Pour alimenter le debat sur le panafricnisme je viens vous donner à lire un texte pertinent qui soulève plus de problèmes que de solutions, pas pour créer des obstacles mais pour accélerer selon ce panafricanisme que nous appelons tous de nos voeux. je vous demande de bien comprendre laz subtilité et la pertinence de ce texte.

N'hesitez pas à réagir  comme d'habitude.

LES ETATS-UNIS D’AFRIQUE   OU LES ANES UNIS D’AFRIQUE ?

Par Ayayi Togoata  APEDO-AMAH

ébut juillet 2007, le gang des dictateurs africains a organisé son traditionnel sommet annuel de l’Union Africaine à Accra au Ghana. Point essentiel de l’ordre du jour : la création des Etats-Unis d’Afrique. De l’extraordinaire tohu-bohu, nous avons retenu l’affrontement de deux camps irréconciliables : l’union tout de suite contre l’union par étape à partir des regroupements régionaux existants

Les Etats-Unis d’Afrique ici et maintenant est la plus grande ânerie politique qui m’ait été donnée à entendre depuis des décennies. Qui en sont les principaux bonimenteurs ? Kaddafi, le Libyen, et le bouffon du Sénégal, Abdoulaye Wade. Deux personnages pas sérieux pour un sou et qui, à la pratique, se révèlent comme les pires ennemis de l’Afrique. Il  s’agit d’une dangereuse opération de diversion visant à assouvir les délires mégalomaniaques de deux tyrans démagogues. Pauvres Togolais ! Les imagine-t-on se taper Wade et Kaddafi après avoir subi les Gnassingbe père et fils pendant quarante ans ? Ce serait du masochisme.

Pour mieux comprendre les enjeux mesquins et criminels que les ratés qui dirigent l’Afrique cachent à leurs concitoyens, il suffit de faire l’état des lieux de notre pauvre continent au cours de la première décennie du XXIe siècle, plus exactement en l’an 2007. Les maux de l’Afrique ont pour noms le refus du développement et la dictature néocoloniale

DU REFUS DU DEVELOPPEMENT  PAR LES DIRIGEANTS  POLITIQUES

Le bilan africain des pseudo- indépendances est affligeant : une gestion calamiteuse du bien commun par des prédateurs en col blanc ou en treillis militaire. La kleptocratie civile et militaire post –« indépendance » n’a accédé au pouvoir , à la suite des colons européens pillards, violeurs, menteurs fieffés , racistes et génocidaires, que pour s’accaparer de leurs privilèges crapuleux et criminels d’occupants ennemis.

Les conséquences de cette nouvelle occupation de l’Afrique par cette nouvelle race  de colons nationaux et parasitaires, se sont vite fait sentir : désillusion, naissance d’un lumpen- prolétariat, exode rural massif de paysans sans qualification vers des villes dépourvues d’infrastructures dignes de ce nom pour les accueillir, injustice sociale,  discriminations en tous genres, division des couches de la population dans le but de conserver un pouvoir illégitime, consolidation du concept de tribu au détriment du concept de nation ( Les fruits du travail collectif ne profitent majoritairement qu’à la tribu du chef de l’Etat cleptomane et bête comme ses pieds ), mouvements centrifuges des groupes d’intérêt ostracisés qui perçoivent le pseudo Etat néocolonial comme leur ennemi, sabotage passif des fonctionnaires, chômage, corruption à haute dose et faillite économique consacrée par les multiples programmes d’ajustement structurels à rallonge, vote des jeunes africains avec leurs pieds qui fuient vers les mirages de l’Occident en transformant la Méditerranée en cimetière marin, inflations et dévaluations en cascade, haine de l’armée « nationale » perçue par le peuple comme une armée d’occupation étrangère(parfois tribale et tribaliste)…

Cette kyrielle de maux, qui est loin d’être exhaustive, est symptomatique d’un gangstérisme politique dont l’unique objectif réel est l’enrichissement crapuleux des lampeurs de soupe qui se cooptent autour de la mangeoire que représente le pouvoir politique. Nous avons toujours pensé et continuons de penser qu’une véritable étude scientifique de la perception du pouvoir politique en Afrique par les populations serait une véritable mine de renseignements pour la réflexion sur la politique dans nos pays africains

Des sondages sommaires, dépourvus de caractère scientifique, que nous avons eu à effectuer au cours de nos réflexions sur la politique, tendent à confirmer l’idée selon laquelle dans l’imaginaire collectif, le pouvoir politique est considéré comme une source d’enrichissement personnelle pour l’individu qui y accède et sa famille voire son clan ou  son ethnie. Là où le bât blesse, c’est que cette conception crapuleuse de la politique semble aller de soi au sein de nos populations à telle enseigne que celui qui a une fois accédé au pouvoir et qui ne s’est pas enrichi, est souvent un objet de commisération  ou de la risée publique. Se servir du pouvoir pour s’enrichir semble faire partie de la norme sociale.

Le fondement de cette conception patrimoniale de la chose publique est l’impunité. Cette conception scélérate a été parfaitement illustrée par le tyran congolais Denis Sassou Nguesso sur Radio France Internationale lors de son séjour à Paris début juillet 2007. Sommé de s’expliquer concernant la plainte déposée contre lui et son compère gabonais Omar Bongo pour détournement de biens publics au sujet des appartements luxueux et des châteaux qu’ils possèdent en France, il donna une réponse à la fois naïve et cynique en forme d’aveu. Il s’étonna de cette plainte en se justifiant au prétexte que tous les dirigeants du monde possèdent des immeubles à Paris, notamment ceux du Golfe arabique. Il conclut en dénonçant le relent de racisme et de néocolonialisme de la plainte du collectif des ONG congolaises et françaises à son encontre.

Pas un mot du kleptocrate sur l’origine du magot qui lui a permis de s’offrir des châteaux sur le dos du malheureux  peuple congolais. A bas les jaloux !

Plus les cliques dirigeantes au pouvoir s’enrichissent, plus les peuples qui les subissent se clochardisent au point de mourir de faim. Au Togo, après la mort du dictateur Gnassingbe Eyadema, le magazine américain Forbes a évalué  la fortune amassée durant son interminable règne à 4,5 milliards de dollars soit environ 2500 milliards FCFA ! Cette information reprise par un journal togolais  n’a suscité aucun démenti officiel.

La faillite économique de l’Afrique est un constat  aveuglant. Les politiciens n’ayant d’autres ambitions que le vol, le pillage à l’instar des colons prédateurs qu’ils ont remplacés et qui continuent à leur servir de modèles, ne peuvent concevoir le développement de l’Afrique. C’est la raison pour laquelle ils se contentent de gérer le néocolonialisme pour le compte  des puissances coloniales  déguisées en « partenaires privilégiés » et en bailleurs de fonds. Gérer le néocolonialisme, c’est gérer le développement du sous-développement en bradant les ressources du continent aux prédateurs occidentaux et autres. Tel est le prix que ces dirigeants indignes doivent payer pour conserver leurs postes.

L’économie africaine, basée essentiellement sur la culture de rente, est complètement dévastée. Elle demeure aussi archaïque qu’à l’époque de l’invention de l’agriculture, il y a de cela dix ou quinze mille ans. Le paysan reste courbé, comme ses ancêtres primitifs, sur sa houe rudimentaire  à gratter le sol sous le chaud soleil. Le rendement à l’hectare est dérisoire. Pas d’irrigation, pas de tracteurs !

Les cultures de rente imposées naguère par les colons pour leurs besoins, ont même pris plus d’importance aujourd’hui que les cultures vivrières au détriment de l’alimentation de la population. Le Ghana et la Côte d’Ivoire sont en compétition pour occuper la première place

de producteur de cacao et se livrent pieds et mains liés au caprices des fluctuations du marché manipulé par les spéculateurs esclavagistes de Londres, Paris, New York, Tokyo…

Au début des années 1990, un planteur ivoirien de cacao pouvait s’acheter une Peugeot 404 bâchée avec la récolte de dix hectares ; au début des années 2000, avec la même superficie, il peut tout juste s’offrir les roues du même véhicule !

Contrairement aux discours méprisants et racistes des colonialistes occidentaux, qui qualifient les Africains de paresseux, ceux-ci sont de gros travailleurs. Mais ils vivent un paradoxe dramatique. Plus ils s’échinent à bosser dur, plus les fruits de leur labeur s’amenuisent ! Le tra vail qui appauvrit l’homme au lieu de l’enrichir, s’apparente à de l’esclavage ! Aussi sommes-nous fondé à parler du nouveau visage de l’esclavage en Afrique. A l’image du colonialisme qui a entrepris sa mue en Afrique sous les oripeaux du néocolonialisme, l’esclavage a lui aussi  revêtu un nouveau boubou puant de misère.

A l’image des pays, les universités sont devenues des îlots de contestation pour des étudiants souvent réduits à la mendicité et des enseignants-chercheurs sous-payés et exploités mais qui font souvent le jeu du pouvoir oppressif et illégitime par leur penchant maladif au carriérisme politico-administratif,  synonyme de prostitution, d’adhésion au réseaux mafieux d’influence fasciste ou néocolonialiste. Pour faire carrière, certains sont obligés de vendre leur âme au diable parce qu’ils aiment le confort et l’argent facile des postes pour lesquels ils sont cooptés et qui leur permet de voler le peuple ou de se faire octroyer des prébendes juteuses. Tous lorgnent en direction des strapontins ministériels. Quand ils atteignent leur but, quels ministricules minables ils font !

Le paradoxe de l’université africaine, c’est que contrairement aux universités des pays développés, elle n’est pas un outil de développement, mais une usine à fabriquer des chômeurs. Cela ne peut surprendre dans la mesure où elle n’est pas le fruit d’une réflexion d’un projet mûri de développement des pays africains. Faute d’être une locomotive, elle est un wagon, pire un chariot déglingué de fumier puant qu’il faut pousser à bout de bras avec des ahans terribles pour en dégager les roues engluées dans la gadoue de la cancrerie et des obscénités intellectuelles anti-universitaires.

Nos universités sont pleines d’universitaires mais elles sont désertées par l’esprit universitaire, celle qui justement permet d’émettre des réflexions sur l’outil de formation et de recherche qu’elle est par rapport à son environnement, par rapport aux grands axes de développement des pays. L’absence de vision prospective est la principale caractéristique des staffs universitaires généralement cooptés par la machine à magouilles des régimes en place. Au sein de cette racaille diplômée, l’on ne recherche pas l’excellence, mais le larbinisme, le mensonge, le maquignonnage et l’obscurantisme qui sont les ennemis mortels de la vérité et de la science ! Dire la vérité, c’est prendre le risque de perdre son poste avec les privilèges qui y sont attachés. Les dirigeants des universités sont-ils téméraires avec la vérité ? Que nenni ! Un mensonge pour un royaume !

Revêtus de la toge de la souillure, de la vanité insolente des médiocres et de la singerie, les mercenaires universitaires qui assassinent l’esprit universitaire dans sa dimension populaire, laïque et intellectuelle, peuvent s’enorgueillir d’avoir rabaissé nos universités au niveau de grands lycées ! Un double ban pour ces doctes sires ! Le refus de faire de nos universités des laboratoires consacrés à la réflexion sur le présent et l’avenir de nos Etats est symptomatique d’un monde universitaire qui souffre d’un vertigineux déficit de vrais intellectuels. En Afrique, le confusionnisme à la mode consiste à se proclamer intellectuel dès que l’on a décroché un diplôme  de l’enseignement supérieur ! C’est comique, mais c’est la réalité. Il n’est pas rare non plus de voir des enseignants-chercheurs cacher l’extrême indigence de leur pensée derrière leurs grades universitaires surtout lorsqu’ils sont revêtus de robes de cérémonie comme des femmes avec sur leurs crânes crépus ou tondus des toques de cuisinier ! Mais de quelle cuisine s’agit-il ? La cuisine infecte de l’opportunisme, du plagiat et de l’ignorantisme. Les affreux marmitons !

Comment s’étonner dans ces conditions que l’université africaine soit un  solide bastion du fascisme ? Elle est fasciste dans son esprit, dans sa pédagogie archaïque qui rappelle la scolastique médiévale dont se gaussait l’écrivain de la Renaissance, François Rabelais, à cause des maîtres qui obligeaient les élèves à réciter par cœur leurs cours à l’endroit et à l’envers sans omettre la moindre virgule, car leur savoir devait refléter la voix du maître et non leur jugeote. Elle est fasciste à travers ses dirigeants qui sont souvent des délateurs et des militants zélés des ex-partis uniques qui les ont recyclés pour tenir l’université sous haute surveillance. Elle est fasciste parce que les régimes fascistes en font un instrument de dressage et de manipulation des étudiants. Elle est fasciste parce qu’elle est un lieu de discriminations ethniques, politiques, religieuses et autres. Elle est fasciste enfin parce qu’elle est transformée en camp retranché par les ennemis de la pensée qui ne respectent pas les franchises universitaires.

Les universités francophones sont littéralement prises en otage par la France dont les diktats font office de lois à travers, notamment le Conseil Africain et Malgache de l’Enseignement Supérieur (  CAMES ), un épouvantail répressif qui contrôle, oriente et promeut les carrières des enseignants-chercheurs, impose le cursus des étudiants. Même si les promotions sont politiquement douteuses au vu du profil de certains bénéficiaires fort médiocres qui, une fois promus, se croient sortis de la cuisse de Jupiter malgré le fait qu’ils sont la risée de leurs collègues et des étudiants qui ne les connaissent que trop bien. Le contrôle du CAMES est de règle tant sur le plan scientifique que sur le plan académique. Il s’agit d’un flicage systématique et éhonté qui permet à la France de faire piller et plagier les travaux des chercheurs africains par quelques pseudo africanistes français, crapuleux et plagiaires fieffés, qui s’attribuent les bénéfices  de leurs recherches en modifiant la ponctuation et les titres.

Le droit de vie et de mort, véritable pouvoir régalien du CAMES, qui participe des instruments de domestication de la francophonie – véritable réseau mafieux de l’impérialisme français en Afrique – oblige hélas ! nombre d’universitaires africains à se mettre au garde-à-vous devant cette institution néocolonialiste, réactionnaire et foncièrement anti-universitaire. Les « camesiens », nouvelle race de mutants régressifs,  n’ont qu’une formule au bec lorsqu’ils argumentent : « Le CAMES a dit ! ». Cette formule, bien entendu, de leur point de vue d’universitaires complexés et avides de la caution des réseaux mafieux, a valeur d’ordre à exécuter sans broncher comme un dahir de sultan chérifien.

Il est rare que les ministres de l’Education et de l’Enseignement Supérieur soient choisis en dehors de l’université en Afrique. L’énergumène coopté, généralement un gnasse alimentaire et opportuniste, sans ambition pour l’université et son pays, a ordre de fermer sa grande gueule, de s’enrichir frauduleusement, de gérer la domestication, par l’étranger, de notre système universitaire afin de faire perdurer notre dépendance économique, culturelle et intellectuelle. Qui se souvient que Trouduc ou Machin-Chouette fut ministre de l’Education et de l’Enseignement Supérieur dans son pays ? L’échec de l’université africaine, cornaquée par de vulgaires commis aux écritures portant titre de chercheur, est assourdissant. Cela mérite examen de conscience, mais encore faut-il que les dignitaires indignes soient dotés d’une conscience et d’une moralité pour faire cet examen qui est devenu une curiosité dans nos sociétés malades atteintes d’une grave crise morale.

Malgré l’instrumentalisation fascisante et fasciste de l’université, il existe des enseignants antifascistes qui résistent et qui créent, à travers leurs réflexions intellectuelles iconoclastes, des espaces pour la pensée libre et débridée, en marge d’un ordre du discours fondé sur l’hypocrisie, le mensonge et les mythes abrutissants. Là où la pensée est à l’œuvre, la lumière fait toujours reculer les ténèbres de l’esprit au profit du progrès de l’humanité. L’éducation ne saurait s’apparenter à un vulgaire dressage pavlovien d’une jeunesse appelée à relever de fantastiques défis au nom de la survie de l’humanité en Afrique. Bien que la tendance insensée et anti-universitaire actuelle soit au mimétisme - pire à la singerie – le bon sens finira  par prévaloir sur le crétinisme ambiant  lorsque le système et les cancres qui l’incarnent auront changé.

L’une des faces hideuses de ce crétinisme est la façon dont les universités du pré carré francophone, à la botte de la France colonialiste et amie des dictateurs africains demi lettrés ou semi- analphabètes, plagient bêtement le système LMD (Licence-Master-Doctorat) des universités occidentales sans faire la moindre réflexion sur le rôle de l’enseignement supérieur dans les pays africains sous-développés. Dans le rôle humiliant de simple consommatrice écervelée de savoir que lui font jouer l’Etat et les savantasses incultes de sa direction, l’université africaine sans budget de recherche, sans bibliothèques, sans laboratoires, sans locaux suffisants, sans revues et éditions scientifiques, sans bourses et voyages d’études, avec des enseignants clochardisés, ne sera véritablement capable de renverser la vapeur de l’obscurantisme et de la régression, en devenant à son tour exportatrice de savoir, qu’à la condition que les peuples d’Afrique balayent impitoyablement tous les régimes néocolonialistes et scélérats qui complotent à leur régression de connivence avec les puissances impérialistes et esclavagistes qui pompent  et pompent inlassablement la sueur et le sang du nègre comme ils pompent le pétrole, sans état d’âme.

DE LA DICTATURE NEOCOLONIALE BETE ET MECHANTE 

L’Afrique précoloniale unie et idyllique est un conte de fée pour débiles mentaux profonds. Elle était éclatée et des Etats rivaux s’y disputaient la suprématie, ce qui a d’ailleurs facilité la traite négrière. Après la défaite, les colons ont charcuté le continent à leur guise pour s’octroyer des espaces avec des peuples serfs  taillables et corvéables à merci. Comme si la balkanisation coloniale et le crime contre l’humanité de l’acte de colonisation et de christianisation ne suffisaient pas, les dirigeants africains n’ont eu de cesse de diviser et diviser encore et encore, inlassablement, méthodiquement l’Afrique avant et après l’indépendance. Le laquais de la France, Léopold Sédar Senghor, sur ordre de ses maîtres, a rayé de la carte de l’Afrique la Fédération du Soudan (Sénégal et Mali ) d’un trait de plume. Le traître Félix Houphouet-Boigny, en 1958, avec l’aval de la France, s’empressa de jeter dehors, comme des malpropres, les ressortissants togolais et dahoméens de son pays, la Côte d’Ivoire. Après les indépendances factices, la xénophobie des gouvernements a servi et sert encore à offrir des boucs émissaires à leurs peuples naïfs afin de cacher leur incompétence et leur gabegie. A ce niveau de la bêtise criminelle, il y a beaucoup d’émulation. Le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire de l’idéologie nazie de l’ivoirité, le Gabon, les deux Congo, l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Maroc et la Libye n’ont rien à envier à la France du Hongrois Nicolas Sarkozy Nagy. Au Togo, le régime militaire du clan Gnassingbe recourt à la xénophobie en livrant les Ibo du Nigeria, en pâture à la population, comme boucs émissaires pour évacuer sa responsabilité au niveau de l’extraordinaire climat d’insécurité qui prévaut au Togo et du trafic de drogue dont le pays est devenu une plaque tournante régionale.

Mais le champion du monde toutes catégories en la matière est le tyran libyen, le petit Mouammar Kadhafi. A la moindre mésentente avec un chef d’Etat africain, il jette dehors, comme on jette des ordures à la poubelle, les ressortissants de ce chef d’Etat pour se venger. Le comble, c’est que ces émigrés, bien souvent en règle avec les services de l’immigration, sont expulsés quasiment tout nu puisqu’ils ne sont pas, bien souvent, autorisés à emporter leurs biens. Ces biens sont pillés par la police et les voisins nationaux. Ceux des expulsés dont les épouses et les filles ne sont pas violées s’estiment heureux. Le racisme et la haine du noir qui caractérisent l’Afrique du nord, sont exacerbés en Libye de Kadhafi. Et dire que c’est ce xénophobe narcissique qui se métamorphose en champion des Etats-Unis d’Afrique ! Cela fait sourire – quand on connaît le bonhomme – et pitié quand on se rend compte qu’il existe des gens naïfs de bonne foi pour le croire et le suivre dans ses chimères.

Et que dire des régimes génocidaires du Rwanda et du Burundi, et du Soudan au Darfour, le malheureux Pays des Four ? Et des monstrueux esclavagistes qui sévissent encore en toute légalité en Mauritanie, au Soudan et au Niger ? Les guerres civiles et les conflits armés qui n’en finissent pas d’ensanglanter l’Afrique sont une terrible tragédie que vivent les peuples de Côte d’Ivoire, d’Angola, du Mozambique, des deux Congo, de Centrafrique, du Liberia, de Sierra Leone, du Sénégal en Casamance, de Somalie, du Tchad, du Soudan, d’Ethiopie, d’Erythrée, du Sahara Occidental…Presque partout, les forces centrifuges prennent le pas sur les forces centripètes à même de consolider l’Etat et de favoriser l’émergence de la nation. Les élites dirigeantes sont les plus grands communs diviseurs de l’Afrique.

En vue de conserver des pouvoirs usurpés et illégitimes, les gouvernements s’arc-boutent sur l’armée et le tribalisme, la corruption et une stratégie de la terreur. L’organisation d’élections dites « à la togolaise » inventées et peaufinées par Eyadema fait partie du scénario. C’est un produit d’exportation très prisé par les gouvernements africains. C’est le clan Gnassingbe qui a accompli le coup de force de transformer la République en monarchie héréditaire et bananière de droit divin au Togo, à travers le dictateur de sinistre mémoire, Gnassingbe Eyadema, et son rejeton, Faure Gnassingbe. Les élections systématiquement truquées avec l’aval de vieux croulants séniles de Cours constitutionnelles aux ordres, parce que corrompus, sont précédées et suivies par de sanglantes répressions et des ratonnades contre les opposants, les démocrates, les défenseurs des droits de l’Homme voire les militaires et gendarmes qui ont manqué de zèle au cours des tueries antidémocratiques.

En Afrique, le pouvoir est au bout du fusil ou des élections frauduleuses. Telle est la norme politique qui conforte le constat d’une crise morale dès lors que les premiers responsables politiques des pays ne sont pas capables de se présenter à leurs administrés comme des modèles incarnant des valeurs positives, bref des éducateurs de la nation. Bien au contraire, ils sont perçus comme des voleurs, des assassins et des minables par le peuple qui leur voue haine et mépris.

La conséquence désastreuse de cette situation, qui relève du gangstérisme politique, est que les tenants du pouvoir politique et l’armée sont considérés par les peuples d’Afrique comme des ennemis, des prédateurs sans foi ni loi. Pire : au niveau de la gouvernance et de l’édification de l’Etat et de la nation, le divorce entre le pouvoir et le savoir semble consommé pour longtemps. Y eut –il jamais union entre le savoir et le pouvoir après les « indépendances » ? Il est permis d’en douter, sinon nous n’en serions pas là aujourd’hui.

La rupture entre savoir et pouvoir vient, pensons-nous, du malentendu des « indépendances ». Une véritable indépendance est toujours une révolution, une rupture avec un état antérieur de la société. Or il se fait qu’en Afrique, cette indépendance n’a été qu’une ruse des colons avec la complicité des élites politiques et intellectuelles de l’époque. Une indépendance octroyée consacre le passage du statut de pays colonisé à celui plus complexe de pays  néo-colonisé. Habilement, le colon, en octroyant une pseudo indépendance, visait à empêcher la révolution. En quoi devait constituer la révolution ? A associer les politiques et l’intelligentsia pour dessiner les grands linéaments de l’édifice des futurs Etats à partir d’un projet de développement, c’est-à-dire de libération et de rupture avec l’ordre colonial abhorré. Le nouveau statut néocolonial s’assimilait à la substitution physique des colons par des Africains trop contents de cette promotion pour contester le nouvel ordre de domination qui voyait les colonisés eux-mêmes gérer leur propre asservissement pour le compte des Etats colonialistes européens. Lorsque l’on se substitue aux colons, il est tout à fait normal de se comporter en colon vis-à-vis de son propre peuple. Telle a été la démarche régressive des élites africaines. C’est ainsi que sont apparus les colons noirs et arabes dans le paysage politique africain.

Devant cette analyse qui crève les yeux, il faut s’attendre aux objections des esprits chagrins et nostalgiques d’un passé qu’il ont mythifié pour se bercer d’illusions à la façon des bambins qui demandent, tous les soirs, avant de se coucher, à leur maman, de leur lire un conte de fée avant de s’endormir. En Afrique noire, ils citeront immanquablement les cas de ceux qu’ils qualifient pompeusement de nationalistes : Ahmed Sekou Toure pour la Guinée (Konakry) et Sylvanus Olympio pour le Togo. A ces esprits lents, nous rétorquerons ceci : depuis quand se libère-t-on du colonialisme par des élections ? Les colons se sont-ils installés par la voie démocratique d’un référendum ou par la force des fusils et des canons ? La France, par exemple, avait-elle besoin d’un référendum pour quitter ses colonies ? Avait-elle besoin de l’autorisation des colonisés qu’elle torturait, chicotait et volait avant de renoncer à ses conquêtes coloniales ? Entre l’indépendance tout de suite et l’indépendance différée de deux ou trois ans, qu’elle différence sinon celle de la ruse qui a servi à diviser les colonisés ? Dans tous les cas, il s’est agi d’une indépendance octroyée par le colon ; et le bilan de la gouvernance des faux nationalistes qui ont trahi leurs peuples, qui eux, étaient  sincères dans leur nationalisme, est aussi catastrophique que celui des béni-oui-oui. Mêmes Etats mendiants économiquement sinistrés, mêmes dictatures obscurantistes, mêmes cultures de l’impunité et du mensonge, mêmes violations systématiques des droits de l’Homme accompagnées de traitements inhumains, cruels et dégradants. La France en a voulu à Sekou Toure et Sylvanus Olympio parce qu’ils voulaient changer de maîtres – l’Union Soviétique pour la Guinée et l’Allemagne, le premier colonisateur, pour le Togo – et non parce qu’ils voulaient être indépendants. Quand l’esclave change de maître, il n’abolit pas pour autant l’esclavage !

Deuxième objection : les pays devenus indépendants après une lutte armée. Cas de l’Algérie, des pays d’Afrique du Nord en générale, et des colonies portugaises (Mozambique, Angola, Guinée Bissau et Cap Vert). Les longues et meurtrières guerres de libération menées par certains pays d’Afrique n’ont eu pour objectif principal, pour les dirigeants et stratèges de cette lutte, que le départ du colon afin de les remplacer par une bourgeoisie politico -administrative. Au lieu de toucher au système colonial d’exploitation de l’homme  africain asservi, les nouveaux dirigeants ont préféré le simple changement d’hommes pour se substituer aux colons afin de jouir des mêmes privilèges crapuleux qu’eux sur le dos du peuple. La désillusion a été terrible pour tous les peuples des pays libérés par les armes. Des dictatures obscurantistes, se cachant sous des  doctrines politiques de pacotille, prétendument révolutionnaires, aussi sonores que des tonneaux vides, ont servi d’écran de fumée, de mystification pour justifier la confiscation du pouvoir par les anciens combattants, et leur pillage du pays. L’ancienne légitimité acquise de haute lutte sur les champs de bataille s’est muée en usurpation, en méthodes de voyous. La tragédie pour ces peuples, a été le fait d’assister impuissants au retour triomphal des colons par la fenêtre ! Le cas algérien est symptomatique. Pendant la guerre, nombreuses étaient les femmes moudjahiddines, les combattantes. Certaines même commandaient des hommes voire des wilayas avec un courage et une efficacité exemplaires. Une fois la guerre finie, les hommes qui ont combattu sous leur commandement, les ont reléguées à la cuisine et leur ont imposé le voile sous la menace de la violence physique et de la charia islamique archaïque. Malgré le départ des colons, rien n’avait changé pour les femmes ! Pire, celles qui avaient été violées par l’armée française ont été répudiées par leurs maris dès leur retour du maquis !

Ces différents exemples nous ont montré qu’un pouvoir coupé du savoir est un pouvoir voué au crétinisme, à l’aventurisme et à la régression. Dans le cas de l’Afrique, où le seul modèle de gouvernance pour les nouvelles équipes dirigeantes est celui des occupants européens asservisseurs et esclavagistes, les politiques n’ont pas été capables d’inventer un nouveau mode de gouvernance qui prenne en compte les aspirations légitimes des peuples au mieux-être, au développement. La rupture avec le colonialisme n’a pas été possible, car la trahison est passée par là. Des compatriotes ont pris la place de l’ennemi avec cynisme et cruauté. Les choses sont telles de nos jours que ce sont les aveugles qui conduisent les borgnes pour le plus grand malheur des peuples martyrs. Le développement est un mode d’organisation de la société considérée comme un tout. Il est humain, matériel, spirituel, culturel, artistique et obéit à une rationalité dans la mesure où il est pensé, organisé, dans le cadre d’une politique globale, nationale, prenant en compte les données internes et externes et l’environnement géopolitique.

Lorsque nous évoquions, tout à l’heure, le cas de l’université en Afrique, c’était déjà une façon d’illustrer la rupture radicale entre le pouvoir et le savoir. L’université qui comporte en son sein une frange non négligeable de l’élite intellectuelle nationale, est une institution dépendante, traînée comme un wagon de queue par des organismes étrangers africanisés comme le CAMES pour donner l’illusion d’une autonomie. La grande menace est celle-ci : « Vos diplômes doivent nécessairement être reconnus en Occident, sinon ils ne vaudront rien ». L’Afrique forme-t-elle ses diplômés pour l’Occident ou pour elle-même ? Est-ce sa mise sous tutelle par l’impérialisme qui assure la qualité de son enseignement et de sa recherche ? Cette allégeance indigne n’est que l’expression d’une aliénation à l’image de la société néocoloniale. Une université sans autonomie est incapable de jouer le rôle de locomotive au niveau de la recherche, du développement et de la réflexion intellectuelle sur le plan national. L’hétéronomie qui consacre l’obsolescence  de notre enseignement supérieur est l’expression du complot contre l’émancipation des peuples africains dont les agents les plus dangereux sont des Africains à la solde de l’étranger et de ses réseaux mafieux. Nos universitaires adorent les prébendes et les perdis et donc la prostitution au nom du carriérisme et de l’opportunisme. Dans ces conditions, même si le pouvoir le voulait – ce qui n’a jamais été le cas jusqu’à présent – l’université ne serait pas capable de lui apporter le savoir dont il a besoin pour jeter les bases du développement et de la libération de l’Afrique.

L’hétéronomie, c’est le discours de l’autre et le rapport complexé du sujet avec l’autre comme nous les ont révélé les spécialistes de l’inconscient  que sont Freud et Lacan. L’université africaine est non seulement aliénée, mais aussi aliénante. Elle  constitue, de par sa situation d’hétéronomie, un grave facteur d’aliénation, de complexe d’infériorité pour ses enseignants et étudiants. En affinant l’analyse du savoir, nous débouchons inévitablement sur le couple savoir et vouloir en nous appuyant sur le psychanalyste Cornélius Castoriadis :

« Le régime social empêche précisément la population de savoir et de vouloir. (…)Tout embryon de ce savoir et de ce vouloir qui peut se manifester en un endroit de la société est constamment entravé, combattu, à la limite écrasé par les institutions existantes. (…) Le savoir et le vouloir ne sont pas pure affaire de savoir et de vouloir. (…) Ce n’est pas seulement que la situation sociale est « étudiée pour » instiller dès avant la naissance, passivité, respect de l’autorité, etc. C’est que les institutions sont là, dans la longue lutte que représente chaque vie, pour mettre à tout instant des butées et des obstacles, pousser les eaux dans une direction, finalement sévir contre tout ce qui pourrait se manifester comme autonomie. C’est pourquoi celui qui dit vouloir l’autonomie et refuse la révolution des institutions ne sait ni ce qu’il dit ni ce qu’il veut (souligné par nous). L’imaginaire individuel (…) trouve sa correspondance dans un imaginaire social incarné dans les institutions, mais cette incarnation existe comme telle et c’est aussi comme telle qu’elle doit être attaquée » (1)

Dès lors que l’on adhère à cette analyse, l’université comme institution aliénante en Afrique doit être révolutionnée à double titre : d’abord comme espace de création et de transmission du savoir et ensuite comme objet d’aliénation de la société. Une société est toujours aliénée par rapport à ses propres institutions que le philosophe Louis Althusser nomme les « appareils idéologiques d’Etat » (AIE).

La lutte pour la libération de l’Afrique de la double emprise impérialiste et fasciste est une lutte pour l’autonomie des individus et de la société, étant donné que l’une est impossible sans l’autre. L’autonomie individuelle est conditionnée par l’autonomie sociale. C’est une relation de solidarité entre l’ipséité et l’altérité. Que peut-on attendre des régimes analphabètes qui s’opposent à la volonté de libération des peuples d’Afrique ? Rien ! Il faut les balayer et

refonder  toutes les institutions par rapport à l’autonomie (soi) recherchée contre la domination impérialiste (l’autre) qui a revêtu le manteau de la mondialisation esclavagiste.

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1) Cornélius CASTORIADIS, L’Institution imaginaire de la société, Paris, Seuil, Coll. Point Essais, 1975, pp.162-3

Les Africains doivent  comprendre que leurs ennemis possèdent en leur sein une cinquième colonne qu’ils doivent identifier et combattre dans un esprit offensif plutôt que d’adopter en guise de stratégie la fuite hors du continent pour aller jouir des fruits du développement imaginé et conçu par d’autres. Il s’agit d’un esprit de facilité et de défaitisme qui conforte les tyrannies dans la mesure où ceux qui savent et sont en mesure de vouloir les combattre désertent le terrain. Cette mentalité de chacun pour soi à laquelle l’on assiste en voyant des grappes humaines prendre d’assaut les consulats des pays occidentaux pour l’obtention problématique d’un visa, véritable sésame pour l’Eldorado, retarde la lutte et démobilise la jeunesse par l’effet de diversion des départs à l’aventure et sans visas qui conduisent une partie non négligeable de nos forces vives à aller perdre la vie dans la mer, entre deux continents, sur de misérables radeaux de fortune. Le paradis rêvé se transforme tragiquement en enfer pour de pauvres hères qui n’ont pour toute sépulture que le sable et les algues des fonds marins et le ventre vorace des poissons. Le slogan à la mode au Sénégal, au sein de la jeunesse désoeuvrée et clochardisée, est « Barça ou barsa », c’est-à-dire Barcelone (Barça), ville espagnole, ou la mort (barsa) en langue wolof.

L’Afrique aussi a la capacité de se développer en un temps record. Cela suppose un leadership clairvoyant pour organiser le travail avec discipline par rapport à des objectifs précis et un Etat fort. Mais le préalable incontournable consiste à bouleverser les institutions de la domination aliénante et de l’obscurantisme pour impulser le mouvement à la société toute entière.

Confrontés à des idéologies importées des puissances hégémoniques ennemies, les peuples africains, par manque de repères au sein de la culture nationale et de la société néocoloniale, eu égard aux enjeux de la modernité, se livrent, presque en désespoir de cause, pieds et poings liés aux marchands d’illusions qui leur promettent le paradis sur terre et la guérison par la prière ! Il en va de même pour les cadres avec les réseaux d’influence étrangers qui leur font miroiter une ascension sociale et professionnelle voire des strapontins politiques. Ces réseaux mafieux qui sont des instruments d’aliénation, d’intimidation et de domination néocolonialiste des Africains, sont les sectes islamistes, chrétiennes et maçonniques, le papisme, la francophonie, le CAMES, les clochers politiques européens comme la social-démocratie, le libéralisme, tous les fascismes de gauche et de droite…

Figés dans une posture pathétique, qui leur a été imposée, les peuples d’Afrique sont réifiés en tant que peuples dominés et conditionnés psychologiquement pour servir de machines à consommer les produits occidentaux. Cette attitude qui frise l’addiction  psycho-somatique les empêche de devenir producteurs des biens qu’ils consomment et créateurs. Que les hymnes nationaux des pays africains soient des marches militaires à l’instar de La Marseillaise de la France, pour les francophones et des cantiques religieux pour les anglophones sur le modèle du God save the King britannique, n’est pas le fruit du hasard mais d’un mimétisme de nouveaux Etats sans autonomie.

Certains africains, hypnotisés par l’image et le discours mystificateur de l’Europe conquérante et triomphante, en viennent à magnifier la colonisation comme un « bienfait de l’humanité » au profit des misérables nègres, pauvres hères, qui auraient régressé dans l’animalité et seraient définitivement perdus pour l’humanité de l’homo sapiens sapiens sans la main tendue charitable du blanc. Le fameux « fardeau de l’homme blanc » ! A l’instar des écrivains togolais de la coloniale mystifiés tels que Félix Dossa Couchoro et David Kuessan Ananou, le pioupiou congolais, le « général » Denis Sassou Nguesso, s’est, lui, permis de dépasser le discours d’allégeance et d’admiration naïve de l’esclave envers le maître. Son zèle d’esclave est allé jusqu’à détourner les maigres ressources d’un pays ruiné par une guerre tribale qu’il a lui-même provoquée, avec le soutien de ses maîtres français, pour ériger puis inaugurer, le 3 octobre 2006, un mausolée de marbre blanc de 10 milliards FCFA à la gloire du sinistre et criminel petit colon aventurier Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905). Cet Italo-français, responsable du génocide colonial infligé aux peuples du Congo, est l’objet d’une admiration bébête sans limite du petit soldat dictateur. Sassou ne connaît pas un seul résistant anticolonialiste congolais qui aurait mérité ce monument funéraire destiné à un assassin raciste dont il a fait exhumer les cendres en France pour les ensevelir sur une rive du fleuve Congo?  Quelle insulte à l’intelligence et à la dignité du peuple congolais !

De la même façon, l’élite politico-administrative congolaise est incapable de débaptiser le nom de la capitale Brazzaville, du nom du colon fasciste, pour lui redonner son ancien nom Mfoua. Bongo, au Gabon, considère comme un honneur insigne, digne d’un nègre banania, de faire appeler son patelin natal Franceville ! Quand on est ressortissant de Franceville, n’est-on pas un peu français sur les bords et un peu plus « civilisé » que les autres Gabonais par la seule magie du nom ? Un double ban pour Bongo ! Bongo oyé !

Les organisations régionales mises en place sur tout le continent sont malades de maladies qui s’appellent irresponsabilité, refus de cotisation, non respect des textes signés, népotisme, corruption, sabotage, querelles de chiffonniers pour des vétilles,  ingérences déstabilisatrices des grandes puissances, etc. L’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) (1961-2003) a été globalement un échec. Les guerres interétatiques, les guerres civiles, les génocides, les massacres tribalistes, les sécessions,  les coups d’Etat des sergents-présidents, les élections truquées « à la togolaise », c’est-à-dire à la machette ; la famine, la misère, la fuite des cerveaux, la médiocratie, le parti unique, la dictature, les violations massives des droits humains sont le bilan peu enviable de l’organisation panafricaine sans moyens parce que sans ambitions. L’OUA a été d’autant plus inefficace qu’elle s’est constituée en syndicat de dictateurs contre l’intérêt des peuples dont elle était censée défendre la cause. L’Union Africaine (UA) qui a pris sa succession ne vaut guère mieux.

En Afrique de l’Ouest, la CEDEAO est un machin où l’on ratifie des traités que personne ou presque n’applique. La libre circulation des personnes et des biens est une réalité sur le papier depuis de longues années et pourtant, il est impossible de circuler librement non seulement à l’intérieur d’un Etat mais encore entre deux Etats. Les flics, la maréchaussée, les gabelous et les pioupious veillent au grain pour racketter le pauvre voyageur et le molester au besoin, s’il proteste, sûr de son bon droit.

L’Union Economique et Monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA) ne vaut guère mieux puisqu’elle demeure un instrument entre les mains de la France supposée garantir le franc CFA. La mise sous tutelle de la monnaie des Etats francophones par Paris montre à quel point les indépendances sont une fiction en Afrique noire. Les Africains se souviennent encore avec rage et amertume de la dévaluation du franc CFA décidée arbitrairement par l’impérialisme français. Ce triste épisode de notre histoire récente s’est déroulé, en 1994, à Dakar, au Sénégal, chez le grand (par la taille) président Abdou Diouf, surnommé par ses compatriotes La Girafe. A cette occasion, tous les petits présidents de la zone CFA furent sommés par le président français François Mitterrand – ex-nazillon décoré de la médaille de la Francisque pour collaboration avec l’ennemi allemand sous le règne fasciste du traître maréchal Pétain -de se présenter à Dakar, toutes affaires cessantes, pour écouter les ordres de la Métropole. Ils s’y présentèrent tous en rang d’oignon et eurent l’humiliation de se retrouver, non pas devant leur paire français, mais devant un petit premier ministre, fils d’immigré arménien, originaire de la ville d’Izmir, en Turquie, du nom d’Edouard Balladur, version francisée de son patronyme arménien Balladurian. Houphouet, Eyadema, Biya, Compaoré, Hissen Habré, Diouf, Kountché, tous dictateurs médiocres qui jouaient aux importants dans leur pays respectif, furent mis au garde-à-vous pour entendre la sentence de la France prononcée par la bouche du fils d’immigré des rives du Bosphore : la dévaluation du franc CFA de 50%. Rompez les rangs ! Exécution ! La France venait d’affamer un peu plus ses esclaves d’Afrique pour mieux garnir le panier de la ménagère française. Les nègres transpireront un peu plus pour voir les fruits de leur labeur divisés par deux ! Il y allait de la grandeur de la grande France, fille aînée de l’Eglise et pays des droits de l’Homme. Après tout, les nègres n’ont-ils pas l’habitude de la misère ? Un peu plus ou un peu moins de misère, qu’elle importance, ont dû se dire les pompes la sueur français.

Le CFA est fabriqué en France. S’est-on jamais posé la question suivante ? Si, par exemple, la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) commandait à la Banque de France 1000 milliards FCFA et que celle-ci en fabriquait 3000 milliards en conservant par devers elle 2000 milliards frauduleusement pour inonder la zone CFA de vrais faux billets et pousser à l’inflation et à la dévaluation ? Comment peut-on comprendre que 15 Etats réunis sont incapables de battre une monnaie commune et de la garantir à partir de leurs économies et matières premières qui sont loin d’être négligeables. Lors même que des dirigeants indignes ne sont pas capables de défendre les intérêts particuliers de leur pays respectifs, il faut comprendre  que la défense de l’intérêt  général d’un grand ensemble est au-dessus de leurs forces. Les chimériques Etats-Unis d’Afrique que proposent sur le champ les plus farfelus d’entre eux, sont voués à être pilotés par les grandes puissances hégémoniques occidentales et le nouvel ogre économique chinois.

La preuve, les mystificateurs de l’Afrique unie n’ont, à aucun moment, posé le problème des bases militaires étrangères en terre africaine. Djibouti, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Centre Afrique, le Tchad, le Kenya, le Sénégal, le Togo…sont des pays qui offrent des bases militaires à la France principalement et dans une moindre mesure aux Etats-Unis d’Amérique dans le cas de Djibouti et du Kenya. Les accords de défense passés avec ces pays sont tout simplement une occupation militaire déguisée parce que les forces étrangères ennemies pré positionnées possèdent une puissance de feu sans commune mesure avec celle des armées d’opérette néocoloniales dont le niveau technologique se situe au niveau de l’âge de la pierre taillée. La Côte d’Ivoire en a administré  la preuve lorsque l’armée du tribaliste Laurent Gbagbo a osé attaquer un détachement de l’armée française près de Bouake, au cours de la guerre civile allumée par la France pour l’affaiblir. Les représailles furent terribles : toute l’aviation ivoirienne fut réduite en fumée. Gbagbo n’osa même pas demander le départ de l’armée française de son pays. La France l’aurait renversé au profit d’une marionnette plus docile. Il n’est pas indifférent de savoir que lorsque le FPI, le parti de Gbagbo, était dans l’opposition, il exigeait la fermeture de la base militaire française. Dès l’accession frauduleuse de Gbagbo au pouvoir, il oublia cette exigence au nom des intérêts de la Françafrique. Voilà comment de soi-disant opposants « démocrates » trahissent leur peuple lorsqu’ils prennent le pouvoir.

Gbagbo, d’une certaine façon, a fait le malheur des Togolais. En voyant ses positions menacées en Côte d’Ivoire, la France a redéployé ses forces, histoire de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. C’est dans l’optique de cette stratégie que l’impérialisme français a transformé le territoire togolais en base militaire d’occupation, annihilant de la sorte, toute fiction d’indépendance du Togo sous la botte cruelle et archaïque du clan Gnassingbe

Il va donc sans dire que la prétendue union, que de vils individus en mission commandée – le président sénégalais Abdoulaye Wade en est un exemple – pour le compte des ennemis jurés de l’Afrique, est un piège grotesque dont l’objectif vise à pousser les Africains eux-mêmes à unir leur domination pour faciliter la tâche aux colons qui n’auront plus à disperser leurs forces et avoir autant de politiques qu’il y a d’Etats sur le continent. L’évidence crève les yeux puisque rien n’est fait par les gouvernements fantoches pour l’autonomie de nos pays et de l’Afrique. Rien ne changera en dehors du mode de domination qui sera davantage centralisé pour un pillage plus systématique. Le procédé que proposaient les tyranneaux  n’est pas indifférent non plus, car il s’agit d’un véritable coup de force faisant fi de la souveraineté des peuples et des règles démocratiques puisque tout allait se faire sans référendum et sans débat politique préalable.

Par rapport à la situation actuelle que vit l’Afrique sous domination étrangère, il y a lieu de parler des Afriques. L’Afrique au singulier est en réalité un mythe. Nous n’utilisons le singulier que par commodité de langage, car l’Afrique est fragmentée et diverse. Un séjour à Berlin, en Allemagne, en août 2004, à l’occasion d’un séminaire international de la Commission Internationale de Juristes (CIJ) consacré aux lois liberticides prises par certains Etats dans le cadre de la lutte contre le terrorisme après les attentats du 11 septembre 2001 d’Al Qaeda contre les Etats-Unis d’Amérique, a montré aux Africains présents à cette assise qu’ils n’avaient pas tous forcément le même sentiment d’unité de leur continent. Lors de la composition des groupes de travail, conçus sur un critère géographique, je fus étonné de voir les organisateurs mettre l’Egypte, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie dans le groupe régional du Moyen Orient. Je levai la main pour signaler l’erreur puis me ravisai en constatant que les séminaristes maghrébins eux-mêmes n’y trouvaient rien à redire ; ils trouvaient cela tout à fait normal. Je me tus donc puisque je ne pouvais pas être plus royaliste que le roi. Lorsqu’un Sud-saharien débarque en Afrique du Nord, il n’est pas rare que ses hôtes lui demandent des nouvelles de l’Afrique, à son grand étonnement, comme s’il avait débarqué sur un autre continent !

Le fait pour les dirigeants africains de toujours mal copier ce qui se fait bien et qui réussit ailleurs atteste de leur mauvaise foi dans la mesure où leurs actions ne s’inscrivent pas dans une logique de progrès et d’indépendance. Le modèle qu’ils veulent copier est l’Union Européenne (UE). Par souci de cohérence, l’UE exige de tous ses adhérents d’avoir le même système politique, la démocratie. Comment faire cohabiter l’Ile Maurice, l’un des rares pays à peu près démocratiques du continent, avec les dictatures militaires primitives du Togo, de la Guinée Konakry, d’Algérie, du Soudan ou des monarchies déguisées comme au Cameroun, au Gabon, en Egypte, en Libye et au Zimbabwe ?

Quand on choisit librement d’habiter la même chambre, il faut nécessairement un certain nombre de critères incontournables : la compatibilité d’humeur, une certaine discipline et des points communs. Dans la plupart des Etats, le dissensus est la norme du fait de la trahison des élites politiques, intellectuelles, traditionnelles, administratives, etc. Même élus démocratiquement – dans de rares circonstances -  les tenants du pouvoir politique sont illégitimes dès lors que leur véritable mission consiste à gérer le néocolonialisme au profit des puissances étrangères qui dominent l’Afrique. Dans  le cas des élections démocratiques qui se déroulent dans des Etats sous tutelle comme le Bénin, le Mali ou le Ghana, la démocratie est dévoyée parce qu’il s’agit d’un système politique qui, pour exister, exige un degré certain d’autonomie, à la fois des citoyens et de l’Etat. En l’absence de cette autonomie, la démocratie « néocoloniale » doit être considérée comme une escroquerie politique, un marché de dupes. Il s’agit de faire croire aux électeurs qu’ils élisent librement leurs dirigeants alors que ceux-ci sont d’abord cooptés par l’oppresseur étranger. Paris, Londres, Washington, Bruxelles, Moscou, Lisbonne, Madrid sont  les points de passage obligés pour tous ceux qui gouvernent ou aspirent à gouverner – quand ils sont dans l’opposition – car là s’obtient la caution politique des faiseurs de rois africains. C’est pourquoi la classe politique africaine est profondément aliénée. Dans ces circonstances, il lui est quasi impossible d’élaborer une politique d’indépendance guidée par un souci d’autonomie. La classe politique, n’ayant qu’une vision alimentaire de la chose publique, est incapable d’inscrire son action dans une perspective patriotique et donc la durée. Et pourtant, les évènements tragiques susceptibles de provoquer un sursaut patriotique abondent à telle enseigne que la question que se pose à présent l’analyste est de savoir jusqu’à quelle limite le peuple, éclairé par ses élites conscientes, va supporter l’intolérable de ses dirigeants, c’est-à-dire sa mise à mort programmée.

Malheureusement, les cadres intellectuels qui, naturellement, sont appelés à prendre la tête de la révolution, sont trop portés sur l’opportunisme et la corruption. Le pouvoir, conscient du danger qu’ils représentent, recourt à la corruption et autres formes de séduction à haute dose pour les domestiquer. Ils ne disposent pas de repères au sein de la culture nationale pour donner l’assaut final aux régimes fantoches. Minés par une aliénation qui les a conditionnés, comme le chien de Pavlov, ils se mettent au garde-à-vous devant les intérêts des colons qui leur servent de repères et de modèles. Ils restent à décoloniser mentalement! Leur allégeance inconditionnelle aux réseaux mafieux colonialistes s’explique par un complexe d’infériorité devant le Blanc et un esprit de prostitution trop sensible aux prébendes.Une certaine complaisance sociale empêche de dire la vérité pour ne pas froisser autrui, surtout quand on lui accorde une certaine importance dans la société. Cette attitude est dommageable dans une société où les notables – qui ont vocation à servir de modèles – font partie de la racaille et se comportent objectivement comme des ennemis du peuple.

Le refus du développement affiché par les dirigeants politiques africains disqualifie toute velléité de créer des Etats-Unis d’Afrique ici et maintenant. L’aliénation des élites intellectuelles, à la remorque de l’Occident et manquant outrageusement de patriotisme, renvoie ce projet politique, pourtant indispensable à la survie de l’Afrique, aux calendes grecques. Pour l’heure, il s’agit d’une énorme supercherie visant à unifier la domination de l’Afrique pour faciliter la tâche aux ennemis mortels des peuples africains. L’union proposée par des racistes, des tribalistes et autres génocidaires fascistes n’est qu’une vulgaire politique spectacle visant à faire diversion aux yeux des peuples dominés que l’on s’apprête à conduire à l’abattoir de la mondialisation impérialiste et esclavagiste. Les despotes ont eu le courage de reconnaître, au sommet d’Accra, l’échec lamentable du NEPAD, un pseudo plan imbécile de développement de l’Afrique basé sur la mendicité. La libération et l’indépendance exigent la nécessité d’une pensée stratégique pour sortir l’Afrique de ce qui semble être une fatalité de l’échec. L’urgence de la pensée s’impose d’autant plus que les rapports de force sont en faveur des forces d’inertie et des forces négatives. La crise est la conséquence d’une terrible décente aux enfers qui risque de provoquer dans les prochaines décennies la disparition des peuples africains. La crise est totale : économique, sociale, identitaire, morale, sécuritaire (sécurité humaine), institutionnelle. Il faut une révolution pour sauver l’Afrique.  Par Ayayi Togoata  APEDO-AMAH