Emigration-Immigration : les Africains face à leurs responsabilités

A la faveur des élections présidentielles et législatives de 2007 en France et des images des naufragés des barques africaines qui échouent sur les côtes espagnoles dans les Iles Canaries et italiennes Ile de Lampedusa, l’actualité des relations africano-européennes se trouve dominée par les questions d’immigration.

Le traitement médiatico-politique fait à ces évènements renvoient à plusieurs problématiques. Dans pareilles situations on cherche toujours des responsabilités surtout qu’il y a mort d’homme en quantité insoutenable pour l’entendement humain. En effet tous les jours, une dizaine d’africains meurent dans une traversée en pirogue de l’océan pour rejoindre l’Europe qui ressemble à un voyage en aller simple vers l’enfer.

Ce qui a ému l’opinion publique de deux côtés de la Méditerranée. Tellement que ces images commençaient à reposer la question des relations économiques entre l’Europe et l’Afrique, qu’elles renvoyaient aussi à la question de la dignité humaine par les Africains et les Européens. Ces images montraient aussi le côté inhumain des Européens, ce qui contredisaient toutes leurs thèses sur les Droits de l’Homme.

Plusieurs journaux africains s’en prirent aux Européens, l’Espagne qui dans un premier temps avait décidé de les accueillir, sous la pression de la France et de l’Angleterre, vient de changer de position et durcit comme les autres pays ses lois.

La dernière semaine du mois de septembre 2006 on a assisté aux retour vers le Sénégal essentiellement, des africains. Ce retour s’effectuant par avions spéciaux (comme des animaux). Plusieurs milliers des Sénégalais ont été ainsi rapatriés vers leur pays de cette façon avec un petit pécule remis au gouvernement en échange du renforcement des contrôles des eaux maritimes africaines (Maroc, Mauritanie, Sénégal).

Ce rapatriement forcé, vécu comme un retour vers l’enfer (Afrique),de ceux qui avaient réussi la traversée de l’autre enfer (Atlantique) vers le paradis (entendez l’Europe),   n’a pas été du tout vu de la même façon.

Au Sénégal, cela a suscité des polémiques on parlait de la corruption surtout qu’après les accords avec le gouvernement espagnol, le gouvernement sénégalais a signé des accords sans contreparties financières avec le gouvernement français.

Dans tous les cas la farouche détermination des jeunes et voire très jeunes (presque des enfants) Sénégalais à quitter leur pays pour l’Europe par tous les moyens appelle à une profonde analyse de la situation économique des jeunes et de l'idée que la population en général se fait de son pays.

D’abord quelques chiffres pour poser le débat :

Espèrance de vie au Sénégal est 52,3 ans en 2001.contre 75 à 80 ans en moyenne en Europe en 2001 http://fr.wikipedia.org/wiki/Classement_IDH_des_pays,_2000

Le niveau de pauvreté au Sénégal = 0.431 occupant la 154 ème place sur 200   contre une moyenne 0.918 pour l’Europe (France : 0,928 rang 12 ; Espagne :0.913 classée 21unième ; Suède : 0.941 classée 2ème Norvège :0.969 premier sur 200 pays du monde)

EUROPE www.populationdata.net/europe.php

  • Population : 732 938 773 habitants

  • Superficie : 9 626 994 km2 (Russie européenne comprise)

  • Densité : 76.13 habitants/km2

  • Nombre de pays & territoires : 49

  • Nombre de fuseaux horaires : 6

  • Espérance de vie : 75 ans

  • Taux de natalité : 10

  • Taux de mortalité : 11

  • Taux de mortalité infantile : 7

  • Nombre de langues parlées : 225

  • PNB/habitant (PPA-2003) : 18 550 $USD

  • Bordées par : Océan Atlantique, Océan Arctique, Mer du Nord, Mer Baltique, Mer Méditerranée, Mer Noire, Mer Caspienne

AFRIQUE /www.populationdata.net/afrique.php

  • Population : 914 179 713 habitants

  • Superficie : 30 206 704 km2

  • Densité : 30.26 habitants/km2

  • Nombre de pays & territoires : 57

  • Nombre de fuseaux horaires : 6

  • Espérance de vie : 52 ans

  • Taux de natalité : 38

  • Taux de mortalité : 15

  • Taux de mortalité infantile : 89

  • Nombre de langues parlées : 2011

  • PNB/habitant (PPA-2003) : 2170 $USD

  • Bordée par : Océan Atlantique, Océan Indien, Mer Méditerranée, Mer Rouge

Pourcentage de la  population jeune Afrique plus de 60%  contre moins de 40% en Europe

A côté de ces chiffres il sied d’ajouter que le niveau de sécurité alimentaire n’est pas atteint.

En ce qui concerne la sécurité des biens et des personnes ; l’Afrique est le continent où la vie n’a pas beaucoup de prix, les équipements sanitaires laissent à désirer. Il en va des biens matériel, le niveau de destruction du cadre environnemental est très élevé.

Quand on compare les deux continents, le niveau d’organisation sociale est très faible  ainsi que celui de la démocratie réelle. La plupart des pays africains sont entre les mains des dictateurs fortement soutenus par les puissances occidentales qui veulent perpetuer l'ordre colonial.

C’est sur ces derniers points que je voudrais axer mon propos lorsqu’on regarde les chiffres de la population on constate que le continent est jeune plus de la moitié de sa population a moins de 25 ans par rapport à l’Europe ce qui représente un avantage et un handicap si on ne fait rien dans les années qui suivent. L’Europe vieillissante aura toujours besoin d’un apport extérieur selon certains experts. Pour une partie des politiques africains c’est donc normal que les jeunes africains aillent faire l’appoint.

Et donc pour l’Afrique si on se plaçait sur le plan de la compétition mondiale, cette dernière est un continent d’avenir. Car il n’est de richesses que d’hommes. C’est la première matière première pour tout pays. C'est ce qui explique l'angoisse des pays européens vis-à-vis du recul de la maternité et l'instauration des politiques familiales.

Ce qui contraste cruellement avec la réalité africaine qui n’offre aucune perspective à sa jeunesse. Ce manque de confiance en l’avenir et le refus de se prendre en mains afin de se saisir  des opportunités du présent est symptomatique d’une société non organisée.

Le mal africain résiderait donc dans la rupture voilà bientôt 50 ans du lien social. L’Afrique recèle en son sein des sociétés qui ont rompu le lien intergénérationnel qui fonde et prime dans toute société humaine organisée et évoluée.

Car comment peut-on par exemple comprendre ces attitudes regressives telles en Afrique du Sud où des adultes inconscients violent des jeunes filles vierges soit-disant pour échapper au SIDA, tout comme en Afrique centrale on laisse livrer des adolescentes à la prostitution vis-à-vis des étrangers.

En Afrique de l’Ouest la pratique des jeunes adolescentes voire des enfants comme « bonnes » soumises presque à l’esclavage est trouvée normale.

Alors comment peut-on comprendre qu’une société sacrifie une jeunesse qu’elle a elle-même enfantée ? Quand dans les autres sociétés, on fait tout pour garantir un futur à la jeunesse et on voit les politiques se battent pour  assurer l’avenir à cette dernière, d’où les débats récurrents dans ces pays à propos de la dette intérieure. L’union européenne a même fixé des normes des taux d'endettement par rapport au PIB.

Qu’est-ce qui motivent alors, la grande masse de la population africaine,  son élite, ses intellectuels et les politiques africains à considérer l’émigration comme solution aux problèmes politiques et économiques ?

Pour ma part j’ai du mal à comprendre les ressorts philosophiques, politiques et sociologiques qui font qu’un peuple tout entier puisse laisser sa jeunesse et voire ses enfants  jouer à la roulette russe en traversant avec des pirogues l'Atlantique?

Dans le cas sénégalais, quels sont les justifications de cet acte, où des parents  acceptent d’envoyer leurs propres progénitures courir le risque de disparaître en mer ? Qu’est-ce qui les obligerait ainsi ?

A ces questions je me permets d’ajouter celles-ci :

Est-ce que l’Europe aurait-elle l’obligation morale d’accepter tout cet afflux ?

Est-ce que l’Europe a obligation d’aider l’Afrique pour éviter cette émigration ?

Toutes ces questions étaient âprement discutées à Rabat au Maroc en juillet 2006 et lors de différentes rencontres entre ministres européens entre eux ou avec des ministres africains des pays à forte émigration.

La grande réponse qui ressort de toutes ces rencontres c’est le renforcement des mesures restrictives d’entrée et la fermeture plus ou moins totale des frontières européennes. Cette réponse fut vite battue en brèche par la détermination des émigrants africains à gagner l’Europe.

Ce qui nous offre tous les jours aux actualités les drames, toujours des morts et des rapatriements. Une actualité alimentant des débats interminables sur les causes  et les conséquences. On continue dans pareille situation de chercher des boucs émissaires.

Les Africains accusant l’Europe d’égoïsme et de racisme. Ils enfoncent le clou en demandant à l’Europe méprisant et cupide ayant spolié depuis six siècles  l’Afrique d’assumer les dégâts collatéraux de leurs actes politiques, économiques.

Pour certains cette thèse bien que vraie et pertinente n’expliquerait pas tout, car pour d’autres il faille d’abord rechercher les causes internes de cette émigration sans pour autant excuser les actes des Européens. Il nous faut determiner notre part de responsabilité interne.

Pour cette autre catégorie de pensée la recherche des causes internes s’avère primordiale, car les causes externes trouvent leur expansion exponentielle dans le lit des causes internes. On va pour le propos d’aujourd’hui les sérier et dans les prochains jours les illustrer par des exemples pris dans l’actualité. Il s’agit de :

1)               Le manque d’organisation des jeunes, la jeunesse africaine représente près de 65% de la population et dans certains pays ils sont près de 75% de la population et ne sont nullement représentés dans les sphères décisionnelles de la politique ;

2)                 Les femmes manquent de formation morale et intellectuelle, leurs droits humains, à l’économie et à la santé ne sont pas correctement respectés

3)                Les décideurs politiques ne sont pas au service des peuples qu’ils sont censés diriger. Ils sont pour leur propre personne d’où un ego demésuré, quand ces derniers échouent, ils ont du mal à l’accepter et à céder leur place à plus compétent et clairvoyant qu’eux, d’où l’absence total de démocratie. Par exemple dans le cas sénégalais, l’échec de Wade est proportionnel à l’envie des jeunes sénégalais de quitter ce pays très riche (une population formidable de 11 658 habitants) qui semble sans avenir. Nous reviendrons dans les prochains jours surtout après l’accord du premier ministre espagnol Zapatero et le président Wade.

4)                La philosophie de l’être (dignité humaine) a cédé la place à la philosophie de l’avoir (posseder de l'argent). En Afrique on est prêt à tout vendre même son corps pour gagner quelques billets de banque;

5)                 La sécurité alimentaire et sanitaire essentielle à la vie est difficilement garantie, il existe des pays où même un lecteur de test de glycémie est difficile à trouver. Les appareils et spécialistes de dialyseur sont introuvables.

6)                 La société civile est absente de la conduite des affaires de la cité. Tous les espace de la vie sociale et économiques sont amplement politisés et centralisés par l’administration coloniale.

7)                 Les sociétés africaines sont déstructurées et manquent cruellement de lien social.

8)                De façon psychologique, les Africains souffrent d’un pathologique complexe d’infériorité, ils se sentent incapables de tout, si bien qu’ils refusent de grandir et veulent tous rester dans l’enfance.  Ils sont aussi malades de jalousie ce qui empêche l’association avec d’autres.

9)                Ils ont le syndrome du colonisé et de l’esclave, celui de la perte d’initiative, ils acceptent facilement la soumission, d’où ils sont à la recherche de la facilité et du messie sauveur ou de l’homme providentiel. Pour eux la posture de la main qui reçoit est plus aisée que celle de celui qui donne.

10)            Il faut une révolution culturelle en Afrique.

Cette liste n’est pas exhaustive mais elle permet de tracer un chemin pour guider nos réflexions et actions pour pouvoir assurer l’envol de l’humain africain.