Afrique : Les causes de la soumission volontaire 1

Dans ma quête des éléments (de questionnements et de réponses) pour comprendre le problème africain à propos des dictatures et du néocolonialisme, au cours d’une discussion sur  les arguments du texte d’un ami antillais « l’église et la société dans les colonies d’Antilles françaises », il est apparu la question suivante à propos de la plupart des pays du continent :

« comment se fait-il que tout un peuple se fasse dominer par un seul homme ? »

La question formulée telle quelle,  fait apparaître deux réponses globales c’est-à-dire :

1-     soit le dictateur en place  semble être fort, ce serait la thèse de « l’homme fort » et de tout ce qui s’en suit, instabilités, sa cohorte de violence, guerre et sous-développement total

2-     soit le peuple dans sa grande majorité a accepté de se soumettre volontairement au dictateur maison ;

Le vrai problème de la philosophie politique du XXe siècle, ce n'est pas en effet le fondement du pouvoir, ce n'est pas la nature de la souveraineté, c'est celui de l'obéissance. Qu'est-ce qui nous fait obéir ? C'est ainsi que dans Surveiller et punir Foucault met en place le concept de docilité. La docilité, c'est ce qui dans le corps répond au consentement éclairé de l'esprit : une manière de se plier intérieurement à ce qui est présenté comme une nécessité qui nous correspond. Il y a dans la docilité comme dans le consentement l'idée d'un engagement spontané, apaisé et définitif dans un système de déterminations extérieures. C'est la condition éthique du capitalisme : nos besoins et nos désirs doivent être adaptés aux appareils de production, à son rythme, à ses séquences.

Cette rencontre moderne porte aussi le nom de consommation. Au début des années 80, dans un cours sur les pratiques chrétiennes de pénitence et de confession («Le gouvernement des vivants»), Foucault recule d'un cran historique son analyse de l'obéissance du sujet occidental : cette fois, il s'agit de montrer comment nous obéissons depuis nos origines chrétiennes aux discours de vérité. Il s'agit, pour aller vite, de montrer qu'entre le discours de vérité et la supposée nature secrète de mon être, la synthèse s'opère par l'obéissance à l'Autre. Je n'obéis jamais mieux qu'en cherchant qui je suis vraiment. La psychologie est au fond un système politique: elle nous apprend à obéir à la fiction de notre propre vérité et constitue un épisode crucial de ce que Foucault appelle l'histoire politique de la vérité. »

A la lecture de cet extrait, il nous apparaît donc de réfléchir à cette idée aussi inquiétante que simple : comment ces deux réponses globales peuvent-elles nous  conduire à penser qu’il n’existe qu’une seule chose : la soumission volontaire.

Donc il nous fallait rechercher les causes de cette soumission volontaire.

Pour ma part au vu de premiers éléments déjà traités dans mes précédents écrits, et différentes recherches des auteurs sur la structure des sociétés, le pouvoir, la manipulation des foules, la publicité, et l’économie l’objet de ce texte sera de montrer comment depuis plus de quarante cinq ans plusieurs peuples d’Afrique ont volontairement choisi de se soumettre à la dictature.

L’évocation d’une soumission volontaire est utilisée ici à bon escient et ne doit pas être prise pour un extrémisme de langage, plusieurs constations et évènements se passant en Afrique montrent que la plupart de ces sociétés se résignent à la violence, à la misère tant morale que matériel. Tout cela ayant des causes proches et lointaines. D’ailleurs plusieurs réponses nous sont données par les écrits et événements actuels survenant en Afrique, c’est le cas par exemple des pays comme le Congo, le Togo,  le Gabon, l’Angola, l’Ouganda, le Rwanda, la Burundi, le Cameroun, pour ne citer que ceux-là, sinon la liste est longue sur la cinquantaine des pays que compte ce continent.

Pour les comprendre, je vais m’appuyer sur l’examen des éléments suivants :

a) Les différentes sortes de pouvoir

b) La différence entre pouvoir et domination

c) L’abus d’obéissance

d) Des systèmes de contrôle mis en place par les différentes dictatures

e) Des systèmes de soumission

f) La résignation ou le fatalisme comme mode de vie africain ?

lire la suite sur  http://lepangolin.canalblog.com 

En apparence on peut penser que les deux réponses évoquées ci-dessus sont alternatives l’une de l’autre, mais à y regarder de fond on s’aperçoit vite qu’elles ne sont le verso et le recto d’une même chose : la soumission volontaire., comme le souligne bien  Frédéric GROS, philosophe dans le quotidien "Libération" du samedi 19 juin 2004, à partir des textes de Hannah Arendt et Foucault :

« Car il est impossible qu'un tyran opprime tout un peuple sans un solide système de participations. La folie de pouvoir des grands nous excuse toujours trop. C'est pourquoi, comme penseur politique, Foucault se place aux côtés d'Alain et d'Hannah Arendt. Aux côtés d'Alain quand ce dernier, dans « Mars ou la Guerre jugée », montre l'importance écrasante de la résignation comme condition éthique du soldat pendant la longue guerre de 14, loin de l'esprit de sacrifice. Aux côtés d'Hannah Arendt dans Eichmann à Jérusalem démontrant que la véritable horreur du nazisme réside dans le zèle bureaucratique inconditionnel et aveugle des administrateurs plutôt que dans leur perversité morale absolue.