29 mai 2006

Les frontières africaines héritées de Berlin (1885) et de la colonisation constituent-elles un obstacle à l'avenir de l'Afrique?

Mon propos n’a jamais nié l’histoire africaine, mais au contraire essaie de la prendre dans toute sa dimension multiforme. C’est pour cela que je pense que le débat sur les frontières africaines mérite d’être renouvelé surtout que pour certains que celui-ci a déjà eu lieu, et donc en 2006 nous serions en droit d’en faire l’économie de ne plus nous interroger là-dessus. Cette position à mon avis n’est pas objective, car le problème africain est toujours entier, d’autant plus qu’il y a l’adjonction de plusieurs nouveaux paramètres qui complexifient le problème. D’où une solution tranchée dogmatique aura des difficultés énormes pour s'imposer comme résolution du problème.

Le statu quo basé sur les fameuses républiques actuelles comme le prônent les tenants de l'intangibilité des frontières héritées de Berlin et de la colonisation est non plus acceptable. La solution adoptée dans les années soixantes, faute de vision, érigée en principe inviolable (intangibilité des frontières), 50 ans après nous ramène à s’interroger sur l’essence même des frontières. En 1960 il n’ y avait pas cet élément important qui est la fixation identitaire, qui a fait plus de catastrophe que du bien. Je reviendrais prochainement là-dessus.

Au niveau de l’avancée de la pensée socio-politique africaine, nous sommes en droit de nous interroger au vu du bilan catastrophique de l’ensemble du continent. Si ces frontières sont adaptés pour les decennies à venir? Ma réponse à la question posée est double, je disais oui pour les frontières actuelles en ce sens qu’elles ont permis une territorialisation de l’Afrique. Ces frontières ont eu le mérite de créer ou de focaliser des identités sur des territoires bien circonscrits. Elles ont fait naître en bien ou mal de nouvelles identités (les fameuses nationalités qui n’existent que depuis 50 ans, avant 1960 les nationalités par exemple malienne, gabonaise, ivoirienne, ghanéenne, congolaise, camerounaise, namibienne, ruandaise etc. n’existaient pas, sinon étaient à l’état embryonnaire, prouvant par là la supériorité du fait social sur le fait biologique). Donc s’appuyer là-dessus pour bâtir l’unité africaine est une erreur stratégique.

A mon avis on doit s’appuyer sur les peuples et les territoires qui eux existaient depuis la nuit des temps. C’est pour cela que l’on doit reconnaître l’existence de toutes les communautés même minoritaires à exercer leur droit à l’expression et aussi des virtuelles « tribus ou ethnies » donc des individus. Cette reconnaissance ne gommera pas d’un trait les actuelles « republiquettes » et ne créera pas du « tribalisme », ce dernier n’apparaît que lorsque l’Etat central s’accapare de toutes les ressources du territoire comme il en est le cas dans les pays africains actuellement. C’est pourquoi que je suis convaincu que les actuelles « republiquettes » doivent laisser la place à de véritables Etats forts structurés autour d’une constitution respectueuse des libertés et de la démocratie.

C’est à ce niveau là que dis l’on devrait garder les frontières actuelles pour en faire des limites administratives aux fins de l’efficacité de l’action participative des peuples. Là où je suis contre les mêmes frontières actuelles, c’est parce que d’un point de vue anthropologique et psychologique, elles enferment dans un carcan idéologique et illusionniste la vision unitaire de l’Afrique. On ne peut pas bâtir l’unité africaine, celle des peuples avec des souverainetés qui se concurrencent. Si les pays africains n’acceptent pas le principe de l’appartenance commune et surtout celui de l’ingérence interafricaine, alors l’Occident continuera à s’ingérer dans nos problèmes sans grand risque. Tout cela, c’est parce qu’il sait bien ce que valent nos pays : des factices républiques car c’est l’Occident qui a divisé nos pays pour mieux régner sur le continent pris dans sa globalité mondiale.

Pour ma part, je crois de façon psychologique, que la disparition des frontières changerait de façon efficiente la vision de l’Afrique, d’abord par et pour les Africains eux-mêmes et les autres parties du monde. Elle va aussi insuffler une autre dynamique socio-politique voire sociétale.

Je suis pour des Etats-Unis d’Afrique par zone géographique ou linguistique, car cela va permettre d’impliquer l’ensemble des Africains dans la résolution de nombreux problèmes actuels par la loi (constitution) qui renforce la place de l’individu dans la collectivité territoriale. Pensez-vous sincèrement qu’un pays africain est capable de faire la guerre à un petit pays européen ? Il avait suffi à la France pour mettre hors d’usage la flotte de la soit-disant armée de la Côte-d’Ivoire. Croyez-vous que des pays comme par exemple le Cameroun ou le Congo possédant beaucoup des richesses naturelles qui suscitent la convoitise de plusieurs pays occidentaux et des USA sont-ils capables de se développer individuellement ? De protéger leur territoire ? La réponse est un NON catégorique, car ni le Cameroun, ni le Congo de façon séparée n’ont pas les moyens de constituer des armées capables de défendre leurs richesses en mer (pétrole, poisson, crustacés, algues autres ressources …) et sur terre (forêt, rivières, fleuves, argile, hommes…) et s’opposer à la France. Ces pays séparés ne pourront développer des industries pharmaceutiques, chimiques, mécaniques ou autres fautes de disposer du factoriel d’économies d’échelles dû à la démographie.

Par contre si les pays d’Afrique centrale ou ceux de l'Afrique de l’Ouest abandonnaient leurs factices souverainetés pour se fondre dans des Etats fédéraux comme l’Afrique centrale (Angola, Cameroun, Congo, Congo D.R., Centrafrique, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad ), ou Occidentale, déjà qu’ils constitueraient une grande puissance démographique de près de 200 millions d’habitants. Ce grand ensemble d’Afrique centrale aurait de fait au moins 20 grandes métropoles à l’heure où on parle de la coupe du monde, par cette démographie, l’argument de viabilité économique d’organiser la coupe du monde souvent opposé à l’Afrique deviendrait sans fondement, par exemple.

Au niveau éducatif cet ensemble posséderait au moins 10 grandes universités et la recherche sur les problèmes beneficierait de tous les cerveaux. La puissance économique d’un tel ensemble saute aux yeux. Aucun Etat d'Afrique centrale ne peut financer la recherche scientifique et médicale dans la configuration actuelle.

En constituant une telle taille, l’Afrique aurait la possibilité d’avoir par des mécanismes de quotas de véritables armées de plus de 200 000 hommes avec cette particularité non seulement elle ferait peur à tout aventurier, mais aussi dissuaderait toute envie sécessionniste. Or chacun de ces pays pris individuellement est incapable d’entretenir une vraie armée ayant mission et doctrine de protéger le territoire dit national et surtout les ressources naturelles et humaines. Aucun de ces pays ne posséderait plus dix bateaux de simple patrouille pour surveiller les eaux poissonneuses contre les bateaux qui pêchent illégalement. Aucun de ces pays n’a une flotte aérienne dépassant 15 avions de chasse. Et quand j’entends et lis par ici et là qu’il existent des armées en Afrique, je souris et quelque fois je me désole car là aussi c’est un autre mensonge qui nourrit la misère africaine. Aucune de ces armées ne sera capable d’empêcher les Américains ou les Européens de faire main basse sur les ressources africaines quand la rareté se fera de plus en plus accrue, à commencer par le pétrole et les minerais du fer, manganèse, cuivre, aluminium. C’est ce qui explique qu’il existera des dictatures dans tous les pays qui possèdent ces matières premières.

C’est pour cela aussi qu’il sera toujours facile pour les USA, pire encore un pauvre pays d’Europe (comme le Portugal ou la Belgique) de maintenir un pays riche d’Afrique comme le Congo DR dans l’oppression. Il suffira à un simple ministre belge de dire au président Kabila que l’armée Belge (sous couvert de l’ONU) peut le destituer, et que ce dernier accepte tout. Pour que cette situation n’arrive pas il nous faut imaginer qu’un pays ayant 200 millions d’habitants, grand de plusieurs millions de kilomètres carrés, doit faire peur à tous les stratèges occidentaux, ces derniers réfléchiraient à plusieurs fois avant de lancer des expéditions coloniales en terre africaine.

Selon moi les avantages sont colossaux. Et les Africains feraient mieux de réfléchir à comment aboutir dans la décennie qui vient à ces grands ensembles, le plus rapidement possible. Il y va de la survie de l’Afrique d’ici 2025. Le développement fulgurant de la Chine et de l’Inde contraint l’Afrique à se diriger vers cette voie. A vouloir rester dans nos frontières et souverainetés actuelles est une attitude hautement suicidaire car la pression sur les ressources naturelles devient de plus forte presque impossible à tenir. Dans cette configuration l'Afrique detient à elle seule plus de trois-quarts de toutes les ressources encore disponibles sur terre et mer.Tout le monde le sait aucun pays d’Afrique dans la configuration actuelle en dehors peut-être de l’Afrique du Sud, Nigeria (et même ?) ne pourra opposer une résistance à sa destruction ou spoliation par l'Occident.

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Commentaires sur Les frontières africaines héritées de Berlin (1885) et de la colonisation constituent-elles un obstacle à l'avenir de l'Afrique?

  • C'est ça qui est la vérité

    Cher frère ce que tu dis est parfaitement vrai...
    nous sommes dans une pseudo-décolonisation qui ne fait que nous détruire à cause de la véritable origine du mal: la division de l'Afrique comme un gâteau entre des étrangers, des gens qui n'avaient jamais mis les pieds chez nous et qui ont par cet acte, à Berlin, détruit l'harmonie de nos peuples. Moi je dirai même qu'il faut que ces frontières disparaissent à jamais de nos esprits et que nous retrouvions enfin, à la mémoire de nos ancêtres qui ont été torturés et esclavagisés, notre Afrique (KAMA). Merci à toi.

    Posté par Harmony, 04 décembre 2009 à 18:31 | | Répondre
  • Unfortunately I cannot type in French but I couldnt agree with you more.
    70% of our trade tarriff expenses that our governments currently incur are to our neighbouring countries in this same continent.
    I can not even fathom the benefits of abolishing the borders especially what it would do to trade, the access to markets and exposure to better life that we would all get.
    However the challenge lies in the political division of power that our current leaders would not want to give up.

    Posté par Ken, 07 juillet 2006 à 15:05 | | Répondre
  • United Africa

    I certainly Agreed what you said.
    The interest of Africa is depend of its freedom from former colonisation... We africans never had independent, things just move from old model to new one. In order to be free, we must make things by ourself and old colonial idea and work must be destroyed... Territory is the first thing that we need to change because these borders were made by western for their interest, which opposite to ours. I think it is good idea to put the africans who speak same language in one nation. Look at france politics in africa, it is just use the same tools of 1885. we cannot be friend or have relation with our former colonie... because those people still believe slave and master. So the best idea is English speaker region makes relation with other country rather than its master (uk) and french speaker should not deal with france because it does not understand that africans are adult and deserve freedom and democracy.

    Posté par Ahamat, 26 décembre 2006 à 19:43 | | Répondre
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