jacques Chirac. A l’exception notable de Michel de Bonnecorse, ex-conseiller Afrique de l’Elysée avec lequel Jacques Dupuydauby a eu un différend personnel, plusieurs collaborateurs du patron de Progosa, à l’instar de Rémy Chardon, vice-président du groupe, sont des proches de Jacques Chirac. L’ex-ministre de la coopération, Brigitte Girardin, vient même d’accepter de présider la Fondation Progosa qui va soutenir des opérations de la Fondation Chirac.

A Conakry, c’est le groupe Getma International (Richard Talbot) - dont l’allié en Afrique est l’italien MSC - qui a réussi à tacler Bolloré. (Après avoir examiné le dossier, le groupement Progosa-Bouygues aurait renoncé à soumissionner : l’accès à un futur port en eau profonde serait impossible). Les conditions de l’attribution de ce marché à Getma sont cependant vivement contestées sur place, en particulier par Getma Guinée de Jean-Jacques Grenier, devenu un concurrent de son ex-patron. En Angola, Getma International bénéficierait de l’appui du Français Vincent Miclet, très introduit dans le premier cercle du pouvoir, auprès du général "Kopelipa", le chef de la maison militaire et du "Bureau de la reconstruction". A suivre.