Christian Mounzéo et Brice Mackosso, représentants congolais de la plateforme Publiez ce  que vous payez (PCQVP*), viennent d’être reçus par les hautes instances de la République française après avoir été emprisonnés dans leur pays. Cette rencontre est à ce titre exceptionnelle.

Poursuivis par le gouvernement congolais sur des chefs d'accusation infondés, Christian Mounzéo et Brice Mackosso ont connu la prison pendant trois semaines en avril 2006. Depuis, leur procès traîne en longueur, émaillé d'innombrables irrégularités leur interdisant tout mouvement pendant 15 mois.
Cependant, le gouvernement de Brazzaville a changé son fusil d’épaule et initié le 25 mai dernier le "dialogue structuré" avec la société civile dans le cadre de l’Initiative de transparence des industries extractives (EITI) issue des dispositions des Accords de Cotonou sur le partenariat gouvernement - société civile. Les recommandations de plus en plus pressantes de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international ont joué leur part dans cette décision. Le conflit qui oppose le gouvernement congolais à la société civile représente un obstacle à la progression du processus de l’EITI requérant la formation d’un Comité dont le gouvernement voulait justement exclure Christian Mounzéo et Brice Mackosso.

Le gouvernement de Brazzaville s’est engagé à laisser libres la désignation des membres du Comité ainsi que leur travail. C’est donc grâce à cette nouvelle disposition que Christian Mounzéo a pu quitter le Congo Brazzaville. Il s’est rendu à Libreville au Gabon, du 25 au 27 juin, pour participer à un atelier organisé par la Banque mondiale sur le renforcement des capacités des membres de la société civile dans le processus de EITI.

À Paris, Christian Mounzéo et Brice Mackosso ont fait le point sur les avancées de la plateforme PCQVP : la transparence fait maintenant partie du débat public ; l’EITI est une démarche volontaire à laquelle la plupart des pays dans le golfe de Guinée adhèrent ou souhaitent adhérer ; au Congo même, la réalisation d’audits par un cabinet externe et la publication de ces audits sur le site du gouvernement sont autant de progrès tangibles. Les recommandations que les deux représentants de PCQVP ont pu émettre portent principalement sur les blocages entre le gouvernement congolais et les représentants de la société civile à propos du décret sur la nomination du Comité et l’adoption d’un plan d’action concret de l’EITI au Congo.
Christian Mounzéo et Brice Mackosso ont suggéré que les rencontres entre leurs pays et la France dépassent le niveau des chefs d’État et s’établissent à tous les niveaux pour rechercher au mieux tous les moyens d’alléger le sort des quatre millions de Congolais dont 70 % vivent en dessous du seuil de pauvreté.

* La plateforme PCQVP a été créée en 2002 pour inciter les compagnies extractives (pétrole, gaz et ressources minières) à publier de façon explicite les versements, redevances et taxes qu’elles acquittent aux États dans lesquels elles opèrent. La publication du montant de ces versements doit contribuer au développement de mécanismes de transparence permettant de contrôler les revenus et de vérifier qu’ils sont effectivement investis dans le développement et la réduction de la pauvreté.

Emmanuelle Dethomas

source : secours catholique caritas