L’objet de cet article est d’exprimer un souhait, celui de voir que le débat sur l'Afrique en général, et le Congo en particulier s’oriente aussi  vers des questions pratiques dans les autres domaines autre que la politique. A partir de quelques exemples, je vais essayer de défendre cette idée et surtout de montrer en quoi une telle orientation serait une chose saine.

Plus que jamais le Congo a besoin de dépolitiser les questions sociales, économiques et culturelles, même si à l’origine de ces problèmes se pose la question de l’homme.

Il est toujours important de souligner que le Congo est victime de l’incompétence de ses Hommes. En économie la première richesse que possède un pays ce sont les HOMMES.

Ce sont les Hommes qui décident de l’orientation économique d’un pays cela à partir d’un postulat qui est comment vivre bien pour tout le monde et surtout maintenir le lien social ? Les Sociétés qui se sont posées cette question ont décidé d’y répondre par le biais économique.

La fonction assignée à l’économie dans ces pays c’est de redistribuer les richesses nationales, et pour cela deux idéologies se sont affrontées. Une qui pense que c’est la main invisible du marché qui peut opérer la redistribution optimale donc le libéralisme et une autre opposée qui est convaincue que c’est à l’Etat de redistribuer les richesses de façon équitable. Actuellement, il semble que c’est la première idéologie qui semble régir le fonctionnement économique du Monde par le biais de la mondialisation économique.

Et donc chaque pays du monde a intérêt à spécialiser comme l’explique bien Michael Porter dans son livre "l’avantage concurrentiel des Nations" Editions  Dunod Paris 1993.

Il explique bien quelles sont les stratégies que doivent adopter les économies nationales qui se veulent performantes. Selon lui toutes les nations du Monde peuvent se développer si elles ont une stratégie basée sur l’avantage concurrentiel.

En premier il parle de formation en second il parle de choix stratégique basé sur la spécificité d’un pays à partir de l’allocation naturelle optimale c’est-à-dire sur quel(s) segment (s) de l’économie mondiale le Congo a - il un avantage concurrentiel naturel ? S’il n’y en a pas il faut le créer.

A partir de ces questions, on peut comprendre qu’au Congo, les dirigeants qui se sont succédés depuis 40 ans ne sont jamais posés ces questions d’où un mimétisme suicidaire dans la gestion économique faute d’éléments idéologiques longuement débattus par les Congolais.

On peut aisément ajouter à cela que l’économie congolaise et d’autres pays d’Afrique ne s’inscrivent dans aucune stratégie politique et économique.

Demander aux Congolais ou au Africains quelle est la stratégie de la politique économique de leur pays, revient à affirmer sans trop difficulté qu’elle n’existe. C’est-à-dire Rien sinon la gestion des effets d’aubaine comme le prix du pétrole, de l’uranium, de l’or, du diamant, du bois, et d’autres matières premières, aucune vision lointaine.

C’est pour cette raison que l’initiative privée, surtout celle en faveur des jeunes est jetée aux oubliettes tout comme l’abandon d’une politique de développement d’un tissu industriel de base.

Sinon comment expliquer qu’un pays comme le Congo avec une façade maritime ne possède pas d’industrie de pêche ? Parlez au ministre de la pêche de la création d’une école de marin pêcheurs, il vous dira que c’est impossible pour le Congo.

Ce qui fait que le Congo sera toujours obligé d’importer du poisson de mer. Cette importation aura pour conséquence pour le Congo d’aller chercher des devises sur le marché mondial, donc de dépendre des secteurs exportateurs pour assurer son économie domestique donc le pouvoir d’achat de ses concitoyens.

En parlant du pouvoir d’achat des Congolais très faible, cela est la conséquence de l’étroitesse de la masse monétaire du Congo.

En effet le Congo ayant une population en dessous du seuil minimum critique pour déclencher des économies d’échelles interne pour toute industrie lourde de transformation et de production locale est obligé de n’investir que dans les industries de cueillette d’exportation notamment les minerais et le bois.

C’est ce qui explique de façon structurelle le poids néfaste des industries du pétrole et du bois dans l’économie congolaise, seules ressources de devises.

C’est aussi ce qui explique pourquoi les hyper incompétents gouvernants congolais n’ont pas besoin de développer le secteur privé local encore moins des industries moyennes de transformations locales toutes estimées non rentables si elles sont exclusivement destinées au marché local.

Une industrie de transformation locale au Congo qui viserait que  le marché local est vouée presque à l’échec sauf subventions d’un côté. Et de l’autre celle qui viserait le marché extérieur notamment la sous-région, est elle aussi encline à des difficultés de croissance à cause du manque de communication de transport déjà au Congo et dans la sous-région (il est plus facile pour un librevillois d’importer de Chine une marchandise que du Congo.

L’usine de ciment de Matadi située en RDC n’est pas concurrentielle par rapport à une usine située en Roumanie. Et pourtant Matadi a une ouverture sur l’Atlantique et est à quelques centaines de kilomètres du Congo. On touche là le vrai  problème des économies africaines celui de la circulation des marchandises.

Dans la stratégie politique des gouvernants, les transports ne bénéficie d’aucune recherche théorique voir dogmatique.

Un autre exemple pour illustrer le manque de diagnostic et choix économique des gouvernants congolais peut s’illustrer dans le domaine de la construction. Le sol congolais regorge des ensembles géologiques naturels pouvant produire des agrégats bitumeux pour la construction des infrastructures de communications, que constate-t-on ? Aucune industrie.

La Coraf (congolaise de raffinage de pétrole) ne produit pas à partir du pétrole des produits bitumeux (goudron) nécessaires à la construction des routes, tout cela parce que d’un point de vue calcul économique, le Congo aurait été incapable d’absorber toute la production et aussi à cause d’une incompétence notoire pour les Congolais à vendre ce produit sur le marché international.

En effet l’université du Congo est incapable de former des jeunes au commerce international. A ce moment c’est la décision politique qui aurait primé, mais les gouvernants africains ont depuis longtemps accepté le diktat de l’Occident. Plusieurs exemples existent dans ce domaine.

L’absence des politiques de création de filières sectorielles dans tous les compartiments de l’économie est signe que les gouvernants n’ont aucune vision politique et économique de leur pays. C’est cette incompétence qui fait la pauvreté du Congo.

Il n’est de richesse que des Hommes. C’est la première richesse d’un pays.

Mouélé Kibaya 10 octobre 2007