Par Bétéo D. Nébié
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L'égyptologue congolais Bilolo-Mubabinge a écrit cette vérité qui devrait hanter l'esprit de tous les Africains, du moins celui de la frange qui se dit intellectuelle : "La crise politique continentale actuelle prouve la nécessité de se pencher sur la question de l'autorité et sur celle du système politique susceptible de contribuer au développement intégral et harmonieux de l'Afrique et du monde. Quelle est la philosophie fondamentale Bantu de l'autorité et comment peut-elle transformer la vie politique de l'Afrique d'aujourd'hui ? " Aussi s'est-il attaché à produire sur la question un document d'une rare profondeur et d'une pertinence remarquable, que tous ceux qui s'intéressent à l'Afrique gagneraient à lire.


Cinq ans avant lui, un Suisse du nom de Pierre Pradervand avait fait la pertinente observation suivante : "La tradition africaine de la palabre, (…) est une forme fondamentalement démocratique de débat au cours duquel on discute jusqu'à ce que le groupe trouve un consensus qui fasse l'unanimité. Le consensus solidifie et unit le groupe par le fait même qu'on a auparavant permis à toutes les opinions de s'exprimer. Il n'y a jamais de vote dans la tradition africaine, ce dernier impliquant en général une minorité qui se sent frustrée. "
Quant à Ndjimbi-Tshiendé, il confirme et accentue l'assertion de Pradervand lorsqu'il affirme : "La palabre africaine est une forme juridique institutionnelle de gouvernement unissant harmonieusement la démocratie directe, la démocratie représentative et l'oligarchie, les meilleurs systèmes politiques de l'histoire connus jusqu'aujourd'hui. Aussi pour être juste à l'égard de l'Afrique et scientifiquement objectif, il faut redéfinir ce mot pour qu'il retrouve sa vraie valeur… ou même le remplacer par un mot plus objectif comme celui de "recojustice" quand il s'agit de cette réalité africaine."


Comment la palabre dont il est question ici devrait pouvoir produire un régime politique qualitativement supérieur à la démocratie occidentale que tous les " politicards ", tous les politiciens et même les politologues actuels donnent comme la panacée pour la gestion de toute cité ? Comment travailler à redynamiser une telle conception de manière à en faire une référence valable universellement reconnue et acceptée ? Voilà le genre de questions auxquelles une intelligentsia africaine digne de ce nom devrait s'atteler ! Mais les intellectuels africains d'aujourd'hui, dans leur écrasante majorité, sinon dans leur quasi-totalité, sont entièrement incapables d'accepter la simple idée qu'une telle entreprise puisse être envisagée ! Ils balayeraient une pareille proposition d'un revers de main suffisant, persuadés qu'ils sont devenus qu'aucune idée universelle ne pourrait jamais germer du continent noir ! L'un de leur grand maître à penser, Hegel, n'a-t-il donc pas triomphé au-delà de ses propres espérances, lui qui a exclu l'Afrique de l'histoire sans jamais véritablement avoir mis les pieds sur notre continent ? En tout cas, il continue à faire recette chez nous, puisque la honte ne tue pas ! Alors comment peut-on s'étonner que l'Afrique, dirigée par ce genre de penseurs, ne fasse que piétiner et même reculer depuis des décennies !


La palabre africaine a ses origines dans les mythes africains. Or, les mythes sont précisément les fondations des réalités les plus obstinées, et des vérités les plus fondamentales. N'est-ce pas là une preuve suffisante de qualité de la palabre dite africaine ? Je vois la mimique d'ici : " Tous les mythes ne peuvent pas servir de base à la réalité " ! Voire n

Mgr E. Kabongo-Kanundowi et Bilolo-Mubabinge : Conception bantu de l'autorité suivie de Bumfumu ne bulongolodi. Publications Universitaires Africaines, Munich-Kinshasa. 1994
Pierre Pradervand : Une Afrique en marche. Plon 1989
NOMADE : Revue spécial 1 & 2. S.D.

Bétéo D. NEBIE
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