Veuillez trouver ci-dessous le script de l’émission le « Talk de Paris », diffusée ce vendredi 16 février à 19h10 sur FRANCE 24. Cette semaine, Ulysse Gosset recevait S.E. El Hadj Omar Bongo Ondimba, Président du Gabon et Mr Thomas Yayi Boni, Président du Bénin.

Talk de Paris par Ulysse Gosset le 16 février 2007

1ère partie

Ulysse GOSSET Bienvenue dans cette nouvelle édition du Talk de Paris sur France 24 avec un invité, une émission exceptionnelle enregistrée à Cannes à l’occasion du 24ème Sommet Afrique France, un sommet qui réunit pour la dernière fois de son quinquennat le Président Jacques Chirac et une trentaine de chefs d’état africains.

Avec nous comme invité pour en parler l’un de ceux qui ont marqué l’histoire de l’Afrique, du Gabon et de la France, le président Omar Bongo.

Bonjour Monsieur le Président et merci d’être ici avec nous ici ce soir.

Ce sommet est exceptionnel car c’est le dernier du quinquennat de Jacques Chirac . Est-ce aussi d’une certaine manière la fin d’une époque ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon) La fin d’une époque peut-être, l’époque Chirac si on peut ainsi l’appeler, mais je crois que ce n’est pas la fin des sommets. Les sommets vont continuer si le prochain Président de la République française le veut bien. Il s’agit de l’Afrique et de la France alors il s’agit que la France soit d’accord pour continuer, ou s’il s’agit, comme j’entends dire à droite et à gauche d’une rupture, ce qui signifie peut être la fin, je ne sais pas.

Ulysse GOSSET  En tous cas, vous avez connu tous les sommets depuis le début, depuis Georges Pompidou en 1973, en passant par le Président Giscard D’Estaing,  le Président Mitterrand et maintenant le Président Chirac. Qu’est-ce qui a changé depuis 1973 ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon) En 1973, c’était le début. Nous avons eu une raison, avec Georges Pompidou, de faire ce sommet. Ce qui a changé, c’est qu’il y a eu beaucoup de chefs d’états. Avant, par Afrique, on entendait les états qui avaient des liens bilatéraux avec la France. Par exemple dans les domaines de la monnaie, de la défense, des renseignements… il y avait des pays qui avaient des accords avec la France. Cela s’est agrandi au fur et à mesure, et a perdu un peu de sa puissance. On a du mal à se retrouver. Je l’ai dit ouvertement car je suis parmi ceux qui ont eu à critiquer ce sommet par la suite. Après il y a eu un moment de chaleur avec Chirac. Cette chaleur, on ne sait pas si on la retrouvera après le mandat de Chirac.

Ulysse GOSSET  Justement c’est le temps de dire adieu au Président Chirac. Vous lui dites Adieu, aujourd’hui à Cannes ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon) Non certainement pas, je lui dis à bientôt Jacques. Ou qu’il sera on se rencontrera, il n’y a pas que la politique, la fonction. Après la politique la vie continue, et on continuera à se voir.

Ulysse GOSSET  On a dit « Chirac l’Africain », est-ce que vous êtes d’accord avec cette expression ? Et pour Jacques Chirac c’est quoi pour vous, un ami, un frère ? Pour vous personnellement.

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)

Chirac l’africain c’était bien vrai. Parce qu’en dehors du Général de Gaulle qui a donné à l’Afrique francophone son indépendance, Chirac est celui qui s’est constitué en avocat de l’Afrique. Il a toujours parlé de l’Afrique sans exclusivité, ni de l’Afrique francophone, anglophone, lusophone, il a toujours parlé de l’Afrique où qu’il se trouve. C’est rare, très souvent j’ai vu des discours de Présidents français ou d’hommes politiques français, par le passé, qui ne parlaient jamais de l’Afrique.

Ulysse GOSSET  Vous avez fait allusion du Général de Gaulle, et il est vrai que vous êtes arrivés au pouvoir en 1967, vous avez donc connu aussi le Général de Gaulle, et je vous propose M. Le Président de regarder ensemble le portrait qui a été réalisé par un journaliste de la rédaction de France 24, Nicolas Hulot, pour voir ce parcours extraordinaire et tout à fait étonnant qui est le vôtre. Regardons ensemble.

DIFFUSION DU REPORTAGE

Ulysse GOSSET  Alors M. Le Président, toutes ces années, c’est un long parcours ; vous êtes une « Mémoire » finalement de cette relation franco-africaine, de la France Afrique. Est-ce que cette France Afrique est toujours à l’ordre du jour, ou est-elle dépassée ? On parle de caricature, on parle de folklore. Qu’en pensez-vous ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  Que voulez-vous que je vous dise ? Je laisse ceux-là dire ce qu’ils pensent, c’est la démocratie. Chaque chose a un nom. Dire que c’est la vérité, on est loin de le prouver.

Ulysse GOSSET   Mais la « France-Afrique » ça continue, ou est-ce qu’aujourd’hui a Cannes on passe à autre chose ? Est-ce le tournant ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  Cela dépendra du futur Président de la France. Aujourd’hui, c’est – j’ignore si c’est vous ou quelqu’un d’autre qui me le disait -  la fin d’une époque. On peut dire que c’est la fin de l’époque Chirac. On va entamer une autre période avec le nouveau Président qui va être élu. Mais je crois que le fondement même de la France Afrique restera, quitte à l’améliorer. Je vous ai dit aussi que sous Pompidou c’était une autre France Afrique. Sous Mitterrand, Giscard aussi c’était une autre. Et sous Chirac encore plus.

Ulysse GOSSET  Vous savez qu’on parle beaucoup ici de l’ouverture vers l’Europe. Avec à Cannes,  la présence Angela Merkel, la chancelière allemande. Est-ce que finalement, on ne va pas prendre cette dimension plus large qui associe tout le continent ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  Je crois - et franchement il ne faut pas s’en offusquer - : est-ce que vous pensez que la France d’aujourd’hui est en mesure de résoudre même partiellement les besoins de toute l’Afrique ?

Non. Alors il faut laisser la France souffler. Je ne suis pas contre ceux qui pensent que la France a tort de s’occuper de tous ses problèmes et moins de l’Afrique. Je dis c’est juste. Il arrive un moment où quand on a mis au monde un enfant, il grandit, il faut le laisser se développer, grandir, travailler à sa manière selon son comportement. On ne peut pas tout le temps demander après la France. Il faut au moment où nous sommes adultes, vieux, qu’on se tourne vers d’autres horizons, d’autres pays, tout en gardant nos liens ô combien traditionnels avec la France.

Ulysse GOSSET  Vous avez dit « cela dépendra du prochain Président ». Vous savez qu’à la fois Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont parlé de la relation future avec l’Afrique ? Ségolène Royal est très critique. Elle dit qu’il faut mettre un terme à ces relations trop personnelles qui se font au dépend des relations entres les peuples. Nicolas Sarkozy parle lui d’abandonner un certain  nombre de pratiques qui n’étaient pas bonnes . Qu’est-ce que vous en pensez ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon) Pour moi, tous les deux n’y comprennent rien !

Tout d’abord Ségolène Royal. Elle n’a pas d’ami. Elle est française, est-ce qu’elle peut me dire qu’elle n’a pas d’ami parmi les français ? Quand elle sera Présidente, si cela arrivait, elle n’aura pas un ami. Si elle a connu des gens avant d’être Présidente, elle va les abandonner parce qu’elle est Présidente. Mais c’est cela l’amitié personnelle. C’est là où on sent que l’individu est fidèle à lui-même. Moi j’ai des amis qui m’ont connu sur les bancs de l’école et j’ai des amis qui étaient avec moi fonctionnaires. Quand je suis devenu Directeur de Cabinet, j’ai eu d’autres amis, quand je suis devenu Ministre, j’en ai eu d’autres et Président j’en ai eu d’autres, mais je ne peux les renier parce que je suis Chef d’Etat. Quant à dire que les liens que la France a tissés avec le pays, il faut y mettre fin, parce qu’on pense que c’est la bonne manière de faire plaisir au Gabon, je dis non.

Ulysse GOSSET  Voilà pour Ségolène Royal, mais si elle est élue est-ce que vous aurez de bonnes relations avec elle ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  Cela dépend d’elle. Moi je la prendrai pour la première des français et comme telle, j’aurai des relations avec elle, ne fussent que des relations d’état à état. Si cela ne lui plait pas, tant pis pour elle. Elle reste dans sa France et moi dans mon Gabon.

Ulysse GOSSET   Et Nicolas Sarkozy, lui aussi, a souhaité peut-être une autre forme de relation plus moderne avec l’Afrique. Il a même dit cette petite phrase critique : « la France économiquement n’a pas forcément toujours besoin de l’Afrique ». Alors avec Nicolas Sarkozy vous pourrez vous entendre s’il était élu ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  Avec Nicolas Sarkozy il y a une différence parce qu’on est amis. Si demain il me renie parce qu’il est Président, je lui dirais « ce n’est pas sérieux Nicolas ». Oui, je lui dirai.

Ulysse GOSSET   Qu’est-ce qui n’est pas sérieux M. le Président ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  S’il ne reconnaît plus qu’on est amis.

Ulysse GOSSET  Mais Nicolas Sarkozy a eu cette petite phrase, il appelle à tourner la page des relations « des complaisances, des officines, des secrets et des ambiguïtés ». Ce sont des mots forts !

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  Des mots forts, quitte à lui de le prouver. Il sait à qui il parle et s’il estime que ses relations, ses amitiés avec moi sont basées sur ce qu’il dit, quitte à lui d’apporter des modifications à cela. Sinon, je ne fais aucun procès d’intention à son égard, ni à l’égard de la France.

Ulysse GOSSET   Il y a une chose très importante, c’est le dossier de l’immigration. Là aussi, Nicolas Sarkozy a voulu une nouvelle forme d’immigration, ce qu’il a appelé une immigration choisie. Comment voyez-vous cela ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)   Il parle d’immigration choisie, d’immigration concertée. Moi je lui ai déjà dit. Je lui ai dit Nicolas, est-ce que tu connais bien ton problème de l’immigration ? Il y a des français qui immigrent, et si on devait lui renvoyer les français qui sont en Afrique et à travers le monde, je crois qu’il s’essoufflera aussi. Alors qu’il n’en parle pas comme cela. C’est vrai, parce cette immigration on en parle jamais, est-ce que vous savez que moi-même, on fait de l’immigration à l’endroit des cadres africains qui sont formés en France. Cela provoque la fuite des cerveaux. Ceux-là ne seront pas chassés. Ce sont les pauvres qui balayent la rue et les caniveaux qui sont chassés. Alors que nous ont a besoin de nos cadres chez nous.

Ulysse GOSSET    Vous avez peur de la fuite des cerveaux africains ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)    Je veux que les gros cerveaux reviennent en Afrique.

Ulysse GOSSET  Quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle, quel est votre message au successeur de Jacques Chirac ? Quelle politique la France doit-elle avoir vis-à-vis de l’Afrique ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  Mais je n’aurai aucune politique à lui dicter. C’est à lui-même d’avoir une politique vis-à-vis de l’Afrique.

Ulysse GOSSET   Bien sûr, mais votre recommandation ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  Mais cela dépend des relations. Je vous l’ai dit, il y a des relations d’état à état doublées de relations personnelles.

Ulysse GOSSET   Si je vous pose la question, M. le Président, c’est parce qu’on voit la montée en puissance de la Chine. Avec la mondialisation tout a changé et est-ce que vous pensez que la France est entrain de perdre son influence et sa place en Afrique et notamment chez vous ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  Mais vous parlez seulement de l’Afrique. Mais que fait la France vis-à-vis des chinois ?

Soyons logiques. Que faites vous, vous français vis-à-vis des chinois ? Vous allez en Chine. Quand votre Président se déplace, ils sont 150. C’est 300 entreprises qui vont en Chine pour proposer des carottes, des betteraves, tout à vendre. Et nous qui recevons les chinois qui viennent chez nous sans condition et se mettent à travailler, vous trouvez cela mauvais.

Ulysse GOSSET   Non, je vous demande si c’est une perte d’influence de la France ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  Cela, c’est ce qu’on appelle l’ingérence dans les affaires intérieures des autres. Ce n’est pas à moi de me mettre à la place des français et de parler à la place des français.

Ulysse GOSSET   La Chine va doubler d’ici 2010 son commerce avec l’Afrique jusqu’à 100 milliards de dollars. Est-ce qu’il ne va pas y avoir une nouvelle forme de colonisation économique de la Chine ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  Non, il n’y aura pas de colonisation. Une nouvelle forme de coopération oui, mais pas de colonisation. La Chine ne peut pas être la Chine de Mao Tsé-Toung, même si Mao n’y est plus. Tsé-Toung est devenu le colonialiste, non. Hier, la Chine ne faisait pas la politique de l’économie de marcher, maintenant elle a goûté, elle n’essaie plus, et bien elle lutte.

Ulysse GOSSET   Le Président Jacques Chirac dans son discours ici à Cannes a parlé de développement, de sécurité et aussi de gouvernance démocratique. Sans les droits de l’homme, il n’y a pas de sécurité ni de développement. Vous êtes un représentant de cette France Afrique depuis 1967. Est-ce que vous vous sentez un petit peu touché ? Est-ce que vous pensez qu’il n’y a pas des progrès a faire au Gabon et ailleurs pour  favoriser la démocratie en Afrique ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  Ici c’est chez nous. On a pas besoin qu’on nous fasse de discours pour cela. Et le discours de Mitterrand à la Baule, c’était quoi ? Chirac nous fait une répétition de ce que Mitterrand avait dit en 1990 à la Baule. Et à la baule il a même dit : « ceux qui feront de la bonne gouvernance, de la bonne politique, démocratie, auront ceci, auront cela».  Aujourd’hui mon œil, en 17 ans on a rien vu. C’est comme la politique de conservation de la forêt. Cela vous n’en parlez pas. Je vois vos gens écolo parler. A Rio - Madame Ségolène y était - on y a dit que ceux qui préservent leur forêt, le Gabon en exemple, auront des gratification, des bonifications pour la protection de l’environnement. Aujourd’hui j’ai ouvert 12 parcs au Gabon. Les français n’en ont pas vu un seul.

Ulysse GOSSET  M. le Président vous avez été réélu pour 7 ans, et donc vous allez être au pouvoir jusqu’en 2012. Est-ce que vous allez rester toute votre vie au pouvoir ? Est-ce que vous allez être comme Molière qui finalement mourra sur scène ? Est-ce que vous allez rester jusqu’au bout ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  Il n’y a que Dieu qui sait de quoi sera fait demain mais pas moi. Je n’ai pas dit que j’allais rester tout le temps au pouvoir. Mais quand on m’égratigne à cause de ce pouvoir, je dis bon je vais rester puisque vous voulez voir.

Mais vous avez vu à la télé l’âge auquel j’ai été élu Président. C’est l’âge auquel ici en France les gens ne sont même pas députés.

Ulysse GOSSET   Quel est votre secret pour cette longévité et ce pouvoir aussi longtemps à la tête d’un pays ?

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  C’est que je fais ce que veut le peuple.

Ulysse GOSSET   Tout simplement.

El Hadj Omar Bongo Ondimba (Président du Gabon)  Je crois.

Ulysse GOSSET  M. le Président, merci d’avoir participé à cette émission du talk de Paris sur France 24, bon sommet à Cannes et bien entendu nous allons nous retrouver d’ici quelques minutes pour la deuxième partie de cette émission.

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Talk de Paris par Ulysse Gosset le 16 février 2007

2ème partie

Ulysse GOSSET Retour sur la plateau du Talk de Paris, une émission spéciale enregistrée à Cannes à l’occasion du 24ème Sommet Afrique France.

A Cannes nous retrouvons un autre invité, un autre Président africain, le Président du Bénin, le Président Boni Yayi qui incarne la nouvelle génération des chefs d’Etats Africain.

Monsieur le Président, Bonjour.

le Président Boni YARI Bonjour.

Ulysse GOSSET  Nous sommes ravis que vous soyez là, parce que vous incarnez cette rupture, ce changement, cet avenir de l’Afrique, cette Afrique qui gagne, cette Afrique qui veut se moderniser ; est-ce que vous êtes vraiment cela, l’incarnation d’un nouveau modèle africain pour l’avenir ?

le Président Boni YayiC’est ce que les gens disent. Mais ce que je sais, c’est que effectivement, le moment est venu maintenant pour que l’ Afrique prenne ses responsabilité s, et compte tenu de ce que nous faisons depuis que nous sommes aux affaires, depuis maintenant une dizaine de mois, je crois que nous sommes arrivés à cette conclusion que nous devons maintenant nous donner une vision claire, nous comporter en hommes déterminés, c’est à dire en leaderships éclairés.

Ulysse GOSSET Vous avez 54 ans et vous êtes là aussi pour dire au revoir ou adieu à Jacques Chirac. Quelle image laissera Jacques Chirac au Bénin et pour vous personnellement ? 

le Président Boni Yayi Le Président Chirac va nous manquer. Un homme chaleureux qui accepte tout le monde et qui sait convaincre, qui a su s’investir pour toute l’Afrique et pour la jeunesse africaine donc naturellement, humainement parlant, je dis sur le plan humain, c’est comme si c’était une tristesse qui nous gagnait.

Pour moi personnellement, puisqu’il a une affection très forte pour moi et pour mon peuple, Jacques Chirac sera toujours là.

Ulysse GOSSET Est-ce que vous avez une certaine inquiétude ?

Le Président Boni Yayi J’allais dire, il rentre dans l’immortalité, compte tenu aujourd’hui de sa conviction à nos côtés. Aux côtés des pays les plus pauvres dont les 2/3 sont des pays africains.

Ulysse GOSSET Est-ce que le départ de Jacques Chirac qui marque d’une certaine manière la fin d’une époque vous inquiète compte tenu de l’incertitude pour l’avenir, on ne sait pas qui sera Président. Est-ce que vous êtes un petit peu inquiet ou pas ?

Le Président Boni Yayi Je crois que le Président Chirac a mis sur des rails des relations qui doivent être les nôtres à l’avenir et rappelez-vous, je crois que la politique africaine de la France a connu des mutations. Quoi de plus normal ! Voyez, rappelez-vous que les choses ont commencé, par bouger, depuis Chaillot 1981, peut-être avec l’arrivée du Président Mitterrand, la Baule, ou pratiquement les choses ont commencé par se clarifier.
D’abord la considération essentielle de la démocratie, la liberté, le respect des droits de l’Homme et la prise en compte aussi des critères, des performances que considèrent la plupart des institutions ou la communauté internationale. C’est à dire que le dialogue que chacun, que chaque pays devait mener, avec la communauté internationale bâti sur les échanges de Bretton Woods est assis sur un certain nombre de critères de performances.

Ulysse GOSSET Mais compte tenu des sentiments que vous éprouvez à l’égard de Jacques Chirac, est-ce que quand la France change de Président, cela suscite une certaine inquiétude ou est-ce que c’est le cours normal de la vie politique ?

Le Président Boni Yayi Naturellement. Humainement parlant, voici quelqu’un qui s’est engagé de notre côté et qui semble-t-il va se retirer physiquement de la terre des affaires, c’est à dire la République Française.

Il est un partenaire privilégié et non des moindres, qui a su s’investir pour nous, au niveau de la communauté internationale, au niveau des institutions européennes, au niveau des institutions de Bretton Woods et sa forte sollicitude à notre endroit…

Vous ne trouvez pas normal qu’aujourd’hui, tous soyons animés par un sentiment non pas de regret ? Est ce que ce combat qu’il mène, est-ce que la République Française continuera toujours ?

Mais je crois beaucoup, à des hommes de qualité qui suivent et qui sont à mon avis obligés de suivre de très près ce que le Président Chirac a bâti et ce que les autres présidents Français ont construit, pour consolider les relations, et surtout nous aider à élargir.

Rappelez-vous, la première fois que j’ai entrepris ma visite officielle en France, le Président Chirac en me serrant la main me dit : « Monsieur le Président, la France ne peut pas régler tous les problèmes du Bénin. Mettez en place une stratégie d’ouverture, allez vers les autres partenaires, nous allons vous aider. A quelques heures de votre arrivée, je me suis entretenu avec Louis Michel, et je lui ai demandé d’aider le Bénin. Je me suis entretenu avec le responsable des études de Bretton Woods. Je leur ai dit : Ecoutez, ce jeune il a de la vision, il est déterminé, il faut l’aider ». Donc à mon avis les autres chefs d’Etats vont certainement suivre cela.

Ulysse GOSSET Nous allons y revenir, mais avant, je pense que c’est important pour nos téléspectateurs de mieux vous connaître et nous allons regarder ensemble le portrait qui a été réalisé par un journaliste de France 24, Greg Sommerville.

Diffusion du portrait

Ulysse GOSSET Monsieur le Président, on dit que vous voulez faire du Bénin le Hong-Kong de l’Afrique.

Le Président Boni Yayi Absolument.

Ulysse GOSSET C’est un rêve ou une possible réalité ?

Le Président Boni Yayi C’est ce que veut le peuple béninois.

Ulysse GOSSET Ca veut dire quoi ?

Le Président Boni Yayi Ca veut dire que le peuple a décidé d’aller vers la prospérité pour chacun et chacune.

Ulysse GOSSET C’est-à-dire une zone franche en Afrique ?

Le Président Boni Yayi Oui, naturellement. Ce que Hong Kong est pour l’Asie du Sud Est et c’est ce que nous voulons être. Nous voulons être plus utiles, bâtir notre prospérité à partir de services, devenir un pôle régional de services. Je crois que l’emplacement ou le positionnement du Bénin le permet - et surtout les opportunités.

Ulysse GOSSET Ce qui est important c’est qu’aujourd’hui, vous n’êtes pas un homme politique traditionnel. Vous êtes banquier de formation et vous avez les connaissances pour gérer le pays et peut-être en faire un Hong-Kong. Mais comment allez-vous gouverner car ce qui est très important aujourd’hui, c’est peut-être de changer les règles et notamment d’assainir l’économie et de réduire la corruption. Est-ce que c’est possible de réduire la corruption en Afrique et chez vous au Bénin ?

Le Président Boni Yayi

Ulysse GOSSET  Cela veut dire que vous allez agir par exemple comme les procureurs en Italie qui luttent contre la mafia, qui est partout là bas. Vous dites que la corruption est partout chez vous. Est ce qu’il va y avoir des arrestations par exemple ?

Le Président Boni Yayi  Ecoutez, nous sommes un pays de Droit. Quand nous sommes arrivés, nous avons fait des audits. Nous avons pu identifier certains dossiers qui ne sont pas conformes à l’éthique. Ces dossiers sont en train d’être transmis à la justice.
Nous avons identifié des postes de mal–gouvernance que nous sommes en train de rectifier. Nous sommes en train d’identifier les principaux corrupteurs. D’où est-ce qu’ils tiennent leurs ressources ? Nous sommes en train des les fermer. Mais vous avez parfaitement raison, c’est extrêmement difficile. Sauf lorsqu’il y a de la détermination. Mais le point essentiel : Pourquoi ai-je de l’espoir ? Pourquoi faut-il retenir cela ? Nous venons d’en parler : le poisson. Lorsque le poisson pourrit, il pourrit par la tête. Le corps va où va la tête. J’ai dit à mes compatriotes que le changement commence par moi-même. Je dois constituer l’exemple, la référence. Le jour où ils constateront que j’ai commis un impair, alors je leur donnerai l’autorisation de gagner la rue.

Cela veut dire que si je me comporte bien, il n’y a pas de raison que mon peuple fasse autre chose. Cela me donne de l’espoir et je crois que nous allons pouvoir y arriver.

Ulysse GOSSET  Si vous allez jusqu’au bout de cette démarche, est-ce que ce n’est pas dangereux pour vous ? Est ce que d’autres ne vont pas chercher à vous empêcher d’agir ?

Le Président Boni Yayi  C’est toujours dangereux. Je vous dis qu’on ne peut pas atteindre l’objectif du développement pour chaque Béninois et chaque Béninoise sans passer par là. Pour moi, c’est la seule voie aujourd’hui qui s’offre à nous et à ce peuple. Mais c’est le peuple qui décide. Le peuple me comprend. Dès lors qu’on arrive à obtenir une cohésion sociale, nationale autour de cette question, nous allons pouvoir y arriver, je crois que l’espoir est permis.

Ulysse GOSSET   Monsieur le Président, actuellement, il y a une sorte de tête à tête entre la France et l’Afrique qui dure depuis 1973 avec le 1er sommet inauguré par Georges Pompidou. Est-ce que vous êtes plutôt partisan d’élargir ce tête à tête et d’en sortir ou est-ce qu’il faut préserver cette relation particulière, cette relation d’exception que certains condamnent et d’autres approuvent ?
Quel est votre sentiment à vous ?

Le Président Boni Yayi  Je crois que le monde a changé. Comme je viens de le dire, les relations entre la France et l’Afrique ont connu des mutations. Je crois qu’on ne parle plus de pré carré au fur et à mesure.

Donc naturellement la question de l’élargissement pour moi constitue une bonne vision en ce sens que la France seule ne peut pas régler tous nos problèmes, s’en est rendu compte et estime qu’il faut régler cette question, d’abord au niveau de l’Europe, c’est comme cela que j’ai compris la présence de la chancelière allemande qui aujourd’hui assume la  Présidence de l’union Européenne et du G8. C’est comme cela que je vois aussi les interpellations de la communauté internationale de la part du Président Chirac.

Ulysse GOSSET  Il y a aussi la question de la Chine. Si la France perd un petit peu de son influence, la Chine en gagne beaucoup et ça devient une sorte de parrain de l’Afrique. Et peut-être même un pays qui est entrain de coloniser l’Afrique d’une autre manière. Cela ne vous inquiète pas ?

Le Président Boni Yayi  Ce n’est pas sous cette forme qu’il faut interpréter cela. J’ai toujours dit : le Bénin a ouvert son ciel, son sous-sol, ses côtes, ses marchés, ses infrastructures au secteur privé. Dans le monde français, américain, japonais, chinois, et c’est dans ce cadre qu’il faut comprendre aujourd’hui les contacts que nous avons, qui sont des contacts d’affaires que nous avons avec la Chine en particulier.

Je crois, cher ami, que votre question en cache une autre. Vous avez parfaitement raison. Est-ce que ce n’est pas une forme de colonisation ? Nous sommes en train de nous organiser. Comment faire en sorte que la Chine ne vienne pas ramasser nos matières premières uniquement ? C’est-à-dire nous exploiter sans chômage ?

C’est à nous de prendre nos responsabilité s, pour transformer nos matières premières et apporter de la valeur ajoutée, distribuer des revenus, créer des emplois. Nous devons nous organiser et situer alors les points pour lesquels nous devons coopérer avec cette puissance aujourd’hui qui émerge dangereusement. Il faut donc faire comme elle, puisqu’elle travaille, elle a des qualités. Il faut que nous allions dans cette direction.

Si je me résume, je crois qu’il faut comprendre que nous sommes, pays africains, condamnés à mettre en place des stratégies régionales de manière à unifier nos marchés. Et c’est ce que nous sommes en train de faire. Je crois aujourd’hui que dans le Monde entier, que ce soit l’Europe, les Etats-Unis, tous parlent aujourd’hui de partenariat, d’alliés bénéfiques. Ce n’est pas que les gens viennent nous coloniser, c’est terminé. Mais nous voulons nous comporter en partenaires responsables ; que chacun fasse son travail, que chacun vienne faire des affaires et que chacun puisse gagner. Je crois que c’est ça qui détermine l’équilibre dans le monde.

Le dernier point qu’il faut comprendre ici et tout le monde est d’accord, c’est qu’il ne faut pas continuer de laisser l’Afrique de cette manière. La pauvreté dans laquelle se trouve aujourd’hui ce continent est telle que l’équilibre mondial est menacé. Nous avons coutume de dire lorsque l’on parle des pays les plus pauvres, que cette pauvreté est souvent le terreau de tout ce qui est à l’origine des déséquilibres sociaux. Le terrorisme, la guerre par-ci, l’insécurité par-là. Donc nous sommes tous d’accord. De ce point de vue, nous sommes tous condamnés à asseoir un partenariat avec le continent africain et le reste du monde, de manière à ce que ce partenariat soit bénéfique pour tout le monde.

Ulysse GOSSET  Puisque c’est le dernier sommet du quinquennat de Jacques Chirac, vous savez que la France entre en période électorale. Vous avez rencontré Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

Le Président Boni Yayi Tout le monde…

Ulysse GOSSET  Ils ont tous les deux envie que les choses changent. Notamment sur l’immigration. On se souvient de la visite de Nicolas Sarkozy au Bénin. Il a été l’objet de contestations, de manifestations.

Le Président Boni Yayi Vous étiez là ?

Ulysse GOSSET  Je l’ai vu à la télévision, je l’ai lu dans les journaux. Nicolas Sarkozy a une politique d’immigration choisie. Pensez-vous que c’est une bonne politique ?

Le Président Boni Yayi  Il est venu, il m’en a parlé. Je lui ai demandé ce que c’était. Il m’a dit : « Monsieur le Président, vous êtes jeune, je vous aime bien, je veux que nous puissions repartir sur des nouvelles bases ». Je lui ai dit « je suis d’accord ; mais expliquez-moi ce qu’est l’immigration choisie ».
Ecoutez, moi je vous demande une chose, si vous me demandez de prendre mes responsabilité s, je les ai déjà prises. Mais ce que je vous demande, c’est de nous aider à faire en sorte qu’il y ait un équilibre dans la gouvernance des affaires de ce monde. C’est à dire que le travail de mon peuple soit mieux valorisé. Nous sommes un peuple de cotonniers ; deux béninois sur trois comme il en est de même au Burkinabé, les maliens, les nigériens etc. vivent de cette filière.
Il faut faire en sorte que nos productions soient mieux valorisées. Une fois que nous aurons tiré les ressources à la mesure du fruit de notre travail, nous pourrons retenir la jeunesse sur place.

Je considère que le candidat Nicolas Sarkozy, la candidate Ségolène Royal et les autres candidats sont en train de se battre pour un meilleur équilibre mondial. Dans cette direction, nous les soutiendrons tous.

Tous nous nous comprendrons bien sur la nécessité à bâtir un monde équilibré. Sur la nécessité de revoir la gouvernance mondiale pour le bien-être et l’amitié de nos peuples.  Le continent africain n’est pas n’importe quel continent. Il est encore riche, il est vierge, il est plein de ressources, il a besoin de se valoriser et de valoriser ses langues et naturellement de retenir ses cadres pour le bonheur de son peuple.

Ulysse GOSSET  Je vois en tout cas Monsieur le Président que vous faîtes preuve d’un grand enthousiasme, celui de la jeunesse.

Le Président Boni Yayi Optimisme même !

Ulysse GOSSET  Et comme vous êtes un nouveau venu en politique, je vous souhaite bonne chance au Bénin. Je vous remercie d’avoir participé à cette émission.

Le Président Boni Yayi  Je crois en la nouvelle Afrique qui gagne. C’est moi qui vous remercie.

Ulysse GOSSET  Merci à nos téléspectateurs et je vous donne rendez-vous pour une nouvelle édition du Talk de Paris, vendredi prochain.

La corruption est partout. Mais naturellement, chacun a ses spécificités. Je sais identifier les racines et je crois avec mon peuple que nous avons démarré. Et j’ai bon espoir d’y arriver. A mon avis le maître mot aujourd’hui c’est que la bataille du développement passe par la bataille contre la corruption. Et ça, je crois que le peuple sait aujourd’hui que nous en faisons un point cardinal et le monde est en train maintenant de s’en rendre compte, compte tenu aujourd’hui des acquis.