Afrique : Les causes de la soumission volontaire par Lucien Naki

Pour trouver les causes de la soumission, je vous conseillerai de lire le livre de Ferdinand Oyono, LE NÈGRE ET LA MÉDAILLE.

À tous les MEKA et KOCUMBO qui sont complice de la tragédie africaine je leur dédie le texte du Professeur Abel Goumba, «Le rôle des élites africaines (ou le mal centrafricain)» Que chaque.«MEKA» Congolais-zairois, que chaque «MEKA »gabonais, que chaque «MEKA» ivoirien…puisse lire le texte ci-joint ,Le rôle des élites africaines, c’est un texte qui illustre les causes et les responsabilités dans la tragédie africaine.

LE VIEUX NÈGRE ET LA MÉDAILLE peut aussi aider à cette analyse « Vieux Nègre et la médaille, le (Ferdinand Oyono)* »


Ferdinand Oyono, dans Le vieux nègre et la médaille met en scène un personnage qui perd progressivement le contact avec la terre sans s'en rendre compte. Méka, le héros du roman d'Oyono, est un vieux tirailleur des deux guerres mondiales. Exemple même du "bon nègre," il a donné ses deux fils à la patrie et une partie de ses terres à la mission catholique. Pour récompenser sa générosité, les autorités coloniales décident de lui décerner une médaille lors de la fête nationale du quatorze juillet

Le roman de Ferdinand Oyono évoque les relations difficiles entre les colonisateurs et les colonisés. Lorsqu'ils sont arrivés en Afrique, les colons ont imposé leur culture et leur religion sans comprendre, ni accepter celles des autochtones. Meka prend conscience de l'hypocrisie des Blancs et des inégalités entre les deux peuples. C’est sans avoir l’air d’y toucher, par une ironie subtile, que l'auteur critique implicitement la colonisation qui cherche à détruire le plus complètement possible les coutumes, les traditions et même la mentalité des peuples africains. Il s’agit d’un livre qui invite à la réflexion sur un moment de notre Histoire, la colonisation, en montrant le point de vue des colonisés, en l’occurrence les Africains.

La perte de la dimension horizontale au profit de la dimension verticale provoque le malaise chez Koucoumbo. Le héros d'Aké Loba n'a plus "les pieds sur terre". Prise au sens idiomatique, cette _expression est bien choisie car concrètement Kocumbo n'a plus de contact avec la réalité. Il a perdu le contrôle de son être et de son corps en perdant la force de pesanteur qui l'attachait à la terre. Cette force est nécessaire à son équilibre car ce sol dont il s'éloigne est la terre natale, celle de ses ancêtres. Kocumbo est culturellement victime du malaise du déracinement. Dépouillé de son vêtement traditionnel, le vêtement moderne lui va mal. Coupé de son monde, le monde nouveau n'arrive pas à bien l'encadrer. Ainsi mal ajusté et mal adapté, Kocumbo flotte entre deux espaces diamétralement opposés; celui du haut et celui du bas; entre deux mondes incompatibles: le monde traditionnel et le monde moderne. Son malaise et son désarroi proviennent surtout de ces deux forces qui l'attirent dans deux directions antithétiques.

Le rôle des élites africaines (ou le mal centrafricain)

On a coutume de qualifier la plupart des dirigeants africains de << Révolutionnaires au bord de la Seine, mais bourgeois en Afrique >>. Cela n'est pas faux. Pour la République Centrafricaine en tout cas, c'est l'origine et la cause, en grande partie, de tout le mal dont souffre aujourd'hui le peuple mise en tutelle internationale, en fait, de notre pays.

Il ne pouvait en être autrement, si l'on se réfère à l'histoire récente du continent africain en général et du Centrafrique en particulier : << Continent marginalisé, mal parti, en état de survie, aux populations arriérées, analphabètes, ignorantes, pauvre, misérables ;

. Gouvernement des copains, incompétents, corrompus, dirigés par des roitelets, caractérisés par des abus de pouvoir, du favoritisme, du tribalisme, du régionalisme;

. Economie extravertie, encore dominée par l'économie de traite, offrant l'image de métropoles géantes aux assises fragiles, coexistant avec celle des villages affamés, aux taudis pourrissants et croulants, mondialisation de la misère et de l'incurie, etc.>>

Tels sont les quelques qualificatifs attribués couramment aux pays africains et à leurs populations.
Certes, des causes exogènes et endogènes sont souvent avancées pour expliquer le retard de l'Afrique Noire et le fossé qui se creuse de plus en plus entre pays développés et pays en voie de développement. Mais parmi ces causes, il convient de noter plus particulièrement le rôle néfaste joué par les élites et cadres africains dans le développement de leurs pays, notamment celui des élites et cadres centrafricains.

Pour mieux souligner l'origine et la cause du mal centrafricain, il suffit de suivre l'itinéraire politique des jeunes cadres centrafricains depuis leur entrée dans la Fonction publique locale jusqu'au pouvoir suprême de l'Etat.
Le jeune cadre national muni de son diplôme obtenu dans une université étrangère ou locale, dépose joyeusement et fièrement son parchemin, sur la table d'emploi du ministère de la fonction publique, comme une clé dont on se sert pour ouvrir une porte. Dès lors, il commence à lorgner du côté des personnalisées, de ses amis ou de ses collègues proches du pouvoir se familiariser avec les membres du Parti dirigeant. Poussé par l'appât du gain, il abandonne progressivement sa propre idéologie adoptée, développée et exposée depuis les bancs de l'université et à son entrée dans la Fonction publique, au profit de l'idéologie et des pratiques du Parti du chef de l'Etat. Il commence alors à se rapprocher des membres influents du Parti-Etat et à encenser le chef de l'Etat dès que l'occasion se présente, avec le désir secret de se faire remarquer. Il adhère au Parti-Etat, un parti qu'il avait pourtant combattu et critiqué naguère, surtout s'il s'agit d'un parti unique opposé à ses convictions démocratiques ou socialisantes.

Une fois dans le Parti au pouvoir , unique ou non, il cherche à entrer dans le comité de direction dudit parti, afin de se rapprocher des centres de décision , concernant surtout les postes ministériels, dont l'attribution est décidée par le Parti.

Par le jeu des luttes d'influence, des alliances éphémères intéressées, des magouilles et autres astuces , il finit par se hisser à la tête de l'appareil du Parti, ou à une place importante, avec l'arrière-pensée d'accéder au poste de ministère dans le futur gouvernement, fonction tant rêvée pour améliorer sensiblement son << confort digestif >> et son rang social.

Une fois parvenu au poste de ministre, notre jeune loup cherche à accéder, par le même mécanisme de luttes d'influences et autres ficelles, grâce à un réseau bien tissé de relations au poste de Premier ministre, tremplin pour l'accès aux plus hautes fonctions de l'Etat. Dès lors, la voie est ouverte et la tentation grande pour se présenter à l'élection présidentielle.

Voilà approximativement, en tout cas sûrement pour beaucoup, l'itinéraire administratico-politique de la plupart des élites et cadres centrafricains. Comme on peut le constater, cet itinéraire repose exclusivement sur la recherche obstinée du <<confort digestif >>. Car , adieu ! les principes démocratiques, adieu ! les sentiments nationalistes et patriotiques défendus naguère sue les bancs de l'université, dans la rue pendant les manifestations estudiantines, au sein des associations et corporations estudiantines dont les positions ont souvent été radicales en faveur de la démocratie, de la justice sociale, de la lutte acharnée contre la pauvreté et la misère , sous-tendue par l'intégrité, l'honnêteté, le courage pour braver les prisons et les brimades, le dévouement aux causes justes, etc.

Toutes ces belles théories, toutes ces prises de position seront et sont effectivement remplacées par ce que leurs auteurs appellent << réalités du terrain ou real-politik >>, mais qui, en réalité, n'est que la << politique du tube digestif >>, autrement dit la politique de la recherche exclusive du confort digestif, la politique des intérêts personnels et égoïstes au détriment de la démocratie, de l'intérêt général, du Bien commun.

En fait, les élites et cadres qui ont reçu les éléments d'une culture universelle les ont utilisés pour la satisfaction de leurs propres besoins personnels, abandonnent les analphabètes et les ignorants à leur sort. C'est ainsi que nos élites et nos cadres en sont arrivés à abandonner leur idéologie première et leurs sentiments d'humanisme puisés au << bord de la Seine >> pour s'installer en Afrique dans le fauteuil moelleux laissé par le colonisateur, devenant ainsi, << bourgeois en Afrique >>, pour le plus grand mal de leur pays.

Professeur Abel Goumba (in Ezingo N°1, septembre 1998)