Ce texte fait  suite à une série d’articles sur des blogs et autres sites à propos des élections au Congo notamment les législatives prévues en juin 2007 et présidentielles en 2009. Tout cela à la faveur de la nécessité de changement socio-politique, qui inexorablement, se dessine dans la société congolaise.

Ce texte voudrait plus particulièrement réagir, aux écrits de Kovalin Tchibinda et Djess Dia Moungouansi ainsi que des réactions qui s’en sont suivies sur leurs sites http://kovalin.oldiblog.com ; http://demainlecongo.oldiblog.com et www.mwinda.org .

Je ne vais pas procéder à l’exégèse de ces écrits, mais plutôt m’autoriser à poursuivre ma réaction faite sur le blog de Kovalin Tchibinda pour un approfondissement et aussi porter l’ambition d’orienter le débat vers d’autres horizons philosophiques et intellectuels.

Avant de verser proprement dans le débat, que l’on doit nécessairement dépassionner, il m’apparaît utile de faire deux mises au point essentielles.

Premièrement :

Dans l’histoire du continent africain, on doit se rendre compte que les postulats qui président à la formulation de la pensée et des idées structurantes pour nos sociétés sont loin de révéler la réalité et de la refléter. Il y a beaucoup des fausses bonnes idées qui prennent la forme d’une réalité souvent tragique, malheureusement.

Dans la plupart des cas, ces idées s’installent avec force et empêchent les hommes de regarder à travers l’épais nuage des problèmes qui minent la vie en société sur ce continent.

La vérité qui conduit inéxorablement à la liberté et à l’envol de l’humain est souvent occultée ou refoulée par des simulacres de scientisme intellectuel.

Deuxièmement :

Les analystes et acteurs politiques africains manquent réellement d’outils efficients pour garder une certaine objectivité et rigueur intellectuelle. La démarche analytique souvent empreinte des agrégats socio-psychologiques ayant traversé leur vie, permettrait très peu de recul intellectuel nécessaire à toute formulation de pensées et/ou idées structurantes.

Dans pareilles situations, il existe très peu de distance suffisante entre l’objet étudié et sa propre façon de faire dans la pratique. Et dans beaucoup des cas, ces derniers prennent leurs angoisses pour de la réalité objective et réduisent cette distance entre eux et l’objet étudié.

C’est le cas ici lorsqu’il s’agit d’analyser le phénomène que l’on qualifie de tribalisme ou d’ethnicisme en Afrique en général et au Congo en particulier dans ce qu’il a comme impacts (positifs ou négatifs) sur nos sociétés et l’évolution politique voire identitaire.

Beaucoup d’entre eux analysant la situation particulière du Congo, où Denis Sassou Nguesso arrivé par coup d’Etat en 1997, après avoir légitimé son pouvoir en 2002 par un vote s’apprête, selon ses opposants et certains observateurs à « faire un hold up électoral total en 2007 et 2009 afin de garder le pouvoir cela en dépit que les derniers rapports des institutions internationales classaient le Congo au 154ème   sur 173 de rang mondial pour le PIB et surtout de la gestion chaotique voire mafieuse (selon les opposants) de la chose publique (la res publica).

D’autres chiffres montrent que près de 70% des Congolais, sinon plus,  vivent sous le seuil de pauvreté ; quand d’une manière générale dans toute l’Afrique ce sont les tenants du pouvoir en dépit de leurs médiocres résultats dans tous les domaines (social, sanitaire, économique, culturel, politique, et autres…)  conservent le pouvoir.

Il semblerait donc que le Congo risquerait de ne pas échapper à cette règle régressive.

A quoi est donc est due cette situation, s’interrogent les analystes et intervenants de ce débat ?

A cela plusieurs raisons sont évoquées. L’élément important qui revient souvent c’est celui du choix des électeurs dans le cas où il y aurait  transparence et équité et aussi de la résignation.

Beaucoup de ces auteurs soupçonnent les populations africaines de voter selon un choix tribal ou ethnique.

D'autres se demandent à juste titre si finalement la classe politique n’est–elle pas médiocre, car souvent les oppositions seraient faites sur des bases ethniques, c’est de moins en moins le cas comme on le voit au Zimbabwe ou bien au Sénégal.

Dans le cas du Congo, à côté du bras de fer qui oppose les tenants du pouvoir et ceux qui sont de l’autre côté(opposition ou résistance) en ce qui concerne la mise en place d’une commission indépendante garantissant une transparence et équité, à propos de futures élections législatives en 2007 et présidentielles en 2009, le débat  fait rage entre les fameux intellectuels à propos du boycott et surtout du poids du tribalisme et/ou de l’ethnicisme dans la vie politique congolaise.

D’un côté se trouvent les tenants d’une participation et de l’autre ceux du boycott. Chacune des parties ayant des arguments à faire valoir. Un argument commun et récurrent qui revient comme cause de cette incapacité à une maturité politique est : le tribalisme ou l’ethnicisme (l’un de deux ou les deux à la fois selon les auteurs).Bien entendu, ces mêmes auteurs ne manquent pas d’ajouter d’autres causes tout aussi structurelles que conjoncturelles.

C’est pourquoi vouloir affirmer que l’action politique au Congo ne peut se dérouler sans fondement ethnique, c’est refuser d’admettre la médiocrité des instruits et des alphabétisés au français congolais, et d’explorer d’autres pistes au demeurant aussi intéressantes et denses.

De même, vouloir affirmer de plus que le vote de 1992 était un vote ethnique c’est faire preuve d’une méconnaissance de l’histoire du Congo et surtout d’un mépris envers les Congolais. C’est aussi accepter de s’inscrire de façon volontaire dans la stratégie de soumission mise en place par les tenants du pouvoir dictatorial actuel et des prédateurs du Congo, aidée par l’incohérence de l’opposition et/ou de la résistance ainsi que de prétendues sociétés civiles.

Afin de mieux réfuter ces thèses, c’est pourquoi il est toujours utile de procéder à un bref rappel de l’histoire politique, pour mieux restituer la réalité des faits, car dans l’histoire du Congo, plusieurs exemples de vote démocratique et d’adhésion sont légion.

Bien avant l’indépendance, les Congolais avaient choisi le centrafricain Bartélémy Boganda pour diriger l’AEF contre un originaire du Moyen-Congo. Tout comme ils avaient choisi d’envoyer au parlement de France, Jean-Félix Tchicaya comme député du Moyen-Congo à la suite de la loi cadre de Gaston Deferre en 1956.

A cette même époque, Ngoura originaire de Sibiti fut élu maire de Loubomo (Dolisie) sur une liste de l’UDDIA (Union pour la Démocratie et la Défense des Intérêts Africains) de l’Abbé Fulbert Youlou et pourtant on disait de cette région, acquise au PPC (Parti Progressiste Congolais) de Jean-Félix Tchicaya originaire du Kouilou-Niari allié du MSA  (Mouvement Socialiste Africain) de Jacques Opangault originaire de Boundji dans la cuvette actuelle.

En 1992 Pascal Lissouba a reçu un vote d’adhésion à son discours et projet de faire du Congo une « petite Suisse ». En effet Pointe-Noire avec près de 69% de sa population non originaire du Kouilou, avait voté à 56% pour Bernard Kolélas au second tour de l’élection, quand, à Boko, Pascal Lissouba frôlait le chiffre de 73%.

Bien avant ce vote historique, l’UPADS (Union Panafricaine pour la Démocratie Sociale), le parti de Pascal  Lissouba, avait raflé la mise dans toutes les régions du Congo aux élections locales. Dans le Pool il était second tout comme à Brazzaville. Dans le Nord du Congo l’UPADS est arrivée en tête dans la majorité des cas. Ce qui a fait que l’UPADS avait la majorité absolue au sénat, la chambre des régions.

Une réalité importante doit être soulignée, les populations des pays du Niari (Bouenza, Lékoumou et Niari ) à elles seules ne peuvent jamais élire un président de la République, surtout que les plus grandes agglomérations du Congo sont localisées hors de ces régions. Cette réalité objective est aussi vraie pour toutes les autres régions du Congo, et doit donc être évoquée de manière scientifique. Elle s’est vérifiée au cours des élections de 1992.

C’est pour cela que l’on peut dire que Pascal Lissouba qui avait recueilli près de 61% des suffrages des Congolais au deuxième tour de l’élection présidentielle de août 1992 avait bel et bien fait l’objet d’un vote d’adhésion et non ethnique comme semble l’affirmer Kovalin Tchibinda http://kovalin.oldiblog.com,  et  beaucoup d’internautes sur Mwinda Press  www.mwinda.org .

En effet, Pascal Lissouba avait obtenu près de 36% des votes au premier tour, ayant fait le plein des voix des Pays du Niari, au second tour il est passé à 61% soit un gain de 61%-36% = 25% soit une augmentation de près de 70%. Il est toujours utile de rappeler que Denis Sassou Nguesso avait recueilli 18% et occupé le troisième rang en tant que président  de la république sortant après 13 ans de pouvoir.

La littérature mensongère de l’époque, venant surtout de l’ancien parti unique PCT (Parti Congolais du Travail), affirmait que Denis Sassou Nguesso a fait élire Pascal Lissouba, ce qui est faux[1].

Les Congolais avaient librement choisi Pascal Lissouba, surtout les populations du Nord et  une partie des populations du Pool. Pour celles du Nord elles avaient peur du discours de Bernard Kolélas qui leur apparaissait menaçant et de type revanchard.

Les populations du Pool voyaient en Pascal Lissouba, le souvenir de son passage au gouvernement de Alphonse Massamba Débat qui a fait la différence, c’est-à-dire le technocrate.

Dans ce cas, on ne peut pas parler de tribalisme ou encore de ces mots barbares (ethnie, ethnicisme) qui tendent à masquer la réalité politique au Congo  qui est d’un côté, l’exigence pour les gouvernants de satisfaire les besoins fondamentaux des populations congolaises ainsi que le respect de leurs droits aux libertés individuelles et collectives et de l’autre rendre compte de leurs actes.

Ce qui nous apparaît actuellement comme vote ethnique n’est que pure illusion savamment manipulée par les médias à la solde de l’oligarchie, qui depuis quarante cinq années, confisque la souveraineté du peuple congolais.

Dans des conditions normales de libertés, de discours, de transparence et de probité intellectuelle, les populations voteront pour celui ou celle qui a du charisme , une idéologie claire et un projet de société qui parle au peuple, cherchant à résoudre leur problèmes fondamentaux quotidiens (santé, éducation, nourriture, culture, libertés individuels).

Mais en l’absence d’idéologie forte,  de tout discours et attitudes cohérents, prenant en compte leurs besoins fondamentaux, le peuple comme tous les peuples du monde se rabat sur les repères culturels et de proximité, histoire de se rassurer face à l’incertitude et vide.

Les populations congolaises comme celles du monde votent d’abord pour un homme ou une femme en qui elles ont confiance et surtout qui les fait rêver. Et c’est normal qu’elles fassent confiance en quelqu’un qui est proche d’elles culturellement, qui parle le même langage qu’elles, surtout que l’action politique au Congo se déroule en français.

Le rêve d’indépendance nationale des années 1960 était porté par toutes les communautés congolaises, même s’il fut récupéré[2] par des imposteurs et opportunistes de tous ordres. En effet, cette période fut marquée par une absence des antagonismes dit ethniques.

Cela se lit dans les compositions des assemblées et des gouvernements de cette période. La création de l’orchestre « les Bantous de la capitale » en 1959, s’inscrivait dans cette culture.

Les différences étaient d’ordre idéologiques les uns voulaient le communisme et les autres le capitalisme, mais tous d’accord pour enterrer le multipartisme. C’est ainsi que naquit le MNR (Mouvement National de la Révolution) en son temps avait galvanisé le peuple congolais.

Massamba Débat parlait « un seul peuple, un seul combat, un seul parti » comme slogan pour imposer le parti unique pour un socialisme bantou.

Le PCT (Parti Congolais du Travail) qui succéda au MNR en 1968, avec une idéologie forte « le socialisme scientifique » d’obédience marxisme léninisme a fait adhérer les Congolais et surtout fait accepter à ces dernier le régime totalitaire de type stalinien qui n’offusquait personne malgré qu’il détruisait chaque jour l’excellent travail économico-administratif du tandem Massamba Débat – Lissouba, travail soit-dit qui faisait la fierté du Congo.

Le conditionnement  idéologique du PCT avait convaincu tous les Congolais à près de 95%. Si bien que les assassins de Marien Ngouabi furent obligés de se déclarer fidèles continuateurs de la révolution. Ce fut encore le cas quand il s’agissait de destituer Jacques Joachim Yhombi-Opango que l’on accusa de déviationnisme de droite. 

A partir de 1985 la désillusion politique (due aux assassinats, aux purges, népotisme, laxisme…) et les piètres performances économiques du PCT commencèrent  à faire réfléchir les Congolais qui s’interrogeaient de plus en plus sur la réalité du socialisme scientifique pour leur pays. La chute du mur de Berlin finit par accélérer le démantèlement  idéologique des Congolais, d’où à partir de 1990, ils réclamèrent le multipartisme.

A partir de 1991, après la conférence nationale, le retour du multipartisme s’est fait dans un contexte socio-psychologique fortement modifié depuis 1968, par l’enculturation idéologique totalitaire (régime de la peur et de la distribution des prébendes pour ceux ayant fait allégeance au pouvoir) du PCT.

Avant cela, ce parti au cours de dernières années pour essayer de garder le pouvoir s’était resserré autour du noyau ethnique (bureau politique).

Ce qui furent exclus du bureau politique s’organisèrent sans distinction d’appartenance ethnique. Ce qui provoqua la fissure, le PCT ayant lamentablement échoué dans la redistribution équitables des richesses se trouva acculé par son propre camp. Bokamba Yangouma originaire de Mossaka, Clément Miérassa, Jean-Pierre Tchistère Tchicaya furent parmi les membres du PCT qui réclamèrent le changement et l’ouverture en 1990. Ce mouvement conjugué à d’autres conduirent à la conférence nationale souveraine de 1991.

Les perdants des élections de 1992 n’ayant pas de discours et d’idéologie forte à contre-proposer aux Congolais ne pouvaient que réactiver le discours ethnique. C’est ce qui explique l’apparition des pratiques  des techniques weberiennes mises en place par Sassou et ses alliés.

Il fallait recréer l’ethnie pour constituer le groupe, pour cela l’on inventa un ennemi commun pour souder le groupe. Première étape séparer les Bakongos c’est-à-dire les gens du Sud. C’est ce qui explique pourquoi Kolélas va être armé et s’attaquer aux ressortissants des pays du Niari installés depuis des générations dans Bacongo, Makélékélé, Diata, Mfouilou,Moutabala.Le piège a fonctionné, les pays du Niari et le Pool ont fait scission, pour le malheur du Congo. Car depuis l’origine du Congo, ces populations ont toujours vécu ensemble et surtout constitué le  socle majeur de stabilité et de progrès économique du Congo.

Les présidents Fulbert Youlou  et Alphonse Massamba Debat ont eu des gouvernements où les originaires des pays du Niari étaient proportionnellement majoritaires. Certaines langues disent même que c’est la raison pour laquelle ces deux présidents ont perdu le pouvoir.

C’est pourquoi quand Marien Ngouabi arrive au pouvoir en 1968, il s’empresse de ne pas faire  comme ses deux prédécesseurs, d’où il fait appel massivement appel à tous les ressortissants du Nord pour occuper tous les espaces politico-adminstratif et militaire. Toutes les entreprises nationales qui furent confiées à ces derniers tomberent une à une en faillite. C'est le cas de l'OFNACOM (Office national de Commerce), de l'ONCPA (Office national de Collecte de Produits Agricoles) de CHACONA (Chantiers navals du Congo), de l'Usine textile de Kinsoundi SOTEXCO, de l'Usine de Cahier, du Laboratoire national de produits pharmaceutiques, de la Cidolou (Cimenterie Domaniale de Loutété) et d'autres unités économiques toutes confiées aux ressortissants des régions du Nord, qui n'avaient pour seules compétences l'appartenance au PCT et une forte allégeance à la révolution.

Plusieurs ressortissants du Nord vont alors occuper des postes de responsabilité et de gestion en dépit d’un minimum des règles universelles de conduite d’affaire publiques et nationales. D’autres pour la plupart vont abandonner la vie civile (enseignement et santé) pour entrer dans l’armée.

Cette politique va se poursuivre pendant plusieurs décennies avec les yaka noki noki à tous les niveaux même les plus subalternes. Il fallait pour Marien Ngouabi et les siens occuper tous les postes peu importe les compétences et surtout de leur faible poids démographique au sein de la population globale du Congo.

Forcément avec un tel système la médiocrité se trouve amplifié de façon exponentielle. C’est fut le règne de l’incompétence et du laxisme, l’impunité a favorisé l’apparition des réflexes de défense, de la part de cette classe pour garder le pouvoir. Les membres de cette classe d’incompétents avaient en commun leur origine linguistique.

Partant de cette configuration le PCT avait les moyens administratifs, surtout psychologiques pour imposer aux Congolais l’idée que le pouvoir était d’essence ethnique, cela pour mieux conserver le pouvoir.

Avec les moyens de communication de l’Etat, à sa disposition, il va enculturer les populations congolaises à cette idée.

Aux originaires du Nord on leur fait croire que leur sort serait mieux s’il soutiennent sans faille le pouvoir, car ils seront les premiers servis avant les autres, ils n’ont pas d’effort particulier à faire, seulement de défendre à tout crin le pouvoir.

Aux originaires du Nord qu’ils sont différents et que ceux du Sud ne veulent le pouvoir que pour se venger et les massacrer.

Aux originaires du Sud, leur faire croire compte tenu de leur poids démographique, que la démocratie d’un homme une voix n’est pas équitable et anti-national car contraire à la protection et au respect des droits fondamentaux de la minorité du Nord. La seule issue qui leur resterait c’est de s’emparer du pouvoir par le coup de force, mais dans tous les cas cela est  non-conforme aux conventions et surtout que l’armée est majoritairement aux mains des Nordistes.

Pour les politiciens originaires du Sud vouloir utiliser la force pour reconquérir c’est accepter de prendre le risque de faire plusieurs milliers des morts dans les pays du Sud. C’est ce qui explique la férocité du pouvoir actuel (PCT) en 1998 contre les populations de Bacongo.

Aux populations du Sud, on leur fait bien comprendre par des rituels d’assassinats d’innocents (le procès bidon de 1978, la mort de Barthélemy Kikadidi, le cardinal Emile Biayenda) par exemple) et les tracasseries policières et administratives que le pouvoir doit s’arracher par les armes comme l’avait bien su dire en son temps Marien Ngouabi. « le pouvoir s’arrache, il ne se donne pas »

Et sur ce point, ils sont mal lotis car en nombre insuffisant dans l’armée, ces derniers doivent exclure la possibilité d’un coup de force au risque d’être massacrés.

La seule issue c’est de s’allier avec ceux du Nord. C’est ce qui explique l’engouement d’une partie d’opposants originaires du Sud pour soutenir le général Emmanuel Ngouélondélé.

Ces derniers sans le savoir et avec un matraquage systémique de certaines thèses, appuient le discours de la séparation ethnique artificielle créée  par le PCT depuis longtemps.

Il y a lieu de signaler que ce discours trouve sa force émotionnelle et obtient l’adhésion passionnée des victimes, dans l’opération de séparation physique réalisée en 1993-1994 par les évènements traumatiques de 1993-1994, dans l’incivile guerre de 1997 et plus près de nos mémoires la guerre dans le Pool et le pays du Niari de 1998-2001. Le Pool étant toujours déstructurée tant au niveau social, culturel, économique, administratif que politique.

Cette technique du traumatisme a soutenu le discours d’exclusion du PCT qui l’emploie à tout moment. Marien Ngouabi en son temps a user de même techniques, en parlant de façon permanente de paix et quiétude, tandis que dans le même temps les Congolais étaient soumis aux exactions et pressions psychologiques de la police militaire et des miliciens, qui créaient un état anxiogène de guerre civile entre les révolutionnaires qu’ils étaient eux et les réactionnaires, les valets locaux, les contre-révolutionnaires qu’étaient les autres, exclus du parti.

C’est ce qui explique que le discours de Denis Sassou Nguesso est basé sur les mots comme : la paix des cœurs, la paix opposé à la guerre, hors lui c’est le chaos absolu et la mort absolu pour les originaires du Nord, qui poursuit l’objectif essentiel de réveiller dans le tréfonds des souvenirs de chaque individu congolais, les périodes d’atrocité qui n’ont jamais été cicatrisées, ni expliquées par des séances collectives de vérité et guérison.

L’absence de prise en compte de la douleur humaine de chacun des individus congolais par la République de façon positive et historique conduit à cette impression et lecture biaisées des évènements politiques.

C’est suite, selon moi à ce constat d’échec et/ou d’impasse politique que certains préconisent le fédéralisme et réactivent la thèse absurde et mensongère des micro-nationalités. Or le fédéralisme dans les pays où il s’applique se fait sur la base d’optimisation economico-administrative des avantages et différences de chacun des territoires c’est le cas de l’Allemagne et des USA.

Dans les pays où il se fait sur  la base communautaire, les tensions sont énormes et souvent réactivées par les politiciens ambitieux quand la redistribution des richesses nationales sont mal réparties, c’est le cas de la Belgique, de l’ex Yougoslavie, du Canada avec le Québec.

On doit avouer que le Congo n’est pas dans les deux cas, même si la solution fédérale doit être regardée et discutée avec objectivité, pour l’avenir du Congo.

En effet, au Congo les différences culturelles et de peuplement sont minimes car plus de 70% de la population vivent dans les deux villes coloniales (Pointe-Noire et Brazzaville) et que le reste du pays est un désert humain, le rapport de densité entre la campagne et la ville avoisine 1 sur 7.

A cause de ce brassage, qui est un progrès, les politiques congolais, les vrais à mon sens devraient plutôt réfléchir à comment répartir de manière équitable les richesses nationales et satisfaire les besoins fondamentaux de Congolais.

Le tribalisme et l’ethniicisme n’existent que parce que les politiciens congolais sont très très médiocres qu’il s’agisse des tenants du pouvoir actuel et de l’opposition, car ils ne sont que des sentiments humains. Face au désespoir l’être humain se réfugie facilement dans des repères identitaires. Malheureusement pour les Congolais, ses repères identitaires sont à près de 95% non définis.

Si tous les Congolais ont de quoi satisfaire leurs besoins fondamentaux et qu’en même temps leurs droits à la vie sont respectés, je suis convaincu que le problème du tribalisme ne va plus exister. Il ressort parce que les tenants du pouvoir sont hyper incompétents et malhonnêtes à la limite des salauds et qu’ils font tout pour rester au pouvoir. Ces derniers ont une certaine idée plutôt régressive d’eux-mêmes et du pays . Cela est aussi valable pour ceux qui prétendent appartenir à l’opposition et/ou la résistance.

En conclusion toutes les thèses qui soutiennent que le problème congolais provient du tribalisme et/ou de l’ethnicisme ne font qu’apporter de l’eau au moulin de ceux qui veulent le statu-quo. Ils enculturent les Congolais à admettre le tribalisme et l’ethnicisme comme la cause, tandis c’est la conséquence d’une stratégie de confiscation du pouvoir. Le tribalisme et l’ethnicisme sont des fictions sociales qui se transforment en réalité politique.

Nous devons poser les vrais problèmes du vivre ensemble, et éviter de nous divertir sur cet épiphénomène.

Si les Congolais étaient tribalistes ou tribaux, alors il n’y aurait pas eu autant de mariages interlinguistiques, au point que ce type de mariage commence à devenir majoritaire. De nos jours aucune famille congolaise peut se prétendre contenir en son sein des membres d’une seule communauté linguistique (ndinga) ou d’une seule région du Congo. Les familles sont de plus en plus mélangées. C’est ce progrès social et sociétal qui doit être mis en avant et doit être opposé à la médiocrité des politiciens congolais.

Ce travail  de restitution de la vérité doit être réalisé par ceux qui détiennent la connaissance. Plus nous allons combattre la médiocrité, plus le débat sera d’un haut, plus vite l’épiphénomène tribalisme et/ou ethnicisme disparaîtra pour le bien-être à nous tous vers le progrès et notre envol.

Le travail intellectuel de restitution de la vérité, que chacun de nous est amené à faire, oblige, si nous voulons apporter de réponses durables,  à sortir la question du tribalisme et/ou de l’ethnie du centre des questions politiques africaines, en général et plus particulièrement congolaises.

Mouélé Kibaya  http://lepangolin.canalblog.com   http://lepangolin.afrikblog.com     lepangolin1@yahoo.fr 

[1] On le verra plus loin pourquoi le PCT avait intérêt à tenir un tel discours

[2] Cela se repeta en 1991-1992, l’espoir d’un peuple qui croit en la démocratie et au vivre ensemble se transforma en cauchémar