31 août 2006
Migrations des compétences : Pourquoi les "cerveaux" africains s’en vont ?
Kuzvinetsa Peter Dzvimbo du Département des ressources humaines de la Banque mondiale n’aiment pas le mot "fuite des cerveaux". Il lui préfère celui de "migration internationale du capital humain qualifié des pays en développement". Pour lui, il est préférable de parler de migration internationale du capital humain qualifié (Imshc) parce qu’un tel terme englobe à la fois la fuite des cerveaux, l’exode des compétences optimales, le gaspillage, la circulation, l’échange, la globalisation et l’exportation des cerveaux. C’était d’ailleurs le titre de sa communication présentée au cours de la conférence d’Accra sur l’enseignement supérieur. lire la suite
29 août 2006
Congo : Que peut faire Etienne Tshisekedi après les affrontements Bemba-Kabila ?
Congo : Que peut faire Etienne Tshisekedi après les affrontements Bemba-Kabila ?
Voilà le Congo de nouveau plongé dans la violence depuis l’annonce le 20 aout 2006 des résultats du premier tour des élections organisés pour la première fois dans ce vaste pays de de 2 . 345 410 km2 et d’environ de 60 millions d’habitants.
Organiser des élections dans ce vaste pays dévasté par près de 6 ans de guerre succédant à 35 ans de dictature était une gageure. Si bien que plusieurs observateurs n’y croyaient pas et tous avions pensé que la communauté internationale en tête les Usa, la Belgique et l’Union Européenne voulaient légitimer par ce biais le pouvoir de Kabila fils au Congo.
Cette vue se trouvait confortée par le fait que les infrastructures de télécommunications et de communications faisaient défaut, que les opérations de recensement du corps électoral étaient sujettes à des contestations, que l’un des leaders historiques politiques était exclu de la course.
D’autres actes posés par les organisateurs internationaux de ces élections notamment l’implication personnelle du commissaire européen belge Michel dans le débat politique interne accréditaient amplement cette thèse.
Plusieurs acteurs et observateurs congolais prévoyaient déjà la victoire facile de Kabila junior dès le premier tour du fait même ajouté aux éléments cités ci-dessus, le fait d’une absence réelle de débat politique qui commençait à cause du vide de se diriger vers des thèses xénophobes. C’est ce que les premiers analystes des résultats ont tenté de confirmer par la partition Est-Ouest des votes sortie des urnes. Les maigres scores du vice-président Azarias Ruberwa (1.69%) et de Arthur NGoma Z’ahidi (0.34%) à comparer au score du vieux Antoine Gizenga (13.06%) sont des preuves que le peuple Congolais a plus d’un tour dans son sac et qu’il n’a pas la mémoire courte.
Ces scores montrent bien aussi que les Congolais sont las des guerres fratricides que les différents seigneurs de la guerre se livrent pour prendre le contrôle du pouvoir central du Congo. Ils se sont massivement déplacés vers les urnes dans l’espoir de mettre fin à ces guerres. C’est ce qui explique le forte participation de congolais à ces élections et surtout leur totale adhésion à la démocratie.
C’est pourquoi cet engagement doit être interprété comme une maturité politique de ce peuple contrairement à ce que l’on entend comme discours de la part de ceux qui dénient aux Africains une capacité de juger par eux-mêmes voulant toujours infantiliser les peuples africains en soutenant que « l’Afrique n’est pas encore mure pour la démocratie ».
C’est en connaissance de cause que les Congolais ont voulu départagé les seigneurs de la guerre, même si en effet ils sont convaincus que tous les candidats (33) à la présidentielle ne sont pas de vrais démocrates et ne respectent pas la vie. Mais en les départageant par les urnes, cela leur éviterait de subir les dégâts collatéraux (comme disent les Américains en Irak), un proverbe africain ne dit pas que « lorsque deux éléphants se battent ce sont les petits animaux qui sont écrasés ». Kabila et les autres ne sont que ces éléphants qui détruisent le Congo.
La preuve peu de temps seulement après la publication des résultats, les affrontements ont eu lieu entre Kabila et Bemba. Comme à l’accoutumée chacun des protagonistes a rejeté la responsabilité sur l’autre.
Quels enseignements devons-nous tirer de ces affrontements post-électoraux ?
1/ Ni kabila, ni Bemba ne sont des démocrates convaincus, seul le pouvoir compte à leurs yeux
2/ que le peuple congolais ne compte que pour des chimères
3/ que le processus commence à échapper aux promoteurs occidentaux et qu’il est temps que le peuple reprenne davantage son pouvoir
4 / que les vrais démocrates congolais prennent position pour faire aboutir le retour réel de la souveraineté au peuple.
C’est sur ce dernier point que je crois que Etienne Tshisekedi et Antoine Gizenga ont un rôle à jouer.
Pour Gizenga c’est plus facile car il a participé à cette élection et logiquement il doit en toute honnêteté se positionner ce qui ne semble pas être le cas pour Tshisekedi.
Ce dernier n’ayant pas participé à ces élections à cause de plusieurs raisons, on peut évoquer les motifs suivants lesquels que les dés étaient pipés, que les élections ne résolvaient pas en profondeur la question de la nation congolaise, que la question de l’après élection n’avait pas été traitée par les organisateurs, sur cette dernière les inquiétudes sont immenses. Pour l’heure on ne peut ni répondre par l’affirmative ou la négative à ces motifs.
Tout de même essayons de spéculer je dis bien spéculer sur ce que peut faire Tshisekedi au vu des résultats et des affrontements, cela dans une optique de projection des résultats du second tour prévu le 29 octobre 2006. En espérant rapidement que les affrontements auraient cessés pour laisser place au débat ainsi qu’à une vraie campagne électorale.
Dans le cas où le processus suivait son chronogramme examinons les cas de figure de prise de position de Tshisekedi :
1/ Tshisekedi sort de son mutisme et appelle à voter pour Bemba quels risques politiques prend-il ?
a) Bemba gagne et il faut espérer que celui-ci instaure une transition démocratique pour se diriger vers une république et un régime de dialogue où chacun à sa place : enfin la démocratie. La question qui se pose est de savoir est-ce que Bemba a-t-il la volonté et les moyens pour cela ? S’il le fait quelle est la place de Tshisekedi ? Quelle sera la réaction de la communauté internationale qui par suivre les médias occidentaux avait misé et aurait tout fait pour que Kabila gagne, surtout pas Tshisekedi? Quelle sera la réaction des forces armées encore en présence au Congo ?
b) Bemba fort de sa légitimité obtenue dans les urnes se fait plus arrogant et bafoue la souveraineté du peuple et se transforme en dictateur. Dans ce cas le calvaire continue, pour Bemba pour se maintenir il sera obligé de se protéger à l’extérieur. La régression du Congo continue et toujours dans ce cas il y a fort à parier que les guerres reprennent mais avec moins d’ampleur.
c) Bemba perd les élections, la communauté internationale qui n’avait pas fait l’effort d’inclure Tshisekedi dans le processus et de considérer les conditions de ce dernier se trouve confortée dans « raison ». Là Tshisekedi peut perdre sa légitimité populaire.
d) Kabila élu a les mains libres pour s’installer au pouvoir et créer des frustrations qui ne seront pas loin d’aboutir à d’éventuelles violences.
e) Kabila II aura – t – il les moyens de reconstruire dans le calme et la paix, et quelle sera la réaction des anciens seigneurs de la guerre devenus entre temps vice-présidents de 2001 à 2006.
2/ Tshikedi garde son silence et n'appelle à voter aucun de deux candidats :
a) cela est logique à sa position face à ces élections.
b) Kabila gagne, c'est la situation évoquée en d et f du 1 qui peut arriver
c) Bemba perd, il peut en vouloir à Tshisekedi de n'avoir pas pris position pour lui
d) Bemba gagne sans Tshisekédi, il ignore ce dernier ou prend en considération son poids politique.
En définitive ces élections créent plus d’incertitude sur l’avenir de ce grand pays, qu’elles n’en règlent durablement comme au Libéria ou en Afrique du Sud.
Il revient donc à l’élite congolaise et sa société civile de prendre de façon historique ses responsabilités. On a confirmation que des élections en Afrique ne suffisent pas à régler l’ensemble des questions politiques, mais elles sont nécessaires pour créer des nouvelles donnes. Faisons donc confiance en l’avenir et l’histoire surtout aux peuples africains qui indéfiniment ne peuvent se laisser abuser. Chaque chose a une fin, mais quand ?
15 août 2006
Non aux momuments français au Cameroun" et en Afrique!
Comme à mon habitude, je me fais l'obligation de partager ce texte déjà publié sur un autre site www.bonaberi.com et envoyé par notre ami camforever en commentaire de mon article "à quand des monuments à la gloire de nos héros africains" Pour ne pas influencer votre lecture, j'ai opté pour sa publication intégrale. Ce qui ne vous empêche pas de le commenter et surtout de le diffuser. D'avance merci
Le samedi 17 juin 2006 à 12:48, par Camforever
Bonjour a tous,
Je voudrais rappeller que l'idee de base du sujet s'inscrit dans notre combat, a travers le soutien que nous apportons à Mboua Massock, lequel fait l'objet d'un procés dont l'enjeu est de permettre de libérer l'Afrique des symboles de l' oppression coloniale !
Voici l'interview tiree du site Bonaberi.com
"Non aux monuments français au Cameroun" (16/03/2006)
Père des Villes-mortes et de la Rébellion morale, Mboua Massock a été récemment arrêté, puis libéré. Il remet en question la présence de monuments français au Cameroun.
Par Edmond Kamguia K. et David Nouwou
La statue du général Leclerc
Père des Villes-mortes et de la Rébellion morale, le combattant de la liberté a été récemment arrêté, puis libéré. Il a comparu devant le tribunal de première instance de Douala, à Bonanjo, vendredi 3 mars. Pour dégradation des biens publics ou classés. Approché pour qu’il dise exactement ce qu’on lui reproche et qu’il précise les objectifs de son combat, Mboua Massok ma Batalong se livre.
Pourquoi avez-vous été arrêté le 29 janvier 2006 à Bonanjo, à Douala ?
Il se trouve que depuis 2001, je remets fondamentalement en question la présence à la Place de l’indépendance de la statue - certains parlent de monument - du général Leclerc. Celui par qui tout s’est passé pour que nos aïeux aillent en France défendre la France. Or, nous sommes indépendants depuis le 1er janvier 1960. La France a installé la statue de Leclerc sur l’emplacement où notre indépendance a été obtenue, et sur son regard. Alors qu’il y a nos héros de l’indépendance, nos nationalistes, qui méritent de trôner, sur les places de l’indépendance au Cameroun. A deux cents mètres de cet endroit, il y a la tombe de Rudolph Douala Manga Bell. Il gît dans l’anonymat total, pendant que quelqu’un d’autre, qui n’a rien à voir avec notre histoire, est débout. J’estime que c’est une aberration. C’est un non-sens. J’ai donc demandé qu’on enlève la statue de Leclerc. Pendant que j’étais en train de porter les inscriptions, “ à démolir, nos martyrs d’abord ”, sur le mur situé à l’arrière plan de la statue de Leclerc, j’ai été arrêté par des éléments du commissariat central de Bonanjo. J’ai été conduit au commissariat du premier arrondissement vers 8h30, ce fameux 29 janvier 2006. Ils m’ont fait passer un jour en cellule. Le lendemain, vers 17h, le lundi 30 janvier, on m’a extrait de la cellule, pour me présenter au parquet. Le procureur de la République m’a dit que je pouvais rentrer chez moi, mais que je devais revenir pour un procès qui devait commencer le 03 février. Mes conseils ont estimé qu’ils ne connaissaient pas encore le contenu du dossier, et qu’il était souhaitable de trouver une date plus appropriée. Le juge a donc opté pour le 03 mars.
On vous reproche d’avoir dégradé des biens publics...
Je ne sais pas en quoi ce monument constitue un bien public. En ce qui me concerne, cette statue devrait être ramenée à l’ambassade ou au consulat de France, s’il faut absolument qu’elle reste au Cameroun. Nous respectons les accords. Ainsi que les consulats, sauf si l’on nous apprend que l’extension du consulat français à Douala comprend la Place de l’indépendance du Cameroun à Bonanjo.
Pourquoi avoir décidé de passer à l’acte maintenant, au début de cette année ?
Comme je vous l’ai dit tantôt, l’idée me tient à cœur depuis 2001. Je croyais à ce moment-là que le monument était en béton. Je ne pensais pas encore à écrire “ A démolir… ”. J’étais arrivé sur les lieux avec un burin. Malheureusement, ce n’était pas démontable par un burin. Cette fois-là, on m’avait arrêté, on m’avait entendu sur procès-verbal, et on m’avait relaxé. S’il faut remonter à la genèse du problème, je vous dirai que tout part de la rébellion morale. Nous avons institué une démarche à l’intérieur de la rébellion morale. Elle vise à rétablir la conscience morale. A travers la revalorisation des patriotes, qui ne sont plus de ce monde, mais qui ont beaucoup apporté à la patrie. C’est dans cette perspective que j’avais lancé le “ Pas du millénaire ”. Tout un concept révolutionnaire. La rébellion morale a pour objet la fortification morale du peuple camerounais. Il s’agit de réformer nos mentalités. De par sa structure, la rébellion morale avait, dès l’origine, admis ce type de revendication. Il fallait que le monument Leclerc quitte cet endroit. Car, il matérialise la présence française continue chez nous. Il ne faut pas faire preuve de légèreté sur une question aussi importante.
Le consulat de France à Douala n’a pas apprécié l’acte que vous avez posé. En êtes-vous conscient ?
Effectivement. Lorsqu’ils ont eu vent de l’atteinte du monument par la peinture, les responsables français à Douala ont décidé immédiatement de remettre la peinture, pour que les inscriptions, qui y étaient portées, disparaissent. Des personnes attentives, qui passaient par là, ont eu le temps de filmer les inscriptions. L’histoire retiendra ce qui s’est passé. Il y a des photos qui peuvent l’attester. Ils veulent falsifier l’histoire de notre pays. Nous nous y opposons.
La date du dimanche 29 janvier 2006 avait-elle une signification particulière pour vous ?
Je ne vais pas focaliser l’attention sur la date. Ce jour-là, nous l’avons choisi tout simplement parce que le Cameroun était engagé dans le tournoi de la Coupe d’Afrique des Nations en Egypte. Comme on a tendance chez nous à utiliser le football comme une diversion -je parlerai même de perversion- nous avons décidé d’agir ce jour-là, pour dire aux gens qu’il y a des choses essentielles. Des choses qui n’ont rien à voir avec le football.
Le Cameroun a tout de même des liens historiques avec la France. Des monuments de personnages français sur notre territoire peuvent aussi témoigner des bonnes relations entre les deux pays...
Je ne dis pas absolument que je suis contre. Mais, je précise bien ma démarche : “ Nos martyrs d’abord ! ”. Quelqu’un ne peut pas venir chez nous, choisir la chambre du patron. Le patron a sa chambre. Il lui revient de trouver la chambre qu’il juge approprié pour son étranger. S’il fallait solliciter l’avis des Camerounais avant d’ériger la statue du général Leclerc, je doute fort qu’on choisisse l’emplacement actuel, qui se trouve en plein centre administratif de la capitale économique. Encore moins la place de l’indépendance ! Les Français n’ont pas le droit de choisir ses lieux où ils doivent ériger leurs monuments chez nous. Sauf si, les lieux leur appartiennent. Nous ne doutons pas qu’un jour il puisse y avoir réciprocité. Si en France, nous pouvons, nous aussi, avoir des places, espaces publics où nous pouvons dresser les monuments de nos combattants de la liberté, à ce moment, on parlerait d’une véritable réciprocité.
Qu’attendez-vous des Camerounais ?
Je souhaite que mes compatriotes ne m’abandonnent pas. J’ai souvent été traité de grand bandit par l’administration. On m’envoie à la prison de New-Bell comme un grand bandit. Vous savez qu’en Côte d’Ivoire, les Français ont tué quelqu’un dernièrement, parce qu’ils l’avaient considéré comme un grand bandit. J’ai peur que cela constitue des prémices, qu’on me mette un jour une balle dans la tête, parce que je remets en cause la présence du monument Leclerc à Bonanjo. J’espère que le peuple camerounais sera attentif et mobilisé. Je compte beaucoup sur vous les journalistes et les médias pour mobiliser l’opinion publique nationale sur ce procès. Il faut que les gens viennent assister au procès, qu’ils en fassent leur procès ; car je ne fais que soulever un problème qui nous concerne tous.
Jusqu’où êtes-vous prêt à aller dans cette bataille ?
Je suis prêt à aller jusqu’au niveau où cela va finir, se terminer. Nous voulons mettre un terme à la présence des monuments français au Cameroun, tant qu’il n’y aura pas de monuments camerounais en France. Notre ambition, c’est qu’à l’endroit où se trouve la statue de Leclerc, on dresse le monument de Douala Manga Bell, par exemple. Ce ne serait que justice faite.
Peut-on dresser le monument d’une figure historique du Cameroun à côté de celui du monument Leclerc ?
Non. On ne peut pas mettre Douala Manga Bell à côté de Leclerc. Ils n’ont jamais collaboré de leur vivant. Ce n’est pas après leur mort qu’ils vont collaborer. Chacun sera à sa place. Regardez la pagode, la maison du Roi Bell, qui s’est battu au point de détruire la logique de l’apartheid au Cameroun. C’est bien au Cameroun que l’apartheid a commencé. Ce n’est pas en Afrique du Sud, où le phénomène a sévi plus tard. Des héros comme Rudoph Douala Manga Bell, Martin-Paul Samba et bien d’autres patriotes ont lutté, se sont sacrifiés, pour que nous soyons libres. Ces hommes de valeur doivent mériter une place de choix dans nos cœurs, dans notre vie quotidienne. Ils méritent qu’on érige pour eux des monuments à des endroits significatifs. Il faut honorer les valeurs là où elles doivent être honorées. La place du monument Leclerc est en France.
Avez-vous un commentaire sur la lutte contre la corruption et la vague d’arrestations de quelques anciens directeurs généraux de sociétés d’Etat ?
Je ne suis plus favorable aux luttes contre. Je mène les luttes pour. La lutte contre la corruption, c’est la lutte pour le rétablissement de la dynamique morale. Je suis pour la moralisation du peuple camerounais, pour l’éthique, pour la justice. Les luttes contre ne m’intéressent pas. On sait où les luttes contre ont mené ce pays jusqu’à maintenant. Combien de luttes contre ont-elles abouti ? Il faut changer la donne. Menons les luttes pour la fin de la corruption, de l’injustice, pour ramener les hommes sur le lit des femmes, pour la fin de la pauvreté. Etc.
Est-ce une question de sémantique finalement ?
Tout à fait. Quand on engage une lutte contre, ce n’est pas la même chose que lorsqu’on engage une lutte pour. Il y a le pour, et il y a le contre. L’équilibre se trouve au milieu.
Approuvez-vous la lutte que mène le président Biya contre les détourneurs de fonds publics ?
C’est lui qui approuve le principe de ma lutte. Ne mettez pas les choses à l’envers. Penser que c’est moi qui approuve le principe de la lutte que mène Paul Biya, c’est se tromper d’époque et de l’histoire. M. Biya n’a jamais compris que, lorsqu’on gouverne, on assume. Il nous dit un 31 décembre que les gens à qui il a confié des responsabilités ne font pas ce que l’on attend d’eux. Le lendemain, il ne les fait pas partir. Comment un président de la République, qui a le pouvoir de nommer et de relever quelqu’un de ses fonctions, se plaint le soir et ne fait rien le matin qui suit ? C’est de l’irresponsabilité. Le président Biya est irresponsable. Il ne croit pas vraiment à la moralisation.
"Mieux vaut tard que jamais "...
On peut dire : “mieux vaut tard que jamais ”, si, dans le tard, il n’y a pas un résultat grave comme celui que nous connaissons au pays. Laisser transporter nos richesses ailleurs, puis demander aux gens s’ils font partie des criminels à col blanc, et, enfin, leur demander quand ces richesses vont retourner au bercail, est une attitude irresponsable. Car, la sonnette d’alarme avait été déclenchée à temps.
En 1986, j’avais fait publier dans un journal un poème sur la corruption qui avait déjà atteint le degré d’un volcan en irruption. Je soulignais que si ceux qui gouvernent parviennent à mettre la main sur les informations essentielles, qu’ils prennent les bonnes décisions ou alors qu’ils démissionnent. Il y a vingt ans, je n’ai pas été écouté. Ce débat ne m’intéresse plus. Ce qui me préoccupe aujourd’hui, ce sont les questions d’identité et d’indépendance effective du Cameroun. C’est pour cela que je suis en procès.



