La question du tribalisme

Pour répondre au commentaire de nos amis Djess et Koulama, j’ai jugé utile de partager ma réponse avec tous les  autres internautes.

En ce qui concerne la question de l’ethnie et/ou du tribalisme en Afrique, je suis convaincu que les Africains à force de nier l’évidence et de vouloir rester dans des schèmes et schémas de pensées coloniaux font fausse route et surtout occultent les mutations  successives que ces sociétés détruites par la déportation, l’esclavage, la colonisation, la post-colonisation et les dictatures subissent.

Ce n’est pas faire langue de bois de dire que les ethnies et/ou tribus telles définies par les ethnologues et administrateurs coloniaux n’existent plus. Sans vouloir trop  balayer du revers de la main, le problème de l’ethnicisme (qui est une pratique politique bien idéologisée à ne pas confondre avec l’ethnie et/ou tribu), je demanderais à  Djess et Koulama de me donner la proportion des Congolais qui appartiennent de façon 100% homogène à ce qu’ils définissent d’ethnie.

A ce que je sache aujourd’hui plus de la moitié des Congolais sont issus des unions appelées dangereusement de façon barbare « mixtes » et en ce qui concerne les jeunes nés à partir des années 1985 cette proportion peut atteindre les 70%. La question qui se pose est : de quelles ethnies sont les enfants issus de ces unions (qui deviennent la norme même).

Quelqu’un peut-il être capable de me dire de quelle ethnie et/ou tribu est-il un enfant issu d’une union entre un Puunu et un Enyellé ? Entre un Kongo et un Mbochi ? Entre un Téké et un Vili ? Entre Beembé et un Mbéti ? Entre un Luumbu et un Ndoondo ?

Dans ces conditions comment peut-on toujours parler de l’ethnie et/ou tribu comme si nous étions encore dans les années 1950. Encore faut-il pour répondre à la question que l’on définisse de façon claire et précise les termes ethnies et/ou tribu.

Mon ami Jean-Jacques Bayonne Castador dans un mémoire d’université avait relevé plus de dix définitions toutes différentes et parfois contradictoires. Il avait conclu en fin de compte que ce terme ressortait plus de l’idéologie que des sciences sociales. Pour lui ce terme ne voulait rien dire sinon mettre en place en ce qui concerne les colonies et les post-colonies une idéologie de la négation de l’humanité chez l’Africain.

Les penseurs et chercheurs occidentaux rechignent à parler d’ethnie lorsqu’il s’agit des Européens, ce fut le cas pour l’Ex République Fédérale Yougoslave, et actuellement le cas pour la Belgique.

Pour revenir à l’idéologie, cette dernière devait servir à cristalliser les énergies et passions africaines vers les questions identitaires. C’est ce qui s’est passé au Rwanda, Burundi, Côte-d’Ivoire, Nigeria, les deux Congo et qui risque de se passer au Cameroun, Gabon, Sénégal, à cause tout simplement de la non prise en compte effective des préoccupations matérielles et spirituelles des populations diversement riches culturellement, cela par des oligarchies autochtones. Tant venant de l’opposition que des pouvoirs dictatoriaux.

C’est pourquoi pour ma part je crois que la pseudo question de l’ethnie et/ou tribalisme est un faux problème. La vraie question qui doit nous préoccuper est celle de savoir comment restituer et/ou restaurer les valeurs de la liberté, de l’autonomie de soi vis-à-vis de la collectivité, de la liberté et de l’idéal démocratique chez l’Africain (en l’occurrence le Congolais) de façon à susciter la tolérance, l’ouverture vers l’autre (en dépit des différences apparentes), le respect à tout prix de la vie, de voir en tout Etre vivant la sublimation de la vie et le besoin viscérale de prendre en compte l’expression de ces aspirations chez l’autre même si ce dernier crée l’altérité. Ce dont tout Etre Humain en a besoin.

En ce qui concerne le fédéralisme, ce dernier ne saurait être la réponse efficace au problème congolais, si  l'on prend comme postulat de constat et de projetation l’ethnie et/ou la tribu. Le fédéralisme est ce système politique qui devrait toujours correspondre à un idéal démocratique celui de la liberté qui implique Egalité, Citoyenneté et Justice.

Le fédéralisme en effet,  serait une forme avancée de la limitation du pouvoir absolu qui est l’essence même de la démocratie. On juge le degré de démocratie d’un pays à la qualité des moyens mis en œuvre pour limiter le pouvoir.